
Élections palestiniennes
Quel est le programme politique du
Hamas aujourd¹hui ?
Une interview de Moshir Al Masri par Silvia
Cattori, 20 janvier 2006.
Traduit de
l'arabe en français par Marcel Charbonnier et
Ahmed Manai, membres de Tlaxcala, le réseau de
traducteurs pour la diversité linguistique. (transtlaxcala@yahoo.com).
Les élections législatives palestiniennes du 25
janvier 2006 s¹annoncent comme un séisme
politique : le Hamas pourrait emporter la majorité
des suffrages. Aussi la presse atlantiste
s’efforce par avance de diaboliser ce parti
politique. Soucieux d¹apporter une information
objective à ses lecteurs, le Réseau Voltaire a
réalisé un long entretien avec le porte-parole de
ce mouvement musulman. Répondant aux questions de
Silvia Cattori, Moshir Al Masri présente un groupe
de résistance à une situation d¹extrême violence
bien éloigné du fanatisme qu¹on lui impute.
Silvia Cattori : Après le meurtre du
Cheikh Yassine, leader spirituel du Hamas, en
2004, les autorités israéliennes ont justifié sa
liquidation en affirmant qu’il était le Ben Laden
palestinien. Ils ont répandu l’idée que le
mouvement islamique du Hamas était lié à Al Quaida.
A l’extérieur, quand les journalistes parlent du
Hamas, c’est généralement pour présenter ses
membres comme des « terroristes », et non pas
comme des résistants. On vous a reproché d’avoir
refusé le processus de paix d’Oslo, ce en quoi les
faits vous ont donné raison. L¹idée est largement
répandue que « le Hamas n’accepte pas l’existence
d’Israël, qu¹aucun juif ne pourra rester en
Palestine, que tout juif est une cible et doit
être éliminé ». Que répondez-vous à ceux qui vous
accusent de vouloir « jeter les juifs à la mer »
et de refuser « le droit d’Israël à exister » ?
Pouvez-vous préciser votre position politique sur
ces points ?
Moshir Al Masri : Tout d’abord,
permettez-nous de remercier tous les journalistes
étrangers qui partagent les souffrances et la
tristesse du peuple palestinien, qui sont dotés
d’une conscience humaine, qui comprennent
l’injustice qui pèse sur notre peuple et le
défendent. Merci à tout journaliste, homme ou
femme, qui accomplit sa mission professionnelle de
manière objective et fidèle, sans biais pro
israélien.
En ce qui concerne le rejet de l’existence
d’Israël et le refus du maintien des juifs en
Palestine, permettez-nous de faire une distinction
entre les juifs en tant que tels, c’est-à-dire en
tant qu’adeptes d’une religion, que nous
respectons et avec lesquels nous avons en partage
une histoire honorable à travers l’histoire
musulmane, et une occupation présente sur notre
territoire. Le problème n’est donc pas un problème
avec les juifs. Nous souhaitons la bienvenue aux
juifs qui veulent vivre avec nous ; c¹est là en
l’occurrence une attitude permanente que nous
constatons tout au long de l’histoire de l’Islam,
y compris déjà à l¹époque de notre Prophète,
Muhammad. Non ; le problème, c’est qu’il y a une
occupation qui pèse sur notre terre. Notre
problème est donc avec cette occupation. Par
conséquent, notre résistance est légale, en vertu
de toutes les lois et règlements internationaux.
D’ailleurs, la quasi-totalité des révolutions,
dans le monde, ont eu pour finalité de chasser une
occupation de leur territoire. Cela a été le cas
au coeur de l’Europe et en Amérique et, par
conséquent, nous avons le droit de nous défendre
et de chasser l’occupant de notre sol. Des
allégations sont soulevées, autour du mouvement
Hamas, selon lesquelles ce mouvement chercherait à
« jeter les juifs à la mer ». Ce sont là des
propos fallacieux, infondés. Nous respectons le
judaïsme en tant que religion et les juifs en tant
qu’êtres humains. En revanche, nous ne respectons
pas une occupation qui nous chasse de nos terres
et exerce à notre encontre toutes les formes
d’agression, au moyen des armes les plus atroces,
utilisées contre notre peuple palestinien. Il en
découle que la présence de cette occupation, on ne
saurait l’accepter. Permettez-moi de vous donner
un exemple, à ce sujet : si un homme possède une
maison et que quelqu’un vienne occuper cette
maison, et si ensuite le voleur accepte tout au
plus de concéder une toute petite pièce de cette
maison à son légitime propriétaire, au cours de ce
qu’il appelle lui-même des « négociations », en
lui disant : « tout le reste m’appartient »,
quelqu’un peut-il accepter une telle situation ?
Est-il acceptable d’être chassé de chez soi et
ensuite de reconnaître que sa maison appartient à
celui qui l’a volée ? Et d’aller, par-dessus le
marché, négocier avec le voleur pour tenter de
récupérer une minuscule chambre, et supporter ses
atermoiements ? Alors même qu’en plus, le voleur
tue vos enfants, défonce vos cultures et détruit
votre gagne-pain ? Non. Aucune religion n’accepte
cela. Ni aucune personne dotée de raison.
S.C. - Fin 2002, quand j’ai rencontré le
Dr Rantissi vous n’étiez pas encore forcés de
vivre cachés. Depuis 2003, les choses se sont
considérablement durcies : le Hamas a été inscrit
sur la liste noire des organisations
« terroristes » ; il y a eu l’assassinat du Dr
Rantissi et de centaines d’autres cadres
importants. Comment ressentez-vous le fait
qu’aucune instance, aucun Etat occidental ne
prenne en compte la gravité des violations de la
légalité internationale par Israël, et fasse de
vous un ennemi ? Que dans le cas d’Israël qui
bafoue les principes de justice et la vie humaine,
qui a violé plus de 65 résolutions du Conseil de
Sécurité, le droit international ne s’applique
pas ?
Moshir Al Masri : En ce qui concerne la
classification du Hamas dans les mouvements
« terroristes », je répondrai qu’assurément cette
qualification n’est ni fondée, ni admissible : le
Hamas exerce une résistance honorable et
équilibrée. Dire de lui qu’il s’agirait d’un
mouvement « terroriste » est inacceptable. Nous ne
sommes pas des « terroristes », nous ne prônons
pas l’assassinat, nous ne volons pas autrui et
nous ne sommes pas les occupants, que je sache,
pour être ainsi qualifiés. Nous nous défendons
face aux incursions, face aux arrestations, face
aux assassinats ciblés, face à l’utilisation par
Israël des armes les plus cruelles pour frapper
sans pitié et arbitrairement des civils. Nous
avons le droit de nous défendre. Mais il est
évident que les Etats-Unis sont ouvertement de
parti pris en faveur d’Israël. Et puis il y a
aussi cette faiblesse de l’Europe face à la
position américaine. Nous ne pouvons que constater
qu’il en découle une connivence européenne avec
Israël, fondée sur l¹alignement pro-israélien de
l’administration américaine. Nous appelons les
citoyens du monde entier à réexaminer la nature du
conflit palestino-sioniste et à comprendre, devant
la trêve que nous avons observée et que les
Israéliens ont violée, que le problème n’est pas
du côté du peuple palestinien, pas du côté de sa
résistance légitime, mais bien du côté de
l’agression dont notre peuple est victime.
S.C. - Au moindre acte de résistance non
violente ou violente, Israël vous envoie ses
bombardiers. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il
vous harcèle pour vous pousser à la faute et
justifier ensuite aux yeux du monde l’usage de la
force. Face à la domination d’Israël, à qui les
instances étatiques internationales donnent carte
blanche pour vous massacrer, n’est-il pas
suicidaire de vouloir riposter par les armes ?
Moshir Al Masri : Au sujet de ce qu’on a
coutume dappeler « l’équilibre des forces »,
permettez-nous d’insister sur le fait que tout
pays occupé, dès lors qu’il lutte contre une
occupation militaire, ne bénéficie certainement
pas d’un rapport de force favorable. Sinon, si les
forces étaient équilibrées, l’armée d¹occupation
ne pourrait pas maintenir une minute de plus son
occupation du pays en question et de son peuple.
Bien entendu, les forces sont totalement
déséquilibrées, et nous sommes faibles. Mais
faibles, nous le sommes en raison de notre manque
d’armes, et certainement pas dans notre
détermination et notre volonté de tenir face aux
armes israéliennes ultramodernes et sophistiquées.
Nous avons la volonté des montagnes. Nous avons
pour nous le droit, et nous sommes prêts à tout
sacrifier, je dis bien tout, pour recouvrer notre
droit usurpé et violé. Par conséquent, cet
équilibre des forces, il est vraisemblable que
nous parviendrons, petit à petit, à le créer. De
son début, jusqu’à son terme, l’Intifada a changé
de tactique militaire, passant d’un mode d’action
à un autre, jusqu’à être en mesure de porter des
coups à l’ennemi et à arrêter son agression
permanente contre notre peuple.
S.C. - Quelle a été la politique de
Yasser Arafat vis-à-vis du Hamas ? Et quelle est
aujourd’hui celle d¹Abou Mazen ?
Moshir Al Masri : La politique vis-à-vis du
mouvement Hamas du président disparu Abu Ammar
[Yasser Arafat] que Dieu l’accepte dans Sa
miséricorde ! était une politique fluctuante,
variant d’un instant à l’autre. Une chose est
sûre : en ‘996, l’Autorité palestinienne a eu une
politique faite d’arrogance et d’arbitraire à
l’encontre du Hamas ; elle a jeté en prison ses
militants et ses dirigeants, qu’elle a pourchassés
jusqu’à imposer l’assignation domiciliaire au
Shaïkh Ahmad Yassine. Nous avons patienté, nous
avons surmonté nos blessures. Non pas par
faiblesse, mais par respect pour le sang
palestinien et afin de préserver l’union
nationale. A l’inverse, il y a eu des périodes où
la relation entre le Hamas et le président Abu
Ammar était une relation solide : il y avait alors
interaction. Cette relation, on le voit, n’était
pas monocolore : au contraire, elle a pris de
multiples colorations, des plus variées. En ce qui
concerne, cette fois, nos relations avec le
président Abu Mazen [Mahmud Abbas] : jusqu’ici, le
président Abu Mazen est un homme faible. Nous
sommes tombés d¹accord avec lui sur beaucoup de
points, mais les décisions prises n’ont pas trouvé
de traduction concrète sur le terrain et, jusqu¹à
présent, il est impossible de procéder à une
véritable évaluation de sa politique. D’une part
parce que l’expérience n’est pas assez longue pour
permettre cette évaluation, mais surtout, d’autre
part, parce qu’Abu Mazen n’a mis en application
réelle aucun projet politique sur l’arène
palestinienne, à l’aune duquel nous soyons en
mesure de le juger.
S.C. - Plus de 650 000 Palestiniens sont passés
par les prisons israéliennes et beaucoup ont été
soumis à des tortures traumatisantes. Il y a
actuellement en Israël 9 200 prisonniers
palestiniens. Comme vous le savez, la police du
Shabak se sert de techniques sophistiquées pour
les dégrader, les humilier, les transformer en
collaborateurs. On peut s’étonner que l’Autorité
palestinienne n’ait pas exigé avec plus
d’insistance la libération des prisonniers, comme
préalable à toute négociation ! Des centaines de
militants du Hamas et du Jihad ont été arrêtés, au
cours des derniers mois, en Cisjordanie. Ces
arrestations et ces assassinats auraient-ils pu
réussir de manière si massive, sans la
collaboration des services de sécurité
palestiniens avec le Shin Beth ?
