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Alain
Ménargues : "Je suis un homme libre et j’entends le
rester"
entretien
réalisé par Silvia Cattori (Paris - Novembre 2004)
La vie d’Alain Ménargues - vice directeur de Radio France
Internationale - a basculé d’un jour à l’autre, en
octobre 2004. En effet, à peine son livre « Le mur de Sharon
» était-il sorti, qu’il s’est brutalement trouvé pris
dans une de ces campagnes idéologiques, où le mensonge se mêle
à l’irrationnel. Accusé d’ « antisémitisme », Alain Ménargues
a été demis de ses fonctions. Le soupçon d’antisémitisme
- avec toutes les manipulations qui peuvent s’ensuivre - pèse
lourdement sur la tête des personnages publics qui critiquent
Israël. Il peut détruire des carrières, briser des vies.
Alain Ménargues en est la preuve vivante la plus récente.
- N’avez-vous pas brisé sciemment un tabou en affirmant qu’Israël
est un Etat raciste ?
- Les textes sont là. Je n’ai rien inventé. L’Etat juif d’Israël
est considéré comme juridiquement raciste par les Nations
Unies.
- Vous l’avez chèrement payé. Etes-vous atteint ?
- Je suis résolu à me battre contre tous ceux qui accusent injustement
des gens honnêtes. Vous savez je m’occupe de longue date de
l’information sur le Moyen Orient. Je sais très bien, pour
l’avoir observé de près, comment Israël exerce son contrôle
sur l’information. Depuis les années 1970, il existe un
service de renseignements militaire. Il y a un département
qui s’occupe exclusivement de la presse. Tout journaliste
qui va en Israël est muni d’une carte de presse délivrée
par un service de presse qui dépend de l’armée. C’est
donc bien l’armée israélienne qui est chargée, entre
autres, de façonner l’image d’Israël dans le monde.
Toutes les ambassades israéliennes ont un service de
communication, des diplomates qui sont chargés de veiller à
ce que la bonne image d’Israël soit sauvegardée. Dans
l’affaire qui me concerne, les ambassades d’Israël à
Paris et à Bruxelles sont intervenues. Elles ont fait
pression sur des journalistes par le biais de ce que l’on
appelle les agents d’influence ; pour faire dire que je suis
antisémite, donc pour me décrédibiliser et dissuader les
journalistes de donner un écho à mes propos.
- Cela vous a-t-il été rapporté de bonne source ?
- Oui je peux en apporter la preuve. Il y a des journalistes qui peuvent
le confirmer.
- Comment un Etat peut-il intervenir aussi ouvertement ?
- C’est ce qui s’appelle, en communication, de la manipulation. Dans
mon cas cela s’est fait sur un axe bien précis. Je représente
un cas d’école. Avec mon dernier livre (1) je touche à un
point sensible. D’autant que l’image d’Israël se détériore
de plus en plus. Il y a un rapport du Ministère des Affaires
étrangères, daté d’août dernier, qui analyse l’image
d’Israël. Ce rapport révèle qu’Israël a bel et bien
perdu la bataille médiatique mondiale. Qu’Israël risque
d’être classé, sous peu, au même rang que l’Afrique du
Sud de l’apartheid. Mon livre tombe à pic.
- Pourquoi ce déchaînement contre vous alors que tant de choses ont déjà
été écrites dans des médias spécialisés ou sur les sites
Internet ?
- Je n’ai pas la réputation de quelqu’un qui transige sur
l’exigence d’informer correctement. En ce qui concerne la
politique israélienne je suis assez rigoureux dans ce que
j’écris. Je parle du droit de l’enfant, de la femme et
des abus qu’ils subissent en ce qui concerne Israël comme
pour d’autres pays. Israël n’est pas un pays à part.
J’en appelle donc simplement à l’application des résolutions
de l’ONU, qu’Israël ignore. Par conséquent, m’éliminer,
me chasser du poste de responsabilité qui était le mien, un
poste médiatique, c’est pour mes détracteurs faire d’une
pierre deux coups. Je prépare un document à ce sujet.
- Donc vous ne baissez pas les bras ?
- Je vais me battre. Je ne vais pas me laisser faire.
- Vous battre pour vous faire réintégrer à RFI ?
- Non, retourner à RFI c’est impossible. Je veux me battre pour que
l’on me rende justice.
- Vous avez un projet concret ?
