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NOVEMBRE 2004
Cahiers Pierres Pour la Paix

 

Mythes et légendes

 

Mieux vaut risquer la paix que justifier la guerre

 

S’il est vrai que les peuples heureux n’ont pas d’histoire, ceux du Moyen-Orient doivent être bien malheureux. Pourtant le pays de Canaan auquel l’Histoire a donné le nom de Palestine (étymologiquement pays des Philistins) est celui que l’Ecriture désigne comme la terre où coule le lait et le miel.

 

Plus que le lait et miel, le sang a trop coulé sur cette terre, que ce soit en combats fratricides entre ceux qui la proclamèrent sainte ou du fait d’envahisseurs qui l’ont occupée ou annexée pour des raisons géo-stratégiques. Le sang continue aujourd’hui à se répandre en affrontements nourris dans un amalgame de mythes et de légendes qui ne sauraient justifier l’horreur dont nous sommes les témoins souvent désorientés.

 

Une bonne compréhension des événements de l’actualité immédiate, demande de les placer dans la perspective de l’Histoire contemporaine du conflit israélo-palestinien. L’ASSP forme le projet de mettre un document au service des personnes qui, n’ont ni le temps ni le goût de se plonger dans l’étude d’une littérature pléthorique présentant les réalités dans des jeux d’ombres et de lumières qui obscurcissent les unes en pour en exalter d’autres. Préparé par six mois de recherches auxquelles ont participé notamment trois stagiaires des Universités de Genève et d’Aix-en-Provence nous avons décidé de présenter les éléments recueillis sur notre site internet.  Avant de procéder à l’édition sur papier d’une brochure qui ne devrait pas compter plus de deux cents pages de format A5 nous sollicitons vos observations, critiques et précisions.

 

Jaques Vittori

Président de l’ASSP


Mythes et légendes


La Palestine étant située sur le seul pont terrestre qui relie l'Afrique à l 'Asie et qui de là ouvre la porte à l'Europe, à l'Océanie et aux Amériques, toutes les familles d'hominidés à s'être répandues hors d'Afrique y ont nécessairement transité, et certaines y ont laissé leur trace. Il en va ainsi des Néanderthaliens - de même souche que ceux que l'on connaît en Europe - comme de l’homo sapiens attestés en Palestine dès le Paléolithique. On y retrouvera, beaucoup plus tard, les agriculteurs et éleveurs du Néolithique qui, dès 8500 av. J.C., sont représentés dans cette région par quelques agglomérations importantes, la plus célèbre étant celle de Jéricho avec sa tour de pierre préservée sur une hauteur de neuf mètres.

Dès la période du Chalcolithique s'étendant de 4500 à 3200 av. J.C., on note en Palestine et en Transjordanie l'émergence de structures hiérarchiques et politiques telles des chefferies. Teleilat Ghassul, située dans la vallée du Jourdain, connaît les prémices de l'urbanisme et de l'édification de temples pour lesquels des objets de cuivre d'un grand raffinement servent à la célébration du culte.

Lors de l'Ancien Bronze de 3200 à 2000 av. J.C., une urbanisation massive et l'apparition de cités fortifiées sont authentifiées par des sites comme Meggido, Beth Shean, Jéricho et Tell el-Far'ah. Puis, le commerce interrégional et international s'établit dans le premier quart du troisième millénaire av. J.C. Il conduit à l'émergence de cités-Etats, dont le noyau est probablement constitué autour d'une royauté, de temples et d'une administration.

L'écriture surgit en Egypte et en Mésopotamie dès le début du troisième millénaire. A la même période, ces deux centres de civilisation procèdent à des échanges commerciaux avec la Palestine où l'écriture n'apparaît cependant pas avant le deuxième millénaire.

Le Moyen Bronze s'étalant de 2000 à 1550 av. J.C. constitue une période de reflux de population après l'effondrement de la civilisation urbaine, l' interruption du commerce interrégional et la recrudescence du nomadisme lors de la fin de l'Ancien Bronze entre 2300 à 2000-1950 av. J.C. Le commerce international reprend dès le dix-neuvième siècle av. J.C., dont les textiles, le vin, l'huile et le bois composent les produits en provenance du Levant. La Palestine vit une ré-urbanisation massive, principalement dans la zone côtière et dans celle de Jezréel, sur l'emplacement même des sites de l'Ancien Bronze. Des cités nouvelles apparaissent également, notamment dans les montagnes, comme Sichem et Jérusalem. La ville la plus importante de Palestine dans la deuxième partie du Moyen Bronze est Meggido, servant degarnison à l'armée égyptienne.

