Chronologie
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CONFÉRENCES
DE PAIX
Des
balbutiements de l'implantation juive en Palestine jusqu'à
la Conférence de Madrid, les relations israélo-arabes
se sont développées sous le signe de l'affrontement
- elles ont même connu, on le sait, cinq guerres
généralisées. Convaincus que l'intégration
de l'État juif dans son environnement moyen-oriental
était d'abord affaire de rapport de forces militaires,
mais également économiques et idéologiques,
les dirigeants du Yichouv, puis d'Israël n'ont
pas pour autant négligé les armes de la
diplomatie. À plusieurs reprises, de leur propre
volonté ou parce qu'ils y étaient contraints,
ils ont négocié avec leurs voisins arabes.
L'histoire montre toutefois qu'ils ont toujours préféré
inscrire ces relations avec sur le mode bilatéral,
par opposition à toute négociation de
caractère multilatéral.
La principale constante de la diplomatie sioniste, de ce point
de vue, c'est la recherche d'une entente avec la dynastie
hachémite, également principal interlocuteur
de la Grande-Bretagne. La première prise de contact
sera sans lendemain : en janvier 1919, le dirigeant sioniste
Haïm Weizmann obtient l'approbation de la Déclaration
Balfour - donc de la constitution d'un Foyer national juif
en Palestine - par le fils de l'émir Hussein, Faysal...
qui, trois mois plus tard, niera jusqu'à l'existence
de cette rencontre. Mais Faysal accède finalement au
trône d'Irak, et c'est Abdallah qui hérite en
1922 de l'émirat, fraîchement créé,
de Transjordanie : Weizmann le rencontre alors. Des historiens
lui prêtent - déjà - l'intention de miser
sur les sionistes pour renforcer la Transjordanie au détriment
des Palestiniens. Ces premiers contacts faciliteront sans
doute l'engagement de négociations secrètes,
en 1947, entre Golda Meir et Abdallah, désormais roi.
L'accord intervenu visant à partager la Palestine (et
Jérusalem) entre le futur État d'Israël
et la future Jordanie, fidèlement respecté,
malgré les vicissitudes des combats, par les deux parties,
constituera le principal résultat de la guerre de 1948-1949.
Il faudra l'engagement de la Jordanie aux côtés
de l'Égypte et de la Syrie, à la veille de la
guerre de 1967, pour que l'État juif reprenne la Cisjordanie
et Jérusalem-Est au petit fils d'Abdallah, le roi Hussein.
Ce qui n'empêchera pas, dans les années 70 et
80, les deux principaux courants politiques israéliens
d'envisager chacun leur " option jordanienne " : pour les
travaillistes, dans l'hypothèse d'une " fédération
jordano-palestinienne " ; pour certains dirigeants du Likoud,
notamment Ariel Sharon, dans l'hypothèse d'une " palestinisation
" de la Jordanie - conformément à la thèse
révisionniste selon laquelle le partage de la Palestine
a déjà eu lieu en 1922, la Jordanie tenant lieu
d'État palestinien. A peine la déclaration israélo-palestinienne
sur l'autonomie signée, la Jordanie sera la première
à en tirer les conclusions par la signature d'un traité
de paix en bonne et due forme avec Israël, le 26 octobre
1994.
Longtemps démonisée, l'Égypte fut - après,
il est vrai, qu'Anouar Al Sadate a succédé à
Gamal Abdel Nasser - l'autre partenaire privilégié
d'Israël. La visite du Raïs à Jérusalem
(1977), puis les accords de Camp David (1978) et enfin le
traité de paix égypto-israélien (1979)
font du pays arabe le plus redouté d'Israël le
premier à avoir fait la paix avec lui. La normalisation,
elle, reste à réussir...