Moshir Al Masri : En ce qui concerne les
arrestations et les assassinats « ciblés », il
faut savoir qu’ils n’auraient jamais pu se
produire sans la coopération des services de
sécurité palestiniens avec le Shin Bet. Nous
affirmons qu’il y a eu un pacte, par lequel
l¹Autorité palestinienne s’est liée les poings
face à l’ennemi israélien et qu’aux termes de ce
pacte, il y avait une coordination sécuritaire qui
a placé l’arène palestinienne dans une terrible
impasse et dans des dissensions intestines. Les
arrestations, les chasses à l¹homme, les
assignations domiciliaires n’ont pu être imposées
aux militants et aux dirigeants du Hamas qu’en
raison de cette coopération sécuritaire entre
[responsables] palestiniens et israéliens. En ce
qui concerne les assassinats ciblés et les
arrestations, il est évident qu¹il existe tout un
réseau de traîtres, qui vont et viennent librement
en Palestine. Ce sont eux qui jouent un rôle
essentiel direct dans les opérations d’élimination
israéliennes. Il en va de même des incursions et
des rafles. Malheureusement, l’Autorité
palestinienne n’a pas été à la hauteur de ses
responsabilités, dans ce domaine, et nous n’avons
pas voulu nous charger de cette tâche d’ordre
public, afin de ne pas créer des dissensions dans
l’arène palestinienne, et aussi afin qu’on ne
puisse pas dire de nous que nous aurions été un
Etat dans l¹Etat. Nous ne dirigeons nos armes que
contre ceux qui nous agressent et il incombe à la
justice palestinienne de prendre ses
responsabilités et de régler tout problème
interne. Il est évident que l’Autorité
palestinienne s’est elle-même liée les mains, en
signant des accords qui nous interdisent de
pourchasser les traîtres, qui pratiquent
l’assassinat de nos concitoyens en désignant aux
forces d’occupation les endroits où se cachent des
Palestiniens [résistants] pourchassés, qu’elles
recherchent afin de les arrêter, voire, plus
fréquemment encore, de les assassiner.
S.C. Il est apparu que l’Autorité
palestinienne, après avoir mis son peuple dans une
situation impossible - en l¹appelant à la
cessation de la lutte armée avant même la
libération nationale et après avoir signé avec
Israël des traités « entre deux parties », a fait
disparaître le terme « ennemi israélien » de son
vocabulaire. Récemment le « droit au retour », a
également été évacué du vocabulaire des dirigeants
palestiniens qui parlent maintenant « d’une
solution au problème des réfugiés » mais pas de
droit. Pendant ce temps, l’argent se déverse à
flot dans les caisses d’Abou Mazen. Est-ce un
hasard ? Cet argent n’est-il pas destiné à acheter
toute une élite politique et une classe moyenne
susceptibles de renoncer à la lutte nationale de
libération ? Quelle est aujourd¹hui la position du
Hamas vis-à-vis de l’Autorité palestinienne ?
Moshir Al Masri : En ce qui concerne la
modification de la terminologie et de
l¹utilisation, ou de l¹interdiction, de
l’expression « ennemi israélien », l’Autorité
palestinienne a oeuvré, de conserve avec l¹ennemi
israélien, en vertu d’un accord sécuritaire conclu
entre eux, à faire disparaître beaucoup de
concepts et à tenter de les effacer de l’esprit
des diverses générations de Palestiniens. Mais
l’Intifada bénie d’Al-Aqçâ a remis ces définitions
et ces concepts à l’ordre du jour, d’une manière
encore plus forte qu’auparavant et, cela, grâce
surtout aux agissements de l’occupant, faits de
crimes et de massacres des plus horribles
perpétrés contre les enfants de notre peuple.
Oui, il y a une faiblesse insigne, dans l’action
de l’Autorité palestinienne, à bien des égards. Et
comme par hasard, ce sont ses responsables qui
veulent changer le vocabulaire. Mais les
définitions du peuple ne sont pas celles des
représentants de l’autorité. Il en va de même en
ce qui concerne le droit au retour des réfugiés
palestiniens. Quand un responsable palestinien
parle de « résoudre le « problème » des
réfugiés », on peut voir là une concession
exorbitante, provenant de ce côté-là. Nous parlons
ici des millions d¹enfants de notre peuple (plus
de cinq millions de Palestiniens) qui sont exilés,
chassés, éparpillés dans la quasi totalité des
pays du monde et qui ont le droit de revenir chez
eux, sur leurs terres, dans leur patrie dont on
les a chassés par la force. Ce sont là les termes
qu’utilisent le peuple et les combattants. Ce que
disent certains responsables palestiniens n’est
pas représentatif de l’ensemble des palestiniens.
S.C. - Le Congrès pour le « droit au retour »
réuni à Nazareth en décembre 2005, a mis en garde
ceux qui veulent vous imposer la reconnaissance de
l’Etat d’Israël en tant qu¹Etat juif et évacuer le
droit au retour. Ce droit demeure-t-il pour vous
la pierre d¹achoppement, « un droit inaliénable »
sur lequel nul ne peut revenir ?
Moshir Al Masri : En ce qui concerne
l’imposition d’une reconnaissance arabe et
palestinienne de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat
juif et la reconnaissance du fait accompli, je
pense que cette reconnaissance de l’Etat d’Israël
est extrêmement dangereuse, car elle signifie
l’abandon du droit palestinien, et elle signifie
que la politique du fait accompli s’est imposée
définitivement au monde arabo-musulman. Nous
accueillons à bras ouverts les juifs en tant que
tels, mais nous n¹accueillons pas à bras ouverts
une occupation qui écrase notre terre et notre
peuple. Comme je l’ai déjà dit, nous ne pouvons
accepter d’être chassés de chez nous, de nos
maisons, de nos terres, après quoi nous
reviendrions prendre possession d’une portion
congrue de ces terres et nous reconnaîtrions au
voleur la propriété de tout le reste, en disant
que cela lui revient de droit et en consacrant ce
droit devant le monde entier. C¹est la raison pour
laquelle, nous, au Hamas, nous mettons en garde
toutes les parties prenantes contre les
conséquences terribles qu’aurait le fait de tomber
dans le piège israélien consistant à consacrer la
politique israélienne des faits accomplis.
S.C. - L¹autorité palestinienne a tout misé sur
la création d’un Etat palestinien indépendant.
Mais les Palestiniens étaient-ils prêts à accepter
un Etat sur 8 % des terres historiques pour tout
règlement des torts causés par Israël depuis
1948 ? Un Etat unique où juifs et non juifs vivent
avec des droits égaux ne serait-il pas une
solution plus équitable ?
Moshir Al Masri : Je tiens à dire que le
mouvement Hamas croit aux solutions par étapes,
mais pas aux solutions basées sur des concessions.
C’est ce qu’avait affirmé le Shaïkh Yassine,
fondateur et dirigeant du Hamas, il y a plus de
quinze ans. Il avait dit : « Nous pouvons accepter
la création d¹un Etat en Cisjordanie, dans la
bande de Gaza et à Jérusalem Est, avec le retour
des réfugiés et la libération de tous les
prisonniers. C’est alors que nous pourrons signer
une trêve sur le long terme, pour dix ans s’il le
faut, voire même plus ». Mais il est évident que
l’ennemi sioniste veut perpétuer son occupation.
La preuve en est que Sharon, après avoir vendu son
retrait de Gaza, en le présentant comme une
« concession douloureuse », revient à Gaza et y
assassine, y bombarde, y frappe, et revient au
nord de la bande de Gaza pour y établir un no
man¹s land. On le voit : il ne connaît que le
langage de l’occupation. Il ne sait pas ce que
veut dire une trêve, comme le montre sa violation
de la trêve actuelle, et il ne connaît pas le
langage de la paix. Il ne connaît que le langage
du crime et de la terreur contre notre peuple. Par
conséquent, nous confirmons notre adhésion à des
solutions par étapes, mais, en contrepartie, nous
ne saurions reconnaître l’occupation de notre
territoire. C’est pourquoi le reste du monde doit
se rassembler afin de se tenir aux côtés de notre
peuple endeuillé et meurtri, dont le territoire
est occupé, dont les lieux saints sont violés et
dont les enfants sont les victimes de la pire
agression. Quant à la création d’un Etat qui
réunirait les juifs et les Palestiniens, nous
n¹avons cessé d’affirmer mais je veux bien le
réaffirmer encore une fois que nous avons vécu
avec les juifs tout au long de l¹histoire
islamique, qu’en tant que Dhimmis, dans l’Etat
musulman, ils bénéficiaient des mêmes avantages et
ils étaient soumis aux mêmes obligations que
nous ; ils faisaient partie de notre patrie.
Encore une fois : le problème n’est pas avec les
juifs. Le seul problème que nous ayons, c’est avec
l’occupation israélienne.
S.C. - Après le retrait des colons de
Gaza, la communauté internationale a considéré ce
retrait comme une avancée vers la paix. Or ; où
est la paix ? Votre mouvement a affirmé que Gaza
était libérée. Or, ceux qui l’ont visitée
récemment ont rapporté que le million et demi de
Palestiniens qui l’habitent, demeurent sous le
contrôle absolu d’Israël ; surveillance et
coercition qui vont encore s’accroître par la
construction par Israël de la triple barrière
munie de mitrailleuses télécommandées, de
détecteurs électroniques et optiques. Plutôt que
de parler de libération, pourquoi n’avoir pas
dénoncé le fait que les habitants de Gaza sont
emmurés derrière des barrières, dans un camp de
concentration ?
Moshir Al Masri : Oui. Il est clair que ce
qu’a voulu vendre Sharon, c’est un mensonge. En
effet, le retrait de la bande de Gaza n’est pas un
véritable retrait, ni un retrait total. Israël
continue à occuper l’espace aérien de Gaza : ses
avions ne cessent de survoler Gaza, les
bombardements continuent et les simulacres
d’attaques aussi, ainsi que les assassinats ciblés
depuis les airs, par drones et missiles. Il en va
de même de l’encerclement terrestre et maritime, y
compris du point de passage de Rafah, qui est
l’unique issue laissée au peuple palestinien
vivant dans la bande de Gaza : il est truffé de
caméras, il y a des commissions sécuritaires
mixtes, qui interrogent toute personne qui entre
dans la bande de Gaza ou qui en sort, même s’il
n¹y a plus de présence militaire israélienne
effective. Il en résulte que nous vivons dans une
immense prison, dans la bande de Gaza, et que
l’ennemi israélien n¹a fait aucune concession. Il
ne s¹est retiré de Gaza que sous les coups de la
résistance : il a lui-même reconnu ne plus pouvoir
supporter le fardeau sécuritaire qui pesait sur
ses épaules en raison de son occupation de la
bande de Gaza, en particulier dans les colonies,
en butte aux frappes de la résistance
palestinienne, en dépit des moyens rudimentaires
de celle-ci, qui a néanmoins réussi à atteindre
l’ennemi israélien en lui infligeant une dure
leçon et en lui apprenant que la terre
palestinienne ne saurait tolérer la perpétuation
de son occupation par Israël.
S.C. - Contrairement à l’ANC en Afrique
du Sud, ni Arafat ni Abou Mazen n’ont jamais
appelé au boycott international, ni à la lutte
civile, ni à des sanctions punitives contre
Israël. Le président de l’Université palestinienne
Al Quds s’est même élevé contre le boycott des
universités israéliennes lancé par des
Britanniques. Comment expliquez-vous une telle
soumission à Israël, alors que les Palestiniens
attendent de leurs autorités qu’elles défendent
leur cause ?
S.C.
- Contrairement à l’ANC en Afrique du Sud, ni
Arafat ni Abou Mazen n’ont jamais appelé au
boycott international, ni à la lutte civile, ni à
des sanctions punitives contre Israël. Le
président de l’Université palestinienne Al Quds
s’est même élevé contre le boycott des universités
israéliennes lancé par des Britanniques. Comment
expliquez-vous une telle soumission à Israël,
alors que les Palestiniens attendent de leurs
autorités qu’elles défendent leur cause ?