- Oui nous sommes en train de mettre sur pied une fondation regroupant
100 journalistes au minimum, qui auront pour tâche de vérifier
que ceux qui, sont accusés d’antisémitisme le sont pour de
bonnes raisons.
- Des journalistes qui sont à l’intérieur des rédactions en France ?
- Oui, des journalistes qui ont une renommée professionnelle en France
aussi bien que dans d’autres pays. Le but est que, chaque
fois qu’une personne est soupçonnée d’antisémitisme et
décriée comme telle par les médias, son cas soit soumis à
examen par notre fondation. S’il s’avère que cette
personne est accusée à tort, nous allons intervenir pour
exiger que l’on rétablisse la vérité des faits. Une manière
de dire que nous n’acceptons plus la manipulation.
- Pensez-vous intervenir uniquement quand on accuse une personne
d’antisémitisme ou dans tous les cas de racisme ?
- Je pars de l’idée qu’il y a, en France, un racisme anti-arabe et
un racisme anti-juif latents. Le nier serait malhonnête. A
partir de là, il peut y avoir des dérives de l’une ou
l’autre partie. Toutefois, dans la majorité des cas ces
accusations sont infondées. On utilise le terme d’antisémitisme,
comme dans mon cas, pour briser des volontés, des carrières
ou pour écarter les « gêneurs ». Donc le comité que nous
mettons sur pied aura pour tâche de dénoncer les
manipulations. Dès qu’une affaire éclate elle sera immédiatement
prise en compte par notre « comité des cent ».
- Quand serez-vous opérationnels ?
- Bientôt. J’espère d’ici décembre 2004.
- Pensez-vous vraiment que les médias vont donner un écho conséquent
à votre action ?
- Oui. Je le crois. Je crois en l’honnêteté des gens. Cela fait 30
ans que j’exerce ce métier. Personne parmi mes collègues
n’aurait jamais pu penser, avant que ces attaques contre moi
ne se déchaînent, que je puisse un jour être traité de
raciste ou d’antisémite. Ces qualificatifs n’ont rien à
voir avec ma carrière et mon souci d’informer. J’ai des
amis qui, comme moi, ont travaillé sur le terrain comme
correspondants de guerre et sont toujours sur le terrain. Tous
ces professionnels qui me connaissent, savent que je dis vrai.
Ils ne peuvent que me soutenir.
- Vous ne vous attendiez pas à de telles attaques ?
- Dans mon livre « Le mur de Sharon », page 11, je pressentais ce qui
allait m’arriver. Mais pas dans ces proportions.
Curieusement, mon livre n’a pas été attaqué. C’est ce
que j’ai déclaré dans une conférence qui a été mis en
cause.
- Le fait que vous ayez touché à des questions religieuses vous a-t-il
également desservi ?
- Je travaille en effet sur l’influence des religions dans le monde. En
Irak on peut parler des différentes tendances religieuses.
Bush fait entrer le religieux dans toutes ses déclarations.
Mais dès que vous dites qu’Israël est ce qu’il est, un
Etat théocratique, il y a une levée de boucliers. J’ai
parlé en effet du « Lévitique », de l’impur et du pur,
qui sépare et qui a un lien avec le mur. Pour moi c’est un
élément constitutif. Il a suffit que j’évoque cela sur
une radio pour que les choses dégénèrent en un vrai
pugilat. Si, au départ, les théoriciens de l’Etat sioniste
étaient laïcs, et les religieux avaient condamné le concept
même de sionisme, le religieux a pris désormais un poids
extrêmement important. Surtout depuis 1987. Toutes les lois
passent par le religieux. Il s’agit au surplus d’une
religion qui se considère comme supérieure aux autres. Moi
je me sens libre de parler de toutes les religions. Les gens
de confession juive parlent eux mêmes de « peuple élu ».
Pourquoi n’aurais-je pas, moi, le droit d’évoquer cette
notion de « peuple élu » ?
- En persistant à vous exprimer de la sorte ne risquez-vous pas
d’aggraver votre cas ?
- Ce que vous me suggérez est de me taire, de ne pas me battre. Il y a
des gens qui manipulent l’information en France. Le
quotidien « Libération » m’a assassiné. Et je devrais me
taire ? J’ai commencé ma vie professionnelle au Vietnam.
