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MESSAGE
DE SA SAINTETÉ
JEAN-PAUL II
POUR LA
CÉLÉBRATION DE LA
JOURNÉE MONDIALE
DE LA PAIX
1er JANVIER 2005
NE TE LAISSE PAS VAINCRE PAR LE MAL
MAIS SOIS VAINQUEUR DU MAL PAR LE BIEN
1. Au début de la
nouvelle année, je viens m'adresser de nouveau aux
responsables des Nations et à tous les hommes et à toutes les
femmes de bonne volonté, qui perçoivent combien il est
nécessaire de construire la paix dans le monde. J'ai choisi
comme thème pour la Journée mondiale de la Paix 2005
l'exhortation de saint Paul dans la Lettre aux Romains: «
Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du
mal par le bien » (12,21). Le mal ne se vainc pas par le
mal: si l'on prend ce chemin, au lieu de vaincre le mal, on
se fait vaincre par lui.
La perspective définie
par le grand Apôtre met en évidence une vérité fondamentale:
la paix est le résultat d'une longue et exigeante bataille,
qui est gagnée quand le mal est vaincu par le bien. Face aux
scénarios dramatiques d'affrontements fratricides et violents
qui se déroulent en plusieurs parties du monde, face aux
souffrances indicibles et aux injustices qui en résultent, le
seul choix vraiment constructif est de fuir le mal avec
horreur et de s'attacher au bien (cf.Rm 12,9),
comme le suggère encore saint Paul.
La paix est un bien à
promouvoir par le bien: elle est un bien pour les
personnes, pour les familles, pour les Nations de la terre et
pour l'humanité entière; elle est donc un bien à garder et à
entretenir par le choix du bien et par des actions bonnes. On
comprend alors la profonde vérité d'une autre maxime de saint
Paul: « Ne rendez à personne le mal pour le mal » (Rm
12,17). La seule manière de sortir du cercle vicieux du
mal pour le mal, c'est d'accueillir la parole de l'Apôtre: «
Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du
mal par le bien » ( Rm 12,21).
Le mal, le bien et
l'amour
2. Depuis les origines,
l'humanité a connu la tragique expérience du mal, et elle a
cherché à en trouver les racines et à en expliquer les causes.
Le mal n'est pas une force anonyme qui agit dans le monde en
vertu de mécanismes déterministes et impersonnels. Le mal
passe par la liberté humaine. C'est justement cette faculté,
qui distingue l'homme de tous les autres êtres vivants sur
terre, qui est au centre du drame du mal et qui lui est
constamment liée. Le mal a toujours un visage et un nom:
le visage et le nom des hommes et des femmes qui le
choisissent librement. L'Écriture sainte enseigne que, aux
commencements de l'histoire, Adam et Ève se révoltèrent contre
Dieu et qu'Abel fut tué par son frère Caïn (cf. Gn
3-4). Ce furent les premiers choix erronés, suivis
d'innombrables autres au cours des siècles. Chacun d'eux porte
en lui une connotation morale essentielle , qui
implique une responsabilité précise de la part du sujet et qui
met en cause les relations fondamentales de la personne avec
Dieu, avec les autres et avec la création.
Si l'on en cherche les
composantes profondes, le mal est, en définitive, un
renoncement tragique aux exigences de l'amour(
1 ). À l'inverse, le bien moral naît de l'amour, il se
manifeste comme amour et il est tourné vers l'amour. Ce propos
est particulièrement clair pour le chrétien, qui sait que la
participation à l'unique Corps mystique du Christ le situe
dans un rapport particulier non seulement avec le Seigneur,
mais aussi avec ses frères. Si l'on en tire toutes les
conséquences, la logique de l'amour chrétien, qui dans
l'Évangile constitue le cœur en action du bien moral, va
jusqu'à l'amour des ennemis: « Si ton ennemi a faim,
donne-lui à manger: s'il a soif, donne-lui à boire » (Rm
12,20).