Moshir Al Masri : Il est clair que
l¹Autorité palestinienne est en train de connaître
une dérive dangereuse et que certains de ses
dirigeants s’accrochent à leur fauteuil. Ils sont
prêts à faire toutes les concessions possibles et
imaginables. C’est ce dont nous nous sommes rendu
compte, avec le genre d’accord qu’ils ont signés :
il n’y avait pas de position solide de l’Autorité
palestinienne qui fût en mesure de mettre un terme
à l’agression sioniste contre le peuple
palestinien. Le discours dominant, c’était celui
des concessions : c’est cette langue des
concessions qui s’est imposée la plupart du temps,
à un point tel que le président d’une université
palestinienne a osé protester, vous avez tout à
fait raison, contre le boycott des universités
israéliennes, comme si nous vivions avec Israël
dans un même cadre, en oubliant totalement notre
sang versé, la confiscation de nos terres et la
mise sous occupation de toutes les possibilités du
peuple palestinien ! Oui, hélas, il y a une
soumission, de la part de l’Autorité, à
l’administration israélienne, en échange de
non-concessions israéliennes vis-à-vis de
l’Autorité. Et cela, parce que celle-ci s’est liée
les mains avec des accords dont elle est incapable
de s’extraire, au moment même où Sharon et
consorts nient les accords dont il est question,
en déclarant que les accords d¹Oslo n’ont plus
d’existence pratique, sur le terrain.
S.C. - Les parlementaires européens -
gauche et droite - ont voté en 2004, à une large
majorité, une résolution dite " Paix et Dignité au
Proche-Orient" qui exige de l’Autorité
palestinienne de mener une lutte contre les actes
de terrorisme. Cette résolution :
« réitère sa ferme condamnation ainsi que le
rejet de tout acte de terrorisme commis par des
organisations terroristes palestiniennes contre le
peuple israélien, et exige que l’Autorité
nationale palestinienne mène une lutte sans merci
contre ces actes de terrorisme jusqu’au
démantèlement total de ces organisations »
« déclare expressément que le terrorisme
palestinien, que ses victimes soient civiles ou
militaires, non seulement est responsable de
nombreuses victimes innocentes, ce qui le rend des
plus condamnables, mais en plus nuit gravement au
processus de paix que l’on veut reprendre ». _
Que dites-vous à l¹Europe ?
Moshir Al Masri : En ce qui concerne les
« terroristes », et l’affirmation selon laquelle
la résistance non seulement tuerait des innocents,
mais ferait obstacle au processus de paix, nous
disons : « Observons attentivement et précisément
la scène palestinienne et les événements qui s’y
sont produits depuis la signature de l’accord de
paix entre Palestiniens et Israéliens. Qui a
commencé à tuer ? Qui a perpétré des massacres le
premier ? Comment l’Intifada d¹Al-Aqçâ, que nous
continuons à vivre aujourd’hui, a-t-elle débuté ?
Ne serait-ce pas, par hasard, avec la visite
provocatrice de Sharon à la Mosquée Al-Aqçâ, bénie
et sainte pour les musulmans et pour le peuple
palestinien ? Les fidèles [musulmans] ayant
protesté, les forces de l’occupation ont abattu
des dizaines d’entre eux, en quelques instants.
C’est alors que les foules se sont levées,
partout, afin de défendre leurs lieux saints,
comme c’était leur droit et leur devoir. La
première Intifada, quant à elle, n’avait-elle pas
éclaté après qu’un colon eut écrasé volontairement
sept ouvriers palestiniens à Jabalya ? Par
conséquent, nous défendons notre peuple, et ceux
qui nous qualifient de « terroristes » se
trompent ; ils doivent reconsidérer leur
appréciation. Nous ne sommes pas des
« terroristes ». Nous prônons la vie, nous prônons
un projet de libération, nous défendons la dignité
et la légitime fierté. Il faut que le monde
européen cesse d¹être le complice de l’Amérique,
dans son alignement patent sur l’ennemi israélien.
Si vous étudiez et examinez précisément les
problèmes en jeu sur l’arène palestinienne, vous
comprendrez que, dans la quasi totalité des cas,
c’est l’occupation qui provoque les problèmes.
S.C. - Le récent succès électoral du
Hamas a jeté un vent de panique au sein de
l’Autorité palestinienne. Pensez-vous qu’après
avoir régné durant douze ans en maître absolu,
s’être enlisée dans des négociations « de paix »
qui ne menaient qu’à plus de souffrances pour les
Palestiniens, sera-t-elle capable de renoncer aux
privilèges acquis aux dépens de son peuple et
d’accepter le message que ce dernier lui envoie ?
Moshir Al Masri : Nous pensons qu’un des
principes de la démocratie, c’est l’acceptation
des résultats des élections. La nation n’est le
monopole de personne, elle appartient à tout le
monde. Le mouvement Hamas tient à rassurer tout le
monde, l’Europe, l’Amérique et le monde entier,
ainsi que l’Autorité palestinienne : nous n’avons
nullement l’intention de prendre la place de qui
que ce soit dans ces élections, ni de contester
quiconque. Nous voulons consacrer une nouvelle
étape, celle de la participation politique, afin
d’en finir avec l’exclusive dans la prise de
décision politique palestinienne. Cette étape sera
aussi celle de l’union nationale face aux défis
propres à cette étape : ce peuple qui a fait les
plus grands sacrifices pour contraindre l’occupant
à se retirer d’une partie de son territoire doit
aujourd’hui pouvoir vivre une vie tranquille et
décente, loin des manifestations d’anarchie et
d’insécurité, provoquées la plupart du temps par
les services dits « de sécurité » eux-mêmes, loin
du système du piston et des pots-de-vin, loin de
la perte des repères, du vide devant l’inconnu,
qui dominent actuellement la scène palestinienne.
C’est la raison pour laquelle le Hamas a voulu
participer sans plus tarder aux élections
législatives, afin de tenter de sauver la scène
palestinienne de cette situation délétère.
S.C. - C¹est pour le peuple palestinien une
situation on ne peut plus déprimante. Rien de ce
que l’Autorité palestinienne avait promis n¹a été
réalisé. Mais si les Palestiniens lui ont tourné
le dos, cela ne veut pas dire, pour autant, qu’ils
adhèrent à votre programme ?
Moshir Al Masri : Il est clair qu’en raison
de la monopolisation du pouvoir par l’Autorité
palestinienne, qui prend seule toutes les
décisions concernant l’avenir du peuple
palestinien depuis dix ans, et d’autre part du
succès du mouvement Hamas et de son programme en
matière de résistance légitimement reconnue par le
droit international et du fait que ce mouvement a
été le porteur des préoccupations du peuple
palestinien et de la bannière du changement et de
la réforme, on a assisté à un rassemblement
populaire autour du Hamas. De plus, le peuple
palestinien est un peuple musulman en majorité.
Or, le Hamas est un mouvement musulman, qui veut
que notre peuple vive l’Islam comme une réalité
concrète autant que cela nous est possible. Il est
clair que l’Autorité palestinienne n’a pas tiré
les leçons de ses erreurs, et que sa situation est
déplorable. Elle est même incapable de tenir tête
à ceux de ses membres qui pratiquent des
enlèvements d’étrangers, qui nuisent à l’image
honorable de notre peuple, ou qui pratiquent les
occupations de diverses institutions, le racket et
l’intimidation. Tout ceci fait que l’Autorité
palestinienne traverse une période de grande
faiblesse et de décomposition. C’est la raison
pour laquelle nous avons tenu à participer aux
élections, afin que l¹Autorité recouvre son
prestige et que le droit retrouve sa primauté.
Nous voulons créer une Autorité palestinienne
respectable, afin que le peuple palestinien puisse
la respecter.
S.C. - Sauf à Ramallah, durant l’année
écoulée, lors des élections locales, le Hamas a
récolté plus de 50 % des voix. Le FPLP, parti de
gauche, a dans certaines villes fait alliance avec
vous. Cela tend-il à démontrer qu¹il ne s’agit pas
de voter pour une religion mais pour des hommes et
des femmes intègres qui, contrairement aux cadres
du Fatah, n’ont jamais abandonné la lutte de
libération ?
Moshir Al Masri : Le fait que le Hamas
conclut des alliances avec le Front Populaire de
Libération de la Palestine ou d’autres
organisations, confirme qu’il n’est pas un
mouvement sectaire, ni sclérosé, ni replié sur
lui-même. Le Hamas est un mouvement qui s’affirme
comme une page ouverte à tous, comme un mouvement
prêt à s’allier avec tous les enfants de notre
peuple palestinien, afin de défendre les intérêts
supérieurs de notre peuple, dans le cadre d’un
changement et d’une réforme réels dans l’arène
palestinienne. C’est de là que découle le soutien
apporté par le Hamas à une candidate de gauche à
la mairie de Ramallah, soutien qui n’est pas un
cas unique, loin de là. Nous disons à tous que
nous ne voulons prendre la place de personne, nous
ne voulons évincer personne. Nous voulons vivre
une existence digne et tranquille, à l’abri de
tous les phénomènes que connaît la scène
palestinienne depuis dix ans. Nous voulons
convenir d’une stratégie bien définie qui protège
les droits du peuple palestinien et préserve ses
avancées, sans considération sur les appartenances
de ces alliés : il suffit qu’ils soient
Palestiniens et qu’ils veuillent servir la cause
du peuple palestinien.
S.C. - Pourquoi avez-vous pris le parti de
participer à ces élections alors que le Jihad
islamique, lui, s’est abstenu ? Des élections sous
occupation ne détournent-elles pas les
Palestiniens de l’essentiel ? La priorité
n’est-elle pas de nouer le dialogue
inter-palestinien pour relancer la lutte
nationale ?
Moshir Al Masri : Quelles sont les
priorités du Hamas, dans la période actuelle ?
Mettons les points sur les « i » : le Hamas a
trois priorités, dont aucune n’est caduque, ni
moins importante que les autres. La première
priorité, c’est le renforcement de l’unité
interne, étant donné que c’est cette unité qui est
à même de protéger ‘l’arène palestinienne contre
tout développement dangereux. La seconde, c’est le
renforcement de la participation politique, qui
représente une option susceptible de sauver la
scène palestinienne du marasme actuel. Le
troisième point, c’est le renforcement du
programme de la résistance en tant que choix
stratégique de notre peuple, tant qu’une
occupation continuera à peser sur notre terre et
tant que se poursuivra l’agression continue contre
notre peuple. Ce choix a été celui de toutes les
révolutions de par le monde, y compris en Europe
et en Amérique. Il s’agit d¹un choix reconnu par
le droit international.
S.C. - La participation du Hamas aux
élections législatives palestiniennes, dans les
territoires sous contrôle de l’Autorité
Palestinienne, a été mise en cause par Javier
Solana. Celui-ci, reprenant la menace des
Etats-Unis, a fait pression sur les Palestiniens
en affirmant que si le Hamas remportait les
élections, l’aide financière de l¹Europe serait
suspendue. Ce qui indique que l’Europe ne
reconnaît pas aux Palestiniens le droit de choisir
leurs propres représentants ni celui de résister.
Ce chantage, qui menace les Palestiniens d’un
étranglement financier, donc de les rendre encore
plus faibles face à l’occupant, empêchera-t-il les
Palestiniens de voter pour les candidats du Hamas
ou du FPLP ?
