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PATRIARCAT
LATIN - JERUSALEM
PAQUES
27.3.2005
Message
Le Christ est réellement ressuscité (Lc 24,1-52).
Réjouissons-nous. Oui au milieu de toutes nos épreuves
présentes, nous sommes invités à nous réjouir et à vivre
pleinement. Je voudrais, dans ce message de Pâques, parler de
trois choses : le renouveau pastoral dans nos paroisses, le
rapport des chrétiens avec leur société et enfin le conflit et
la paix.
1. Dans nos paroisses.
Pâques est un message de vie nouvelle pour tous, et tout
d’abord pour notre vie pastorale qui essaie de continuer le
travail accompli par le Synode des Eglises Catholiques. Cette
vie nouvelle de nos paroisses est surtout entre les mains des
curés et de tous ceux qui les aident, vicaires, religieux,
religieuses et fidèles. Nous avons besoin de nous renouveler.
Nous avons besoin de Résurrection dans tous les domaines de
notre vie. Nous ne pouvons pas continuer à vivre dans le
passé. Il faut vivre dans le présent et préparer
courageusement l’avenir. Un changement de base concerne la
capacité des curés de partager et de collaborer. Ils doivent
savoir partager avec les fidèles, non seulement les biens
matériels pour subvenir aux
besoins des pauvres, mais aussi l’acte de gérer une
paroisse, d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous, tout en étant
présent à toute la société, et auprès de chacun et de chacune,
même s’ils ne sont pas de notre Eglise ou même de notre foi.
Voilà un second changement de base aussi : une société se
construit par tous ses membres sans distinction. La parole de
Dieu, la bonne nouvelle de la Résurrection, avec sa joie et
son espérance, est également pour tous. Elle ne peut pas se
limiter aux limites de notre paroisse : elle est un bien
commun qui appartient à toute la société. A celui qui porte la
Bonne Nouvelle à savoir en faire partager la joie tout en
respectant toutes les identités et les différences existantes
dans sa société.
2. Rapports des chrétiens avec leur société.
La question des rapports des chrétiens avec leur société est
parue récemment dans une tension entre druzes et chrétiens
dans le village de Maghar en Galilée en Israël. Une querelle
est arrivée. Cela est normal. Mais le fait que la tension
existe toujours sans être encore parvenus aux réparations et à
la réconciliation n’est pas normal. Ce qui n’est pas normal
non plus c’est que les autorités civiles n’ont pas protégé
tous leurs citoyens, dès les débuts des tensions. Tout cela a
amené des chrétiens en Galilée à penser devoir revoir leur
présence dans la société et la manière de se protéger. Face à
cela nous disons ce qui suit : premièrement, l’Etat doit faire
son devoir et assurer la sécurité à tous ses citoyens.
Deuxièmement, les chrétiens, de leur côté, doivent certes
trouver leurs voies de survie, mais sans se mettre dans des
ghettos physiques, psychologiques ou partisans. C’est en
s’ouvrant à toute la société, en ouvrant un dialogue avec tous
les groupes, chrétiens, musulmans, druzes et juifs et avec l’Etat
lui-même, que cela doit se faire. Le chemin est long. Mais il
faut bien commencer. Troisièmement, un chrétien, pour assurer
sa survie et sa croissance dans sa société, doit faire du
commandement de l’amour que lui a donné Jésus-Christ une force
spirituelle qui l’aidera à faire face et à trouver des
solutions, sans pour cela faiblir ou devoir abandonner ses
droits. Mais pour cela une vie personnelle chrétienne
authentique est nécessaire.
La Résurrection aujourd’hui rappelle à tous que nous avons
besoin d’une résurrection à une vie nouvelle. Tous nos
rapports entre communautés et religions diverses ont besoin
d’une vie nouvelle, et pour cela nous avons besoin d’une
nouvelle éducation basée sur l’ouverture à l’autre et le
respect mutuel. Le chrétien de son côté doit savoir que la
voie de la Résurrection est la croix. Sa vie donc, comme par
ailleurs, celle de toute personne humaine, est un combat
permanent pour le bien et pour une collaboration digne avec
tous les frères et sœurs de toutes les communautés et de
toutes les religions.
3. La question du conflit et de la paix.
En ces jours, nous avons un temps de tranquillité relative et
un désir exprès d’arriver à la paix, du moins du côté
palestinien. Face à ce désir, des difficultés insurmontables
semblent surgir : du côté israélien, le développement des
colonies au lieu de leur arrêt ou leur abandon, la permanence
du siège sur les villes palestiniennes qui restent des villes
prisons, les prisonniers politiques qu’on semble oublier, sans
compter toutes les questions principales qu’il faut traiter
pour arriver à un accord définitif. Du côté palestinien, des
voix discordantes semblent menacer la décision de réclamer les
droits sans recours aucun à la violence… Cependant cette
volonté expresse de paix doit être appuyée et soutenue. La
sécurité pour Israël est une priorité, mais aussi la sécurité
et l’indépendance d’un Etat Palestinien sont une priorité. Et
les deux se conditionnent. L’une ne peut pas se réaliser sans
l’autre.
Car la liberté est égale pour tous, pour le fort comme pour le
faible. Le fort ne peut pas prétendre, pour le simple fait
qu’il est le plus fort, d’éliminer le faible ou de lui imposer
une soumission contraire à la dignité des personnes ou des
peuples. La force peut imposer des faits : mais la dignité
humaine se vengera et restera une menace et une source
d’insécurité pour le fort. Il est temps de se convaincre
qu’aucune partie ne peut vivre aux dépens de l’autre.
D’un autre côté, il est inutile de chercher à faire la paix
avec la région avant de résoudre le cœur du conflit qui est
entre Palestiniens et Israéliens. Car faire la paix avec les
voisins ne fera qu’exacerber le conflit dans la Terre Sainte.
C’est ce conflit qui doit être résolu en premier, car de la
paix de Jérusalem dépendra la paix de toute la région.
Le Christ est réellement ressuscité (Lc 24,1-52).
Réjouissons-nous. Oui au milieu de toutes nos épreuves
présentes, nous sommes invités à nous réjouir et à vivre
pleinement.
Bonne et sainte fête de Pâques.
+Michel Sabbah, Patriarche
Jérusalem, Pâques 27.3.2005
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