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NOVEMBRE 2004
Cahiers
Pierres Pour la Paix
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Mythes
et légendes
Mieux vaut risquer la paix que justifier la guerre
S’il est vrai que les peuples heureux n’ont pas
d’histoire, ceux du Moyen-Orient doivent être bien
malheureux. Pourtant le pays de Canaan auquel l’Histoire
a donné le nom de Palestine (étymologiquement pays des
Philistins) est celui que l’Ecriture désigne comme la
terre où coule le lait et le miel.
Plus
que le lait et miel, le sang a trop coulé sur cette
terre, que ce soit en combats fratricides entre ceux qui
la proclamèrent sainte ou du fait d’envahisseurs qui
l’ont occupée ou annexée pour des raisons géo-stratégiques.
Le sang continue aujourd’hui à se répandre en
affrontements nourris dans un amalgame de mythes et de légendes
qui ne sauraient justifier l’horreur dont nous sommes
les témoins souvent désorientés.
Une
bonne compréhension des événements de l’actualité
immédiate, demande de les placer dans la perspective de
l’Histoire contemporaine du conflit israélo-palestinien.
L’ASSP forme le projet de mettre un document au service
des personnes qui, n’ont ni le temps ni le goût de se
plonger dans l’étude d’une littérature pléthorique
présentant les réalités dans des jeux d’ombres et de
lumières qui obscurcissent les unes en pour en exalter
d’autres. Préparé par six mois de recherches
auxquelles ont participé notamment trois stagiaires des
Universités de Genève et d’Aix-en-Provence nous avons
décidé de présenter les éléments recueillis sur notre
site internet. Avant
de procéder à l’édition sur papier d’une brochure
qui ne devrait pas compter plus de deux cents pages de
format A5 nous sollicitons vos observations, critiques et
précisions.
Jaques Vittori
Président
de l’ASSP
Mythes
et légendes
La
Palestine étant située sur le seul pont terrestre qui
relie l'Afrique à l 'Asie et qui de là ouvre la porte à
l'Europe, à l'Océanie et aux Amériques, toutes les
familles d'hominidés à s'être répandues hors d'Afrique y
ont nécessairement transité, et certaines y ont laissé
leur trace. Il en va ainsi des Néanderthaliens - de même
souche que ceux que l'on connaît en Europe - comme de
l’homo sapiens attestés en Palestine dès le Paléolithique.
On y retrouvera, beaucoup plus tard, les agriculteurs et éleveurs
du Néolithique qui, dès 8500 av. J.C., sont représentés
dans cette région par quelques agglomérations importantes,
la plus célèbre étant celle de Jéricho avec sa tour de
pierre préservée sur une hauteur de neuf mètres.
Dès
la période du Chalcolithique s'étendant de 4500 à 3200
av. J.C., on note en Palestine et en Transjordanie l'émergence
de structures hiérarchiques et politiques telles des
chefferies. Teleilat Ghassul, située dans la vallée du
Jourdain, connaît les prémices de l'urbanisme et de l'édification
de temples pour lesquels des objets de cuivre d'un grand
raffinement servent à la célébration du culte.
Lors
de l'Ancien Bronze de 3200 à 2000 av. J.C., une
urbanisation massive et l'apparition de cités fortifiées
sont authentifiées par des sites comme Meggido, Beth Shean,
Jéricho et Tell el-Far'ah. Puis, le commerce interrégional
et international s'établit dans le premier quart du troisième
millénaire av. J.C. Il conduit à l'émergence de cités-Etats,
dont le noyau est probablement constitué autour d'une
royauté, de temples et d'une administration.
L'écriture
surgit en Egypte et en Mésopotamie dès le début du troisième
millénaire. A la même période, ces deux centres de
civilisation procèdent à des échanges commerciaux avec la
Palestine où l'écriture n'apparaît cependant pas avant le
deuxième millénaire.
Le
Moyen Bronze s'étalant de 2000 à 1550 av. J.C. constitue
une période de reflux de population après l'effondrement
de la civilisation urbaine, l' interruption du commerce
interrégional et la recrudescence du nomadisme lors de la
fin de l'Ancien Bronze entre 2300 à 2000-1950 av. J.C. Le
commerce international reprend dès le dix-neuvième siècle
av. J.C., dont les textiles, le vin, l'huile et le bois
composent les produits en provenance du Levant. La Palestine
vit une ré-urbanisation massive, principalement dans la
zone côtière et dans celle de Jezréel, sur l'emplacement
même des sites de l'Ancien Bronze. Des cités nouvelles
apparaissent également, notamment dans les montagnes, comme
Sichem et Jérusalem. La ville la plus importante de
Palestine dans la deuxième partie du Moyen Bronze est
Meggido, servant degarnison à l'armée égyptienne.