Moshir Al Masri : En ce qui concerne la
question de savoir si les menaces européennes et
les menaces américaines de couper les aides sont
susceptibles de dissuader notre peuple de soutenir
le Hamas, je répondrai que je pense que les
déclarations tant européennes qu’américaines à cet
effet ont coïncidé avec la quatrième étape des
élections municipales palestiniennes, en
particulier dans les plus grandes villes. Or, quel
en a été l’effet ? Le Hamas a remporté les
élections dans les plus grandes villes
palestiniennes, comme Naplouse, El-Biréh, Ramallah
ou Jénine. Par conséquent, notre peuple
palestinien est un peuple qui compte
essentiellement sur Dieu Qu’Il soit exalté !
et qui connaît ce verset coranique « C’est dans le
ciel que se trouve la véritable vie qui vous a été
promise ». Le peuple sait très bien qu’il y a un
complot international ourdi contre lui. Par
conséquent, il veut choisir ceux qui seront
capables de porter sa préoccupation et ceux dont
il sait, de confiance, qu’ils seront dignes de la
mission qu’il leur aura confiée, par la grâce de
Dieu ! Nous, au Hamas, nous avons fait nos
preuves, au fil des années, dans de nombreuses
institutions, syndicats, coopératives, ou autres,
et nous avons donné un exemple à suivre. C’est en
connaissance de cause que le peuple palestinien
nous a élus, c’est en raison de sa confiance. Par
conséquent, la provocation de l’administration
américaine qui, aux dires des responsables de
l’Autorité palestinienne, n’accorde au peuple
palestinien que des miettes qui ne représentent
pratiquement rien dans le budget palestinien et la
position européenne, voire même les déclarations
de Javier Solana dont je ne pense pas qu’elles
reflètent une position européenne bien étudiée qui
représente vraiment tous les Etats membres de
l’Union européenne, vous savez. Disons que je ne
considère pas que la dernière position adoptée par
le Quartette soit une position d’ne grande
fermeté. Il s¹agit plutôt de l¹expression d’un
recul : après avoir refusé la participation du
Hamas aux élections, certains partenaires
internationaux ont dépassé ce blocage, après avoir
constaté la détermination et la volonté des
Palestiniens, ainsi que l’unanimité sur la
nécessité de la participation de tous à ces
élections. Les puissances étrangères opposées à
notre participation ont commencé à brandir la
menace de la suspension des aides économiques,
puis elles ont cessé de le faire après avoir
constaté que cela ne dissuaderait en rien les
Palestiniens de voter pour le Hamas. Elles se sont
alors contentées de formuler des mises en garde
contre la participation du Hamas à tout
gouvernement palestinien à venir. Je suis persuadé
que les partenaires internationaux se verront
contraints de composer avec une réalité nouvelle
pour eux : le mouvement Hamas est une composante
authentique du peuple palestinien, il fait partie
de ceux qui déterminent la décision politique
palestinienne.
S.C. - La position du Quai d¹Orsay,
était plus nuancée que celle de Solana : « Nous
pensons qu’il est important que le processus
électoral qui a été engagé dans les territoires
palestiniens puisse se dérouler normalement. Le
Hamas demeure inscrit sur la liste « des
organisations terroristes de l¹Union européenne,
tant qu’il n¹aura pas renoncé à la violence et
reconnu l’Etat d¹Israël. Pour notre part, nous
suivons avec intérêt ce qui se passe et cette
évolution du Hamas sur le plan politique ». Vous
paraît-il possible de renoncer à la lutte armée et
de reconnaître l’existence de l¹Etat juif
d¹Israël ?
Moshir Al Masri : En ce qui concerne la
reconnaissance de l’Etat d’Israël et le
renoncement à la lutte armée, je réponds : comment
le Liban s’est-il libéré ; comment beaucoup de
pays européens se sont-ils libérés, et comment
l’Amérique du Nord s’est-elle libérée ? N’est-ce
pas en chassant les puissances qui les
occupaient ? Cela fait dix ans que nous essayons
de négocier : pour quel résultat ? Le résultat,
n’est-ce pas l’inconnu ? Le résultat, n’est-ce pas
le vide ? Qu’est-ce que l’Autorité palestinienne a
récolté ? Qu’est-ce que le peuple palestinien a
récolté ? Rien, sinon des malheurs, la
destruction, le recul de la cause palestinienne
pour des lustres. On ne peut pas continuer à faire
ce genre d’expérience vouée à l’échec ni accepter
une occupation qui s’incruste, qui continue à
tuer, à massacrer, à perpétrer la terreur contre
le peuple palestinien. Nous disons que le Hamas
est un mouvement ouvert, prêt au dialogue avec qui
le souhaite à la lumière des intérêts supérieurs
du peuple palestinien. Mais un dialogue avec
l’occupation sioniste, c’est un dialogue qui a
échoué, bien qu’il ait été tenté sur la base des
plus grandes concessions de notre part, en échange
de rien du tout, du côté israélien.
S.C. - De savoir que les dirigeants des
pays démocratiques ont systématiquement refusé de
sanctionner Israël qui viole les Conventions de
Genève - démolitions de maisons, exécutions
sommaires, arrestations arbitraires, assassinats
d¹enfants - et aussi de savoir que les
associations en faveur de la Palestine ont
collaboré avec l¹Autorité palestinienne qui était
un système corrompu et répressif, vous
choque-t-il ? Ne pensez-vous pas que votre
meilleure arme est de mieux expliquer à l¹opinion
internationale quel type de soutien les
Palestiniens sous occupation militaire attendent ?
Moshir Al Masri : Oui, cela me choque.
Effectivement, nous avons besoin d’une vaste
campagne médiatique. Mais il est évident que les
sionistes, leurs séides et leurs amis possèdent
des moyens d’information extrêmement puissants qui
écrasent les nôtres. Israël a violé la quasi
totalité des résolutions du Conseil de sécurité de
l’Onu, ainsi que toutes les Conventions de Genève,
en perpétrant les pires crimes terroristes contre
notre peuple : destruction de maisons, de terres
agricoles, assassinat délibéré d¹enfants innocents
et, cela, sans qu’il ne juge le moindre soldat
responsable de ces assassinats, notamment
d’enfants, comme celui du jeune Muhammad Al-Durra,
auquel le monde entier a assisté : on l’a vu
crier, supplier. En vain. Le résultat ? Le soldat
responsable d’avoir tué délibérément a été
emprisonné pendant un mois à peine. Cela
équivalait purement et simplement à se gausser du
sang palestinien répandu. Oui ; il nous faut
dénoncer toutes ces exactions israéliennes, toutes
les violations israéliennes des résolutions du
Conseil de sécurité, et aussi celles des
Conventions de Genève. Nous avons besoin des
efforts des journalistes européennes et européens,
des juristes, de toutes les personnes et instances
porteuses du sens du mot « humanité », qui
comprennent ce que l’occupation signifie et qui
connaissent l’horreur du crime et du terrorisme
sionistes à l’encontre de notre peuple, afin
qu’ils fassent comprendre au monde, autant qu’il
leur est possible, quelle est la véritable
situation. Nous savons qu’il existe une connivence
entre les régimes politiques européens et l’ennemi
israélien, mais nous savons aussi qu’il y a chez
vous, en Europe, des gens qui défendent les
valeurs humaines, et nous leur serrons
fraternellement la main, en les priant de
multiplier les contacts avec nous.
S.C. - Autrement dit, Israël aura le
beau rôle aussi longtemps que l¹opinion n¹aura pas
compris que la racine de ce conflit ce n¹est pas
la religion mais la lutte d’un peuple pour garder
sa terre, et aussi l’expulsion des trois quarts
des Palestiniens, en 1948, pour installer, à leur
place, des gens de confession juive venus de
partout. Tant que ce déni de l¹histoire perdure il
est facile à Israël de renverser les
responsabilités et d’accuser de terrorisme ceux
qui relèvent la tête. Si vous obtenez une majorité
aux élections législatives, êtes-vous prêts à
rencontrer les responsables politiques européens
pour leur rappeler que le point central du conflit
est l¹expropriation et l’épuration ethnique des
Palestiniens par Israël ? Et de façon plus
générale, que pensez-vous faire ?
Moshir Al Masri : Si nous remportons la
majorité lors des élections législatives, nous
aviserons. Mais, sur le plan du dialogue avec
l¹Europe et les États-Unis, le Hamas n’a
d’hostilité envers personne, et nous sommes prêts
à dialoguer avec qui voudra dialoguer avec nous.
Nous avons dialogué avec l’Europe, notamment avec
des parlementaires européens, et nous avons
instauré un dialogue avec des universitaires
américains, à Beyrouth (mais il ne s’agit pas de
personnes détentrices d’un quelconque pouvoir
exécutif aux États-Unis). Le Hamas est un
mouvement ouvert à tous, et certainement pas un
mouvement rigoriste, ni un mouvement complexé.
Bien entendu, le Hamas est un mouvement porteur
d’un projet islamique, qui veut que tout le monde
vive en liberté et dans la dignité, et donc que
notre peuple vive libre et dans la dignité. Ce que
nous demandons au monde, c’est de ne pas
s’aligner, de ne pas persister dans son alignement
patent, meurtrier et provocateur sur l’ennemi
sioniste, au prix des intérêts nationaux du peuple
palestinien. Nous sommes prêts à dialoguer avec
tout partenaire, mis à part Israël, qui perpétue
l’occupation et l’agression contre notre peuple
palestinien, afin d’expliciter ce qui doit et peut
l’être et de mettre tout un chacun au courant de
ce qui se passe sur la scène palestinienne, et
aussi afin de rappeler à nos partenaires que le
problème, c’est l’occupation et l’agression, et en
aucun cas notre peuple ni sa résistance légitime.
Le problème est du côté de ceux qui sont venus
chasser notre peuple de chez lui et en occuper les
terres. Par conséquent, nous sommes persuadés que
le monde libre doit s’efforcer de faire en sorte
que le peuple palestinien vive libre, dignement,
comme il vit lui-même.
Nous vous remercions tous.
Les enfants Palestiniens ont droit à la vie
Par Siliva Cattori
15 août 2004
Alors que 1500 prisonniers ont entamé une grève de
la faim destinée à attirer l'attention du monde sur
les conditions abominables qui sont les leurs dans
les prisons israéliennes, les autorités concernées
ont immédiatement signifié qu'elles ne céderaient
pas, que les prisonniers Palestiniens peuvent
"continuer leur grève de la faim jusqu'à ce que mort
s'ensuive".
Tout cela montre que les Palestiniens ne sont pas
considérés comme des humains par Israël
C'est dans ce contexte impitoyable, que des garçons
en âge de devenir des hommes sont arrêtés chaque
jour en Palestine par les forces d'occupation. Sans
raison.
Nous avons annoncé l'autre jour l'arrestation de
Mohammed Aboddra garçon du camp de réfugiés de
Balata, âgé de seize ans. Nous tenons à remercier
les
personnes qui ont agi. Malgré toutes les
protestations auprès d'Israël, Mohammed n'a pas été
libéré.
Depuis lundi 9 août sa mère ne sait toujours pas où
son enfant se trouve. Enlevé par des hommes de la
police des frontières israélienne de façon
totalement arbitraire, Mohammed, est, depuis lors,
tombé dans le silence de l'inconnu. Son cas illustre
une fois de plus, combien la population
palestinienne est vulnérable, en butte à
l'arbitraire le plus total, sans recours.
Israël est la seule démocratie du monde! qui jette
des enfants, dès l'âge de 14 ans, en prison sans
qu'il y ait aucune charge contre eux, sans procès.
Ils sont soumis comme les adultes aux tortures du
sommeil, quelque chose qui ne les laisse pas sans
séquelles graves. De cette manière, après avoir
assassiné leurs pères, Israël entend briser le moral
et les os des garçons avant qu'ils n'atteignent
l'âge adulte, l'âge de se révolter contre
l'oppression...
Nous faisons appel à tous les Israéliens afin qu'ils
exigent de leur gouvernement la libération immédiate
de tous les innocents injustement emprisonnés parce
qu'ils sont Palestiniens
Silvia Cattori
silviacattori@yahoo.it
Les
enfants de Market Street
par Silvia Cattori
22
mars 2004
En
ce petit matin frisquet de mi décembre 2003 où je
m’aventurais pour la première fois dans Market
Street, j’étais loin de me douter, que dans les
minutes qui suivraient, j’allais connaître les évènements
les plus épouvantables de ma vie. Des évènements
si traumatisants qu’il m’a fallu des mois avant
de pouvoir les écrire.
Market
Street est une petite rue, bordée d’échoppes
toutes délabrées, toutes grêlées, qui coupe le
camp de réfugiés de Balata en son milieu. Une rue
bourdonnante d’enfants vifs, curieux, qui
assaillent l’étranger, s’amusent à égrener
les quelques mots d’anglais qu’ils possèdent :
« What’s your name ? Where
you from ? ».