J’ai traversé bien des difficultés. J’ai l’habitude de
relativiser. Mon affaire n’est rien par rapport à ce qui se
passe ailleurs et notamment en Palestine. Je ne suis pas un
homme de pouvoir. Dans une interview à un quotidien Belge «
Le soir », j’ai dit que ma liberté d’expression ne
valait pas quelques galons sur l’épaule. Je suis un homme
libre et j’entends le rester. Ni les honneurs, ni
l’argent, ni la fonction, ne m’empêcheront de dire ce que
je veux. Quand j’ai signé mon contrat avec RFI, il y avait
une clause de réserve que j’ai fait supprimer. Que je sois
tenu à être discret sur les affaires internes c’est
normal, mais, pour le reste, on ne peut pas exiger d’un
journaliste qu’il se taise.
- Vous a-t-on blessé en vous interdisant de travailler ?
- Blessé n’est pas le mot. Je suis fortement irrité de voir qu’en
France, il y a une liberté fondamentale qui est en train de
disparaître. Et cela est un fait qui ne peut que m’amener
à réagir, à lutter. Dans mon pays, qui est la France, je
n’arrive pas à concevoir qu’il y ait un terrorisme
intellectuel qui contraigne les gens à se taire sous peine
d’être complètement broyés. Je suis outré de constater
cela. Donc blessé à titre personnel, non. Je savais que
cette pression existait. Mais depuis que cela m’est arrivé
à moi, j’en mesure toute l’importance.
- Vous référez-vous à ces campagnes destinées à blanchir
Israël et à noircir les Arabes musulmans qui déferlent,
surtout depuis le 11 septembre ?
- Oui. Je crois que cela procède de la manipulation pure au sens de la
communication. Israël a pu évoluer, depuis plus d’un demi
siècle, sur une image de victime. Or cette image de victime a
commencé à fortement s’effriter. Surtout depuis 1982, après
les massacres de Sabra et Chatila. Depuis ce moment là, les
responsables de la propagande israélienne ont été obligés
de financer des campagnes pour ne pas perdre ce statut de
victime. Pour y arriver, ils ont utilisé toutes les
techniques de communication possibles et imaginables. Exemple
: alors qu’en France et aux Etats-Unis en tête, on interdit
aux chaînes télévisées de montrer les cadavres, les
cercueils et les enterrements de soldats en cas de conflit,
les TV israéliennes, quand il y a un attentat dans leur pays,
font l’inverse. Chaque fois qu’il y a un attentat en Israël,
leur service d’information diffuse en boucle des images de
corps déchiquetés, pour choquer et mobiliser l’opinion.
C’est la technique de la manipulation par l’image. Les
Palestiniens font la même chose. Je ne fais pas de distingo.
Mais, dans le cas d’Israël, ces images de bus explosés,
abondamment diffusées, sont distribuées gratuitement à
toutes les chaînes du monde. Donc, alors que chez nous on
montre les cadavres de manière très floue, justement pour
amoindrir le choc, en Israël, on vous commente ce choc
psychologique.
- Comment procèdent-ils dans les faits ?
- Il y a dans leur mode de communication quelque chose
d’extraordinaire. Israël compte, dans chaque ambassade, des
chargés de communication qui interviennent systématiquement,
à l’aide des agents d’influence. Cela s’est avéré
dans mon cas. L’ambassade israélienne intervient auprès
des journalistes pour signaler qu’un tel est antisémite,
qu’il faut le faire taire. Ici, en France, l’avocat
Goldnadel, (2) est un de ces agents d’influence qui agissent
pour le compte d’Israël. Cet avocat m’a reproché
d’avoir parlé du « Lévitique » sur Radio Courtoisie. Or
le « Lévitique » est le quatrième livre de la Torah où il
est question de la séparation du pur et de l’impur. Tora
qui fait partie de la Bible. Mais qu’est-ce qui m’empêcherait
de parler de la Torah ?
- Mais aller à radio Courtoisie, marquée politiquement, n’était-ce
pas prêter encore plus le flanc à la critique ?
- Il s’agit d’une radio catholique située à l’extrême droite.
Or, quand M. Goldnadel m’a accusé, il a omis de dire
qu’il s’est lui même exprimé quatre fois sur radio
Courtoisie. Il ne s’est pas gêné de faire des associations
du genre « Ménargues parle du « Lévitique » sur une radio
d’extrême droite, donc il est d’extrême droite ». Tout
cela, qui procède de l’amalgame, a pour but précis
d’entretenir la confusion. Les choses se sont produites de
la même façon en Belgique, quand je suis allé faire la
promotion de mon livre. L’ambassade d’Israël a téléphoné
à un journaliste pour lui dire de ne pas m’interviewer car
j’étais « antisémite ». Or, de quoi m’accuse-t-on ?