La
création d’Adam, pour Michel Angelo,
à la Chapelle Sixtine.
Le
pays est peuplé à l'âge du bronze par les Cananéens, désignation
des habitants peuplant la région littorale du Levant,
englobant la Palestine et le Liban. Aussi, ce n'est qu'à
partir des sixième et cinquième siècle av.J.C. que ce
terme prend une signification ethnique, les distinguant de
leurs voisins, les Hébreux, dont l'appellation émane de
l'Ancien Testament.
La
civilisation cananéenne est donc pluricommunautaire, composée
sans doute par les Amorites, les Sémites, les Hourrites,
peuple indo-iranien du Nord, les Habirus, eux-mêmes
d'origine pluriethnique et dont les Hébreux pourraient être
issus, ou encore les Hyksos, de souche indo-européenne
d'Asie et installés précédemment dans le delta du Nil d'où
ils sont chassés par les Egyptiens vers 1580 av. J.C. La
tradition biblique mentionne pour sa part, sans que cela
soit en aucune façon attesté historiquement, que des Hébreux
de la région d'Our en Mésopotamie seraient venus
s'installer vers Hébron, suivant en cela un mouvement de
population drainant des peuples d' Asie vers l'Afrique.
Au
dix-huitième siècle av. J.C., la civilisation cananéenne
qui s'organise autour d'un système de cités-Etats, d'une
part se livrant au commerce, et d' autre part contrôlant
les campagnes environnantes où vivent des agriculteurs sédentaires
et des pasteurs semi-nomades, est au contact des Mésopotamiens
de Chaldée. Puis, les Egyptiens conquièrent le pays de
Canaan au seizième siècle av. J.C. et impose leur
suzeraineté sur le Levant. Cette domination de facto
perdure jusqu'au treizième siècle av. J.C. dans la partie
sud de la région. Le Nord est quant à lui marqué entre
1550 et 1200 av. J.C. par l'invasion des Hittites, peuple
venant d'Anatolie.

Moderne
vue du Mont du Temple, ou était construit
le temple de David.
A
partir du treizième siècle av. J.C., les régions
montagneuses de Palestine et de Transjordanie se colonisent
de petits villages, dont la population se structure
rapidement en un système clanique, puis tribal.
L'explication à ce phénomène reste ouverte. Certaines théories
parlent d'une vague de migration venue d'ailleurs, d'autres,
comme le soutiennent l'archéologue israélien Israël
Finkelstein et de plus en plus de spécialistes, prétendent
qu'il résulterait du reflux des habitants des plaines côtières
après le déclin de la civilisation urbaine lors du Récent
Bronze s'étendant de 1550 à 1130 av.J.C.
De
la fin du treizième au début du douzième siècle av.
J.C., période coïncidant avec la fin de l'empire hittite,
les Philistins - terme duquel vient le mot « Palestine »
-, peuple d'origine égéenne, s'installent sur la plaine côtière
du pays où ils prennent le contrôle de plusieurs cités-Etats
avec l'assentiment des Egyptiens, probablement à Gaza,
Asqalon, Ashdot, Gath et Eqron. Les Egyptiens se servent des
nouveaux arrivants comme d'une aristocratie militaire
vassale, leur permettant ainsi de garder la main mise sur le
Levant alors que leur contrôle effectif sur la région
cesse.
Aux
alentours de la fin du dixième siècle av. J.C., les deux
royaumes d’Israël au nord et de Juda au sud se forment
afin de résister à la pression philistine. Ces deux
nouvelles entités émergent de la coalition des tribus
montagnardes, séparées entre elles par Jérusalem, dont
elles ne s'emparent pas encore, au contraire d'autres citées
fortifiées cananéennes. Ces tribus sont constituées par
des populations provenant peut-être de l'actuelle Syrie, du
Liban et de Palestine, mais elles sont assurément
autochtones et non étrangères au pays lors de la
constitution des deux royaumes. Cet événement amène de la
sorte à un mélange partiel entre populations cananéennes
des villes et celles des Hébreux des campagnes, avec comme
résultante syncrétique l'adoption de la langue araméenne
- langue sémitique de l'Est - par les seconds et du culte
monothéiste par les premiers.