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La création d’Adam, pour Michel Angelo,
à la Chapelle Sixtine.

Le pays est peuplé à l'âge du bronze par les Cananéens, désignation des habitants peuplant la région littorale du Levant, englobant la Palestine et le Liban. Aussi, ce n'est qu'à partir des sixième et cinquième siècle av.J.C. que ce terme prend une signification ethnique, les distinguant de leurs voisins, les Hébreux, dont l'appellation émane de l'Ancien Testament.


La civilisation cananéenne est donc pluricommunautaire, composée sans doute par les Amorites, les Sémites, les Hourrites, peuple indo-iranien du Nord, les Habirus, eux-mêmes d'origine pluriethnique et dont les Hébreux pourraient être issus, ou encore les Hyksos, de souche indo-européenne d'Asie et installés précédemment dans le delta du Nil d'où ils sont chassés par les Egyptiens vers 1580 av. J.C. La tradition biblique mentionne pour sa part, sans que cela soit en aucune façon attesté historiquement, que des Hébreux de la région d'Our en Mésopotamie seraient venus s'installer vers Hébron, suivant en cela un mouvement de population drainant des peuples d' Asie vers l'Afrique.

Au dix-huitième siècle av. J.C., la civilisation cananéenne qui s'organise autour d'un système de cités-Etats, d'une part se livrant au commerce, et d' autre part contrôlant les campagnes environnantes où vivent des agriculteurs sédentaires et des pasteurs semi-nomades, est au contact des Mésopotamiens de Chaldée. Puis, les Egyptiens conquièrent le pays de Canaan au seizième siècle av. J.C. et impose leur suzeraineté sur le Levant. Cette domination de facto perdure jusqu'au treizième siècle av. J.C. dans la partie sud de la région. Le Nord est quant à lui marqué entre 1550 et 1200 av. J.C. par l'invasion des Hittites, peuple venant d'Anatolie.


Moderne vue du Mont du Temple, ou était construit
le temple de David
.  

A partir du treizième siècle av. J.C., les régions montagneuses de Palestine et de Transjordanie se colonisent de petits villages, dont la population se structure rapidement en un système clanique, puis tribal. L'explication à ce phénomène reste ouverte. Certaines théories parlent d'une vague de migration venue d'ailleurs, d'autres, comme le soutiennent l'archéologue israélien Israël Finkelstein et de plus en plus de spécialistes, prétendent qu'il résulterait du reflux des habitants des plaines côtières après le déclin de la civilisation urbaine lors du Récent Bronze s'étendant de 1550 à 1130 av.J.C.

De la fin du treizième au début du douzième siècle av. J.C., période coïncidant avec la fin de l'empire hittite, les Philistins - terme duquel vient le mot « Palestine » -, peuple d'origine égéenne, s'installent sur la plaine côtière du pays où ils prennent le contrôle de plusieurs cités-Etats avec l'assentiment des Egyptiens, probablement à Gaza, Asqalon, Ashdot, Gath et Eqron. Les Egyptiens se servent des nouveaux arrivants comme d'une aristocratie militaire vassale, leur permettant ainsi de garder la main mise sur le Levant alors que leur contrôle effectif sur la région cesse.

Aux alentours de la fin du dixième siècle av. J.C., les deux royaumes d’Israël au nord et de Juda au sud se forment afin de résister à la pression philistine. Ces deux nouvelles entités émergent de la coalition des tribus montagnardes, séparées entre elles par Jérusalem, dont elles ne s'emparent pas encore, au contraire d'autres citées fortifiées cananéennes. Ces tribus sont constituées par des populations provenant peut-être de l'actuelle Syrie, du Liban et de Palestine, mais elles sont assurément autochtones et non étrangères au pays lors de la constitution des deux royaumes. Cet événement amène de la sorte à un mélange partiel entre populations cananéennes des villes et celles des Hébreux des campagnes, avec comme résultante syncrétique l'adoption de la langue araméenne - langue sémitique de l'Est - par les seconds et du culte monothéiste par les premiers.


