A 8 h 15, voici 60 ans, une bombe est larguée sur Hiroshima ; elle explose quarante-cinq secondes plus tard, à 600 m d’altitude au-dessus du centre de la ville. La bombe atomique, que les Américains ont baptisé Little-Boy (petit garçon), vient de recréer pour la première fois dans l’Histoire, les conditions qui règnent à l’intérieur du Soleil. Mais c’est un soleil de mort.  Hiroshima (1 096 900 hab., estimation de 1992), est détruite à 90% : 150 000 victimes, dont 80 000 tués. Voir lien.

Le 9 août 1945, une deuxième bombe nucléaire, au plutonium cette fois, écrase la ville de Nagasaki. Le lendemain 10 août, l’empereur du Japon Hiro Hito capitule sans conditions. Selon les estimations, à la fin de l’année 1945, la bombe d’Hiroshima avait tué 140 000 personnes, celle de Nagasaki 70 000. Des dizaines de milliers de blessés devaient succomber au cours des années suivantes, des milliers de bébés naissent encore de nos jours avec des malformations irréversibles.

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Il faut se replacer dans le contexte : la bombe atomique, c’est d’abord la fin de la guerre et la victoire sur les Japonais. La population américaine est en liesse.

Officiellement, la décision d’utiliser les bombes atomiques, prise par le Président américain Truman seul, était motivée par le souci d’épargner les vies humaines qu’aurait coûté l’invasion du Japon. D’autres raisons, moins avouables, s’y sont bien entendu ajoutées : « faire une démonstration à l’URSS de la puissance militaire américaine, et aussi utiliser ces armes si révolutionnaires et si efficaces qui avaient coûté deux milliards de dollars aux États-unis. » Ce dernier motif pourrait bien avoir été, au regard du désordre mondial qui persiste et s’amplifie, le plus déterminant. 1)voir note de bas de page.

Depuis le 9 août 1945, il n’y a plus jamais eu d’attaque nucléaire. Est-ce l’effet de la dissuasion - cette stratégie de l’absurde qui veut que l’on accumule une force terrifiante pour ne pas avoir à s’en servir, en persuadant l’adversaire qu’on l’utilisera en cas d’attaque ? – Force est de constater que cet objectif  n’a pas été et ne peut pas logiquement être atteint. La menace, pour autant, n’a jamais cessé. La production d’armes chimiques, biologiques et bactériologiques est devenue artisanale. C’est " l'arme nucléaire des pauvres ". Facile à fabriquer à partir de composants aisément accessibles elle n’a pas besoin d’engins de propulsion balistiques compliqués, les « kamikazes » utilisent même leur propre corps.

Il serait inéquitable d’accuser le peuple américain, qui voit ses droits démocratiques diminuer comme une peau de chagrin, conséquence du rejet par, les « bénéficiaires », de la « démocratie » exportée et imposée par son administration, elle-même assujettie aux intérêts du colonialisme financier transnational. Entre 1961 et 1971, l’armée américaine a déversé 83 millions de litres d’herbicides et de défoliants au Viêtnam, au Cambodge et au Laos. Deux tiers de ces produits chimiques, dont le plus connu portait le nom d’Agent Orange (de la couleur des fûts), contenaient de la DIOXINE, substance extrêmement toxique provoquant cancers et malformations, et portant atteinte au système immunitaire, nerveux et reproductif.

Le Reich nazi millénaire s’est écroulé en une décennie, l’empire soviétique s’est effondré sans un seul coup de feu, l’impérialisme de la finance demeure le prédateur universel. Le feu nucléaire reste en réserve mais le malheur vient au rendez-vous des catastrophes industrielles. En juillet 1976, à Seveso, l'emballement réactionnel d'une usine de trichlorophenol entraîne un rejet de dioxine dans l'atmosphère affectant plusieurs centaines de personnes et contaminant pour plusieurs décennies les terrains environnants. En décembre 1984, à Bhopal, une fuite d'isocyanate de méthyle et d'autres gaz toxiques d'une usine d'Union Carbide  cause des milliers de morts en une semaine, et un nombre au moins égal par la suite, sur un total de plusieurs centaines de milliers de personnes affectées. Bhopal est assez représentatif de l'accident industriel dans un pays du tiers monde.

Le 26 avril 1986, en Ukraine, la centrale nucléaire de Tchernobyl explose, suite à des erreurs de manipulation. Les explosions font sauter le couvercle en béton de 2000 tonnes du réacteur projetant 5 tonnes de combustibles nucléaires dans l'atmosphère. Les vents répandent cette pollution sur l'Europe (Suède, Finlande, Pologne, Allemagne, nord de la Grande-Bretagne, France et Italie) où l'on constate un accroissement du degré de radioactivité dans l'atmosphère.


Officiellement, l'accident fait une quarantaine de victimes et 500 blessés graves, mais de 1986 à 1989, des équipes s'affairent pour neutraliser les émanations mortelles. Parmi les 650 000 "liquidateurs" ayant participé au nettoyage de la centrale, 7000 à 10 000 meurent, suite à leur exposition aux radiations. Entre 5000 et 30 000 deviennent invalides à vie. En Russie, 5 millions de personnes sont exposées aux radiations dont 1 700 000 irradiées. La contamination engendre une augmentation considérable de maladies : affections du système respiratoire et digestif, troubles du sang, système immunitaire défaillant, leucémie, cancers, mutations génétiques...