Ainsi,
les épopées bibliques racontant la traversée du Sinaï
par les Hébreux sous la conduite de Moïse relèvent plus
de la fable et de la tradition des cercles prophétiques,
partisans d'un ordre social et religieux intransigeant.
Quant au récit (I à XII) de Josué traversant le Jourdain,
il s'agit en fait d'une reprojection sur le passé d'une
tentative avortée de reconquête lancée par le roi de Juda
Josias, ayant régné de 640 à 609 av. J.C. Enfin,
mentionnons encore que la conquête de Jéricho n'a jamais
eu lieu, les remparts de la ville étant déjà détruits à
cette époque. Le modèle généalogique dans lequel s'insère
la tradition de Jacob - les douze fils de Jacob et les douze
tribus en découlant, Genèse 25 à 35 - est le propre des
sociétés tribales recourant à ce procédé afin de se définir
une identité. Au sixième siècle av. J.C., lors de la mise
en forme du Pentateuque, ces différentes traditions sont mélangées,
l'une devenant le prologue de l'autre.
David,
seigneur de guerre et vassal philistin, créé le royaume de
Juda au cours du dixième siècle av. J.C. Il unifie les
deux royaumes au nord et au sud, mène la guerre aux
Philistins qu'il oblige à se replier sur une bande côtière
située entre Gaza et Ashdod et s'empare de Jérusalem.
Celle-ci devient propriété du roi et est rebaptisée Ville
de David. Le souverain refusant toute centralisation du
pouvoir religieux, Jérusalem ne devient que le centre du
pouvoir politique.
Ce
n'est qu'à la succession de David assurée par son fils,
Salomon, que ce dernier s'emploie à consolider son assise
temporelle en utilisant le pouvoir spirituel. Il entreprend
ainsi la construction d'un temple imposant par sa beauté et
sa taille. Jérusalem devient dès lors également le centre
religieux du pays.
A
la mort de Salomon, le royaume se scinde en deux. L'un au
Sud est appelé Juda et se démarque des territoires du Nord
qui fondent le leur, celui d’Israël. Ils nomment Jeroboam
à sa tête et adoptent la ville de Sichem pour capitale. Ce
royaume perdure depuis environ 927 à 724 av. J.C. Il
s’affirmera également comme plus puissant que son voisin
méridional qui persistera néanmoins plus longtemps
jusqu'en l'an 587 av. J.C. Des alliances entre ces deux
entités monarchiques permettent la conquête de territoires
au nord jusqu'à Byblos, au sud-est le Moab, au sud-ouest
une partie de la Transjordanie et au sud l'Edom - partie de
l'actuel Néguev.
Au
cours de la deuxième partie du huitième siècle, l'empire
assyrien s'étend à l'ouest entraînant la disparition du
royaume du Nord lors du siège de Sichem en 722 av. J.C.,
alors que le royaume de Juda subsiste en tant que vassal de
l'Assyrie. Ces conquêtes donnent lieu à de nouveaux
brassages de populations déplacées par les vainqueurs avec
pour conséquence l'adoption du culte de Yahvé par les
nouveaux arrivants.
En
605 av. J.C., les Babyloniens battent les armées du pharaon
Necho, après avoir conquis précédemment en 612 av. J.C
Ninive, la capitale assyrienne, avec le concours des Mèdes
auxquels ils s'étaient alliés. L'occupation de tous les
territoires entre l'Euphrate et la mer Méditerranée dont
le royaume de Juda, désormais vassal des Babyloniens, en découle.
L'obstination de ce dernier à ne pas se soumettre aux
nouveaux suzerains provoque le siège de Jérusalem qui
tombe en 587 av. J.C. et la destruction du Temple.
Une
nouvelle période s'instaure pour le peuple des Hébreux. En
effet, alors que sa majorité réside en Samarie et à Juda,
une partie de l'élite est déportée à Babylone - fait
constituant de la première diaspora. C'est le préambule
d'une période allant de 587 à 445 av. J.C., pendant
laquelle les Hébreux sont privés d'une entité politique.
