
Crise de Suez , 1956
La
nationalisation du canal de Suez, le 26 juillet 1956, intervient
dans un climat assez difficile dans le monde arabo-israélien.
La réaction de la France et de l'Angleterre, cogestionnaires
du trafic sur le canal ne se fait pas attendre. La France
accélère ses livraisons d'armes à l'État
hébreu. Eden, le premier ministre anglais veut se
débarrasser de Nasser mais ne souhaite pas se brouiller
avec le reste du monde arabe. Le premier ministre israélien
est également inquiet par l'attitude de l'homme fort
du Caire. Ben Gourion déclare en effet le 17 octobre
: "le principal danger provient du dictateur égyptien
qui domine les autres États arabes et ne se lasse
pas de proclamer son intention de détruire Israël".
Le Caire refuse d'accepter le libre passage des bateaux
israéliens sur le canal. L'Union Soviétique
met son veto au vote d'une résolution pour condamner
l'Égypte.
Un scénario est mijoté en grand secret par
la France, la Grande-Bretagne et Israël. "Lorsque
les Égyptiens aurons attaqué l'Égypte,
la France et la Grande-Bretagne prendront prétexte
de ce que la sécurité du canal est en péril
pour adresser aux deux belligérants un ultimatum
les invitant à retirer leurs troupes, sans quoi elles
occuperont la zone du canal". La décision est
prise d'une attaque le 26 octobre en direction du canal
par Israël. "l'ultimatum franco-anglais sera envoyé
le 30 pour laisser aux soldats juifs le temps d'arriver
à proximité du canal, Ben Gourion acceptera
les termes de cet ultimatum en faisant reculer ses troupes
de 15 km, la RAF et l'aviation française pilonneront
les aérodromes égyptiens à partir du
31 et le corps expéditionnaire débarquera
le 6 novembre, soit le jour de l'élection présidentielle
américaine".
Eisenhower, en tournée électorale, réagit
très vivement et obtient la convocation du Conseil
de sécurité de l'ONU. Le veto de la France
et de la Grande-Bretagne empêchent le vote d'une résolution
; devant l'Assemblée générale, réunie
en session extraordinaire, une large majorité du
pays condamne Israël. Mais les troupes de l'Etat hébreu
poursuivent leur progression à l'intérieur
du Sinaï.
L'Égypte empêche la circulation sur le canal
en coulant des bateaux chargés de ciment
Le
débarquement est prévu pour le 6 novembre
; les États-Unis et le secrétaire général
de l'ONU cherchent à l'empêcher. L'Assemblée
générale demande un cessez-le-feu mais les
troupes franco-anglaises ont commencé à faire
mouvement. Le soir du 5 novembre à 20 heures, les
Soviétiques demandent une réunion d'urgence
du Conseil de sécurité et menacent : "Il
y a des pays qui n'ont pas besoin d'envoyer des forces navales
ou aériennes sur les côtes de Grande-Bretagne,
mais pourraient utiliser d'autres moyens, tels que des fusées".
Eisenhower reste persuadé que les Russes bluffent.
Les Américains rappellent aux Anglais les liens financiers
qui les unissent. En fin de matinée, Eden est informé
que Washington propose un prêt d'un milliard de dollars
si un cessez-le-feu intervient. Le premier ministre anglais
cède, appelle Guy Mollet qui renonce à son
tour.
D'après
André
Fontaine, Histoire de la guerre froide, Seuil.