Ainsi, les épopées bibliques racontant la traversée du Sinaï par les Hébreux sous la conduite de Moïse relèvent plus de la fable et de la tradition des cercles prophétiques, partisans d'un ordre social et religieux intransigeant. Quant au récit (I à XII) de Josué traversant le Jourdain, il s'agit en fait d'une reprojection sur le passé d'une tentative avortée de reconquête lancée par le roi de Juda Josias, ayant régné de 640 à 609 av. J.C. Enfin, mentionnons encore que la conquête de Jéricho n'a jamais eu lieu, les remparts de la ville étant déjà détruits à cette époque. Le modèle généalogique dans lequel s'insère la tradition de Jacob - les douze fils de Jacob et les douze tribus en découlant, Genèse 25 à 35 - est le propre des sociétés tribales recourant à ce procédé afin de se définir une identité. Au sixième siècle av. J.C., lors de la mise en forme du Pentateuque, ces différentes traditions sont mélangées, l'une devenant le prologue de l'autre.

David, seigneur de guerre et vassal philistin, créé le royaume de Juda au cours du dixième siècle av. J.C. Il unifie les deux royaumes au nord et au sud, mène la guerre aux Philistins qu'il oblige à se replier sur une bande côtière située entre Gaza et Ashdod et s'empare de Jérusalem. Celle-ci devient propriété du roi et est rebaptisée Ville de David. Le souverain refusant toute centralisation du pouvoir religieux, Jérusalem ne devient que le centre du pouvoir politique.

Ce n'est qu'à la succession de David assurée par son fils, Salomon, que ce dernier s'emploie à consolider son assise temporelle en utilisant le pouvoir spirituel. Il entreprend ainsi la construction d'un temple imposant par sa beauté et sa taille. Jérusalem devient dès lors également le centre religieux du pays.

A la mort de Salomon, le royaume se scinde en deux. L'un au Sud est appelé Juda et se démarque des territoires du Nord qui fondent le leur, celui d’Israël. Ils nomment Jeroboam à sa tête et adoptent la ville de Sichem pour capitale. Ce royaume perdure depuis environ 927 à 724 av. J.C. Il s’affirmera également comme plus puissant que son voisin méridional qui persistera néanmoins plus longtemps jusqu'en l'an 587 av. J.C. Des alliances entre ces deux entités monarchiques permettent la conquête de territoires au nord jusqu'à Byblos, au sud-est le Moab, au sud-ouest une partie de la Transjordanie et au sud l'Edom - partie de l'actuel Néguev.

Au cours de la deuxième partie du huitième siècle, l'empire assyrien s'étend à l'ouest entraînant la disparition du royaume du Nord lors du siège de Sichem en 722 av. J.C., alors que le royaume de Juda subsiste en tant que vassal de l'Assyrie. Ces conquêtes donnent lieu à de nouveaux brassages de populations déplacées par les vainqueurs avec pour conséquence l'adoption du culte de Yahvé par les nouveaux arrivants.

En 605 av. J.C., les Babyloniens battent les armées du pharaon Necho, après avoir conquis précédemment en 612 av. J.C Ninive, la capitale assyrienne, avec le concours des Mèdes auxquels ils s'étaient alliés. L'occupation de tous les territoires entre l'Euphrate et la mer Méditerranée dont le royaume de Juda, désormais vassal des Babyloniens, en découle. L'obstination de ce dernier à ne pas se soumettre aux nouveaux suzerains provoque le siège de Jérusalem qui tombe en 587 av. J.C. et la destruction du Temple.

Une nouvelle période s'instaure pour le peuple des Hébreux. En effet, alors que sa majorité réside en Samarie et à Juda, une partie de l'élite est déportée à Babylone - fait constituant de la première diaspora. C'est le préambule d'une période allant de 587 à 445 av. J.C., pendant laquelle les Hébreux sont privés d'une entité politique.

Fait important également, ce n'est qu'à partir de la fin de l'histoire nationale des deux royaumes que l'on assiste à la naissance de ce qu'on peut appeler la religion juive et à l'émergence du judaïsme antique.