Fait
important également, ce n'est qu'à partir de la fin de
l'histoire nationale des deux royaumes que l'on assiste à
la naissance de ce qu'on peut appeler la religion juive et
à l'émergence du judaïsme antique.
La
formation de l'empire perse sur toute la Mésopotamie en 539
av. J.C. entraîne la chute de celui de Babylone, cette
dernière étant conquise par le roi de Perse Cyrus. Les
nouveaux potentats de la région se singularisent par une étonnante
tolérance envers les autres ethnies auxquelles ils laissent
une large autonomie en plus de la liberté de culte. Ceux-ci
ne procèdent non plus pas aux déportations de populations.
Ces conditions favorisent alors en 520 av. J.C. le retour
d'une partie des déportés en Judée, devenue province
perse, où la population parle désormais l'araméen. Sous
l'influence des Juifs rentrés d'exil qui s'imposent face à
ceux qui étaient restés au pays, une communauté de type
quasi théocratique voit le jour. La reconstruction du
Temple est entreprise entre 520 et 515 av. J.C., le
sanctuaire devenant le centre national et bientôt
international de la communauté juive.

Royaume
de Herodes avec les modernes
frontières d’Israël et de la Palestine
La
Palestine est prise par Alexandre le Grand en 332 av. J.C.
dans le cadre de la conquête macédonienne de l'Orient. Au
troisième siècle av. J.C., la Palestine est contrôlée
par les Lagides - ou Ptolémées - d'Egypte, puis par les Séleucides
de Syrie dès 200 av. J.C. La communauté juive de Jérusalem
se trouve partagée entre ces deux dynasties. L'aristocratie
sacerdotale pro séleucide prônant une observance
traditionnelle de la Tora s'oppose au petit peuple pro ptolémaïque
enclin au mode de vie hellénistique. En 167 av. J.C.,
Antiochos, roi séleucide, impose la transformation de Jérusalem
en une cité sur le mode grec et non plus théocratique.
L'année suivante éclate la révolte des Maccabées donnant
naissance à la dynastie des hasmonéenne. La Judée
redevient alors pendant près d'un siècle une puissance régionale
et un Etat quasi indépendant.
En
63 av. J.C., Pompée investit la Palestine. La Judée passe
en mains romaines dans le cadre d'un protectorat. Puis sous
le règne du roi Hérode dès 40 av. J.C., on assiste à une
volonté de rassemblement de tous les tenants du judaïsme y
compris ceux de la diaspora. Jérusalem est prise en 37 av.
J.C. et agrandie pour accueillir les nouveaux venus. Le
Temple se voit conféré des dimensions monumentales. Le
royaume s'étend de la Méditerranée au Jourdain couvrant
les territoires à l'est de celui-ci, la Galilée, le Golan
et la Syrie actuelle.
A
la mort de Hérode en 4 av. J.C., le royaume de Judée est
divisé en principautés entre ses fils, mais celles-ci
passent finalement sous administration romaine. Aussi, le
judaïsme en Palestine se divise dès lors en quatre grandes
tendances : les Saducéens représentant l'aristocratie
sacerdotale liée au Temple de Jérusalem, les Pharisiens de
stricte observance de la Tora, les Esséniens, dissidents du
judaïsme « officiel » fondant des fraternités quasi
monastiques dans le désert de Juda, et les Zélotes,
mouvement de résistance armée contre le pouvoir romain.
Des
révoltes contre le pouvoir romain sont fomentées en 70 et
en 135 après J.C. Après avoir été sévèrement réprimée,
la première amène à la destruction de Jérusalem et du
Temple par Titus sous l'empereur Vespasien. La deuxième, également
tuée dans l'oeuf, décime la population des Juifs. Ceux-ci
se voient interdits de Jérusalem et de la Judée. Le judaïsme
galiléen qui n'a pour sa part pas participé à la révolte
survit
Après
la destruction du Temple en 70, la tendance pharisienne
s'impose et donne naissance vers la fin du deuxième siècle
au judaïsme « rabbinique » après que la « mishna » -
l'ensemble de la loi orale - a été mise par écrit.