Quand je parle du sionisme je me réfère au sionisme en tant
que théorie politique coloniale. Une politique qui veut créer
un Etat juif pour les Juifs dans une zone déjà habitée.
Dire cela n’est pas une contre vérité. C’est
malheureusement la vérité. Le sionisme est né à Bâle dans
un contexte d’expansion coloniale. Le monde a changé de
vision par rapport au colonialisme. Quand Sharon dit que « la
guerre d’indépendance de 1948 n’est pas terminée et que
chaque mètre de gagné est un gain pour Israël» c’est une
attitude coloniale. Mais quand des gens dénoncent ce genre
d’affirmation ils sont vilipendés. Pour moi, Israël est un
pays comme un autre. Je ne vois pas pourquoi on lui réserverait
un traitement spécial. Il faut dire ce qui s’y passe. Je le
répète. Sur les ondes de cette radio associative, qui a une
connotation de droite très marquée, s’expriment toutes
sortes de gens. Monsieur Philippe de Saint Robert, qui m’a
interrogé pour radio Courtoisie, est un gaulliste de gauche.
- Donc ceux qui se sont déchaînés
contre vous, après votre passage à radio Courtoisie, ont
participé à une manipulation ?
- Absolument. Manipulation surtout dirigée par un homme comme
M.Goldnadel, qui avait été lui-même interviewé maintes
fois sur cette radio. Tout le monde peut voir aujourd’hui
comment on fait des amalgames pour détruire un homme.
M.Goldnadel a fait un amalgame en mettant dans la même dépêche
mon nom, le Lévitique, Gollnish, qui est le numéro deux du
Front national, la Shoa. Tout cela avec l’intention claire
de me diffamer et de semer la confusion. Chez les citoyens de
confession juive il y a deux mondes. Ceux qui se sentent
d’abord français de religion juive. Et ceux qui se sentent
d’abord juifs, israéliens et ensuite français. Ce sont
deux mondes totalement différents. Il faut déterminer lequel
a un esprit nationaliste exacerbé et lequel considère sa
religion comme une simple religion. Il y a toute une ambiguïté
du message et du langage là autour.
- Pourquoi n’y a-t-il pas plus de journalistes qui disent les choses
telles qu’elles sont ?
- Parce que, pour certains, il faut assurer les fins de mois. Il y a
beaucoup de journalistes qui partagent la même compréhension
des choses que moi. Mais ils ne sont pas libres. Les patrons
de presse ont peur de perdre des abonnés, les recettes de la
publicité.
- Dans votre mise à pied, l’attitude de la Société des journalistes
n’a-t-elle pas pesé en votre défaveur ?
- Radio France internationale c’est 400 journalistes à Paris, et 300
correspondants dispersés dans le monde. Cette société de
journalistes comprend 15 personnes, dont seulement 3 sont
actives. Voici ce qui s’est passé. J’avais lancé une réforme
de fond qui mettait les plus méritants en avant. Cela avait dérangé
les habitudes. Il y avait déjà un malaise.
- Donc, certains en ont profité pour prendre leur revanche ?
- Dès que j’ai été accusé d’antisémitisme le mécontentement
latent s’est exprimé.
- Pourquoi si peu de journalistes sortent-ils du lot ?
- Cela tient à ce qui, dans les médias, correspond au « politiquement
correct », et qui est, à dire vrai, l’expression d’une
intolérance totale. La France est tombée dans l’intolérance
intellectuelle. Ce qui est extraordinaire est que, quand on
regarde la TV, les gens qui incarnent le « politiquement
correct » sont des gens incultes. Ma grand-mère disait « La
culture c’est comme la confiture. Plus on l’étale moins
il y en a ». Il est loin le temps où on avait des débats, où
les gens s’affrontaient avec des arguments ! Aujourd’hui
on ne s’affronte pas. Il n’y a plus de débat de qualité.