La « grammaire » de
la loi morale universelle
3. Regardant la
situation actuelle du monde, on ne peut que constater un
déferlement impressionnant de multiples manifestations
sociales et politiques du mal: du désordre social à
l'anarchie et à la guerre, de l'injustice à la violence contre
autrui et à sa suppression. Pour trouver son chemin entre les
appels opposés du bien et du mal, il est nécessaire et urgent
pour la famille humaine de mettre à profit le patrimoine
commun des valeurs morales, reçu comme un don de Dieu
lui-même. C'est pourquoi, à ceux qui sont déterminés à vaincre
le mal par le bien, saint Paul adresse l'invitation à
entretenir les attitudes nobles et désintéressées de la
générosité et de la paix (cf. Rm 12,17-21).
Il y a dix ans, en
parlant devant l'Assemblée générale des Nations unies de
l'engagement commun au service de la paix, j'avais fait
référence à la « grammaire » de la loi morale universelle(
2 ), rappelée par l'Église dans ses multiples
enseignements sur ce sujet. Inspirant des valeurs et des
principes communs, cette loi unit les hommes entre eux, même
dans la diversité de leurs cultures, et elle est immuable: «
Elle subsiste sous le flux des idées et des mœurs et en
soutient le progrès. Même si l'on renie jusqu'à ses principes,
on ne peut pas la détruire ni l'enlever du cœur de l'homme.
Toujours elle resurgit dans la vie des individus et des
sociétés »(
3 ).
4. Cette grammaire
commune de la loi morale nous impose de nous
engager toujours et de manière responsable pour faire en sorte
que la vie des personnes et des peuples soit respectée et
promue. À sa lumière, on ne peut que stigmatiser avec vigueur
les maux de caractère social et politique qui affligent le
monde, surtout ceux qui sont provoqués par les explosions
de la violence. Dans ce contexte, comment ne pas penser au
cher Continent africain, où perdurent des conflits qui
ont fait et qui continuent de faire des millions de victimes?
Comment ne pas évoquer la dangereuse situation de la
Palestine, la Terre de Jésus, où l'on ne parvient pas à
renouer, dans la vérité et la justice, les fils de la
compréhension mutuelle, cassés par un conflit nourri chaque
jour de manière plus préoccupante par des attentats et des
vengeances? Et que dire du phénomène tragique de la
violence terroriste, qui semble pousser le monde entier
vers un avenir de peur et d'angoisse? Enfin, comment ne pas
constater avec amertume que le drame irakien se
prolonge malheureusement dans des situations d'incertitude et
d'insécurité pour tous?
Afin de parvenir au bien
de la paix, il faut affirmer, avec une conscience lucide, que
la violence est un mal inacceptable et qu'elle ne résout
jamais les problèmes. « La violence est un mensonge, car elle
va à l'encontre de la vérité de notre foi, de la vérité de
notre humanité. La violence détruit ce qu'elle prétend
défendre: la dignité, la vie, la liberté des êtres humains »(
4 ). Il est donc indispensable de promouvoir une grande
opération d'éducation des consciences, qui enseigne le
bien à tous, surtout aux nouvelles générations, leur ouvrant
l'horizon de l'humanisme intégral et solidaire , que
l'Église indique et souhaite. Sur ces bases, il est possible
de donner vie à un ordre social, économique et politique qui
tienne compte de la dignité, de la liberté et des droits
fondamentaux de toute personne.
Le bien de la paix et
le bien commun
5. Pour promouvoir la
paix, en étant vainqueur du mal par le bien, il faut
s'attacher avec une particulière attention au bien commun
(
5 ) et à ses manifestations sociales et politiques. En
effet, lorsque, à tous les niveaux, on cultive le bien commun,
on cultive la paix. La personne peut-elle donc se réaliser
pleinement en faisant abstraction de sa nature sociale,
c'est-à-dire de son être « avec » et « pour » les autres? Le
bien commun la concerne de près. Toutes les formes
d'expression de la vie humaine en société la concernent: la
famille, les groupes, les associations, les villes, les
régions, les États, les communautés de peuples et de Nations.
Tous, en quelque sorte, sont impliqués dans l'engagement pour
le bien commun , dans la recherche constante du bien
d'autrui comme s'il était le sien. Cette responsabilité
revient en particulier à l'autorité politique, à tous les
niveaux de son exercice, parce qu'elle est appelée à créer un
ensemble de conditions sociales qui permettent et favorisent
pour tout être humain le développement intégral de sa
personnalité(
6 ).