Néanmoins,
l'introduction légale du Christianisme en 313 dans l'Empire
romain d'Orient menace l'entité politique juive. En effet,
l'imposition de cette religion sous le règne de l'empereur
Constantin qui s'y était lui-même converti a pour but
d'instaurer une idéologie commune aux gens de la région et
par là même de lutter contre les forces politiques
centrifuges. A cette occasion, le pouvoir romain érige des
églises à Jérusalem, Bethléem et en Galilée. La
Palestine devient la Terre Sainte pour le Christianisme
devenue religion d'Etat de tout l'Empire romain. Aussi, la
perpétuation de la nation juive devient un défi pour la
nouvelle Eglise officielle qui pousse dès lors à l'éradication
du judaïsme.
Le
peuple juif, alors persécuté par le pouvoir romain,
s'allie aux Perses qui s'imposent comme les principaux
contradicteurs des potentats de la région. A l'aube du
septième siècle, ces derniers conquièrent Jérusalem,
mais ils sont écrasés en 627 par Héraclius qui ramène la
Sainte-Croix à Jérusalem. Les Juifs sont contraints de se
convertir au Christianisme.
Dès
lors, le sort de la nation juive n'évoluera guère jusqu'à
la veille de la première guerre mondiale. En effet, la
domination romaine va laisser place à l'avènement de la
civilisation arabe dans la région, épopée dont nous
allons rappeler les lignes principales.

Construit
en 691 à Jérusalem, le Dome du Rocher , abrite le rocher
sur lequel Abraham s'apprêtait à sacrifier son fils, et
d'où Mahomet est monté au ciel. ,
Il
faut tout d'abord se remettre à l'esprit le fait qu'à l'époque
du roi Salomon, aux environs de 950 av. J.C., le Sud de la péninsule
arabique est habité par les Sabéens, peuple d'origine sémite.
Quelques huit siècles plus tard, aux environs de 115 av.
J.C., les Hymiarites de même souche sémitique unifient
tout le sud de la péninsule constituant le Yémen
d'aujourd'hui.
Les
limites de cette région touchant à celles de l'Empire
byzantin abritent différentes tribus : juives, chrétiennes
et majoritairement celles polythéistes. Elles s'articulent
autour d'activités agricoles et de transit avec les
caravanes acheminant du sud au nord l'encens et les épices
provenant d'Inde et de Chine jusqu'aux ports phéniciens.
Les mouvements de populations ont également cours puisque,
au sixième siècle, les Empires byzantin et perse peuplent
leurs frontières de tribus arabes pour qu'elles s'opposent
aux razzias des tribus nomades. Aussi, au contact de ces
deux puissances, l'Arabie est touchée par la vague monothéiste.
Cependant, la majorité des Arabes sont païens de même
qu'ils se reconnaissent comme descendants d'Abraham. Un de
leurs dieux se nomme Allah.
Selon
la tradition, Mahomet entend en 610 l'ange Gabriel lui révéler
ce que Dieu a dit à Moïse et à Jésus et que Juifs et Chrétiens
ont mal interprété. Il unifie à son tour les tribus païennes
de la péninsule autour de l'idéologie monothéiste. Le 16
juillet 622, il fuit La Mecque pour Yatrib, actuelle Médine,
acte authentifié comme le début de l'ère musulmane. Le
prophète chasse de Médine les tribus juives - appelées
Banu Qaynuqa et Banu Nadir - après plusieurs efforts de vie
commune. Ces événements ont leur importance dans le fait
qu'ils constituent les fondements trouvés dans ces conflits
au Jihad : concept de vie complexe souvent traduit et
simplifié par la notion de « guerre sainte ».
Le
lieu saint de l'Islam deviendra La Mecque en 624. En 630, la
ville devient le centre de pèlerinage après plusieurs
conflits avec sa rivale Yatrib. Cette même année verra les
victoires remportées toujours par Mahomet dans une
perspective unificatrice sur des tribus du Nord encore païennes.