Les
femmes faisaient leur marché, me souhaitaient
gentiment « Salamalekum » (Que la paix
soit avec vous), quand tout à coup, j’ai entendu
des balles siffler au dessus des têtes, j’ai vu
des grenades assourdissantes exploser tout autour et
tous ces pauvres gens jetés brutalement dans
l’horreur. Un renversement terrifiant.
Market
Street si paisible et accueillante une seconde plus
tôt, avait basculé dans la l’horreur. Les
petites filles s’enfuyaient à toutes jambes. Les
petits garçons se précipitaient vers ces monstres
d’acier qui crachaient des nuages de fumée noirâtre,
criaient des « jais, jais ». Les mères
couraient pour tenter d’attraper l’un ou
l’autre d’entre eux par le collet, hurlaient :
« Omar. Ahmed, Raed… ». Ces derniers,
lancés comme des boules en feu, restaient sourds à
leurs supplications. Auraient-ils voulu obéir,
qu’ils ne le pouvaient pas. Défendre leur camp, défendre
la dignité de leurs pères, frères, oncles,
grands-pères, assassinés ou emprisonnés, était
pour eux, comme un devoir, une absolue nécessité.
La douleur des opprimés qui les rongeait se
ravivait. Il fallait qu’ils y aillent. C’était
plus fort qu’eux. C’était comme si un volcan
intérieur avait été brusquement réveillé par
l’irruption brutale des tanks.
Ces
soldats étaient-ils fous ? Ils faisaient la
guerre aux enfants, ils tiraient sur eux comme sur
des pigeons, ils jetaient des bombes asphyxiantes
par-dessous les maisons. Sans raison ! En face,
il n’y avait pas l’ombre d’un combattant. Il
n’y avait aucune justification à cette démonstration
de force contre de pauvres gens déjà chassés de
chez eux en 1948.
Ce
que ces barbares enfermés dans leurs mastodontes
venaient chercher dans une rue pleine d’enfants
comme celle-ci, était aussi clair
qu’invraisemblable. Le colonel de l’armée de
l’air israélienne, Yiftah Sepctor, n’avait-il
pas avoué un jour que les soldats envoyés dans les
territoires palestiniens avaient la liberté de
« tuer des enfants » ? Aller à la
chasse d’enfants avec des armes de guerre, tirer
des rafales de mitrailleuses contre des lances
pierres, était-elle devenue une activité normale
pour l’armée occupante ? Apparemment oui.
Foncer
sur eux, reculer, ralentir, s’immobiliser… leurs
manœuvres visaient clairement à attirer ces
enfants innocents dans un piège mortel… Les
harceler, les provoquer, jusqu’à les jeter dans
cet état paroxystique où, hors d’eux-mêmes, ils
ne comprenaient plus rien et se jetaient alors à
l’assaut des blindés.
Un
jeu pervers et criminel entre une armée et des
enfants. Si les plus âgés - entre douze et
quatorze ans - étaient les premières cibles, les
petits mômes de quatre ou cinq ans n’étaient pas
épargnés. En ajustant leur arme, les soldats
criaient par hauts parleurs : « Come
on…come on… son of a bitch… » (Viens,
viens, fils de pute).
Ces
enfants ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Les
soldats, eux, savaient ce qu’ils devaient faire.
Les allumer méthodiquement, les esquinter.
Ils
fusillaient les enfants, ils humiliaient les parents !
Il y avait là un photographe palestinien qui, dans
son obsession d’immortaliser cette violence du
fort sur le faible, s’oubliait, allait se poster là
où le danger était patent. Il y avait là aussi,
à portée de tank, un vieillard prostré, assis à
sa porte, comme devant le néant, comme fermé à ce
qui se déroulait sous ses yeux. Plus en arrière,
j’ai aperçu un marchand de légumes qui regardait
ses tas d’oignons et d’oranges partir à vau
l’eau, avec cet air d’hébétude des vaincus.
Ces hommes n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes.
Des fantômes impuissants à défendre leur
dignité bafouée. Une jeune femme, en robe
traditionnelle bleu marine, les cheveux recouverts
d’un foulard blanc, balayait le trottoir sans
jamais regarder les « jais », comme
s’ils n’existaient pas. Comme si, face à cette
guerre abominable qui faisait violemment irruption
dans son quotidien, elle résistait en restant là
tout simplement pour leur signifier qu’elle était
dans son droit, que quoi qu’ils fassent, elle ne
partirait pas.
J’ai
compté une vingtaine d’enfants blessés. A cet
instant j’ai vu un garçon, la tête en sang,
vriller, tomber inanimé au milieu d’une grande
flaque d’eau sale. J’ai immédiatement reconnu
en celui qui se penchait sur lui avec effroi, un frère
jumeau. Sous le choc, je suis tombée à genoux et
j’ai pleuré d’impuissance. Les cris de douleur
déchiraient les airs. Il s’appelait Nour Emran.
Il était à peine âgé de 14 ans. Il mourra trois
jours après à l’hôpital Rafidia, sans être
sorti du coma.
Sous
le feu des soldats qui tiraient sur les ambulances,
les jeunes secouristes avaient la tache dure. L’un
d’eux m’a lancé d’un air résigné : « C’est
notre vie… vous n’avez encore rien vu… ils
vont revenir.»
Quand
les tirs se sont tus, Market Street ne se
ressemblait plus. Les enfants étaient hagards, en
état de choc. Ils regardaient autour d’eux, sans
comprendre.
Tirer
sur des enfants ce sont des crimes odieux, ce sont
des meurtres. Il faut que cela soit dit en toute
clarté. Balata Camp est une grande prison - qui
enferme 35 000 âmes, dont plus de la moitié sont
des enfants - entourée de collines que les colonies
juives et les casernes militaires israéliennes qui
y ont été installées par l’Etat d’israël,
ont complètement défiguré. Depuis les hauteurs,
ces occupants illégaux exercent leur domination sur
les Palestiniens. A toute heure du jour et de la
nuit ils peuvent activer leurs canons, tuer
des civils, détruire des
maisons. Tout cela est inacceptable.
Ce
peuple qu’Israël diabolise et terrorise nous nous
devons de le protéger. Il faut le crier sans fin,
en espérant que cela finira par attirer
l’attention du monde.
Ces
Palestiniens écrasés qui nous accueillent en nous
souhaitant « Salamalekum » ont droit eux
aussi à la sécurité, à la paix et à la justice.
Des
lendemains qui déchantent
par
Silvia Cattori
20
février 2004
En
ces minutes où, suspendu entre angoisse et espoir,
vous prenez conscience que vous êtes mortel et que
vous pouvez être tué dans la seconde, la
tranquillité qu’affichent les Palestiniens soulève
votre admiration. Menacés de mort, accablés de
sarcasme et d’insultes, ils se replient dans le
silence. Ils ont développé des capacités
d’adaptation sans lesquelles ils ne pourraient pas
vivre. Quand on leur demande s’ils n’ont pas
peur qu’une balle décide de leur sort, ils vous
font remarquer, non sans malice, que ces soldats qui
les traitent comme des inférieurs, sont infiniment
plus apeurés qu’eux.
En
effet, quoique armés jusqu’aux dents, les soldats
israéliens sont obsédés en permanence par le soupçon
qu’il peut y avoir, en tout Palestinien, un
kamikaze. Est-ce pour calmer leur stress, qu’ils
sont si nombreux à fumer des joints et à consommer
des drogues dures ? Ils ont des visages d’enfants
à peine sortis des jupes de leur mère, et déjà
jetés dans des opérations de répression meurtrière,
déjà en perte d’humanité.
Ceux
d’entre les soldats et les officiers en uniforme
qui sont le plus à craindre, sont les « caractériels ».
Les recrues originaires des colonies entrent
facilement dans ce cas de figure. Ils sont capables
d’une extraordinaire cruauté. Ce ne sont plus des
gens normaux. Ce sont des fanatiques, motivés par
leur envie de « bouffer » du
Palestinien. Du reste, des gens normaux iraient-ils
bâtir leur maison sur des terres volées, au milieu
de nulle part ?
Les
Palestiniens qui se font humilier et tuer par ces
troufions dressés à haïr les Arabes, se consolent
parfois en pensant que le retour de ces soldats à
la vie normale, ne sera pas chose facile. Que le
prix à payer, pour le mal qu’ils leur ont fait,
sera très élevé. Que plus ils les maltraitent,
plus dur sera leur lendemain. Que les atrocités
commises en Palestine, tel le vers qui pourrit le
fruit, les ruinera. Que, le jour où ils auront des
enfants, le sang des enfants palestiniens qu’ils
ont tués les hantera.
En
quoi ils ne se trompent pas. La résistance humaine
à l’horreur a des limites. On ne tire pas sur des
innocents sans en être, tôt ou tard, profondément
affecté. Même si la violence est inhérente à
l’homme, il n’est pas naturel de vivre des mois
et des années dans des situations de violence. Des
situations où sa propre vie et celle des autres,
sont en jeu. Ce sont des situations d’exaltation
fortes, des états d’une intensité particulière,
d’hyper éveil, d’hyper acuité, mais qui ne
sont pas normaux, qui ne sont pas humains, qui ne
sont pas naturels. Où on ne peut plus contrôler
son moi. Où on ne peut pas fuir. C’est un état
d’hypnose. Où l’individu est piégé comme la
souris face au serpent.
Quand
les soldats rentrent chez eux, le contraste entre la
vie militaire en Palestine et la vie civile en Israël,
leur devient difficile à gérer. Le décalage est
tel qu’ils ne savent plus où ils sont. La vie
leur paraît trop plate. Le genre d’exaltation et
de stimulation qu’ils ont connu sous l’uniforme
ne peut être obtenu, dans la vie normale, que par
la cocaïne. Nombre de ces soldats, assaillis
par des angoisses, des cauchemars, des peurs infondées,
se mettent à dysfonctionner, à fuir dans la drogue
et à souffrir de crises psychologiques profondes.
Si
bien qu’une fois démobilisés, ils n’ont
qu’une envie : partir, voyager. Avec les
deniers qu’ils ont accumulé durant les années de
service, ils peuvent voyager longtemps. On les voit
débarquer, sac au dos, par avions entiers, au Pérou,
en Australie, en Thaïlande, au Laos, et en Indes
surtout.
Les
années passées sous l’uniforme les a dévoyés.
Leur conduite, assez peu civilisée, choque un peu
partout. Un hôtelier de Cuzco nous disait qu’il
ne prenait plus de réservations venant d’Israël.
« Ils se conduisaient comme des sauvages, ils
cassaient tout, abîmaient le mobilier, étaient désagréables
avec le personnel…». Les dires de cet hôtelier
nous ont été répétés à l’identique par des
gens qui vivent en Indes, en Australie, en Thaïlande,
au Laos. « Ils viennent au Laos en groupe. En
général ils vont dans les Guest-Houses de Vang
Vieng près de Vientiane où le haschisch circule
ouvertement. Ils sont bruyants, méprisants envers
les travailleurs laotiens (...) Si ils sont encore
supportés ici au Laos où on a besoin du tourisme,
en Thaïlande il y a des petits hôteliers
d’origine chinoise, qui ne savent pas ce qu'est un
Israélien, un juif ou un martien et ne peuvent être
soupçonnés de discrimination, qui ont mis des
pancartes disant qu’ils n’acceptent plus les
touristes israéliens ». Certains de ces
touristes reviennent de leur voyage, accrochés aux
drogues dures.
Un
psychiatre à qui j’ai parlé se disait consterné
de voir ces jeunes israéliens mentalement dérangés
par les brutalités qu’ils avaient connues et
pratiquées. Que la chose la plus refoulée en Israël
était la reconnaissance de sa violence. Et que les
hommes n’ont pas de prise sur elle, tant qu’ils
ne veulent pas la reconnaître. Il ajoutait qu’en
termes de santé mentale, le prix à payer était
énorme. Qu’Israël était devenu une société
malade.
