Chronologie
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CANAL
DE SUEZ
Reliant
la Méditerranée (Port-Saïd) à la
mer Rouge (Suez), cette voie d'eau a toujours constitué
un enjeu économique et stratégique de première
importance.
Le premier canal remonte à 2000 av. J.-C., lorsque
le pharaon Sénousret III relie les lacs Amers, qui
formaient alors un golfe sur la mer Rouge, au Nil et, de là,
à la Méditerranée. Abandonné et
remis en état à plusieurs reprises, il s'ensable
au VIIIe siècle de notre ère. C'est
Bonaparte qui, lors de sa campagne d'Égypte, imagine
à nouveau une voie d'eau, mais cette fois directe,
entre les deux mers. Le projet sera mené à bien,
sous Napoléon III, par Ferdinand de Lesseps : la Compagnie
universelle du canal maritime de Suez est créée
le 19 mai 1855, les travaux commencent le 25 avril 1859, et
l'inauguration a lieu le 17 novembre 1869.
Pour
la Grande-Bretagne, le canal
de Suez constitue une ligne de communication vitale entre
Londres et ses possessions outre-mer, aux Indes notamment
- il abrège alors de moitié le trajet des ports
britanniques à Bombay. C'est pourquoi le gouvernement
britannique, en 1875, profite d'une crise financière
égyptienne pour racheter les 177 000 actions (sur 400
000) que possédait le Khédive. À ce contrôle
financier s'ajoutera, à partir de 1882, un contrôle
physique : l'armée de Sa Majesté occupe l'Égypte
et la zone du canal. Dans cette dernière, les soldats
britanniques resteront jusqu'en... 1954 : c'est à cette
date seulement qu'un accord d'évacuation du canal est
signé entre Le Caire et Londres. Gamal Abdel Nasser,
dans un geste qui marque l'émergence politique du tiers-monde,
nationalise la Compagnie du canal le 26 juillet 1956.
Voie de communication décisive, le canal est naturellement
un enjeu pour les belligérants des guerres proche-orientales.
Il est fermé un jour durant la Première Guerre
mondiale, à la suite d'une incursion turque, et soixante-seize
jours durant la Seconde, à la suite de raids allemands.
La " bataille du canal ", que livrent aux Britanniques les
nationalistes égyptiens, le rend très peu sûr
en 1951 et 1952. L'opération israélo-franco-britannique
de Suez en entraîne la fermeture pour cinq mois et demi,
du 29 octobre 1956 au 15 avril 1957 - après le retrait
des dernières troupes de l'armée israélienne
(voir Guerre de 1956).
Mais le canal sera surtout hors d'usage entre le 5 juin 1967,
déclenchement de la guerre
des Six Jours, et le 5 juin 1975. Il aura fallu, pour
le rendre à la navigation, les accords de désengagement
conclus par Israël et l'Égypte à partir
de janvier 1974, suivis de plus d'un an de travaux, en premier
lieu de déminage : plus de 730 000 engins et explosifs
dans le canal, et près de 690 000 mines antitanks et
antipersonnel sur les berges... Rouvert le 5 juin 1975, le
canal accueille, pour la première fois, des navires
israéliens, avant que ceux-ci soient placés
(par le traité de paix israélo-égyptien
du 26 mars 1979) sur un pied d'égalité avec
tous les autres usagers de la voie d'eau.
La remise en état du canal aura également permis
d'en améliorer la navigabilité. Sa largeur ayant
été portée à 160 mètres
et le tirant d'eau à 16,2 mètres, 90 navires
peuvent passer en une seule journée. À l'issue
de l'élargissement, des navires de 150 000 tonnes en
charge, de 260 000 en charge partielle et de 370 000 à
vide peuvent traverser le canal. D'où, après
la réouverture, une progression sensible du tonnage
net annuel : de 274 millions de tonnes en 1966, il est passé
à 410 millions en 1990 - mais pour retomber à
360 millions en 1995. C'est que le canal souffre, malgré
son aménagement, du recul relatif des transports pétroliers.
De nouveaux travaux ont donc été entrepris pour
en porter la profondeur à 18 mètres, ce qui
devrait permettre le passage des navires de fort tonnage qui
contournent jusqu'ici le cap de Bonne espérance. En
outre, le général Ahmed Ali Fadel, nommé
en janvier 1996 président de l'Autorité du canal
de Suez, a immédiatement décidé de consentir
aux navires géants une réduction de 20 %, afin
qu'il " demeure la voie d'eau internationale la moins chère".
Le canal a rapporté à l'Égypte, en
1995, près de deux milliards de dollars - soit autant
que le tourisme (deux milliards), plus que le pétrole
(un milliard et demi), mais moins que les transferts de fonds
des expatriés (cinq milliards).
Outre l'adaptation de la voie d'eau, l'Égypte a décidé
d'en aménager économiquement les rives : construction
d'usines, développement de villégiatures au
bord de la Méditerranée et de la mer Rouge,
réalisation de nouvelles installations portuaires à
Port-Saïd - y compris une zone franche chinoise, destinée
au rassemblement et au chargement des produits de la République
populaire de Chine vers l'Europe et l'Afrique. Enfin un tunnel
passe, depuis 1980, à cinquante-et-un mètres
de profondeur sous le canal de Suez. Il relie l'Égypte
à la péninsule du Sinaï, évacuée
par Israël en 1982, où les autorités entendent
installer dans les deux prochaines décennies trois
millions de personnes - elle ne compte actuellement que 160
000 habitants...
Alain
Gresh - Dominique Vidal
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