Abou
Bakr succède à Mahomet en 632. Les armées arabes se
lancent à la conquête de nouveaux territoires non pas à
but expansionniste, mais au dessein de répandre l'Islam en
« dâr al-harb », c'est-à-dire en pays non musulman. En
636 elles remportent la bataille de Yarmouk face à
Heraclius. Aussi occupent-elles maintenant presque toute la
Syrie et la Palestine. Le siège et la prise de Jérusalem
suivent en 637. Cependant, cette dernière n'est pas encore
revendiquée comme ville sacrée. L'Egypte fera à son tour
les frais des invasions arabes. Alexandrie tombe en 642. Si
bien qu'en 644, l'Empire arabe couvre tous les territoires
sassanides - perses - et presque toute la partie orientale
de l'Empire byzantin. Il faut relever que la totalité de
l'immense butin ainsi amassé lors des conquêtes est partagée
à 80 % pour le calife contre 20 % pour l' « Umma », la
communauté de tous les tenants de l'Islam. Comme évoqué
précédemment, l'impérialisme poursuivi par la
civilisation arabe n'est pas expansionniste dans le but de
posséder de nouvelles terres, mais bien tributaire de la
volonté de répandre sa foi monothéiste. Ainsi, la base de
l'Etat arabe est idéologique et non pas ethnique,
territoriale ou politique.
Une
des originalités de la société découlant de cet Empire
est que deux statuts y ont cours : celui des musulmans et
celui des « dhimmis », non musulmans soumis au régime de
la « dhimma ». Celui-ci confère certains droits publics
et privés contre le paiement d'un impôt et l'obligation
d'accepter pleinement l'autorité musulmane. Enfin, il faut
préciser que le système n'est pas fermé puisque les
mawalis représentent les personnes nouvellement converties
à l'Islam et bénéficient des mêmes privilèges que les
musulmans.
Aussi,
afin d'éviter tout mélange et tout risque d'assimilation
dans des régions conquises, les nouveaux occupants arabes
vivent dans des villes laissées en marges des autres
populations. Entre 685 et 705 sous le califat d'Abd el-Malik,
l'Empire est à son apogée sous l'égide d'une politique
centralisatrice. La langue de l'administration devient
l'arabe. L'essor économique est alors important. De
somptueuses mosquées seront construites dont celle entre
688 et 692 du « Dôme du rocher » sur l'emplacement de
l’ancien Temple de Salomon. De même il fait rénover une
ancienne église byzantine en mosquée au même endroit.
Ce
fait revêt une importance toute particulière puisqu'il
confère dès lors à Jérusalem un statut de ville sainte
dans le monde musulman. L'explication du choix de ce site
comme nouveau lieu saint trouve son origine dans le fait qu'Abd
el-Malik avait perdu le contrôle de La Mecque lors de la
guerre civile l'opposant alors au calife du même endroit,
Ibn el Zobaïr. Aussi, Jérusalem devait-elle par la suite
contrebalancer l'influence de La Mecque comme lieu de pèlerinage.
La
chute de la dynastie des Omeyades marquant l'âge d'or de la
domination arabe fait place à l'avènement de celle des
Abbassides à la tête de l’Empire. Ces derniers sont des
mawalis persans qui profitent d'une série de revers
militaires ainsi que de plusieurs soulèvements dans les
possessions impérialistes pour s'imposer comme nouveaux
souverains.
L'hégémonie
arabe prend donc fin en 749. Le règne des Abbassides, lui débute
à cette date jusqu'en 945. Leur société s'illustre par un
plus grand égalitarisme. La capitale est transférée de
Damas à Bagdad, fait marquant de la passation de pouvoir
entre Arabes et Indo-Européens. On note également un
morcellement des territoires en régions autonomes dirigées
par de grands centres urbains.
Néanmoins,
pendant la période allant de 749 à 809, la culture arabe
devient celle de tous les habitants. Quant à la Syrie et à
la Palestine, elles ne retirent aucun avantage au
changement, car elles restent des provinces négligées avec
des frontières ouvertes aux tribus nomades bédouines.
La
dynastie abbasside connaîtra à son tour des problèmes qui
la mènera à sa chute. En effet, des gardes prétoriennes
turques mercenaires de l'Empire tentent de s'approprier le
pouvoir. Des « jacqueries » éclatent en Syrie, en
Palestine, dans le Jazira, en Arabie, en Basse-Egypte et en
Afrique du Nord. L'Empire byzantin d'Orient, gouverné par
la dynastie macédonienne, fera une incursion en Mésopotamie
et en Palestine pendant tout le dixième siècle, récupérant
également des territoires dans l'actuelle Italie encore aux
mains des Arabes.