Ces
jeunes, envoyés combattre avec les armes les plus
perfectionnées des civils sans défense sont, tout
comme les Palestiniens, victimes d’une politique
qui les dépasse, d’une guerre qui a eu des répercussions
sur eux aussi. Ils ont vu des camarades tués. Ils
ont tué. Ils ont vu pleurer des enfants confrontés
à la terreur de leur armée.
Le
jour où ces jeunes israéliens comprendront
qu’ils ont été abusés par des dirigeants qui préféraient
l’état de guerre à l’état de paix, qu’ils
sont nés sur une terre volée à 90 %, qu’ils
sont les fils et les filles d’un Etat qui pratique
la discrimination, leur réveil sera brutal.
Je
me souviens d’avoir vu, un soir de pluie, au check
point de Calandia, un soldat assis sur un tabouret,
l’air accablé, perdu. Il sautait aux yeux que ce
jeune homme timide était en crise, qu’il n’était
pas à sa place. C’était la troisième fois
qu’il me voyait sortir de Ramallah. Il ne s’est
montré ni hostile ni cassant. Il était simplement
intrigué, anxieux de savoir ce qui motivait des
gens venus d’Amérique ou d’Europe, à se rendre
dans le camp palestinien. Lui qui avait grandi dans
un pays où les Arabes sont considérés comme des
sauvages, des terroristes, il ne pouvait pas
comprendre que des gens « normaux »
puissent considérer les Palestiniens avec respect,
avec sympathie.
Ce
jeune garçon déguisé en soldat n’avait pas
choisi d’être là. Il y avait quelque chose en
lui qui doutait. Il cherchait, à mon contact, une
confirmation aux doutes qui le tourmentaient.
L’expression
triste de son visage, la solitude de son regard ne
m’a pas quittée. Un jour peut-être ce jeune
soldat tassé sur son tabouret, découvrira-t-il
qu’il est la victime de dirigeants qui lui ont
menti. Car c’est Israël qui détient la clé
d’une solution rapide.
La
solution réside dans l’acceptation par l’Etat hébreu :
-
de laisser revenir les Palestiniens qu’il a chassé
hors de chez eux en 1948 (alors qu’ils possédaient
93 % de l’Etat d’Israël entre les frontières
d’avant 1967)
-
de retirer ses troupes d’occupation hors des
territoires qu’il martyrise singulièrement depuis
1967
-
d’évacuer les quelques 400 000 colons illégaux
qui se sont installés depuis lors, en toute illégalité,
sur les 22 % de terres laissées aux Palestiniens
-
et de se retirer du territoire syrien et
libanais qu’il s’est annexé illégalement.
Palestine :
C’est la guerre. Une guerre d’extermination
par
Silvia Cattori
28
janvier 2004
Je
suis revenue de Palestine, brisée. Non pas parce
que je suis une âme faible, ou parce que - à l’aéroport
Ben Gourion - les fonctionnaires de police israéliens
m’ont fait l’ultime humiliation de me déposséder
à jamais (1) de tout mon matériel de travail ;
enregistreur professionnel Kudelsky, ordinateur
Machintoch, appareil de photo Leica, ainsi que de
tout leur précieux contenu.
Je
suis revenue brisée de ce que j’ai vu, de ce que
j’ai compris de la tragédie vivante dont j’ai
été témoin : de la guerre d’extermination
raciste qu’Israël mène contre des civils
impuissants à se défendre, et que le monde se
refuse à voir.
Les
Palestiniens sont en grand danger.
Je
crois que peu de gens ont pris la vraie mesure des
horreurs auxquelles les soldats israéliens se
livrent dans ces lieux de torture, dans ces prisons
à ciel ouvert que sont Gaza, Naplouse, Balata,
Jenin, Tulkarem et dans tant d’autres villages -
prisons qui partagent le même sort tragique.
Ce
qui se passe en Palestine est bien plus terrible que
ce que l’on s’imagine au-dehors, et qu’il est
impossible de dénoncer par des images, car Israël
veille à la sienne : les soldats israéliens
ont l’ordre de ne pas laisser les journalistes et
les cameramans se tenir à proximité des lieux où
ils commettent des atrocités. Donc ils brutalisent
les témoins, les forcent à partir en les menaçant
de leur arme, ou même les tuent.
C’est
pourquoi, en revenant, j’éprouve de l’écoeurement
quand j’entends ce que j’entends. Et ce soir
j’ai résolu de sortir de mon trou de silence pour
le dire. J’entends, jour après jour, dans les
divers médias, des personnages se livrer à des
intimidations, proférer des menaces voilées,
contre les défenseurs des victimes Palestiniennes.
Ces
condamnations d’antisémitisme, nous ne pouvons
plus continuer de les supporter. Nous devons avoir
le courage de nous rebeller avant que trop de mal
soit fait.
Honte
à tous ceux qui veulent faire dévier le regard de
ce qui se passe en vérité de gravissime en
Palestine. Honte à ces hommes et ces femmes qui
veulent continuer de jeter une couverture sur les
crimes odieux perpétrés par l’Etat d’Israël.
Au lieu de condamner la politique criminelle de cet
Etat, au lieu de se distancer de sa politique génocidaire.
Qui
a entendu les cris de douleur de ces volontaires
internationaux, dont certains ont perdu la vie, qui
accompagnent les Palestiniens laissés dans la plus
grande des solitudes, comme Kelly et Mika à
Naplouse et Balata, ou Laura à Rafah, (2) qui
disent les horreurs dont ils sont encore présentement
les fidèles témoins ?
Quels
sont les gouvernements qui finiront par comprendre
que l’on ne peut laisser quelques volontaires
internationaux défendre seuls, de leurs mains nues,
des millions de Palestiniens menacés par les tanks
et la sauvagerie de soldats qui exécutent des
crimes sur ordre. On se le demande ?
Où
sont les organisations humanitaires internationales
qui possèdent véhicules tout terrain et grands
moyens ? Hormis les équipes de secours
palestiniennes épuisées dont je tiens à louer
l’héroïsme, nous n’en avons vu aucune agir véritablement
sur le terrain où l’armée israélienne opère et
où il y a urgence humanitaire.
Par
bonheur il y a encore, de par le monde, quelques âmes
nobles, toutes croyances et confessions confondues
(Chrétiens, Musulmans, Juifs) qui souffrent de
cette situation épouvantable et cherchent à agir
avant qu’il ne soit trop tard.
Voici
ce que m’écrivait aujourd’hui Elias Davidson
(3) avec qui j’ai eu de longs entretiens depuis
mon retour de Palestine, et qui a, lui, compris le
système redoutable que l’armée israélienne a
mis en place en Palestine :
« Je
comprend l'urgence. Il faut absolument que les
Palestiniens obtiennent une protection militaire
contre le génocide que les Israéliens leur préparent.
C'est urgent. Il faut alerter les gouvernements. La
ghettoïsation des Palestiniens est - comme avait été
celle des Juifs - la première phase de
l'extermination. Car les sionistes -
contrairement aux sud-africains - ne veulent pas
exploiter la main d'oeuvre arabe, mais se débarrasser
purement et simplement d'elle. La politique sioniste
est bien plus proche de celle des nazis que de celle
qu’avait pratiquée la minorité blanche en
Afrique du Sud (…) »
Nous
devons faire intervenir les gouvernements pendant
qu’il est encore temps.
silviacattori@yahoo.it
(1)
La police des frontières israélienne a retenu mon
matériel de travail - sans aucune justification,
aucune raison - après qu’il ait passé sans problème
tous les services de contrôle de sécurité. Ils
m’ont dit que je pouvais partir tranquillement
tout en me promettant qu’ils m’enverraient ces
effets, le lendemain. Malgré les efforts de ma
compagnie, je n’ai plus aucune chance de récupérer
mes biens. Ce qui m’est arrivé est chose courante
et n’est pas pour nous étonner.
(2)
Nous avons traduit et fait circuler leurs écrits.
Voir les sites :
www.ism-france.org
www.ism-suisse.org
(3)
Elias Davidson, compositeur, réside en Islande.
Tom
n’est pas mort en vain
si nous savons nous inspirer de son sacrifice
par
Silvia Cattori
14
Janvier 2004
Tom
s’est définitivement éteint le 13 janvier 2004.
Il avait à peine 22 ans. De fait, Tom avait déjà
cessé de vivre sa vie de jeune homme entreprenant
et passionné, en ce 11 avril 2003, où un soldat
israélien l’a visé en pleine tête avec la
franche intention de le tuer, sans quoi il aurait
ajusté le tir sur le bas de son corps.
Son
assassinat c’est produit à Jebna, un quartier miséreux
du camp de réfugiés de Rafah - l’endroit le plus
martyrisé de la Palestine - alors qu’il voulait
protéger, en compagnie de ses camarades du
Mouvement international de solidarité (ISM), les
enfants victimes des abus de l’armée israélienne
.
Tom
était un être de droiture. Photographe, il
voulait, par son témoignage, attirer l’attention
du monde sur cet univers apocalyptique où la folie
d’Israël a plongé ces damnés. C’est ainsi que
nous aimons nous souvenir de Tom. En ce geste, où
il s’oublie, où il se met de côté, où il se
tourne vers ces victimes de la violence aveugle que
le monde veut ignorer.
Quand
je suis arrivée dans les bureaux de l’ISM, il y
avait là une quinzaine d’internationaux, abattus,
repliés sur eux-mêmes. Personne n’osait rompre
le silence. Un silence oppressant. Le corps
ensanglanté de Tom - que ses camarades
d’infortune avaient baptisé depuis son arrivée
à Rafah, Thomas, pour éviter de le confondre avec
l’autre Tom, britannique comme lui - était dans
tous les regards.
Le
drame de la veille, les avait traumatisés. Tom
gisait sur un lit d’hôpital désormais. Tom
respirait encore. Mais tous savaient, dans le secret
de leur cœur, que leur camarade ne sortirait plus
de son profond sommeil. Et cela était dur à
accepter. La guerre, les violences, les situations
aiguës, où des vies sont en jeu, avait déjà
marqué leurs jeunes visages, depuis qu’ils étaient
arrivés à Rafah.
Comment
contenir cette rage impuissante qui les rongeait ?
Il fallait du temps et du recul pour digérer la
barbarie à l’état pur, l’incompréhensible.
Chacun
se remémorait ces difficiles moments partagés avec
Tom, où des soldats totalement fous, venus d’Israël,
tiraient sur les enfants et les adolescents
palestiniens, sans raison autre que de s’amuser,
que de " bouffer " du Palestinien.
Chacun
savait qu’il n’y avait pas de place pour la vie,
ici à Jebna. Mais chacun avait déjà plus ou moins
décidé, en son for intérieur, qu’il ne
partirait pas. Qu’il était impossible de laisser
ces persécutés seuls. Chacun savait surtout,
qu’il était impératif pour Israël - qui voulait
s’annexer plus de terres qu’il en avait déjà
volées - de " nettoyer " Jebna, coûte
que coûte.
Quand
il a fallu répondre aux questions des médias, pour
se laver de ses responsabilités, le commandement
militaire a menti. Dit en substance que Tom était
armé, qu’il tirait sur eux, qu’il était engagé
dans des échanges de coups de feux.
Il
a fallu six mois d’âpre lutte à la famille de
Tom, pour obtenir l’ouverture d’une enquête
publique afin que la vérité soit dite. Cette
famille admirable se bat aujourd’hui également en
défense du peuple palestinien, dont elle a découvert,
au travers de la fin brutale de Tom, la totale déshumanisation.
" Nous ne pouvons rester silencieux et
permettre que des gens comme Tom et Rachel, Brian
Avery, Ian Hook et James Miller, deviennent de si
tragiques victimes. Si nous ne nous dressons pas
pour que le gouvernement israélien rende compte de
ses actions, alors il n’y aura pas de fin à ces
terribles pertes en Palestine" affirmait avec
indignation la sœur de Tom.
Pourquoi,
en 2003, décision a-t-elle été prise par l’état
Major militaire israélien, d’aller jusqu’à
tirer sur les internationaux ?