Le bien commun exige
donc le respect et la promotion de la personne et de ses
droits fondamentaux, de même que, dans une perspective
universelle, le respect et la promotion des droits des
Nations. Le Concile Vatican II déclare à ce sujet: « De
l'interdépendance toujours plus étroite qui peu à peu s'étend
au monde entier il résulte que le bien commun [...] prend
aujourd'hui une dimension de plus en plus universelle et que,
par conséquent, il comporte des droits et des devoirs qui
regardent tout le genre humain. Tout groupe doit donc tenir
compte des besoins et des légitimes aspirations des autres
groupes, bien mieux, du bien commun de toute la famille
humaine »(
7 ). Le bien de l'humanité entière, et cela vaut également
pour les générations futures, requiert une vraie coopération
internationale, à laquelle chaque Nation doit apporter son
concours(
8 ).
Toutefois, des visions
résolument réductrices de la réalité humaine transforment le
bien commun en un simple bien-être socio-économique,
privé de toute finalité transcendante, et le dépouillent de sa
plus profonde raison d'être. Le bien commun, au
contraire, revêt aussi une dimension transcendante,
parce que Dieu est la fin ultime de ses créatures
(
9 ). De plus, les chrétiens savent que Jésus a mis en
pleine lumière la réalisation du vrai bien commun de
l'humanité. Cette dernière est en marche vers le Christ et
c'est en Lui que culmine l'histoire: grâce à Lui, par Lui et
pour Lui, toute réalité humaine peut être conduite à son plein
accomplissement en Dieu.
Le bien de la paix
et l'usage des biens de la terre
6. Puisque le bien de la
paix est étroitement lié au développement de tous les peuples,
il est nécessaire de tenir compte des implications éthiques
de l'usage des biens de la terre. Le Concile Vatican II a
opportunément rappelé que « Dieu a destiné la terre et tout ce
qu'elle contient à l'usage de tous les hommes et de tous les
peuples, en sorte que les biens créés doivent être mis en
abondance à la disposition de tous, de façon équitable, sous
la conduite de la justice, dont la charité est la compagne »
(
10 ).
L'appartenance à la
famille humaine confère à toute personne une sorte de
citoyenneté mondiale, lui donnant des droits et des
devoirs, les hommes étant unis par une communauté d'origine
et de destinée suprême . Il suffit qu'un enfant soit conçu
pour qu'il soit titulaire de droits, qu'il mérite attention et
soins, et que chacun ait le devoir d'y veiller. La
condamnation du racisme, la protection des minorités,
l'assistance aux réfugiés, la mobilisation de la solidarité
internationale envers les plus nécessiteux, ne sont que des
applications cohérentes du principe de la citoyenneté
mondiale.
7. De nos jours, le bien
de la paix doit être envisagé en étroite relation avec les
nouveaux biens provenant de la connaissance scientifique
et du progrès technique. Et ceux-ci, en application du
principe de la destination universelle des biens de la terre,
doivent être mis au service des besoins primordiaux de
l'homme. Des initiatives opportunes au niveau
international peuvent permettre de mettre pleinement en œuvre
le principe de la destination universelle des biens,
garantissant à tous —individus et nations— les conditions
fondamentales pour participer au développement. Cela devient
possible si l'on abat les barrières et les monopoles qui
maintiennent de nombreux peuples en marge du développement(
11 ).
Le bien de la paix sera
mieux garanti si la communauté internationale prend soin, avec
un plus grand sens de sa responsabilité, des biens que l'on
reconnaît communément comme des biens publics. Il
s'agit des biens dont jouissent automatiquement tous les
citoyens, sans avoir opéré de choix précis en la matière.
C'est par exemple le cas, au niveau national, pour des biens
tels que le système judiciaire, le système de défense, le
réseau autoroutier ou ferroviaire. Dans le monde, totalement
pris aujourd'hui par le phénomène de la mondialisation, les
biens publics sont toujours plus nombreux à revêtir un
caractère global et, par conséquent, ils augmentent aussi de
jour en jour les intérêts communs. Qu'il suffise de penser à
la lutte contre la pauvreté, à la recherche de la paix et de
la sécurité, à la préoccupation concernant les changements
climatiques, au contrôle de la diffusion des maladies. La
communauté internationale doit répondre à de tels intérêts par
un réseau toujours plus élargi d'accords juridiques, capable
de réglementer la jouissance des biens publics,
s'inspirant des principes universels de l'équité et de la
solidarité.