Encore
à cette époque, la Palestine est le théâtre
d'affrontements entre forces égyptiennes de la dynastie des
Ikhchidites et celles des Abbassides, puis avec celles de l'émirat
des Hamdanides d'Alep. A terme, un accord est signé donnant
la Palestine aux Ikhchidites. Suit alors une forte
immigration de Juifs venant de Bagdad et de la Sawad, où la
situation est devenue incertaine.
De
970 à 1029, la Palestine demeure le champ de bataille des
diverses armées: les Grecs de Byzance, les Hamdanides, les
Bouyides de Bagdad et les Fatimides du Caire. Après ces
soixante années de guerre, le pays est ruiné. Beaucoup de
chrétiens l'ont quitté et la communauté juive en ressort
très affaiblie. 1029 marque la fin de la présence des
tribus arabes dans la contrée après qu'elles ont été
chassées par les forces égyptiennes les contraignant à se
réfugier au Hedjaz. La Palestine sera dès lors sous
l'emprise des vainqueurs jusqu'en 1069, période permettant
la reconstruction d'églises, du Saint-Sépulcre et de
synagogues.
Au
milieu du onzième siècle, les Turcs seldjoukides
investissent tout le Moyen-Orient et occupent la Palestine dès
1069. Puis, la région voit l'arrivée des barons francs
dans le cadre des croisades. A cette occasion, ils
instaurent le royaume de Jérusalem en 1099 ainsi que
d'autres principautés chrétiennes dans la partie orientale
du Croissant fertile.
L'an
1171 marque l'avènement de la dynastie sunnite des
Ayyoubides par Saladin après qu'il a renversé les
Fatimides d'Egypte. Il combat le roi de Jérusalem qu'il défait
à la bataille de Hattin en 1187 et lui prend Jérusalem. Au
terme d'un accord, le royaume pourra néanmoins subsister
jusqu 'au milieu du treizième siècle.
L'événement
- la bataille de Hattin - revêt un retentissement énorme
dans tout le monde musulman, car la conquête s'est opérée
aux cris du Jihad relayé lui-même à travers la population
par les oulémas - les docteurs de l'Islam. Ainsi, Jérusalem
était à nouveau doté d'un statut de lieu saint pour
l'Islam. Puis Frédéric II revient en Palestine en 1229 au
cours de la sixième croisade. Il obtient diplomatiquement
Bethléem, Nazareth et Jérusalem dont il devient roi.
En
1244, les forces de la dynastie mamelouk d'Egypte battent
les chrétiens et occupent Jérusalem. L'année 1258 verra
la prise de Bagdad lors du déferlement mongol sur l'Europe
de l'Est et le Proche et Moyen-Orient. L'invasion de toute
la Syrie, puis celle de la Palestine avec les redditions de
Naplouse et Gaza suivent. La Samarie est envahie. Mais en
1260, les Mongols sont défaits à Jalut prés de Nazareth
par le sultan mamelouk Qutüz qui à son tour reprend le
contrôle de la région. Quant aux dernières villes du
royaume de Jérusalem, Safed, Césarée et Jaffa, elles
tombent entre 1267 et 1268 et Saint-Jean d'Acre en 1291.
La
domination turque va dès lors se maintenir au
Proche-Orient. La dynastie mamelouk qui la dirige contrôle
l'Egypte, la Syrie et la Palestine. Le quatorzième siècle
consacre la suprématie de l'Empire de la dynastie des
Ottomans en Grèce et dans tous les Balkans.
Le
quinzième siècle voit la montée en puissance de l'Espagne
et du Portugal sur lequel le monde musulman doit céder des
territoires en Afrique du Nord. De plus, les Portugais
perturbent le trafic commercial maritime entre l'Asie et la
Méditerranée qui est dominée dans sa partie orientale par
les forces ottomanes. Aussi, la réaction de celles-ci
est-elle d'envahir au seizième siècle toute l'Afrique du
Nord à l'exception du Maroc et le Croissant fertile, ceci
afin d'assurer la pérennité des voies de communication en
Méditerranée et en Mer Rouge.
Désormais,
les grands pourvoyeurs de l'Islam sont les Indo-européens
de l'Empire ottoman turc. Ceux-ci enlèvent néanmoins tout
pouvoir politique au pouvoir religieux. La civilisation
arabe, qui la première avait répandu la parole du prophète,
n'a plus le rayonnement d'antan. Aussi, l'Empire ottoman
va-t-il constituer le canevas sur lequel le monde arabe se
forme entre les débuts des seizième et vingtième siècles.