Une autre capitale arabe avait bien failli - c'est beaucoup
moins connu - précéder Le Caire dans ce rôle
: Damas. En mars 1949, à l'issue de la première
guerre israélo-arabe et en pleines tractations sur
les termes de l'armistice, le chef de l'armée syrienne,
le colonel Husni Zaim, prend le pouvoir à l'issue d'un
coup d'État d'ailleurs pacifique. Soucieux d'obtenir
les moyens de renforcer son armée face à toute
menace extérieure ou intérieure, il compte sur
l'aide occidentale. Et comment mieux plaire à l'Ouest
qu'en se montrant flexible à l'égard d'Israël
? De fait, en juillet 1949, Zaim propose à Ben Gourion
de négocier, non un armistice, mais un véritable
traité de paix. Et de se déclarer prêt
à accueillir 300 000 réfugiés palestiniens
qui ne pourraient - ou ne voudraient - pas être rapatriés
en Israël. Mais le Premier ministre israélien,
satisfait du partage de la Palestine entre lui et le roi Abdallah,
balayera l'offre d'un revers de main. Zaim ayant été
renversé en août 1949 par un autre officier,
on ne saura jamais si le Proche-Orient n'est pas passé,
alors, à côté de la paix qu'il recherche
encore...
Malgré sa préférence pour les relations
bilatérales, l'État juif a néanmoins
été amené à prendre part à
des négociations de caractère multilatéral.
Souvent ignorée des historiens, la conférence
de Lausanne est la première du genre. Elle se tient,
avec des interruptions, du 27 avril au 14 septembre 1949,
à l'initiative de la Commission de conciliation sur
la Palestine - cet organisme de médiation a été
mis en place, le 11 décembre 1948, par l'Assemblée
générale de l'ONU pour succéder au Comte
Bernadotte, assassiné par des terroristes du Lehi
cinq mois plus tôt. La Commission est mandatée
pour favoriser - sur la base des résolutions des Nations
unies, notamment 181 (29 novembre 1947) et 194 (11 décembre
1948) - les négociations entre les parties au conflit,
soit directement, soit sous ses auspices, concernant le sort
des réfugiés (voir Expulsion et Palestiniens),
les frontières et le statut de Jérusalem. Après
quatre mois de consultations au Proche-Orient, où la
conclusion des armistices est en cours, la Commission convoque
l'ensemble des belligérants à Lausanne. Tous
répondent favorablement : les Palestiniens et les États
arabes pour tenter de regagner autour de la table une partie
du terrain perdu pendant la guerre, Israël par peur qu'un
boycottage de la conférence ne compromette ses chances
d'être admis au sein des Nations unies. Pour les mêmes
raisons, la délégation israélienne devra
signer le 12 mai un protocole également ratifié
par les représentants arabes : tous déclarent
accepter le plan de partage de novembre 1947 et la résolution
de décembre 1948 sur les réfugiés comme
base des négociations à venir. C'est un tournant
considérable, pour les Arabes amenés à
réviser - dix-huit mois plus tard - leur rejet du partage,
donc à reconnaître de facto Israël
et à négocier avec lui, mais aussi pour l'État
juif dont les acquis territoriaux et démographiques
au terme de la guerre seraient remis en cause par l'application
des résolutions 181 et 194 : retour aux frontières
dessinées par l'ONU, rapatriement des réfugiés
et même création éventuelle d'un État
palestinien, internationalisation de Jérusalem...
Exceptionnel, ce consensus restera pourtant lettre morte.
Jusqu'au bout, les dirigeants israéliens refuseront
en effet de faire, sur la question du rapatriement des réfugiés
palestiniens, le geste que les États arabes présentent
comme le préalable à toute négociation
- l'offre, en juillet 1949, d'accueillir 100 000 exilés
(sur 750 000) sera jugée insuffisante, y compris par
les États-Unis, dont elle visait à desserrer
l'étau. Car Washington exerce, à l'époque,
sur Tel Aviv une pression sans précédent - et
sans équivalent ensuite : dans une note au Premier
ministre israélien, le président Harry Truman
ira, en juin 1949, jusqu'à menacer de " considérer
comme inévitable une révision de son attitude
à l'égard d'Israël. ". Onze mois plus
tard, Américains, Français et Britanniques finiront
toutefois, avec leur " Déclaration tripartite ", par
entériner le statu quo... Mais Tel Aviv est
inébranlable. En dépit de la signature, purement
tactique, du protocole de Lausanne, David Ben Gourion et la
grande majorité du gouvernement n'entendent en aucun
cas renoncer à la seule paix qui vaille selon eux,
à savoir le partage du reste de la Palestine avec le
roi Abdallah. Et l'" appareil " diplomatique suit - bien que
le ministre des Affaires étrangères, Moshe
Sharett, semble avoir recherché sincèrement
un accord avec les Arabes, y compris les Palestiniens. Il
n'empêche. Walter Eytan, le directeur général
du ministère des Affaires étrangères,
expliquera sans détour : " Mon principal objectif
était de saper le protocole du 12 mai, que nous avions
été contraints de signer dans le cadre de notre
bataille pour être admis aux Nations unies. " Représentant
de l'État juif à l'ONU - avant d'en devenir
l'inamovible ministre des Affaires étrangères
-, Abba Eban estime que son pays n'a " pas besoin de courir
après la paix. L'armistice nous suffit. Si nous recherchons
la paix, les Arabes nous demanderont d'en payer le prix -
frontières, ou réfugiés, ou les deux.