C’est une pluie continue d’anathèmes ce à quoi l’on
assiste sur toutes les chaînes télévisées et dans les médias
en général. Le « politiquement correct » ne réfléchit
pas, ne lit pas, n’a pas de références. Regardez ce qui
est arrivé à Dieudonné qui est un artiste. A-t-il été
trop ou pas assez provocateur ? Mais la provocation ne
fait-elle pas partie de l’échange d’arguments ? Est-ce
qu’il ne faut pas provoquer pour faire réagir ? Le rôle
des médias n’est pas celui de condamner. Quand Tariq
Ramadan développe une idée, pourquoi l’accabler ? Si
l’on n’est pas d’accord avec lui on engage un débat.
Mais pas un lynchage. Et si on l’écoutait ? Ce serait plus
constructif que de le noircir et de le rejeter.
- Vous évoquez des figures sur lesquelles les accusations
d’antisémitisme pleuvent en continu. N’est-ce pas ce qui
vous attend ?
- Dès que l’on critique Israël on est accusé d’antisémitisme. A
force d’accuser tout le monde on finit par banaliser le
terme d’antisémitisme. Ces excès finiront par se retourner
contre l’Etat d’Israël et, malheureusement, contre les
citoyens de confession juive qui acceptent tous ces abus.
Suite à ce que j’ai subi, j’ai reçu des milliers de
mails qui me disaient leur sympathie et aussi leur exaspération.
L’intolérance des uns risque de faire le lit d’une flambée
de haine sur d’autres. Tout cela doit nous faire réfléchir.
- Cette intolérance est-elle entretenue et l’antisémitisme exagéré
d’après vous ?
- Je ne crois pas à la spontanéité des réactions. Il y a, à l’évidence,
une manipulation. Regardez ce qui s’est passé en France ces
derniers mois. Il y a eu des actes attribués à l’antisémitisme
qui se sont avérés être des actes organisés par des
personnes de confession juive. Il y a un fond d’antisémitisme
qui s’inscrit dans la tradition chrétienne. Un fond qui est
minime. Or, il est certain qu’à force de mobiliser à tort
et à travers toute la société sur le thème de l’antisémitisme
on ne peut qu’exaspérer les gens. Nous avons vu ces
derniers mois des ministres se déplacer et s’émouvoir au
moins quatre fois sur des actes provoqués, contre eux-mêmes,
par des citoyens de confession juive qui se disaient victimes.
Il y a eu le cas d’un rabbin qui s’est poignardé, d’une
synagogue incendiée parce qu’un juif ivre y a mis le feu.
Et tout le monde s’est agité sans vérifier la véracité
des faits.
- Comment en finir avec ces manipulations ?
- Par la raison et la tolérance. Tout un chacun devrait mieux vérifier,
mieux faire la part du vrai et du faux et ne condamner que si
il y a lieu de le faire. Mais pas comme cela se fait
actuellement où toute la société est mobilisée a priori,
autour de l’antisémitisme. On est sur une pente très
dangereuse. Les gens accusent trop vite et les journalistes ne
font pas leur travail de vérification et d’explication.
Cela comporte des dangers.
- Donc vous attribuez la responsabilité, d’une part à ceux qui
agitent le spectre de l’antisémitisme, et d’autre part à
l’ignorance ?
- Oui. Et à l’a-culture des journalistes et des faiseurs d’opinion.
Je crois qu’il y a volonté de manipulation. Quand Bernard
Henri Levy se permet de ferrailler avec des mots pour démontrer
qu’être antisioniste cela veut dire être antisémite,
c’est un non sens. C’est faux. Est-ce que les
anti-gaullistes étaient anti-français ? Les anti-communistes
étaient anti-slaves ? Cela agite et confond inutilement.
- Le rapport Ruffin qui enfonce davantage le clou de l’antisémitisme
vous a-t-il surpris ?
- Le rapport Ruffin est un scandale. On ne pourra plus avoir le droit de
critiquer un seul pays, donc on ne pourra plus penser. Une
chose devrait nous interpeller ici. Le seul pays qui a comme géniteur
légal le Conseil de sécurité des Nations Unies c’est Israël.
Les Nations Unies ont voté quantité de résolutions qui
n’ont jamais été appliquées. Pourquoi ? Est-ce que cela
est tolérable dans un monde qui a besoin de justice et d’équilibre?
Il y a là un grand problème.
- Plus je vous écoute plus je vous sens déterminé à réagir. Donc on
n’est pas parvenu à vous briser ?
