Chronologie
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2000 - 2002
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Négociations
secrètes
(JORDANIE)
En
1922, les territoires sous mandat britannique situés
à l'est du fleuve Jourdain sont érigés
en principauté semi-autonome, sous la direction de
l'émir Abdallah. Celui-ci est un des fils du chérif
de La Mecque, Hussein - de la puissante famille des hachémites
- qui a levé l'étendard de la révolte
arabe contre l'Empire ottoman durant
la Première Guerre mondiale. En 1930 est créée
la Légion arabe, le coeur des forces armées
de l'Émirat, qui sera dirigée par un officier
britannique, Glubb Pacha, jusqu'en 1956.
Membre
fondateur de la Ligue arabe en 1945, la Transjordanie accède
à l'indépendance en mars 1946. L'influence de
Londres y demeure cependant prépondérante. Au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la question de Palestine
mobilise le souverain hachémite. Ne dissimulant pas
ses ambitions territoriales, encouragé par la Grande-Bretagne,
Abdallah ordonne à ses troupes de pénétrer
en Palestine, aux côtés des autres armées
arabes, en mai 1948. Quand, en avril 1949, la Transjordanie
et l'État d'Israël concluent
un armistice, le souverain hachémite peut être
satisfait du résultat : il a conquis de riches territoires
- qui seront connus sous le nom de Cisjordanie
ou Rive ouest - ainsi que la partie est de Jérusalem
et la mosquée Al Aqsa, Lieu saint de l'islam.
Ce résultat, il le doit à l'inefficience de
la Ligue arabe et aux négociations secrètes
menées avec les dirigeants sionistes, qui le feront
accuser de trahison par ses opposants arabes.
La
guerre de Palestine a profondément modifié le
profil de l'État. La population, qui était d'à
peine 500 000 à la veille de la guerre, triple en quelques
mois : 500 000 réfugiés et 500 000 Palestiniens
de la Rive ouest. Un élément de déstabilisation
s'introduit dans un État jusque-là conservateur,
à majorité bédouine. En décembre
1948, Abdallah a pris le titre de roi de Jordanie ; en avril
1949, le nom du pays devient Royaume hachémite de
Jordanie (terme déjà adopté à
l'indépendance en 1946, mais jamais appliqué).
En avril 1950, des élections tenues en Cisjordanie
et en Transjordanie entérinent l'annexion de fait de
la Rive ouest. Le 20 juillet 1951, le roi est assassiné
par un Palestinien à la mosquée Al Aqsa à
Jérusalem. Son fils Talal lui succède, mais
il ne tarde pas à abdiquer en faveur de son propre
héritier, Hussein, qui, proclamé roi, accède
effectivement au trône à sa majorité,
le 2 mai 1953. Le Moyen-Orient est alors en pleine ébullition
avec la poussée du nationalisme arabe et l'émergence
du nouveau maître de l'Égypte,
Gamal Abdel Nasser. Hussein,
qui a choisi le camp occidental, survit aux différentes
crises : celle de 1956-1957, celle de 1965-1966 qui l'oppose
à l'OLP. Il se réconcilie
avec Nasser à la veille de la guerre
de juin 1967 et son armée participe aux combats.
Le royaume y perdra des territoires conquis en 1948-1949 :
la Cisjordanie et Jérusalem-Est.
Menacé
par les fedayin entre juin 1967 et 1970, le pouvoir
liquide la présence armée palestinienne en septembre
1970 (Septembre noir)
et en juin 1971. Depuis, la dynastie hachémite n'a
connu aucune crise aussi sérieuse. La Jordanie ne participera
pas à la guerre d'octobre
1973. Les dirigeants politiques sont partagés en
deux courants : l'un favorable à un repli sur la Transjordanie
; l'autre qui n'a pas abandonné des ambitions plus
vastes. Le choix est d'autant plus ardu que les visées
territoriales affirmées d'une partie de la droite israélienne
sur la Rive est du Jourdain sont connues, et que l'impasse
ne peut conduire qu'à un nouveau conflit. Le 31 juillet
1988, dans un discours historique, le roi tranche : il renonce
à toute revendication sur la Cisjordanie. Mais cette
résolution, due principalement à l'intifada
palestinienne, ne signifie pas que la Jordanie a renoncé
à tout rôle dans la solution du conflit du Proche-Orient
comme le montre la constitution d'une délégation
jordano-palestinienne à la conférence
de la paix ouverte à Madrid le 30 octobre 1991.