Attendons quelques années. " Quant au chef de la
délégation israélienne à la conférence
de paix, Eliahou Sasson, il en tirera, pour sa part, une leçon
qui inspirera durablement la diplomatie de son pays. "
Les cinq mois de travail que j'ai passés à Lausanne,
écrira-t-il à Moshe Sharett, m'ont enseigné
que toute médiation étrangère - quand
bien il s'agirait de la meilleure, de la plus impartiale et
de la plus objective - devra, même avec les meilleures
intentions, nous demander des concessions sur les questions
des réfugiés, des frontières et de la
paix, ce à quoi nous devons absolument résister.
"
Il faudra vingt-quatre ans - et trois autres embrasements
- pour que les Israéliens acceptent une entorse à
cette règle... pour deux jours ! Anouar Al Sadate n'en
avait pas fait mystère : pour sortir le Proche-Orient
de l'impasse, il convenait de bousculer les deux Grands, et
seul un nouvel affrontement pourrait y parvenir. D'où
le déclenchement de la guerre de 1973, dont Égyptiens
et Syriens remportent la première manche, avant de
perdre la seconde. Inquiets du bras de fer dans lequel leurs
" protégés " respectifs les ont entraînés,
les deux Grands doivent prendre une initiative : une conférence
internationale. Proposée par le secrétaire d'État
américain Henry Kissinger, entérinée
par son homologue soviétique Andreï Gromyko, elle
est retardée par les conditions des uns et des autres
: l'Égypte veut une conférence sous les auspices
de l'ONU ; Israël au contraire préfère
ceux des États-Unis et de l'URSS, exclut la présence
de l'OLP et exige l'obtention préalable de la liste
de ses prisonniers de guerre en Syrie ; la Jordanie, elle,
entend représenter les Palestiniens ; quant à
la Syrie, elle se refuse à des négociations
fragmentaires, notamment sur les prisonniers. La conférence
est finalement convoquée par les deux Grands et placée
sous leur coprésidence, le Conseil de sécurité
de l'ONU se contentant de ratifier cette formule ; l'OLP en
est tenue à l'écart ; et Damas n'y prend pas
part. Le grand projet se réduit finalement à
peu de chose : le 21 décembre 1973, une séance
publique, au cours de laquelle interviennent Kurt Waldheim
pour les Nations unies et les cinq chefs de délégation
(Égypte, États-Unis, Israël, Jordanie et
URSS) ; le 22, une séance à huis clos débouchant
sur la mise en place de délégués permanents
de chaque pays, la constitution d'une commission militaire
égypto-israélienne et l'ouverture de négociations
bilatérales. La conférence, endormie, ne se
réveillera brièvement, en 1974, que pour une
rencontre Kissinger-Gromyko et pour la signature de l'accord
de désengagement syro-israélien. Elle n'en demeurera
pas moins, quinze ans durant, la solution miracle prônée
par l'Union soviétique avec l'appui d'une large majorité
d'États membres des Nations unies.