La formation de l'empire perse sur toute la Mésopotamie en 539 av. J.C. entraîne la chute de celui de Babylone, cette dernière étant conquise par le roi de Perse Cyrus. Les nouveaux potentats de la région se singularisent par une étonnante tolérance envers les autres ethnies auxquelles ils laissent une large autonomie en plus de la liberté de culte. Ceux-ci ne procèdent non plus pas aux déportations de populations. Ces conditions favorisent alors en 520 av. J.C. le retour d'une partie des déportés en Judée, devenue province perse, où la population parle désormais l'araméen. Sous l'influence des Juifs rentrés d'exil qui s'imposent face à ceux qui étaient restés au pays, une communauté de type quasi théocratique voit le jour. La reconstruction du Temple est entreprise entre 520 et 515 av. J.C., le sanctuaire devenant le centre national et bientôt international de la communauté juive.


Royaume de Herodes avec les modernes
frontières d’Israël et de la Palestine

La Palestine est prise par Alexandre le Grand en 332 av. J.C. dans le cadre de la conquête macédonienne de l'Orient. Au troisième siècle av. J.C., la Palestine est contrôlée par les Lagides - ou Ptolémées - d'Egypte, puis par les Séleucides de Syrie dès 200 av. J.C. La communauté juive de Jérusalem se trouve partagée entre ces deux dynasties. L'aristocratie sacerdotale pro séleucide prônant une observance traditionnelle de la Tora s'oppose au petit peuple pro ptolémaïque enclin au mode de vie hellénistique. En 167 av. J.C., Antiochos, roi séleucide, impose la transformation de Jérusalem en une cité sur le mode grec et non plus théocratique. L'année suivante éclate la révolte des Maccabées donnant naissance à la dynastie des hasmonéenne. La Judée redevient alors pendant près d'un siècle une puissance régionale et un Etat quasi indépendant.

En 63 av. J.C., Pompée investit la Palestine. La Judée passe en mains romaines dans le cadre d'un protectorat. Puis sous le règne du roi Hérode dès 40 av. J.C., on assiste à une volonté de rassemblement de tous les tenants du judaïsme y compris ceux de la diaspora. Jérusalem est prise en 37 av. J.C. et agrandie pour accueillir les nouveaux venus. Le Temple se voit conféré des dimensions monumentales. Le royaume s'étend de la Méditerranée au Jourdain couvrant les territoires à l'est de celui-ci, la Galilée, le Golan et la Syrie actuelle.

A la mort de Hérode en 4 av. J.C., le royaume de Judée est divisé en principautés entre ses fils, mais celles-ci passent finalement sous administration romaine. Aussi, le judaïsme en Palestine se divise dès lors en quatre grandes tendances : les Saducéens représentant l'aristocratie sacerdotale liée au Temple de Jérusalem, les Pharisiens de stricte observance de la Tora, les Esséniens, dissidents du judaïsme « officiel » fondant des fraternités quasi monastiques dans le désert de Juda, et les Zélotes, mouvement de résistance armée contre le pouvoir romain.

Des révoltes contre le pouvoir romain sont fomentées en 70 et en 135 après J.C. Après avoir été sévèrement réprimée, la première amène à la destruction de Jérusalem et du Temple par Titus sous l'empereur Vespasien. La deuxième, également tuée dans l'oeuf, décime la population des Juifs. Ceux-ci se voient interdits de Jérusalem et de la Judée. Le judaïsme galiléen qui n'a pour sa part pas participé à la révolte survit

Après la destruction du Temple en 70, la tendance pharisienne s'impose et donne naissance vers la fin du deuxième siècle au judaïsme « rabbinique » après que la « mishna » - l'ensemble de la loi orale - a été mise par écrit.

Néanmoins, l'introduction légale du Christianisme en 313 dans l'Empire romain d'Orient menace l'entité politique juive. En effet, l'imposition de cette religion sous le règne de l'empereur Constantin qui s'y était lui-même converti a pour but d'instaurer une idéologie commune aux gens de la région et par là même de lutter contre les forces politiques centrifuges. A cette occasion, le pouvoir romain érige des églises à Jérusalem, Bethléem et en Galilée. La Palestine devient la Terre Sainte pour le Christianisme devenue religion d'Etat de tout l'Empire romain. Aussi, la perpétuation de la nation juive devient un défi pour la nouvelle Eglise officielle qui pousse dès lors à l'éradication du judaïsme.

