« Mieux vaut prendre un million de risques pour la paix

qu’un seul risque pour la guerre » *

 

L’Initiative de Genève a fait couler beaucoup d’encre dans les jours qui ont précédé et suivis le 1er décembre où elle a été solennellement présentée à la Suisse et au monde. Le document n’a aucune portée juridique. Il n’engage que ceux qui l’ont négocié sans en faire un texte fermé à tout développement. Ce qui est nouveau, c’est que des Israéliens ont accepté de discuter avec des Palestiniens sans poser le préalable de l’arrêt des attentats suicide. De leur côté, les Palestiniens, qui n’avaient rien à offrir qu’Israël n’avait déjà pris par la force, ont cru devoir ne pas poser le préalable de la reconnaissance du droit au retour sans dire, du moins à notre connaissance, qu’ils y renonçaient définitivement. La question n’est d’ailleurs pas de leur compétence.

Il est évident que ce sont les Israéliens qui doivent faire l’essentiel des concessions. Reste que, pour y amener la majorité de leurs concitoyens, les ‘colombes’ ont un immense chemin à effectuer pour que mûrisse dans leur opinion publique la conviction que le respect de la loi et de la morale internationales est de leur plus strict et immédiat intérêt. Israël ne peut gagner une guerre que la résistance palestinienne est certaine de ne pas perdre. Nous sommes d’accord sur les principes réaffirmés par les opposants au Pacte de Genève et nous sommes persuadés qu’ils seront concrétisés. La question est de savoir quand. Cela prendra certainement des années et peut-être des siècles. Entre temps, combien de vies humaines seront-elles sacrifiées ?

Un autre amalgame, encore plus regrettable, c’est celui que beaucoup font entre le rôle de facilitateur  de la Suisse et le contenu du Pacte pour la paix. 

L’avis qui a largement prévalu à la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien que nous avons organisée le 29 novembre à Genève, c’est que le Département des Affaires Etrangères, sous l’impulsion de sa cheffe, la Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey est allé avec courage aussi loin qu’il était possible pour faciliter l’amorce d’un dialogue entre des Israéliens et des  Palestiniens. Le Conseil fédéral doit faire plus.

La réalisation des espoirs mis dans le "Pacte de Genève" n’est pas garantie. Ce serait pourtant une condition nécessaire pour enrayer une catastrophe alimentaire imminente.

Sans réserve, le public de la Journée du 29 novembre à Genève a chargé l’ASSP des démarches suivantes auprès du Conseil fédéral suisse :

a)      Le Conseil fédéral est prié d’intervenir fermement auprès du Gouvernement Israélien et auprès des Etats Parties aux Conventions de Genève, en particulier auprès de ceux qui font  partie du "Quartet", ainsi qu'auprès de l'Organisation de Nations Unies et de l'Union Européenne pour rappeler à l'Etat d'Israël ses obligations, afin que cessent  les violations du Droit International Humanitaire, en  particulier des Conventions de Genève. Il faut mettre un terme aux souffrances des populations palestiniennes et  redonner ses chances à la paix.

b)      Le 5 décembre 2001, la Suisse a réuni une Conférence des Etats Parties aux Conventions de Genève. Y étaient représentés tous les Etats membres des Nations Unies, à  l’exception de trois d’entre eux. A cette occasion une  déclaration a été adoptée par ces Etats, qui,  après avoir réaffirmé l’applicabilité de la quatrième Convention de Genève dans les territoires palestiniens  occupés, a réitéré le besoin de respecter pleinement les  dispositions de la dite Convention et a encouragé le déploiement d’experts indépendants et impartiaux, afin de  vérifier si des violations continuent d'être commises,  d'assurer ainsi une protection et d'aider à la réalisation de  mesures capables de restaurer la confiance entre les  Parties.

c)      Au vu de ce qui précède, nous prions le Gouvernement  suisse de s’efforcer de réunir une nouvelle Conférence  diplomatique dans les meilleurs délais possibles, afin  d’examiner les suites données à la Conférence du 5 décembre 2001. De proposer toutes nouvelles mesures indispensables, notamment l'arrêt immédiat de la construction du mur de séparation et la démolition de la partie déjà construite,  ainsi que l'a demandé l'Assemblée générale des Nations Unies par sa Résolution du 21 octobre 2003, et le déploiement d'une force armée d'interposition et de maintien de la paix, sous l'autorité  des Nations Unies.

Jacques Vittori

Président de l'ASSP

 

Genève, le 13 décembre 2003

 


* M. Nabil Chaath, ministre palestinien des affaires étrangères que la Conseillère fédérale Mme Calmy-Rey a reçu à Berne le 12 décembre 2003.

Aide Sanitaire Suisse aux Palestiniens (ASSP)
15, rue des Savoises 1205 Genève
Tél. 0041(0)22/329.82.13