Chronologie
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BEGIN
(Menahem)
(1913-1992)
Dirigeant
de la droite israélienne, il a mené celle-ci
pour la première fois au pouvoir en 1977. Il exerça
la charge de Premier ministre jusqu'à sa démission,
consécutive à la guerre du Liban.
Menahem Begin est né le 13 août 1913 en Russie,
à Brest-Litovsk, une ville à majorité
juive où le mouvement sioniste est déjà
très actif. Il en devient militant dès l'âge
de douze ans, d'abord à gauche (à l'Hachomer
Hatzaïr), puis à droite, au Betar,
l'organisation de jeunesse paramilitaire des révisionnistes
- une scission du sionisme à caractère hypernationaliste,
autoritaire, voire fascisante, créée dans les
années 20 par Zeev Jabotinsky. C'est à seize
ans que Begin fait la connaissance de celui que ses adversaires
socialistes surnomment " Vladimir Hitler " et qui prêche
la " transformation de ce pays (y compris la Transjordanie)
en un État indépendant sous la direction d'une
majorité juive bien établie " (Zeev Jabotinski,
Principes de base du révisionnisme). Enthousiaste,
il devient dirigeant du Betar au cours de ses études
de droit à Varsovie, puis permanent de l'organisation.
Mais c'est l'invasion allemande, et Begin fuit vers l'Est
: arrêté par la police secrète soviétique,
interné dans un camp de travail du cercle polaire,
il devra sa libération à l'accord passé
par Staline avec le gouvernement polonais en exil à
Londres - Brest-Litovsk était polonais entre les deux
guerres.
Enrôlé dans l'armée polonaise du général
Anders, Begin, au printemps 1942, rejoint sa femme en Palestine,
où il est nommé commissaire du Betar
et chef de l'armée secrète révisionniste,
l'Irgoun. Avec ses troupes, en 1944, il se lance -
un an après ses propres scissionnistes du Lehi,
dit " groupe Stern " - dans la lutte armée contre
l'occupant britannique. Ses attentats lui valent de sérieux
affrontements avec les organisations majoritaires, en premier
lieu la Haganah dont il dénonce l'" attentisme
" : de novembre 1944 à septembre 1945, celle-ci, sous
le nom d'" Opération saison ", conduit une véritable
chasse aux partisans de Begin. L'union cependant l'emporte
lorsque, à son tour, la Haganah décide
de s'en prendre violemment aux représentants britanniques
et, plus encore, à partir de 1947, dans les affrontements
qui les opposent aux Arabes, et qui se généralisent
après l'entrée des troupes arabes en Palestine,
le 15 mai 1948 (voir Guerre de 1948-1949).
Au cours de cette période, c'est à l'Irgoun
de Menahem Begin qu'on doit quelques-unes des actions terroristes
les plus condamnées par l'opinion, y compris juive
: l'attentat du 22 juillet 1946 contre l'hôtel King
David de Jérusalem, siège du QG britannique,
qui fait 200 morts et blessés dont de nombreux Juifs,
le massacre du village palestinien de Deir Yassin le 9 avril
1948 où périssent 250 civils et qui pousse les
populations arabes à l'exode, etc. L'affaire de l'Altalena
- un bateau affrété par l'Irgoun pour
se procurer des armes en grande quantité - sera qualifiée
par le Premier ministre Ben Gourion de " tentative pour
déborder l'armée et assassiner l'État
"...
Cette réputation d'aventurisme, de nationalisme hystérique
et de tendances factieuses pèse lourd sur l'Irgoun.
La guerre terminée, Begin dissout donc son organisation
militaire pour se reconvertir dans le combat politique : il
fonde le parti Herout (Liberté, en hébreu).
Begin s'est installé au printemps 1947 dans un appartement
à Tel Aviv, et c'est là que, trente ans plus
tard, au soir du 17 mai 1977, il apprend sa victoire. Entre-temps,
une " longue marche " patiemment menée sur quatre terrains
: la violente polémique - jusqu'à l'émeute
devant le Parlement - contre la reprise des relations avec
l'Allemagne de l'Ouest, la dénonciation de la mainmise
des socialistes sur l'État et de leur faillite souvent
scandaleuse, le rassemblement de tous les mécontents,
en premier lieu les Juifs orientaux, et bien sûr le
discours chauvin sur les droits du peuple juif à toute
sa terre de part et d'autre du Jourdain. Mais l'ascension
de Menahem Begin tient moins à ses propres efforts
qu'aux cadeaux que ne cessent de lui faire les travaillistes.
De tous, le plus beau est assurément la logique de
guerre et d'occupation dans laquelle les gouvernements socialistes
s'installent. " Désormais, écrit Eytan
Haber dans sa biographie de Begin, tout ce que prêchait
Begin ne paraissait plus de l'extrémisme. L'abîme
apparemment infranchissable qui s'ouvrait entre Begin et ses
adversaires n'existait plus. (...) Le consensus national
s'était considérablement élargi, et Menahem
Begin y tenait une place d'honneur. " Traumatisée
par le choc de Kippour (voir Guerre
de 1973) qui questionne la politique menée
depuis vingt-cinq ans, et lasse en outre d'un pouvoir travailliste
en place depuis autant, la société israélienne
ne voit d'autre issue que de tenter l'expérience. L'homme
dont Ben Gourion ne prononçait jamais le nom n'est-il
pas, de paria méprisé, devenu respectable et
respecté et, qui plus est, considéré
comme le meilleur orateur d'Israël ? Le Premier ministre
socialiste Levy Eshkol ne lui a-t-il pas, le ler
juin 1967, offert un portefeuille de ministre ? Dix ans plus
tard, il est Premier ministre, le Likoud ayant rassemblé
en 1977 33,4 % des voix, alors que le Herout de 1949
en récoltait à peine 11,5 %...
Le quasi-mutisme dans lequel Menahem Begin s'est enfermé
de son départ de la scène politique, en 1983,
jusqu'à sa mort, le 9 mars 1992, en dit cependant long
sur l'échec qu'a constitué son passage au pouvoir.
Après le succès de Camp David, il s'est en effet
lancé dans une fuite en avant sanctionnée par
une double faillite : celle de l'économie israélienne,
et celle de la guerre du Liban. En 1938, Begin avait, lors
d'un congrès, affronté son maître Jabotinsky,
et obtenu une modification du serment du Betar : "
Je préparerai mes armes pour la défense de ma
nation et je ne les porterai que pour sa défense "
était devenu, à la demande du jeune sioniste
de Brest-Litovsk : " Je préparerai mes armes pour
la défense de ma nation et la conquête de ma
patrie. " Plus qu'une nuance...
Alain Gresh - Dominique Vidal
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