Le peuple juif, alors persécuté par le pouvoir romain, s'allie aux Perses qui s'imposent comme les principaux contradicteurs des potentats de la région. A l'aube du septième siècle, ces derniers conquièrent Jérusalem, mais ils sont écrasés en 627 par Héraclius qui ramène la Sainte-Croix à Jérusalem. Les Juifs sont contraints de se convertir au Christianisme.

Dès lors, le sort de la nation juive n'évoluera guère jusqu'à la veille de la première guerre mondiale. En effet, la domination romaine va laisser place à l'avènement de la civilisation arabe dans la région, épopée dont nous allons rappeler les lignes principales.


Construit en 691 à Jérusalem, le Dome du Rocher , abrite le rocher sur lequel Abraham s'apprêtait à sacrifier son fils, et d'où Mahomet est monté au ciel. ,

Il faut tout d'abord se remettre à l'esprit le fait qu'à l'époque du roi Salomon, aux environs de 950 av. J.C., le Sud de la péninsule arabique est habité par les Sabéens, peuple d'origine sémite. Quelques huit siècles plus tard, aux environs de 115 av. J.C., les Hymiarites de même souche sémitique unifient tout le sud de la péninsule constituant le Yémen d'aujourd'hui.

Les limites de cette région touchant à celles de l'Empire byzantin abritent différentes tribus : juives, chrétiennes et majoritairement celles polythéistes. Elles s'articulent autour d'activités agricoles et de transit avec les caravanes acheminant du sud au nord l'encens et les épices provenant d'Inde et de Chine jusqu'aux ports phéniciens. Les mouvements de populations ont également cours puisque, au sixième siècle, les Empires byzantin et perse peuplent leurs frontières de tribus arabes pour qu'elles s'opposent aux razzias des tribus nomades. Aussi, au contact de ces deux puissances, l'Arabie est touchée par la vague monothéiste. Cependant, la majorité des Arabes sont païens de même qu'ils se reconnaissent comme descendants d'Abraham. Un de leurs dieux se nomme Allah.

Selon la tradition, Mahomet entend en 610 l'ange Gabriel lui révéler ce que Dieu a dit à Moïse et à Jésus et que Juifs et Chrétiens ont mal interprété. Il unifie à son tour les tribus païennes de la péninsule autour de l'idéologie monothéiste. Le 16 juillet 622, il fuit La Mecque pour Yatrib, actuelle Médine, acte authentifié comme le début de l'ère musulmane. Le prophète chasse de Médine les tribus juives - appelées Banu Qaynuqa et Banu Nadir - après plusieurs efforts de vie commune. Ces événements ont leur importance dans le fait qu'ils constituent les fondements trouvés dans ces conflits au Jihad : concept de vie complexe souvent traduit et simplifié par la notion de « guerre sainte ».

Le lieu saint de l'Islam deviendra La Mecque en 624. En 630, la ville devient le centre de pèlerinage après plusieurs conflits avec sa rivale Yatrib. Cette même année verra les victoires remportées toujours par Mahomet dans une perspective unificatrice sur des tribus du Nord encore païennes.

Abou Bakr succède à Mahomet en 632. Les armées arabes se lancent à la conquête de nouveaux territoires non pas à but expansionniste, mais au dessein de répandre l'Islam en « dâr al-harb », c'est-à-dire en pays non musulman. En 636 elles remportent la bataille de Yarmouk face à Heraclius. Aussi occupent-elles maintenant presque toute la Syrie et la Palestine. Le siège et la prise de Jérusalem suivent en 637. Cependant, cette dernière n'est pas encore revendiquée comme ville sacrée. L'Egypte fera à son tour les frais des invasions arabes. Alexandrie tombe en 642. Si bien qu'en 644, l'Empire arabe couvre tous les territoires sassanides - perses - et presque toute la partie orientale de l'Empire byzantin. Il faut relever que la totalité de l'immense butin ainsi amassé lors des conquêtes est partagée à 80 % pour le calife contre 20 % pour l' « Umma », la communauté de tous les tenants de l'Islam. Comme évoqué précédemment, l'impérialisme poursuivi par la civilisation arabe n'est pas expansionniste dans le but de posséder de nouvelles terres, mais bien tributaire de la volonté de répandre sa foi monothéiste. Ainsi, la base de l'Etat arabe est idéologique et non pas ethnique, territoriale ou politique.