Sous la période impériale, la société est pluriethnique
et pluriculturelle. Seule la religion détermine
l'appartenance à une forme de nation, posant la définition
du « millet » - nation à identité religieuse. Par
exemple, les mahométans sunnites du Croissant fertile
oublient leurs origines arabes, mawalis ou dhimmis pour ne
plus se considérer que comme musulmans arabophones.
Le
réveil du monde arabe ainsi que les velléités sionistes
en vue de l'établissement d'un Etat pour le peuple juif
surviendront au cours des dix-neuvième et vingtième siècles.
Ceux-ci feront l'objet de développements ultérieurs.
ANEXE - Biographie Yasser Arafat
4
août 1929, naissance
au Caire de Mohammed Abd el-Rahman Abd el-Raouf Arafat.
C’est dans cette ville qu’il effectue des études
d’ingénieur.
Dés
1948,
Il participe aux combats en Palestine, puis se réfugie à
Gaza.
De
1952 à 1956, il
est président de l’Union des étudiants palestiniens. Il
participe ensuite à la guerre de 1956 dans l’armée égyptienne.
En
1959, au
Koweït, il fonde le Fatah avec Salah Khalaf (Abou Iyad),
Khalil al Wazir (Abou Jihad) , Mahmoud Abbas (Abou Mazen) et
Farouk Kaddoumi (About Loutof)
1964 :
fondation
de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à
Jérusalem.
Après
1967 et la défaite des pays arabes, il
devient président exécutif désigné par le Conseil
national palestinien (CNP) tenu en février 1969 et est élu
président de l’organisation.
1968 :
Bataille de Karameh entre des fedayin palestiniens et
l’armée israélienne.
1972 :
Massacre de onze athlètes israéliens aux Jeux
olympiques de Munich par un commando palestinien.
En
1973, il devient commandant en chef de toutes les forces
combattantes palestiniennes.
Octobre
1974 : le sommet des pays arabes de Rabat reconnaît
l’OLP comme seul et légitime représentant du peuple
palestinien.
En
novembre 1974, à
l’assemblée générale des Nations unies à New York, il
appelle toutes les parties à rechercher une solution
pacifique pour la Palestine.
En
1982, pendant
la guerre du Liban, il quitte Beyrouth, assiégée par
l’armée israélienne, pour Tunis ou il installe les
quartiers généraux de l’OLP.
En
novembre 1988, il
proclame l’indépendance de la Palestine, fait adopter une
motion politique reconnaissant toutes les résolutions des
Nations unies et demandant l’ouverture de négociations
directes avec Israël, et reconnaît la coexistence des deux
Etats, israélien et palestinien.
En
avril 1989, il est élu président de L’Etat de Palestine par
le CNP.
En
1991, il soutient l’Irak, à l’occasion de la première
guerre du Golfe.
Depuis
1992, alors que
le processus de paix entamé à Madrid ne donnait aucun résultat,
il a mené des négociations secrètes avec Israël qui ont
conduit à la signature de la Déclaration de principes
entre l’OLP et Israël en septembre 1993.
En décembre
1994, il reçoit le prix Nobel de la paix avec
Yitzhak Rabin et Shimon Peres.
En
Juillet 1994, dans la foulée des accords d’Oslo, il
retourne à Gaza après 24 ans d’exil, met sur pied et
dirige l’Autorité nationale palestinienne (ANP). Début
de l’autonomie palestinienne à Gaza et Jéricho.
En
janvier 1996, il est élu président de l’ANP avec 87,1%
des voix lors des premières élections générales tenues
sous le contrôle d’observateurs internationaux.
En février
2003, sous la pression internationale, il est
contraint de créer le poste de Premier Ministre. Il garde
le contrôle de la Sécurité et de la politique extérieure,
alors que le Premier ministre est chargé
de l’intérieure et de la formation du
gouvernement. Mahmoud Abbas (Abou Mazen), nommé à ce
poste, démissionne le 7 septembre de la même année. Il
est remplacé par Ahmed Qorei (Abou Ala).
Depuis
décembre 2001, il était reclus et tenu quasi-prisonnier
par l’armée israélienne, dans son quartier général de
la Mokata à Ramallah.
En
novembre 2004, transféré à Paris pour y être hospitalisé,
Yasser Arafat décède dans la capitale française.
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