8. Le principe de la
destination universelle des biens permet, en outre,
d'affronter de manière appropriée le défi de la pauvreté,
tenant compte par-dessus tout des conditions de misère dans
lesquelles vivent encore un milliard d'êtres humains. Au début
du nouveau millénaire, la communauté internationale s'est
fixée comme objectif prioritaire de diviser ce nombre par deux
avant 2015. L'Église soutient et encourage un tel engagement,
et elle invite ceux qui croient au Christ à manifester, de
manière concrète et en tout lieu, un amour préférentiel
pour les pauvres (
12 ).
Le drame de la pauvreté
apparaît encore étroitement lié à la question de la dette
extérieure des pays pauvres. En dépit des progrès
significatifs jusqu'alors accomplis, la question n'a toujours
pas trouvé de solution appropriée. Quinze années se sont
écoulées depuis que j'ai rappelé l'attention de l'opinion
publique sur le fait que la dette extérieure des pays pauvres
était « intimement liée à un ensemble d'autres problèmes,
parmi lesquels l'investissement étranger, le fonctionnement
équitable des plus grandes organisations internationales, le
prix des matières premières, etc. »(
13 ). Les récents mécanismes pour la réduction des dettes,
davantage centrés sur les exigences des pauvres, ont sans
aucun doute amélioré la qualité de la croissance économique.
Cependant, en raison d'une série de facteurs, cette dernière
se révèle quantitativement encore insuffisante, en particulier
en vue de rejoindre les objectifs établis au début du
millénaire. Les pays pauvres restent prisonniers d'un
cercle vicieux: les bas revenus et la croissance lente
limitent l'épargne, et, de ce fait, la faiblesse des
investissements et l'emploi inefficace de l'épargne ne
favorisent pas la croissance.
9. Comme l'a affirmé le
Pape Paul VI et comme je l'ai moi-même rappelé, l'unique
remède vraiment efficace pour permettre aux États d'affronter
la dramatique question de la pauvreté est de leur fournir les
ressources nécessaires, moyennant des financements
extérieurs —publics et privés— consentis à des conditions
accessibles, dans le cadre de rapports commerciaux
internationaux basés sur le principe de l'équité(
14 ). Une mobilisation morale et économique est
rendue particulièrement nécessaire, mobilisation d'une part
respectueuse des accords pris en faveur des pays pauvres, mais
d'autre part disposée à revoir les accords que l'expérience
aurait fait apparaître trop onéreux pour certains pays. Dans
cette perspective, il paraît souhaitable et nécessaire de
donner un nouvel élan à l'aide publique au développement,
et d'explorer, malgré les difficultés que ce parcours peut
présenter, les propositions de nouvelles formes de financement
au développement(
15 ). Certains gouvernements sont déjà sur le point
d'évaluer attentivement les mécanismes prometteurs allant dans
cette direction, initiatives significatives à promouvoir de
manière authentiquement concertée et dans le respect du
principe de subsidiarité. Il faut contrôler que la gestion
des ressources économiques destinées au développement des pays
pauvres répond aux critères rigoureux d'une bonne
administration, tant de la part des donateurs que des
destinataires. L'Église encourage et apporte son soutien à ces
efforts. Qu'il suffise de citer, par exemple, la précieuse
contribution effectuée grâce aux nombreuses agences
catholiques d'aide et de développement.
10. À la fin du Grand
Jubilé de l'An 2000, dans la Lettre apostolique
Novo millennio ineunte , j'ai évoqué l'urgence d'une
nouvelle imagination de la charité (
16 ) pour répandre dans le monde l'Évangile de
l'espérance. Cela est particulièrement vrai lorsque nous nous
approchons des nombreux et délicats problèmes qui entravent
le développement du continent africain : pensons aux
nombreux conflits armés, aux pandémies rendues plus
dangereuses par les conditions de misère, à l'instabilité
politique à laquelle est associée une insécurité sociale
diffuse. Ce sont des réalités tragiques qui réclament un
chemin radicalement nouveau pour l'Afrique: il est
nécessaire de faire naître de nouvelles formes de
solidarité, au niveau bilatéral et multilatéral , avec un
engagement plus déterminé de tous, dans la pleine conscience
que le bien des peuples africains représente une condition
indispensable pour la réalisation du bien commun universel.