Une des originalités de la société découlant de cet Empire est que deux statuts y ont cours : celui des musulmans et celui des « dhimmis », non musulmans soumis au régime de la « dhimma ». Celui-ci confère certains droits publics et privés contre le paiement d'un impôt et l'obligation d'accepter pleinement l'autorité musulmane. Enfin, il faut préciser que le système n'est pas fermé puisque les mawalis représentent les personnes nouvellement converties à l'Islam et bénéficient des mêmes privilèges que les musulmans.

Aussi, afin d'éviter tout mélange et tout risque d'assimilation dans des régions conquises, les nouveaux occupants arabes vivent dans des villes laissées en marges des autres populations. Entre 685 et 705 sous le califat d'Abd el-Malik, l'Empire est à son apogée sous l'égide d'une politique centralisatrice. La langue de l'administration devient l'arabe. L'essor économique est alors important. De somptueuses mosquées seront construites dont celle entre 688 et 692 du « Dôme du rocher » sur l'emplacement de l’ancien Temple de Salomon. De même il fait rénover une ancienne église byzantine en mosquée au même endroit.

Ce fait revêt une importance toute particulière puisqu'il confère dès lors à Jérusalem un statut de ville sainte dans le monde musulman. L'explication du choix de ce site comme nouveau lieu saint trouve son origine dans le fait qu'Abd el-Malik avait perdu le contrôle de La Mecque lors de la guerre civile l'opposant alors au calife du même endroit, Ibn el Zobaïr. Aussi, Jérusalem devait-elle par la suite contrebalancer l'influence de La Mecque comme lieu de pèlerinage.

La chute de la dynastie des Omeyades marquant l'âge d'or de la domination arabe fait place à l'avènement de celle des Abbassides à la tête de l’Empire. Ces derniers sont des mawalis persans qui profitent d'une série de revers militaires ainsi que de plusieurs soulèvements dans les possessions impérialistes pour s'imposer comme nouveaux souverains.

L'hégémonie arabe prend donc fin en 749. Le règne des Abbassides, lui débute à cette date jusqu'en 945. Leur société s'illustre par un plus grand égalitarisme. La capitale est transférée de Damas à Bagdad, fait marquant de la passation de pouvoir entre Arabes et Indo-Européens. On note également un morcellement des territoires en régions autonomes dirigées par de grands centres urbains.

Néanmoins, pendant la période allant de 749 à 809, la culture arabe devient celle de tous les habitants. Quant à la Syrie et à la Palestine, elles ne retirent aucun avantage au changement, car elles restent des provinces négligées avec des frontières ouvertes aux tribus nomades bédouines.

La dynastie abbasside connaîtra à son tour des problèmes qui la mènera à sa chute. En effet, des gardes prétoriennes turques mercenaires de l'Empire tentent de s'approprier le pouvoir. Des « jacqueries » éclatent en Syrie, en Palestine, dans le Jazira, en Arabie, en Basse-Egypte et en Afrique du Nord. L'Empire byzantin d'Orient, gouverné par la dynastie macédonienne, fera une incursion en Mésopotamie et en Palestine pendant tout le dixième siècle, récupérant également des territoires dans l'actuelle Italie encore aux mains des Arabes.

Encore à cette époque, la Palestine est le théâtre d'affrontements entre forces égyptiennes de la dynastie des Ikhchidites et celles des Abbassides, puis avec celles de l'émirat des Hamdanides d'Alep. A terme, un accord est signé donnant la Palestine aux Ikhchidites. Suit alors une forte immigration de Juifs venant de Bagdad et de la Sawad, où la situation est devenue incertaine.