L'URSS finira pas obtenir satisfaction... cinq semaines avant
sa dissolution. C'est le 30 octobre 1991 que s'ouvre, à
Madrid, sous la coprésidence des États-Unis
et de l'Union soviétique, la troisième conférence
multilatérale de l'histoire du Proche-Orient (voir
documents en annexe). Le Koweït une fois libéré,
comment - à moins de justifier l'accusation de faire
" deux poids deux mesures " - ne pas se pencher sur les autres
territoires occupés, et de longue date ? Forte de ses
extraordinaires acquis durant la guerre du Golfe, Washington
entend les inscrire dans la durée en éradiquant
la principale cause d'instabilité dans la région
: le conflit israélo-arabe. Moscou, pour sa part, a
d'autant plus de facilité à suivre l'Amérique
qu'elle a toujours prôné, on l'a vu, une telle
conférence comme lieu et moyen d'un règlement
de paix. Les pays arabes, pour leur part, ont - comme en 1949
et en 1973 - plus à gagner qu'à perdre dans
un tel Forum. C'est particulièrement vrai des Palestiniens,
dont le Conseil national, conscient du caractère éminemment
défavorable des rapports de forces, estime néanmoins,
à l'instigation de Yasser Arafat, qu'il vaut mieux
" jouer sur le terrain que rester spectateur du match ".
Quant à Jérusalem, malgré ses réticences,
elle ne peut ni empêcher la tenue d'un tel forum, ni
même le boycotter : elle sait que l'administration Bush
n'hésiterait pas, le cas échéant, à
sanctionner un Israël dont la fonction, aux yeux des
États-Unis, perd de son importance devant l'effacement
de la " menace soviétique ". Sans compter que l'État
juif a réussi à limiter les frais. Il s'agit
en fin de compte d'un forum régional plutôt qu'international,
où les Nations unies sont réduites au rôle
de figurant et dans lequel l'Europe se contente d'un strapontin.
La séance formelle d'inauguration ne sert que de hors-d'oeuvre
au plat de résistance constitué par les négociations
bilatérales et multilatérales. La représentation
palestinienne est intégrée dans une délégation
jordano-palestinienne et ne comprend ni représentant
de l'extérieur ni habitant de Jérusalem-Est...
Et Itzhak Shamir gagnera son pari : transportées à
Washington pour les bilatérales, et dans diverses capitales
pour les multilatérales, les négociations lancées
à Madrid s'enliseront purement et simplement. Sans
le " miracle d'Oslo ", retour - réussi - au traitement
face à face et secret du contentieux israélo-palestinien,
la montagne de Madrid n'aurait même pas accouché
d'une souris.
Avec les négociations de paix israélo-arabes,
un nouveau type de conférence internationale, essentiellement
économique, a fait son apparition dans la région
: les deux premières du genre se sont tenues à
Casablanca, en octobre 1994, et à Amman, en octobre
1995. Impulsées par les États-Unis, soucieux
de maîtriser le développement régional
sans pour autant le financer, elles ont rassemblé des
dirigeants politiques et d'entreprises occidentaux, israéliens
et arabes dans le but d'organiser la coopération au
Proche-Orient et en Afrique du Nord. Fermées à
l'Irak, à l'Iran et à la Libye, ces réunions
n'ont pas débouché sur des décisions
spectaculaires. L'essentiel, c'est le message que l'Ouest
s'efforce d'y faire passer : l'essor de cette région
de 300 millions d'hommes passe par la libéralisation
des économies, le démantèlement du secteur
public, l'accroissement de l'investissement privé,
la fin des subventions aux produits de base, bref l'intégration
au marché mondial. Discutée à Casablanca,
prise à Amman, la décision de créer une
Banque régionale a représenté un revers
pour les Européens, mais elle reste encore à
l'état de projet.
Fin 1996, les relations entre Israël et ses voisins arabes
se déclinent de la manière suivante. L'État
juif a signé des traités de paix avec deux pays
: l'Égypte et la Jordanie. Il a établi des relations
avec la Mauritanie (ambassade), le Maroc (bureau de liaison),
Oman (représentation commerciale), Qatar (représentation
commerciale) et la Tunisie (bureau d'intérêts).
Des officiels israéliens ont d'ailleurs été
reçus dans tous ces pays, plus Bahreïn. Avec la
Syrie, la normalisation est conditionnée par un retrait
israélien du Golan que l'élection de Benyamin
Netanyahou rend très hypothétique. De même
le Liban exige, préalablement à tout accord,
un retrait israélien du sud du pays. Enfin Israël
et l'OLP se sont reconnus mutuellement. L'Arabie Saoudite,
les Émirats arabes unis, l'Irak, le Koweït, la
Libye et le Yémen n'ont - officiellement du moins -
aucun contact avec Tel Aviv.
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