- Ola là-là. Non. J’estime que ce qui m’est arrivé est un accident
de parcours. On ne m’a pas brisé. On ne va pas me faire
taire. Je vais continuer de m’exprimer pour dire, avec les
moyens que j’ai, ce que je vois tout simplement. Si je fais
des fautes je suis prêt à accepter toutes les condamnations.
Mais mes propos n’ont jamais été démentis. On m’a
condamné parce que j’ai parlé.
- Le vide ne s’est-il pas fait autour de vous ?
- Non, non. Tout au contraire. Il y a énormément de gens qui m’ont
rejoint pour me demander de continuer.
- Avez-vous du ressentiment à l’égard de ceux qui vous ont attaqué ?
- Non aucun. Les médias c’est collectif. J’en voudrais éventuellement
aux rédacteurs en chef qui laissent diffuser des textes sans
en vérifier les termes. Pas aux journalistes. Eux, ils font
leur métier comme ils peuvent. S’ils sont manipulés, à
eux de savoir quelles sont les limites. Les vrais responsables
ce sont les rédacteurs en chef.
- Ce qui vous est arrivé ne vous a-t-il pas rendu pessimiste ?
- Pas du tout. Il va y avoir inévitablement une évolution des choses.
Certes, tout est mis en œuvre par Israël pour empêcher les
gens de savoir ce qui se passe. C’est ce que font les
ambassades israéliennes et leurs agents de communication ou
d’influence : empêcher la base de savoir et de réagir auprès
de leurs dirigeants. On ne peut pas mentir tout le temps. Israël
a perdu la bataille médiatique. Israël ne peut plus se faire
passer pour la victime. Israël est l’agresseur. Les gens ne
vont pas tarder à comprendre qui sont les meurtriers. Malgré
tous les moyens engagés pour étouffer la vérité, les
récits des témoins finiront par sortir. Je suis convaincu
que les hommes politiques, en Europe, finiront par être poussés
par leur base. Ils seront obligés de prendre des décisions
le jour où les gens se mettront réellement à bouger. En démocratie,
tant que les gens ne bougent pas le pouvoir ne bouge pas.
- Comment est-il est possible d’exercer un tel pouvoir sur les rédactions
et sur une aussi longue durée ?
- En faisant ce qu’ils ont fait jusqu’ici : des campagnes médiatiques
basées sur le mensonge. Ils y mettent les moyens et ils ont
l’argent pour le faire.
- Avez-vous un exemple ?
- Il y a une personne qui rédige une dépêche qui accuse un tel d’ «
antisémitisme ». Cette dépêche est reprise par des
journalistes qui ne vérifient pas d’où cette information
vient. C’est aussi simple que cela. Il y a bien évidemment
des sujets qui reçoivent un écho particulier.
- Mais ces dépêches, fruit d’une manipulation, d’où partent-elles
?
- Il y a une organisation non gouvernementale qui s’appelle « Avocat
sans frontières ». Créée par M.Goldnadel cette ONG est une
sorte de leurre, car il existe déjà en France une autre ONG
appelée « Avocats sans frontières de France ». Quand
M.Goldnadel envoie une dépêche au nom d’« Avocats sans
frontières » le journaliste ne va pas vérifier qui il y a
derrière cette ONG. Donc l’appellation donnée par
M.Goldnadel prête à confusion. M.Goldnadel a attaqué
tout le monde d’antisémitisme. Daniel Mermet, Pascal
Boniface, et tant d’autres. Tous les médias ont abondamment
parlé des accusations qu’il avait proférées, mais quand
M.Goldnadel a perdu les procès qu’il a engagés contre eux,
les médias n’en ont pas fait état. Voilà comment les
choses se passent.
- Voyez-vous une évolution possible dans la manière d’informer ?
- Si tout le monde disait ce qu’il sait, le vrai, nous n’en serions
pas là. Si tous les journalistes faisaient vraiment leur
travail honnêtement, nous pourrions arrêter le flot de
mensonges qui déferle sur tout ce qui touche au monde arabe.
Ce qui est rassurant c’est que les lecteurs et auditeurs
sont plus intelligents et cultivés que ceux qui les
informent. Je découvre cela avec bonheur dans des rencontres
et des mails que je reçois.
- NOTES :
(1) Le mur de Sharon.
Presse de la Renaissance, Paris, 2004.
(2) L’association «
Avocats sans frontières » que M. Goldnadel dirige en France,
s’en prend à ceux qui le critiquent.
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