De 970 à 1029, la Palestine demeure le champ de bataille des diverses armées: les Grecs de Byzance, les Hamdanides, les Bouyides de Bagdad et les Fatimides du Caire. Après ces soixante années de guerre, le pays est ruiné. Beaucoup de chrétiens l'ont quitté et la communauté juive en ressort très affaiblie. 1029 marque la fin de la présence des tribus arabes dans la contrée après qu'elles ont été chassées par les forces égyptiennes les contraignant à se réfugier au Hedjaz. La Palestine sera dès lors sous l'emprise des vainqueurs jusqu'en 1069, période permettant la reconstruction d'églises, du Saint-Sépulcre et de synagogues.

Au milieu du onzième siècle, les Turcs seldjoukides investissent tout le Moyen-Orient et occupent la Palestine dès 1069. Puis, la région voit l'arrivée des barons francs dans le cadre des croisades. A cette occasion, ils instaurent le royaume de Jérusalem en 1099 ainsi que d'autres principautés chrétiennes dans la partie orientale du Croissant fertile.

L'an 1171 marque l'avènement de la dynastie sunnite des Ayyoubides par Saladin après qu'il a renversé les Fatimides d'Egypte. Il combat le roi de Jérusalem qu'il défait à la bataille de Hattin en 1187 et lui prend Jérusalem. Au terme d'un accord, le royaume pourra néanmoins subsister jusqu 'au milieu du treizième siècle.

L'événement - la bataille de Hattin - revêt un retentissement énorme dans tout le monde musulman, car la conquête s'est opérée aux cris du Jihad relayé lui-même à travers la population par les oulémas - les docteurs de l'Islam. Ainsi, Jérusalem était à nouveau doté d'un statut de lieu saint pour l'Islam. Puis Frédéric II revient en Palestine en 1229 au cours de la sixième croisade. Il obtient diplomatiquement Bethléem, Nazareth et Jérusalem dont il devient roi.

En 1244, les forces de la dynastie mamelouk d'Egypte battent les chrétiens et occupent Jérusalem. L'année 1258 verra la prise de Bagdad lors du déferlement mongol sur l'Europe de l'Est et le Proche et Moyen-Orient. L'invasion de toute la Syrie, puis celle de la Palestine avec les redditions de Naplouse et Gaza suivent. La Samarie est envahie. Mais en 1260, les Mongols sont défaits à Jalut prés de Nazareth par le sultan mamelouk Qutüz qui à son tour reprend le contrôle de la région. Quant aux dernières villes du royaume de Jérusalem, Safed, Césarée et Jaffa, elles tombent entre 1267 et 1268 et Saint-Jean d'Acre en 1291.

La domination turque va dès lors se maintenir au Proche-Orient. La dynastie mamelouk qui la dirige contrôle l'Egypte, la Syrie et la Palestine. Le quatorzième siècle consacre la suprématie de l'Empire de la dynastie des Ottomans en Grèce et dans tous les Balkans.


Le quinzième siècle voit la montée en puissance de l'Espagne et du Portugal sur lequel le monde musulman doit céder des territoires en Afrique du Nord. De plus, les Portugais perturbent le trafic commercial maritime entre l'Asie et la Méditerranée qui est dominée dans sa partie orientale par les forces ottomanes. Aussi, la réaction de celles-ci est-elle d'envahir au seizième siècle toute l'Afrique du Nord à l'exception du Maroc et le Croissant fertile, ceci afin d'assurer la pérennité des voies de communication en Méditerranée et en Mer Rouge.

Désormais, les grands pourvoyeurs de l'Islam sont les Indo-européens de l'Empire ottoman turc. Ceux-ci enlèvent néanmoins tout pouvoir politique au pouvoir religieux. La civilisation arabe, qui la première avait répandu la parole du prophète, n'a plus le rayonnement d'antan. Aussi, l'Empire ottoman va-t-il constituer le canevas sur lequel le monde arabe se forme entre les débuts des seizième et vingtième siècles. Sous la période impériale, la société est pluriethnique et pluriculturelle. Seule la religion détermine l'appartenance à une forme de nation, posant la définition du « millet » - nation à identité religieuse. Par exemple, les mahométans sunnites du Croissant fertile oublient leurs origines arabes, mawalis ou dhimmis pour ne plus se considérer que comme musulmans arabophones.