Pour le souverain hachémite, il y va de la survie même
du royaume : la non-résolution du problème palestinien
risquerait d'accélérer les plans de " palestinisation
" de la Jordanie et de déstabilisation de l'État
le plus fragile du Proche-Orient. Considérée
comme un régime arabe modéré, alliée
de Washington, la monarchie n'en a pas moins pris position
contre les accords de Camp David.
Et, surtout, elle a soutenu l'Irak
dans son conflit avec l'Iran puis dans la crise
du Golfe, suscitant un refroidissement de ses relations
avec Washington et une quasi rupture avec les monarchies du
Golfe : la Jordanie paiera un prix très lourd, avec
notamment l'accueil des centaines de milliers de Palestiniens
expulsés du Koweït.
La
nouvelle donne, créée par les accords
d'Oslo, entraîne un changement de cap spectaculaire
impulsé par le roi : signature de la paix avec Israël
le 26 octobre 1994, rupture avec le pouvoir irakien, rapprochement
avec les États-Unis. L'alliance avec Israël ne
pâtit même pas de l'élection de Benyamin
Netanyahou, la Jordanie ne voyant
pas d'un très bon oeil l'évolution du Parti
travailliste vers l'acceptation d'un État palestinien.
Le pays se réconcilie avec l'Arabie
Saoudite et espère toucher les dividendes de la
paix au Proche-Orient, bien que les relations tendues avec
l'Irak, son premier partenaire commercial, ne favorisent pas
un climat de coopération régionale..
Pourtant,
ces espoirs ont été, jusqu'ici, peu fondés,
malgré l'annulation par Washington des 700 millions
de dollars de dette. Les difficultés sociales, qui
avaient déjà suscité des émeutes
de la fin en avril 1989, se sont accentuées. L'ajustement
structurel, imposé par le FMI, s'est traduit par la
disparition des subventions aux produits de première
nécessité. Les investissements étrangers,
à l'exception du secteur du tourisme, restent faibles.
Les émeutes d'août 1996, contre le doublement
du prix du pain imposé par le FMI, illustrent la fragilité
de la situation.
Sur
le plan politique, on assiste à un net durcissement
du pouvoir. La Constitution donne des pouvoirs quasi illimités
au roi, mais une expérience démocratique s'est
mise en place après les émeutes de la faim d'avril
1989 : la liberté de la presse s'est étendue
et des élections relativement libres se sont déroulées
en novembre 1989, les candidats proches des Frères
Musulmans formant le principal groupe parlementaire. Toutefois,
aux élections de novembre 1993, les premières
pluripartites, le climat a changé et le régime
impose de nouvelles règles électorales qui favorisent
les notables. L'opposition islamiste, regroupée au
sein du Front d'action islamique (FAI), perd la moitié
de ses députés et la gauche est laminée.
Le Parlement, dont les pouvoirs ont déjà été
réduits, cesse d'être une tribune significative.
La paix, qui suscite une forte opposition de la population,
a amené le roi à restreindre les libertés
et à freiner la marche vers la démocratie.
Étendue
sur près de 90 000 kilomètres carrés,
la Jordanie compte 4,9 millions d'habitants (auxquels il faut
ajouter 500 000 à 700 000 émigrés). Près
de 70 % de la population sont urbanisés, et la même
proportion est d'origine palestinienne. 90 % des habitants
sont musulmans sunnites, mais on trouve aussi un certain nombre
de chrétiens. La situation du pays est fragile et dépend
de l'aide américaine et arabe,
de l'argent envoyé par les expatriés et du tourisme.
Le pays exporte du phosphate.
Alain
Gresh - Dominique Vidal
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