Puissent les peuples
africains devenir les protagonistes de leur destinée et de
leur développement culturel, civil, social et économique! Que
l'Afrique cesse d'être seulement objet d'assistance, pour
devenir sujet responsable d'échanges convaincus et productifs!
Pour atteindre de tels objectifs, une nouvelle culture
politique est rendue nécessaire, spécialement dans le domaine
de la coopération internationale. Encore une fois, je voudrais
rappeler que le non-respect des promesses réitérées concernant
l'aide publique au développement, ainsi que la question
encore pendante du poids de la dette internationale des pays
africains et l'absence d'une considération particulière de ces
pays dans les rapports commerciaux internationaux, constituent
de graves obstacles à la paix; ces questions doivent donc être
affrontées et résolues de manière urgente. Pour parvenir à la
paix dans le monde, aujourd'hui plus que jamais, il faut
considérer comme déterminante et décisive la conscience de
l'interdépendance entre pays riches et pays pauvres, pour
lesquels « ou bien le développement devient commun à toutes
les parties du monde, ou bien il subit un processus de
régression même dans les régions marquées par un progrès
constant »(
17 ).
Universalité du mal
et espérance chrétienne
11. Face aux nombreux
drames qui affligent le monde, les chrétiens confessent avec
une humble confiance que seul Dieu rend l'homme et les peuples
capables de dépasser le mal pour parvenir au bien. Par sa mort
et sa résurrection, le Christ nous a obtenu la Rédemption et
il a « payé le prix de notre rachat » (1 Co 6,20;
7,23), obtenant le salut pour la multitude. Avec son aide,
il est donc possible à tous de vaincre le mal par le bien.
S'appuyant sur la
certitude que le mal ne prévaudra pas, le chrétien nourrit
une invincible espérance, qui le soutient dans la
promotion de la justice et de la paix. Malgré les péchés
personnels et sociaux qui marquent l'agir humain, l'espérance
permet un élan sans cesse renouvelé de l'engagement pour la
justice et pour la paix, avec une ferme confiance dans la
possibilité de bâtir un monde meilleur.
Même si le « mystère de
l'impiété » est présent et est à l'œuvre dans le monde (cf.
2 Th 2,7), il ne faut pas oublier que l'homme racheté a en
lui suffisamment d'énergies pour s'y opposer. Créé à l'image
de Dieu et racheté par le Christ qui « s'est en quelque sorte
uni à tout homme » (
18 ), ce dernier peut coopérer activement au triomphe du
bien. L'action de « l'Esprit du Seigneur remplit le monde » (Sg
1,7). Que les chrétiens, spécialement les laïcs, « ne
cachent pas cette espérance au fond d'eux-mêmes, mais que, par
une continuelle conversion et par la lutte ‘‘contre les
maîtres de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal'' (Ep
6,12), ils l'expriment aussi à travers les structures de
la vie séculière » (
19 ).
12. Aucun homme ni
aucune femme de bonne volonté ne peut se soustraire à
l'engagement de lutter pour vaincre le mal par le bien. C'est
un combat qui ne se mène valablement qu'avec les armes de
l'amour. Quand le bien l'emporte sur le mal, l'amour règne;
et, où règne l'amour, règne aussi la paix. Tel est
l'enseignement de l'Évangile, rappelé par le Concile Vatican
II: « La loi fondamentale de la perfection humaine, et par
conséquent de la transformation du monde, est le commandement
nouveau de la charité » (
20 ).
Cela est vrai aussi dans
le domaine social et politique. À ce propos, le Pape LéonXIII
écrivait que tous ceux qui ont le devoir de pourvoir au bien
de la paix dans les relations entre les peuples doivent
nourrir en eux et allumer chez les autres « la charité, reine
et maîtresse de toutes les vertus ».(
21 ) Que les chrétiens soient les témoins convaincus de
cette vérité! Qu'ils sachent manifester par leur vie que
l'amour est l'unique force capable de conduire à la perfection
personnelle et sociale, l'unique dynamisme en mesure de faire
avancer l'histoire vers le bien et vers la paix!