Le réveil du monde arabe ainsi que les velléités sionistes en vue de l'établissement d'un Etat pour le peuple juif surviendront au cours des dix-neuvième et vingtième siècles. Ceux-ci feront l'objet de développements ultérieurs.


ANEXE - Biographie Yasser Arafat

 

4 août 1929, naissance au Caire de Mohammed Abd el-Rahman Abd el-Raouf Arafat. C’est dans cette ville qu’il effectue des études d’ingénieur.

 

Dés 1948, Il participe aux combats en Palestine, puis se réfugie à Gaza.

 

De 1952 à 1956, il est président de l’Union des étudiants palestiniens. Il participe ensuite à la guerre de 1956 dans l’armée égyptienne.

 

En 1959, au Koweït, il fonde le Fatah avec Salah Khalaf (Abou Iyad), Khalil al Wazir (Abou Jihad) , Mahmoud Abbas (Abou Mazen) et Farouk Kaddoumi (About Loutof)

 

1964 : fondation de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Jérusalem.

 

Après 1967 et la défaite des pays arabes, il devient président exécutif désigné par le Conseil national palestinien (CNP) tenu en février 1969 et est élu président de l’organisation.

 

1968 : Bataille de Karameh entre des fedayin palestiniens et l’armée israélienne.

 

1972 : Massacre de onze athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich par un commando palestinien.

 

En 1973, il devient commandant en chef de toutes les forces combattantes palestiniennes.

 

Octobre 1974 : le sommet des pays arabes de Rabat reconnaît l’OLP comme seul et légitime représentant du peuple palestinien.

 

En novembre 1974, à l’assemblée générale des Nations unies à New York, il appelle toutes les parties à rechercher une solution pacifique pour la Palestine.


 

En 1982, pendant la guerre du Liban, il quitte Beyrouth, assiégée par l’armée israélienne, pour Tunis ou il installe les quartiers généraux de l’OLP.

 

En novembre 1988, il proclame l’indépendance de la Palestine, fait adopter une motion politique reconnaissant toutes les résolutions des Nations unies et demandant l’ouverture de négociations directes avec Israël, et reconnaît la coexistence des deux Etats, israélien et palestinien.

 

En avril 1989, il est élu président de L’Etat de Palestine par le CNP.

 

En 1991, il soutient l’Irak, à l’occasion de la première guerre du Golfe.

 

Depuis 1992,  alors que le processus de paix entamé à Madrid ne donnait aucun résultat, il a mené des négociations secrètes avec Israël qui ont conduit à la signature de la Déclaration de principes entre l’OLP et Israël en septembre 1993.

 

En décembre 1994, il reçoit le prix Nobel de la paix avec Yitzhak Rabin et Shimon Peres.

 

En Juillet 1994, dans la foulée des accords d’Oslo, il retourne à Gaza après 24 ans d’exil, met sur pied et dirige l’Autorité nationale palestinienne (ANP). Début de l’autonomie palestinienne à Gaza et Jéricho.

 

En janvier 1996, il est élu président de l’ANP avec 87,1% des voix lors des premières élections générales tenues sous le contrôle d’observateurs internationaux.

 

En février 2003, sous la pression internationale, il est contraint de créer le poste de Premier Ministre. Il garde le contrôle de la Sécurité et de la politique extérieure, alors que le Premier ministre est chargé  de l’intérieure et de la formation du gouvernement. Mahmoud Abbas (Abou Mazen), nommé à ce poste, démissionne le 7 septembre de la même année. Il est remplacé par Ahmed Qorei (Abou Ala).

 

Depuis décembre 2001, il était reclus et tenu quasi-prisonnier par l’armée israélienne, dans son quartier général de la Mokata à Ramallah.

 

En novembre 2004, transféré à Paris pour y être hospitalisé, Yasser Arafat décède dans la capitale française. Recommande

 

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LES PALESTINIENS, la photographie d'une terre et de son peuple de 1839 à  nos jours et d'Israël

Elias Sanbar
Hazan, 2004

 

PALESTINE - LA DERNIERE COLONIE
Lucas Catherine
EPO, 2004
311 pages
ISBN 2-87262-200

 

 

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