Entre avril et juin 1994, quelques 800 000 tutsis et hutus modérés sont massacrés à la machette dans un délire de haine. Le Rwanda porte encore aujourd’hui les séquelles de cette  tragédie. La France, les États-unis et les forces de l’ONU pouvaient éviter le génocide ou tout au moins, l’arrêter à ses débuts. Préférant se détourner du massacre  ils ont indirectement cautionné l’hécatombe exécutée à la machette, outil de paysan, importé massivement de Chine. Plus directement ces mêmes pays, plus quelques autres, se sont faits complices, le 11 juillet 1995, du massacre de Srebrenica qui, commis par des européens -des forces serbes- a fait des milliers de victimes, européennes elles aussi.  C’est la pire tuerie perpétrée en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Les 8106 musulmans assassinés à Srebrenica sont la honte de l’Europe.

En Septembre 2001, à Toulouse, un stock de nitrate d'ammonium de l'usine AZF explose, causant une trentaine de morts, deux mille blessés et des dégâts considérables, avec la peur rétrospective du risque de rupture d'une canalisation de phosgène de l'usine de la SNPE voisine. Toulouse a entraîné un grand débat national sur les risques industriels et un rapport (Philippe Essig) préconisant une nouvelle "culture de sécurité" pour "vivre avec le risque industriel"

Ces exemples illustrent, parmi beaucoup trop d’autres, la variété des causes, des situations et des conséquences du mépris de l’être humain et des richesses naturelles face aux intérêts du colonialisme politique, économique, idéologique, religieux, ou culturel.

Du 6 août 1945 au 7 juillet 2005 l’empire colonialiste de la finance a poursuivi impunément  les sacrifices humains et ceux du patrimoine naturel de l’humanité, sur l’autel du Dieu absolu du Profit, sans limite ni physique ni morale. La main mise des idolâtres du Veau d’or sur les réseaux d’information, anesthésie universellement la société civile gouvernée par le mensonge et l’hypocrisie.  Chacun dans le monde est concerné et devrait s’interroger sur le tour de magie qui permet de recourir à de réelles armes de destruction massive pour éliminer d’hypothétiques armes de destruction massive qui n’ont dû en Iraq qu’à leur inexistence le privilège d’échapper à l’anéantissement ?    Celles qui existent en réalité ne sont pas mises en question, surtout pas là où elles représentent la véritable menace pour la région. Jamais dévoilé de façon officielle, il est sûr aux yeux de la communauté internationale qu'Israël dispose d'un énorme arsenal d'Armes de Destruction Massive (ADM). L'État hébreu est entré dans le club fermé des pays possédant l'arme nucléaire, devenant de fait la 6e puissance nucléaire mondiale derrière les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. En refusant de signer le Traité de Non Prolifération des armes nucléaires (TNP) en 1968, il a affirmé son intention de poursuivre son programme nucléaire militaire sans aucun contrôle international. Il a fallu attendre environ une vingtaine d'années pour que l'ingénieur israélien Mordehai Vanunu dévoile dans toute son ampleur le monopole du nucléaire au Moyen-Orient. Au-dessus de tout et dispensé de tout, tel est le cas d'Israël. Ses ADM n'ont ainsi pas été évoquées par la CIA dans sa liste des pays producteurs d'ADM, comme la Syrie, l'Iran ou encore l'Égypte.

« Bien qu'Israël possède, en grande quantité, tous les genres d'ADM : nucléaires, chimiques, biologiques et même hydrogéniques, il bénéfice d'une impunité internationale sans égale. Il ne fait jamais l'objet de campagnes ou menaces comme c'est le cas actuellement de l'Iran dont les capacités nucléaires n'ont rien à comparer avec celles israéliennes », a déclaré Emad Gad, rédacteur en chef de la revue Israeli Digest.

Pour conduire à la paix, la sécurité ne doit pas se tromper d’adversaire. « Pour moi, affirme Nurit PELED-ELHANAN, la lutte n'est pas entre les Palestiniens et les Israéliens, ni entre les juifs et les Arabes. Le combat est entre ceux qui cherchent la paix et ceux qui cherchent la guerre. »

Ouvrant l'Assemblée mondiale de la santé le 12 mai dernier, la directrice générale de l'OMS, Mme Gro Harlem Brundtland, a déclaré :

"Je condamne les attaques intentionnelles contre des civils innocents. Elles ne peuvent jamais être justifiées, quel que soit le contexte politique ou militaire".

C’est vrai pour la Palestine, c’est vrai pour la planète. Nous savons qu’il n’y a pas d’harmonie possible entre l’homme et la nature sans solidarité entre les hommes. Nous sommes tous concernés par ces drames et l’absence de volonté politique de solution. Aujourd’hui comme hier, n’oublions pas que les lobbies industriels sont prêts à sacrifier, sans état d’âme, des millions de personnes sous le fallacieux prétexte qu’aider les victimes des guerres passées en sacrifiant celles d’aujourd’hui, est un gage de paix et d’avenir.

 

"Comment celui qui ne respecte pas la vie de l’autre peut-il espérer que celle des siens sera respectée ?

 

Ce ne sont pas des enfants qu’il faut enterrer, mais les armes."

 Jimmy.CARTER ex Président des États-unis, Genève 1er décembre 2001

 

 Jacques Vittori


1)    Certains experts des médias américains établissent un parallèle entre la censure exercée à l'époque sur les images des victimes et de la dévastation à Hiroshima et la couverture, aujourd'hui, de la guerre en Irak. Mais ce n’est pas le seule ….

N.B. voir aussi le lien

 

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