Le personnel des Nations Unies réclame justice

Le personnel international des Nations Unies a fait aujourd'hui la démarche sans précédent d'en appeler à Israël pour qu'il contraigne ses militaires à répondre de leurs actes et qu'il assure la protection de tous ceux qui, personnel des Nations Unies ou autres, travaillent à apporter leur aide dans les Territoires occupés, en accord avec le principe de l'humanitaire international et des droits humains. Cette demande de justice est une initiative indépendante prise par plus de 60 personnes du personnel international, venues de 22 pays. Elle vient à la suite de la mort d'un travailleur des Nations Unies, Iain Hook, citoyen britannique de 53 ans, tué d'une balle dans le dos par un sniper israélien le 22 novembre dernier, alors qu'il négociait une évacuation de civils palestiniens et de personnels des Nations Unies, depuis un bâtiment des Nations Unies dans le camp de réfugiés de Jénine. Après ce coup de feu mortel, l'armée israélienne a en outre refusé à une ambulance l'autorisation d'arriver jusqu'à M. Hook pour lui venir en aide.

Voir ci-dessous la déclaration et la liste des signataires.

Déclaration de travailleurs internationaux des
Nations Unies opérant dans les Territoires Occupés Palestiniens

3 décembre 2002

À qui de droit,

Nous, soussignés, membres du personnel des Nations Unies, écrivons ici en notre nom personnel. Nous travaillons tous en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, à apporter une aide humanitaire à une population en détresse qui en a grand besoin. Dans l'exercice de nos fonctions, nous avons été témoins de bien des tragédies, dans les deux camps en conflit. Nous sommes venus de partout dans le monde pour travailler, sans parti pris ni préférence, à essayer d'alléger un peu la peine et la souffrance qui depuis trop longtemps accablent cette terre.

Nous constatons aujourd'hui, une fois de plus, que la tragédie nous a frappés. En ce qui nous concerne, ce n'est pas assez de manifester son tristesse et son chagrin. Le langage diplomatique du bureaucrate ne suffira pas. Nous écrivons pour exprimer notre condamnation absolue devant le meurtre inutile de Iain Hook le 22 novembre à Jénine. Sur la foi d'informations accessibles à tous, nous condamnons l'armée israélienne, dans les termes les plus énergiques, pour cet acte gratuit perpétré contre un homme sans armes - un homme abattu d'une balle dans le dos par un sniper de l'armée, alors qu'il était en train de négocier avec l'armée israélienne l'évacuation des femmes, des enfants et du personnel des Nations Unies qui se trouvaient dans le bâtiment de l'UNRWA à ce moment.

Notre condamnation est d'autant plus forte que nous avons appris le refus des soldats d'autoriser une ambulance, appelée sur les lieux pour évacuer Iain, à franchir les derniers mètres nécessaires pour arriver jusqu'à lui. Au lieu de quoi, les gens des Nations Unies furent obligés de chercher un autre itinéraire pour le secourir. Avec le retard ainsi occasionné, on pouvait être sûr que le travail fait par une balle serait parachevé par le refus de l'armée israélienne de respecter les critères d'humanité les plus élémentaires. Le choc causé par ce qui s'est passé ce jour-là ne vient pas isolément. Depuis deux ans, les personnels des Nations Unies sont soumis à un harcèlement et une violence sans cesse accrus de la part de l'armée d'Israël, de telle sorte que la protection offerte en principe par les lettres bleues des Nations Unies diminue petit à petit.

Depuis deux ans, le personnel des Nations Unies - les internationaux comme les Palestiniens - sont injuriés, humiliés, battus, pris pour cible et tués par des soldats israéliens. Il y a eu des interventions armées contre les employés et les véhicules des Nations Unies, dont des attaques sur des ambulances et du personnel médical. Des écoles, des dispensaires et des bureaux de l'UNRWA ont été atteints par des bombes, des missiles, des obus ou des tirs de chars, et cela même en plein jour, mettant ainsi en danger la vie du personnel et, quand il s'agit d'écoles, la vie d'enfants réfugiés. Des bâtiments occupés par le personnel des Nations Unies ont été endommagés à plusieurs reprises pendant les bombardements de l'aviation israélienne.

Iain Hook n'est malheureusement pas la première personne travaillant avec les Nations Unies à mourir aux mains des FDI cette année. En mars, Kamal Hamdan a été abattu alors qu'il circulait en Cisjordanie à bord d'une ambulance de l'UNRWA, clairement signalée. En avril, Husni Amer est mort en détention dans une prison militaire israélienne: des témoins ont rapporté qu'il avait été violemment battu par les soldats au moment de son arrestation. Le silence des autorités israéliennes nous porte à croire qu'elles ont ignoré les demandes faites par les Nations Unies qu'il y ait une enquête et un rapport sur ces deux incidents, et n'ont pas jugé utile de prendre une quelconque mesure disciplinaire à l'encontre des soldats impliqués. A nos yeux, il semble que cela confirme la tendance au mépris absolu de la part de l'armée israélienne pour les vies perdues de ces hommes, la sécurité du personnel des Nations Unies ou les normes minimales imposées par la loi internationale qui devraient protéger le personnel des Nations Unies et les autres travailleurs humanitaires.