En cette année consacrée
à
l'Eucharistie , les fils de l'Église trouveront
dans le Saint-Sacrement de l'amour la source de toute
communion: de la communion avec Jésus Rédempteur et, en lui,
avec tout être humain. C'est en vertu de la mort et de la
résurrection du Christ, rendues sacramentellement présentes en
toute célébration eucharistique, que nous sommes sauvés du mal
et rendus capables de faire le bien. C'est en vertu de la vie
nouvelle dont il nous a fait le don, que nous pouvons nous
reconnaître frères, au-delà de toute différence de langue, de
nationalité, de culture. En un mot, c'est en vertu de la
participation au même Pain et à la même Coupe que nous pouvons
nous reconnaître « famille de Dieu » et apporter ensemble une
contribution spécifique et efficace à l'édification d'un monde
fondé sur les valeurs de la justice, de la liberté et de la
paix.
Du Vatican, le 8
décembre 2004.
JEAN-PAUL II
(
1 )À ce propos, saint Augustin affirme: « Deux amours ont
donc bâti deux cités: celle de la terre par l'amour de soi
jusqu'au mépris de Dieu, celle du ciel par l'amour de Dieu
jusqu'au mépris de soi » (De la Cité de Dieu, XIV, 28).
(
2 )Cf. Discours à l'Assemblée générale des Nations
unies, New York, 5octobre 1995, n.3: Insegnamenti,
XVIII, 2 (1995), p.732; La Documentation catholique 92
(1995), p.918.
(
3 )Catéchisme de l'Église catholique, n.1958.
(
4 )Jean-Paul II, Homélie de Drogheda, Irlande, 29
septembre 1979, n.9: AAS 71 (1979), p.1081; La
Documentation catholique 76 (1979), p.854.
(
5 )Selon une large acception, on entend par bien commun «
l'ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent
aussi bien aux groupes qu'à chacun de leurs membres
d'atteindre leur perfection d'une façon plus plénière et plus
aisée »: Conc. œcum. Vat. II, Const. past. sur l'Église dans
le monde de ce temps Gaudium et spes, n.26.
(
6 )Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et magistra :
AAS 53 (1961), p.417; La Documentation catholique
58 (1961), col. 956.
(
7 )Const. past. Gaudium et spes, n.26.
(
8 )Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et magistra:
AAS 53 (1961), p.421; La Documentation catholique
58 (1961), col. 959.
(
9 )Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus,
n.41: AAS 83 (1991), pp.843-845; La Documentation
catholique 88 (1991), pp.538-539.
(
10 )Const. past. Gaudium et spes, n.69.
(
11 )Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, n.35:
AAS 83 (1991), pp.836-838; La Documentation catholique
88 (1991), pp.535-536.
(
12 )Cf. Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis,
n.42; AAS 80 (1988), pp.572-574; La Documentation
catholique 85 (1988), p.252.
(
13 )Discours aux participants à la Semaine d'études de
l'Académie pontificale des Sciences 27 octobre 1989), n.6:
Insegnamenti XII/2 (1989), p.1050.
(
14 )Paul VI, Encycl. Populorum progressio,
nn.56-61: AAS 59 (1967), pp.285-287; La
Documentation catholique 64 (1967), col. 693-695; Jean-
Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis, nn.33-34:
AAS 80 (1988), pp.557- 560; La Documentation catholique
85 (1988), pp.247-248.
(
15 )Cf. Jean-Paul II, Message au Président du Conseil
pontifical “Justice et Paix”: L'Osservatore Romano
(10 juillet 2004), p.5.
(
16 )Cf n. 50: AAS 93 (2001), p.303; La
Documentation catholique 98 (2001), p.86.
(
17 )Jean-Paul II, Encycl. Sollicitudo rei socialis,
n.17; AAS 80 (1988), p.532; La Documentation
catholique 85 (1988), p.239.
(
18 )Conc. œcum. Vat. II Const. past. Gaudium et spes,
n.22.
(
19 )Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. sur l'Église
Lumen gentium, n.35.
(
20 )Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes,
n.38.
(
21 )Encycl. Rerum novarum: Acta Leonis XIII,
XI (1892), p.143; A.F.Utz, La doctrine sociale de l'Église
à travers les siècles, T. I (1970), p.567; cf. Benoît XV,
Encycl. Pacem Dei: AAS 12 (1920), p.215; A.F.
Utz, La doctrine sociale de l'Église à travers les siècles,
T. IV (1970), p.2723.
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