Il
faut se mettre dans l’univers de pensée des
militaires israéliens pour trouver des éléments
de réponse. Israël mène une guerre de déstabilisation
et de destruction massive contre les Palestiniens.
Une guerre accompagnée de massacres qu’il
s’agit de cacher au monde. Les internationaux qui
se trouvent dans ces zones où Israël a programmé
de mener ses opérations meurtrières, gênent
l’armée ; ils sont considérés comme des ennemis
potentiels d’Israël.
Le
photographe Tom - comme le cameramen Miller -
voulait témoigner des ces étranges opérations,
qui conduisent les soldats - entre autre - à tuer
chaque jour un certain nombre d’enfants, pour
forcer les parents paniqués, dont on a déjà détruit
la maison, à décamper. Israël a été le premier
surpris par l’endurance des habitants de Jebna qui
ont persisté à vouloir rester sur leur lopin,
malgré des mois de bombardements continus, d’exécutions
arbitraires.
Tom
n’a pas été tué par hasard. Il dénonçait la
barbarie de ces bataillons de soldats envoyés à
Rafah avec des chars d’assaut, des F 16, pour
mener une guerre folle contre des enfants qui résistaient
avec des pierres et qui tombaient régulièrement
sous les balles et les obus. Tom faisait partie de
ces êtres qui comprenaient que, dans la logique des
stratèges militaires, un enfant palestinien est une
bombe à retardement. Et que le tuer, en tuer
quelques dizaines par mois, faisait partie de tout
un système. Et cela était pour lui inacceptable.
Tom
a été tué parce qu’il gênait les militaires
israéliens dans l’exécution de leurs crimes. Ces
internationaux qui regardent les Palestiniens comme
des êtres humains, sont considérés par Israël,
comme des ennemis de guerre, comme des gens abattre.
Israël
a voulu les faire fuir par la terreur. C’est le
contraire qui s’est produit. C’est pourquoi, ne
pouvant les tuer tous, Israël le geôlier qui
maintient la Palestine sous clé, a multiplié les
restrictions, pour les filtrer, les empêcher
d’entrer en Palestine. Ces restrictions destinées
à isoler les Palestiniens, sont particulièrement
inquiétantes.
Le
monde n’a jamais pris conscience de la gravité
des mesures criminelles prises par Israël pour
martyriser les Palestiniens et provoquer à coup de
" petits " massacres, leur départ "
volontaire " ou forcé.
Jenin,
Balata, Naplouse, Rafah, Tulkarem, sont des villes
martyres, où tuer est facile, où les soldats, qui
n’ont aucun problème de conscience, se montrent féroces.
Ils
exécutent sans états d’âme, avec désinvolture,
des ordres qui ont quelque chose à voir avec ce
projet de " nettoyage ethnique ", de
" transfert ", commencé en 1948, que
Sharon a l’obsession d’achever.
Et
nous, qui avons la chance de vivre en toute sécurité,
nous n’avons pas le droit de garder ce privilège
pour nous.
www.ism-suisse.org
LA
SYRIE DANS L’ŒIL DU CYCLONE
9
octobre 2003
La
Syrie est un petit pays, le reflet d’une grande
civilisation, dont nous ignorons presque tout. Un
pays qui mérite d’être mieux connu, visité, aimé.
Il y a fort à craindre que cette charmante contrée
qui n’aspire qu’à vivre en paix, ne devienne le
théâtre d’une nouvelle tragédie.
Malgré
l’isolement international et les incessantes
humiliations qu’Israël leur a infligé depuis 30
ans, les Syriens, quoique atteints dans leur dignité,
ont gardé intact le sens de l’hospitalité.
Depuis le début de la seconde Intifada, et de manière
plus drastique depuis la guerre contre l’Irak, les
Syriens payent un lourd tribut : les touristes
désertent leur terre riche en sites archéologiques,
leur économie périclite à vue d’oeil.
Les
Syriens, ont de quoi craindre le pire, depuis ce 5
octobre 2003 où l’aviation israélienne a attaqué
par surprise une cible proche de leur capitale, déployé
le long de leur frontière des batteries et des
troupes en renfort. Par ces manoeuvres clairement
offensives, Israël a voulu leur signifier, qu’il
entend jouer pleinement le rôle hégémonique que
les Etats-Unis lui ont assigné.
C’est
un acte d’une extrême gravité. Une violation
inacceptable du droit international et des règles
de souverainetés. Mais Israël, sans gêne aucune,
a justifié l’injustifiable en prétextant qu’il
s’agissait d’éradiquer les « terroristes ».
Il s’est servi abusivement de l’attaque qui, la
veille, avait emporté la jeune palestinienne et
entraîné la mort de 18 civils à Haïfa. La
diplomatie et les médias allaient faire le
reste.
Même
les enfants peuvent comprendre que les Palestiniens,
n’ont pas besoin d’aller s’entraîner en Syrie
pour s’attacher autour de la taille une ceinture
d’explosifs fabriquée artisanalement. Mais tout
est bon pour faire des amalgames qui peuvent servir
la propagande d’Israël. L’attaque suicide qui a
fait 19 morts à Haïfa n’avait rien qui la différenciait
de toutes les précédentes attaques suicides.
Pourquoi se retourner cette fois-ci contre la Syrie,
la punir pour un acte qu’elle n’avait pas commis
? Qu’est –ce qui a changé sinon
l’orientation stratégique d’Israël ?
Plus
inquiétant, le 8 octobre, un membre du cabinet israélien
est allé jusqu’à dire que si les Palestiniens
persistent à combattre, Israël allait dévaster la
Syrie, le Liban, embraser Beirut et Damas.
La
Syrie ne demande qu’une chose. Qu’Israël se
retire du plateau du Golan après 30 années
d’occupation. Or Israël, qui n’est pas du genre
à rendre aux lésés ce qu’il leur a volé, mais
du genre à tout mettre en œuvre pour les éliminer,
continue sa politique de l’escalade. C’est ainsi
qu’il a toujours procédé avec les Palestiniens
depuis plus d’un demi siècle. Après les avoir déportés,
dépossédés de tous leurs bien, il les a persécutés,
taxés de terroristes, liquidés.
Israël
en faisant ce qu’il fait, entend montrer au monde
qu’il domine à ce point le Moyen Orient qu’il
n’a plus besoin de l’aval de personne pour mener
des offensives et mater ses voisins. En attaquant la
Syrie, Israël a voulu affirmer que, fort de sa supériorité
militaire, il peut aujourd’hui agir sans entraves,
sans l’aval des Etats-Unis, envahir ses voisins,
terroriser, s’annexer de nouvelles terres, détruire
comme il le fait déjà en Palestine.
Quand
Israël affirme qu’il défend sa sécurité, il
entend par là s’octroyer le droit exclusif de
jeter ses voisins arabes dans l’insécurité, le
droit d’agresser, le droit de conquérir, le droit
d’assassiner, le droit de déporter, le droit de
s’annexer des terres, le droit de construire des
murs. Bref, le droit de priver de tout droit tous
ses voisins et de nier leur droit à la dignité.
Ce
qu’Israël fait à la Syrie n’est autre que la réplique
de ce que son allié américain a fait à l’Irak. Les
faucons israélites liés au Likoud israélien qui
tirent les ficelles au Pentagone et n’ont
d’autre rêve que d’ouvrir des champs de
bataille en Syrie, au Liban, en Libye, en Iran,
n’ont-ils pas claironné que « la voie de
Damas passe par Bagdad » ? Il suffit aux
autorités israéliennes d’utiliser le slogan nauséabond
de « terrorisme », de qualifier ses
ennemis de terroristes, pour convaincre Bush
qu’une guerre préventive est nécessaire, qu’il
faut lancer des missiles sur eux, piller leurs
richesses.
Guerre
après guerre, la majorité des gens a compris que
les deux guerres contre l’Irak n’avaient rien à
voir avec « le nouvel ordre mondial »,
rien à voir avec les armes de destruction massive,
rien à voir avec Al Quaida, rien à voir avec l’établissement
des droits humains. Les services secrets israéliens
et américains n’en continuent pas moins à
fabriquer des mensonges et, avec l’aide des médias,
à manipuler les craintes qu’ils ont contribué à
attiser.
Israël
remet ça. Il répète ad nauseum que la Syrie possède
« des stocks d’armes chimiques et de
destruction massive... » Combien de temps
encore Israël pourra-t-il continuer à manipuler
l’opinion ?
L’attaque
sur sol syrien était planifiée bien avant que
cette femme de Jenin aille se faire exploser au
milieu d’une foule. Sharon, entend engranger les
gains stratégiques de l’intervention en Irak et régionaliser
le conflit avant que le vent tourne. Le moment
choisi par Israël, est révélateur.
Les
Américains sont en train de s’enliser dans un
bourbier politique et militaire en Irak. Ils sont
loin de réussir à y stabiliser un régime
favorable à leurs intérêts. Cet enlisement
pourrait bien les stopper là. Passée l’euphorie
de la fausse victoire en Irak, Sharon a du se rendre
à l’évidence : les choses ne vont pas bien
pour Bush et ses conseillers pro israéliens. Israël,
qui avait convaincu Bush à prendre la route de
Damas, et qui le voit piégé, est pressé de
profiter du temps qui reste pour sauver ce qui peut
être sauvé et consolider ses acquis.
Aussi,
l’attaque contre la Syrie survient-t-elle au
moment où les critiques contre la construction du
mur racial, contre la volonté israélienne de
liquider Arafat, contre sa politique d’apartheid
et les conséquences alimentaires de bouclages,
s’amplifient à l’ONU et divisent
l’administration américaine. Alors que les
Etats-Unis cherchent désespérément de nouvelles
stratégies pour sortir du bourbier irakien, Sharon
cherche lui à les pousser dans un nouveau conflit.
Israël
veut que l’épée de Damoclès reste suspendue sur
la tête de la Syrie.
Comble
du cynisme, au lieu de condamner Israël pour avoir
frappé le Syrie en violation de toutes les lois
internationales, le président Bush a accusé la
Syrie « de soutenir le terrorisme » et a
entrepris de la frapper de sanctions économiques. Où
est la justice ? Où est la démocratie ?
Où est la liberté que proclame Bush ?
Les
Syriens, blessés dans leur amour propre, ont de
quoi être moralement indignés. D’autant que
l’administration Bush, qui ne connaît que
l’invective et la loi du plus fort, multiplie les
injonctions, pour exiger des autorités syriennes ce
qu’elles ne peuvent donner :
l’impossible.
L’attitude
agressive de Washington contre la Syrie ne sert évidemment
pas la paix et la stabilité au Moyen Orient. Elle
marque une nouvelle phase inquiétante dans le
durcissement de la politique de Washington.
L’attitude de Bush, est d’autant plus
scandaleuse, et dangereuse, qu’elle donne un blanc
seing à l’agresseur israélien.
Cela
mérite d’être souligné. Durant toute la période
de pré guerre et de guerre israélo américaine où
la Syrie a eu à subir le mépris et l’arrogance
verbale d’Israël et des Etats-Unis, elle a su
faire montre d’une attitude digne et responsable.
Son attitude courageuse, qui tranchait avec la lâcheté
des dirigeants arabes tels que le Roi de Jordanie et
Moubarak - pour ne parler que de ces deux – lui a
valu l’estime du peuple arabe, que cette guerre
humiliante et contre toute nature, jetait au désespoir.
La
Syrie est le seul pays arabes qui a dit ce que tous
les peuples attendaient que l’on dise, sur l’illégalité
et l’immoralité des armées occupantes en Irak et
en Palestine. En quoi elle est devenue une sorte de
repère, pour ces millions d’arabes et de
musulmans blessés dans leur chair.
Alors
que la Syrie agressée, choisissait la voie de la
civilité et de la diplomatie en s’adressant au
Conseil de Sécurité de l’ONU, elle s’est trouvée
violemment prise à partie par l’ambassadeur
d’Israël, Dan Gillerman, qui est allé jusqu’à
traiter les Syriens de « talibans ».
