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L'exode
silencieux des Palestiniens

par
Jason Keyser
KALKILIYA,
Cisjordanie (AP) -
Alors que les Israéliens entendent accélérer et pérenniser
les contrôles aux barrages sur les routes de
Cisjordanie, les autorités locales constatent un
exode régulier des Palestiniens vers des régions
moins exposées du territoire, voire à l'étranger.
Des milliers de personnes ont ainsi déménagé à
bonne distance des postes de contrôle de l'armée et
des zones de combat, tandis que des milliers d'autres
ont quitté les territoires, principalement pour
l'Europe, les émirats du Golfe et les Etats-Unis.
La Jordanie s'est d'ailleurs inquiétée fin février
de ce que la clôture de sécurité que construit Israël
pour isoler la Cisjordanie et prévenir les attentats
rendait la vie si difficile pour les populations.
Celles-ci risquent, malgré le renforcement des
restrictions d'entrée en territoire jordanien,
d'affluer dans le royaume et de submerger des services
sociaux déjà sous pression.
Les douanes jordaniennes et israéliennes ne donnent
pas de chiffres mais les autorités locales ou les
organisations humanitaires constatent une inquiétante
fuite à l'étranger des étudiants et des
professionnels. Le nombre de demandes de visas pour la
Suède, une destination prisée, a été d'environ
1.600 en 2003, soit trois fois plus qu'en 2001, d'après
les autorités suédoises.
Les autorités palestiniennes ont quant à elles
tendance à minimiser le phénomène car l'émigration
est souvent considérée comme une trahison des
aspirations à un Etat indépendant, un tabou qui
remonte à l'exode de centaines de milliers de
Palestiniens lors de la création d'Israël en 1948.
Cet épisode est appelé «al naqba», »la
catastrophe» par les Arabes.
Marouf Zahran, maire de Kalkiliya, ville située à la
limite nord-ouest de la Cisjordanie avec Israël,
affirme par exemple que ceux qui partent sont souvent
trop honteux pour faire couper leur électricité et
que d'autres racontent aux voisins qu'ils vont se
faire soigner en Jordanie.
»Ceux qui ont quitté leur terre ne sont pas respectés
par la communauté. Les gens le font discrètement»,
dit M. Zahran. L'exode a commencé il y a deux ans,
avec le bouclage israélien, qui s'est récemment
assoupli. La cité, autrefois un important centre
commercial rassemblant exploitations agricoles et
entreprises travaillant avec Israël, aurait perdu
environ 10% de ses 40.000 habitants.
Environ 15.000 Palestiniens du centre d'Hébron contrôlé
par les Israéliens seraient également partis, selon
l'organisation israélienne de défense des droits de
l'homme B'tselem. Cinq mille auraient fui les combats
du sud de la Bande de Gaza pour Gaza, d'après la
police locale, et plus de 450 des 12.000 membres de la
communauté chrétienne de Beit Sahour, en banlieue de
Bethléem, ont principalement gagné l'étranger, à
en croire le chroniqueur local, Ghassan Andoni.
L'exode est plus facile pour les centaines de milliers
de personnes possédant un passeport étranger ou dont
des proches se sont installés au-delà des frontières
lors des précédentes vagues d'émigration. «Bien sûr
que je compte revenir mais je ne sais pas quand»,
explique George Qassis, 29 ans, originaire de Bethléem,
installé dans le New Jersey depuis 2002.
En trois ans, les violences ont fait près de 2.700
morts côté palestinien, ruinant l'économie et
faisant grimper le chômage jusqu'à 70% dans certains
secteurs. En outre, les couvre-feu et restrictions de
déplacements rendent la vie déprimante et les
perspectives de parvenir à un Etat indépendant
restent lointaines.
Pour le ministre palestinien Nabil Chaath, la
situation représente une véritable menace pour
l'avenir: «Ce que nous avons ici, c'est la fuite des
cerveaux et c'est ce qu'il y a de plus dangereux car
nous avons besoin de ces personnes pour édifier
l'Etat palestinien». AP
st/v/Bg
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