Dans sa déclaration au sujet de l'enquête initiale sur le meurtre de Iain, le porte-parole officiel de l'armée a soutenu que des coups de feu avaient été tirés à partir du bâtiment de l'UNRWA du camp de réfugiés de Jénine en direction des forces israéliennes. Ceci est en contradiction avec les récits de témoins oculaires - nos collègues à Jénine -, et avec les informations transmises au téléphone au Bureau extérieur de l'UNRWA par Iain juste avant sa mort. Ce qu'on peut dire de plus charitable pour caractériser cette déclaration est qu'elle manque de crédibilité. A nos yeux, ce n'est vraiment que de la propagande destinée à ternir la réputation des Nations Unies, à excuser le meurtre d'un homme désarmé et à perpétuer l'accusation mensongère, dans l'esprit du public, que l'UNRWA abrite des terroristes. Nous demandons avec force que toute enquête entreprise par le gouvernement israélien soit menée dans l'indépendance, la transparence et l'impartialité. Nous demandons avec force que le gouvernement israélien traduise en justice, promptement, ceux qui sont responsables du meurtre de Iain. Ce n'est que dans les sociétés sans foi ni loi qu'on donne à des tueurs en uniforme toute latitude de tuer des travailleurs humanitaires, sans crainte du châtiment...Nous sommes persuadés qu'Israël ne souhaite pas voir ses soldats dépeints sous les mêmes couleurs que les miliciens qui ont sévi dans quelques uns des autres conflits du monde. En tant que personnel des Nations Unies, nous comptons sur la protection du gouvernement israélien pour nous permettre d'assumer nos responsabilités humanitaires partout où on besoin de nous. Il ne s'agit pas d'attendre d'Israël une marque de courtoisie ou de faveur, mais plutôt qu'il remplisse ses propres obligations au regard de la loi internationale et de l'engagement explicite pris envers l'UNRWA de faciliter les opérations de l'Agence dans les Territoires occupés.

Les regrets souvent exprimés à la mort de civils ne constituent pas un 'bouclier' tel qu'il pourrait mettre Israël à l'abri de toute critique. C'est un bouclier qui, à notre avis, est terni du fait que les porte-parole israéliens ont essayé de relier la mort de Iain à des problèmes politiques plus vastes ou de soutenir que les Nations Unies était d'une façon ou d'une autre coupable pour son meurtre.

Dans ces circonstances tragiques, plutôt que des regrets trop faciles à formuler, nous exigeons du gouvernement israélien qu'il prenne les mesures nécessaires pour que les personnels des Nations Unies ne soient plus harcelés, battus, tués. En tant qu'employés des Nations Unies, nous exigeons respect et protection. En tant que membres du personnel international, nous espérons et exigeons de pouvoir revenir vivants dans nos pays, nos familles, une fois que notre travail ici aura été fait. A l'égard de nos collègues palestiniens, nous n'espérons et n'exigeons pas moins: qu'ils puissent vivre et travailler en sécurité, jusqu'à ce que les deux camps impliqués dans le conflit trouvent enfin le chemin de la paix.

Sally Airs, Australia; Naomi Ando, Japan; Ignacio Artaza Zuriarrain, Spain; Alan Barnie, Australia; Peter Bartu, Australia; Pamela Bell, USA; Susan Brannon, USA; Marlise Brenner, Australia; Deidre Connolly, USA; Marisa Consolate Kemper, Canada; Joanna Corbin, UK; B. Scott Custer Jr., USA; Omar Dajani, USA; Calvin Dasilvio, USA; Isabelle dela Cruz, Germany; Marc De la Motte, Italy-France; Mark Dennis, USA; Ray Dolphin, Ireland; Juliet Dryden, UK; Teresa Fallarme, Philippine; Jean-Marie Frentz, Luxembourg; Christopher Gabelle, UK; Jagannathan Gopalan, India; Philippe Grandet, France; Pentti Hakonen, Finland; Roger Hearn, Australia; Grigor Hovmannisyan, Armenia; Thierry Kaiser, France; Sima Kanaan, Jordan; Elizabeth Kawambwa, Tanzania; Jan Kolaas, Norway; Antje Kunst, Germany; Marc Lassouaoui, France; Brett Lodge, Australia; Ali Mahmuda, Canada; Henrik Mathiesen, Norway; Carlos Mazuera, Columbia; Paul McCann, UK; Amanda Melville, Australia; Severine Meyer, France; Zeina Mogarbel, Spain; Merethe Nedrebo, Norway; Gustav Nordstrom, Finland; Patrick O'neil, Ireland; Melissa Parke, Australia; Joachim Paul, Germany; Alex Pollock, UK; Gerhard Pulfer, Austria; Timothy Rothermel, USA; Sam Rose, UK; Ehab Shanti, Canada; Shahwan Huda, Jordan; Jean-Luc Siblot, France; Guy Siri, France; Elna Sondergaard, Denmark; Juerg Staudenmann, Switzerland; Angelo Stefanini, Italy; Gretta Van Bleek, Netherlands; Arjan Van Houwelingen, Netherlands; Andrew Whitley, UK; Hanna Wintsch, Switzerland; Cecilia Wreh-McGill, USA; Ros Young, UK; Kirsten Zaat, Australia.

Traduit de l'anglais par Michelle Cheminel

Aide Sanitaire Suisse aux Palestiniens (ASSP)
15, rue des Savoises 1205 Genève
Tél. 0041(0)22/329.82.13