Nos
Etats démocratiques vont-ils continuer de se
laisser intimider par l’arrogance et la
vulgarité de ces imposteurs qui, en Israël et aux
Etats-Unis, ne jurent que par la force ?
Qu’attendent-ils pour prendre des mesures à
la hauteur de la gravité de la situation ?
silviacattori@yahoo.it
www.ism-france.org
Jean Ziegler
dénonce
ce qu’il a constaté en Palestine occupée
18 septembre 2003
Jean
Ziegler, le rapporteur spécial de l’ONU pour le
droit à l’alimentation, s’est rendu en
Palestine, en juillet 2003. Son constat est sans
concession. Les faits que Jean Ziegler a consignés
dans son rapport de mission, ne sont pas inconnus
des gens avertis. Mais sous l’estampille des
Nations Unies, ils prennent tout leur poids et
pourraient porter un grand coup à la politique de
grignotage de l’Etat d’Israël. C'était
la première fois qu'Israël autorisait l’entrée
d’un rapporteur spécial de l'ONU dans les
territoires palestiniens sous son contrôle.
Jean
Ziegler a remis son rapport début
août 2003 à Genève, au
Haut-commissariat aux droits de l'homme et aux
parties concernées. Rapport qui devrait être présenté
à l’Assemblée générale de l’ONU à New York,
lors de la session d’automne. Sauf si Israël - qui
voit d’un très mauvais œil la diffusion de ce
texte - parvient à
imposer un autre timing pour tenter d’en
affaiblir la portée.
En effet, Israël,
avec l’arrogance et l’aplomb qu’on lui connaît,
a multiplié les protestations et avancé l’idée
que le Haut-commissariat n’a pas respecté la procédure,
qu’il aurait divulgué ce rapport au public avant
qu’Israël ne puisse en prendre officiellement
connaissance.
Jean
Ziegler est formel : la faim, la malnutrition, que
connaissent les Palestiniens sous occupation
militaire, sont la conséquence directe de la
politique d’apartheid et de punitions collectives
de l’Etat d’Israël et non pas d’une cause
naturelle. Son constat démontre, avec une précision
d’horloger, la mécanique inventée par Israël
pour anéantir tout un peuple. Ce qui revient à
dire, en termes plus crus, qu’Israël par sa «
politique de la famine » a mis méticuleusement en
place un système destiné à anéantir tout un
peuple à petit feu.
En
clair, le rapport souligne que l'effondrement
de l'économie palestinienne est induit par les
mesures destinées à l'asphyxier : « Plus de 60%
de Palestiniens vivent sous le seuil de grande
pauvreté, presque autant sont totalement dépendants
de l'aide internationale, plus d'un ménage
palestinien sur deux n'a plus accès qu'à un repas
par jour ». Ce qui porte atteinte à leur dignité
d’hommes, jette le père qui ne peut pas nourrir
sa famille, au désespoir.
Dans
son rapport de 25 pages, Jean Ziegler ne mâche pas
ses mots. Il fait même montre d’un courage,
d’une fermeté et d’une franchise qui sont sans
égal dans le jargon des Nations Unies. Ses
affirmations, aussi précises que saisissantes,
devraient faire grand bruit et mettre Israël sur le
banc des accusés, si les médias donnaient à ce
texte l’importance qu’il mérite. Tout y est :
les violations du droit à l’alimentation et des
droits humains, le scandale de la construction du
mur de l’apartheid, la dépossession des terres et
des sources d’eau, les humiliations, les déportations…
…
Les
causes directes de cette
détérioration rapide de la situation alimentaire
qui « affecte de malnutrition plus de 22% des
enfants de moins de cinq ans (…) atteint d'anémie
grave plus de 15% des enfants du même âge avec
toutes les conséquences physiques et
intellectuelles néfastes sur leur développement »
sont donc, aux dires de Jean Ziegler,
sciemment provoquées par Israël. Elles sont
d’autant plus choquantes que nous sommes-là sur
des terres fertiles et riches d’une population ingénieuse
qui avait un niveau de vie décent, avant septembre
2002.
Jean
Ziegler démontre avec force exemples
qu’Israël – parallèlement aux offensives
militaires meurtrières - a utilisé l’arme
silencieuse de la faim, de la mort douce. Que
cette politique de destructions et de
fermetures qui a mis l’économie par terre, empêche
les gens d’aller travailler, les paysans d’aller
dans leurs champs, est « directement responsable de
la lente agonie du peuple martyr de Palestine ».
Les
membres de la mission menée par Jean Ziegler en
Palestine sont revenus en état de choc et surpris
du fossé qui sépare la réalité vue sur le
terrain de la perception qu’on en a à l’extérieur
: « Alors que les médias vous parlent avec une régularité
lancinante des assassinats ciblés, des attentats
suicides (…) mais de cette tragédie sourde,
lente, de la grave malnutrition qui détruit une
grande partie du peuple palestinien, il n’est rien
dit... ».
On
comprend que, face à l’étendue d’une pareille
catastrophe humanitaire, « pire que tout ce qu’il
pouvait imaginer », Jean Ziegler n’ait pas mis de
gants pour la dénoncer. Evoquant le mur de séparation
illégal qui emprisonne les gens, Ziegler affirme
qu’il faut le stopper
« qu'il constitue une autre violation du droit à
l'alimentation par l’Etat hébreu qui s’annexe,
de facto, des milliers d'hectares de terres fertiles».
Ici il ajoute : « Ce mur, haut de huit
mètres, est la dernière trouvaille de Sharon qui,
forcé par les dispositions de la feuille de route
d’accepter à terme un Etat palestinien, fait
enfermer 41 % des terres de la Cisjordanie… »
Jean
Ziegler est formel : ce désastre humanitaire sans
précédent, découle directement de la violence de
l’occupation israélienne. «Il est inacceptable
que des mesures militaires visant à protéger la sécurité
de la population israélienne soient imposées de
telle façon qu'elles mettent en danger la sécurité
alimentaire de toute la population palestinienne. Il
ne peut pas y avoir de justification pour limiter
les déplacements qui empêchent les gens d'avoir
accès à de la nourriture et à de l'eau, à moins
de vouloir utiliser la famine comme arme de guerre.
« L'imposition généralisée du couvre-feu,
des fermetures de routes, du système des permis,
sont la source de la crise humanitaire ».
Plus
loin Jean
Ziegler dénonce « les mesures de sécurité
totalement disproportionnées prises par l’Etat hébreu
(…) la stratégie de bantoustanisation
de la Palestine, accompagnée des destructions sans
précédent d'arbres, de systèmes d'irrigation et
d'infrastructure qui privent beaucoup de
Palestiniens de leur droit à la nourriture… »,
donc à la vie.
Au
moment où j’écris ces lignes la polémique fait
rage et s’amplifie autour du rapport de Jean
Ziegler. Les autorités israéliennes n’en
acceptent pas le contenu, le jugent politiquement
biaisé, accusent l’auteur de s’être « livré
à une attaque politique qui ne mène nulle part »
et ont annoncé qu’elles vont élever des
protestations auprès de l’ONU.
De
son côté, Jean Ziegler affiche un calme olympien.
Le calme de l’homme pour qui seules la vérité et
la justice comptent. Il nous dit avec fermeté : «
Mon mandat est très précis. Le respect du droit à
l’alimentation solide et liquide. Tout ce qui est
au-delà (…) ne me regarde pas. Je constate une
catastrophe humanitaire effroyable qui s’aggrave
à cause des mesures d’occupation. Je n’ai fait
là qu’exécuter mon mandat à la lettre. J’ai
constaté la détérioration drastique de la
situation alimentaire de la population palestinienne
et les raisons qui l’ont provoquée. Je n’ai
fait que rappeler les obligations de la puissance
occupante à l’égard des populations qu’elle
contrôle. Je n’ai donc fait que mon travail ».
Voilà un homme qui s’est battu toute sa longue
vie, qui a ramassé des coups et ne s’est jamais
couché. Bravo !
Tous
ceux qui se battent durement depuis des années en
Palestine et hors de Palestine pour que la vérité
sorte au grand jour, peuvent tirer un grand coup de
chapeau à Jean Ziegler. Il ne va pas manquer d’être
la prochaine cible d’Israël et de connaître la
peur et les intimidations que connaissent tous ceux
qui dénoncent sa politique criminelle.
Jean
Ziegler savait à quoi il s’exposait. Il aurait pu
choisir d’aller dans un pays moins intimidant.
Quantité de pays attendent sa venue. Mais après le
Brésil et le Bengla Desh, il a choisi d’aller en
Palestine occupée, de rendre par là justice au
peuple palestinien, qu’Israël veut affamer. Il était
prêt à en payer le prix. Le prix de la probité et
de la dignité humaine.
Silvia
Cattori
silviacattori@yahoo.it
Israël
ne respecte pas les vivants. Il pourrait respecter
les morts
25
août 2003
Je
me battrais de toutes mes forces contre le racisme
rampant qui accable le monde arabe.
Partis,
associations, hommes et femmes de paix, où êtes-vous ?
Je
ne vous entends pas crier « basta »
…
Chaque
jour qui passe votre silence permet à Israël, aux
Etats-Unis de franchir de nouveaux degrés dans
l’abomination. Où sont les défenseurs des droits
de l’homme, les préposés à combattre le racisme si
prompt à nous accuser d’antisétisme ?
Hier
soir, je regardais les nouvelles à 23 heures sur
BBC.
J’étais
effondrée devant ces images sans cesse répétées,
d’hommes que les aviateurs israéliens s’amusent
à tuer avec des missiles à Gaza.
Les
Palestiniens ne peuvent même plus sentir en
harmonie avec leur ciel. Le ciel est devenu synonyme
d’horreur pour eux. L’horreur que les pilotes
israéliens, en survolant jour et nuit la bande de
Gaza, véhiculent en permanence. Comment le monde
peut-il continuer de tolérer que des états
exterminent des hommes de la sorte ?
J’étais-là
écrasée par l’effroi, en peine, en pensant aux
familles des victimes de cette violence aveugle,
quand est apparu sur l’écran l’ambassadeur Dan
Gillermann, l’ambassadeur israélien auprès des
Nations Unis à N.Y.
A
ma surprise Dan Gillermann en parlant des
Palestiniens a martelé par deux fois:
« Ce sont des animaux, ce sont des animaux… ».
Il a dit cela avec dégoût, avec violence, avec
satisfaction, à ce moment où à Gaza les
Palestiniens effrayés ramassaient leurs blessés et
les leurs cadavres en hurlant de douleur.
Dan
Gillermann, est un ambassadeur. Un des plus hauts
représentants de l’état juif d’Israël. S’il
dit cela comme il le dit, c’est que les citoyens
d’Israël sont d’accord, en leur très grande
majorité, avec son propos démentiel.
Les
extrémistes israéliens dans leur grande majorité,
sont intimement convaincus que les Palestiniens, les
Arabe, sont des « animaux à deux jambes ».
Le mot est officiellement proclamé désormais, en
ce 24 août. Cela veut dire, que les arabes sont des
« animaux », qu’ Israël peut
tous les exterminer et que nous on ne doit pas
verser une larme pour des gens de cette espèce.
C’est à cela qu’il nous prépare
l’ambassadeur d’Israël. A leur écrasement.
Nous l’avions déjà pressenti.
Si
l’ambassadeur de Palestine avait proclamé, après
le massacre de Jérusalem, pour le minimiser, que
les Israéliens étaient des « animaux, » le
monde se serait dressé à le condamner comme un
seul homme.
Qu’attendez-vous
hommes et femmes du monde pour vous soulever contre
le racisme rampant d’Israël ? Moi de ce
monde là je n’en veux pas. Je le
combattrais de toutes mes forces
Des
hommes qui disent d’autres hommes qu’ils sont
des animaux, ne sont pas dignes de ce monde. Tant
qu’Israël ne s’excuse pas, ne considère pas
tout être humain comme un être humain, ce pays est
indigne de notre respect, indignes de vivre aux côtés
des hommes. Je les combattrais….