Dénonçons le crime organisé !

 

Le Conseil fédéral suisse, les gouvernements qui se sont réunis à Rome le 26 juillet, comme ceux qui composent du Conseil de sécurité des Nations Unies s'expriment d'une même voix. Ce serait merveilleux si ce n'était pas, devant l'horreur du massacre de la population et la destruction systématique des infrastructures civiles libanaises, celle de l'hypocrisie, de la couardise ou de l'irresponsabilité, caractéristiques qui, chacune d'elle et à plus forte raison cumulativement, les rend tous inaptes à exercer le pouvoir dans  leurs pays respectifs.

Comment considérer le gouvernement suisse dont les membres interrompent pour une demi-journée leurs vacances et s'empressent de les retrouver immédiatement après avoir exprimé leur compassion pour les victimes et décidé une aide humanitaire de cinq millions de francs, supplié les agresseurs de garantir un couloir de sécurité pour l'acheminer et laissé Madame Micheline Calmy-Rey, ministre des Affaires étrangères, la seule femme parmi eux, se débrouiller diplomatiquement ?

Cette dernière dans l'exercice de ses fonctions avait rappelé la politique de son pays à l'ONU : « Nous avons intérêt à ce que les mêmes règles soient imposées à tous.»

Géographiquement petit, les Conventions de Genève donnent à la Suisse une dimension universelle.

«En cas de violations des Conventions de Genève, l'Etat dépositaire que nous sommes a le devoir, je dis bien le devoir, de les dénoncer» a déclaré la ministre.

(le Temps mercredi 26 juillet 2006).

Micheline Calmy-Rey estime que la guerre au Liban constitue un conflit  entre deux Etats membres des Nations Unis ayant ratifié les Conventions de Genève .Ce point de vue n'a pas été suivi par le reste du Conseil fédéral. Ce dernier a demandé au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) de produire un rapport sur la neutralité de l'action helvétique dans le conflit au Proche-Orient.

Cette demande cache mal son but véritable qui est de gagner du temps avant de devoir constater la politique étrangère active et solidaire que la Suisse a toujours eue. Pendant la guerre froide, elle avait déjà pris position sur un certain nombre d'événements en les condamnant, comme l'invasion soviétique de la Hongrie, de la Tchécoslovaquie ou encore de l'Afghanistan. La diplomatie suisse avait aussi condamné des régimes comme celui de l'apartheid en Afrique du Sud.

Toutes ces prises de position ne sont en rien contraires à la neutralité helvétique.

Concernant la guerre entre Israël et le Liban la ministre des Affaires étrangères n'a pas porté un jugement sur le conflit lui-même, mais bien sur le respect ou non du droit international humanitaire clairement explicité dans les Conventions de Genève dont la Suisse est dépositaire.

Sur ce point, il n'est pas question de neutralité.

« Celui qui ne s'insurge pas contre la terreur n'est pas neutre » a martelé la ministre le 1er août, jour de la fête nationale.

Interpellée par ses auditeurs sur l'évidente contradiction de ses propos avec la position officielle de son gouvernement, Mme Calmy-Rey a refusé la polémique et renvoyé les interrogateurs à leurs propres responsabilités :

 « Nous sommes en démocratie, vous pouvez vous exprimer ».

Le Sommet Mondial sur la Société de l'information, qui s'est tenue en mai dernier à Tunis a mis en exergue l'avènement d'une société de communication équilibrée et accessible à tous. La démonstration vient d'en être donnée par la Coupe mondiale de football, événement qui a atteint, tous médias confondus, une diffusion planétaire sans commune mesure avec l'abominable crime atomique de Hiroshima et de Nagasaki les 6 et 9 août 1945 qui continue de faire souffrir et de tuer aujourd'hui encore.

(www.geneve.ch/FAO/2005/20050921.asp)

La justification du massacre d'une population civile pour garantir une paix durable était aussi fallacieuse et criminelle en août 1945 qu'elle ne l'est aujourd'hui au Proche-Orient. Certes si la solution finale, rêve démoniaque d'un minable peintre autrichien ne s'est heureusement pas réalisée, le fascisme connaît d'inquiétantes résurgences même dans nos démocraties, le goulag soviétique a disparu mais Guantanamo et Abou Ghraib ne lui doivent rien dans le mépris de l'être humain.

Les conflits sanglants ,la faim, les endémies et la sur-exploitation des ressources naturelles depuis 1945 ont fait plus de victimes directes et indirectes dans le monde que les 50 millions du catastrophique bilan de la seconde guerre mondiale. Justifier la poursuite de massacres de civils pour, comme l'affirme l'administration des Etats-Unis

« Parvenir d'urgence à un cessez-le-feu qui soit durable » ne trompe que les imbéciles.

Pourquoi l'opinion publique si bien informée reste-elle passive ?

L'explication est simple. A l'exemple des spectateurs des événements sportifs, elle zappe d'une représentation à une autre : Hier Gaza, puis le Mondial, aujourd'hui le Liban ,déjà la page s’était  tournée avec le dopage du vainqueur du tour de France cycliste que, masquant la mise en échec de Tsahal en Palestine, la une des médias a proclamé la victoire de Scotland Yard sur le terrorisme et l’anniversaire du 11 septembre a donné l’occasion au Président des Etats-Unis d’affirmer que ce n’est pas le cas et que le combat pour la civilisation sera encore long, Benoît XVI en visite privée-médiatisée dans sa terre natale vient  d’en rajouter. L’Eglise romaine a changé de pape, ce qui ne change en rien à l’universalité et à l’actualité du message d’un juif, victime voici deux mille ans d’un assassinat ciblé par les bien-pensants de son temps. 

 

Le prime-time des médias fait oublier celui de la veille. Nous sommes tous des consommateurs et la publicité constitue en fait la part essentielle de nos informations. Tout se vend et tout sert de support pour capter notre attention. Les enfants, les vedettes en tous genre, la patrie, les idéologies, les mythes, la religion sont d'excellents supports, la curiosité un appât séducteur.

 

« Nous sommes en démocratie, vous pouvez vous exprimer » .

Le collectif Urgence Palestine a proposé une lettre de soutien à Madame Calmy-Rey. Elle le mérite. Mais nous nous adressons à tous ses collègues et à toutes celles et ceux qui se sont proposés à nos suffrages et leur dire simplement mais fermement que nous voulons que la Suisse exige, avec tous les peuples de la planète, l'application des sanctions prévues pour les Etats qui violent le droit humanitaire international et qui s'arrogent celui d'assassiner impunément en se faisant les vassaux du plus puissant pouvoir économique et militaire de tous les temps.

 

Genève, le 12 septembre 2006                                                               Jacques Vittori

    Président de l'ASSP

 

 

Aide Sanitaire Suisse aux Palestiniens (ASSP)
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