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18 Mai 2004
ISRAËL ET
TERRITOIRES OCCUPÉS
Sous les décombres :
la démolition de maisons, la
destruction de terres
et de biens
Synthèse
AMNESTY INTERNATIONAL
DOCUMENT PUBLIC
Index AI : MDE 15/040/2004
ÉFAI
Londres, mai 2004
Résumé
Cette synthèse résume le document intitulé Israel
and the Occupied Territories. Under the rubble:
House demolition and destruction of land (index
AI : MDE 15/040/2004) diffusé par Amnesty
International en mai 2004. Pour des informations
supplémentaires ou pour agir, veuillez consulter la
version intégrale de ce document. De nombreuses
publications, sur ce sujet comme sur d'autres, sont
disponibles à l'adresse suivante :
http://web.amnesty.org/library/fraindex
SOMMAIRE
Introduction
Caractéristiques et impact de la destruction de
biens
Destruction en raison de «nécessités militaires
et de sécurité»
Les démolitions de maisons illicites : politiques
d'urbanisme
et mesures d'application discriminatoires
Les normes applicables du droit international
Le droit international relatif aux droits humains
Le droit international humanitaire
Principales recommandations
Introduction
L'armée israélienne et les forces de sécurité ont
détruit en Israël et dans les Territoires occupés
plus de 3000 habitations, de vastes zones de terres
cultivées et des centaines d'autres biens au cours
des trois ans et demi qui se sont écoulés. Des
dizaines de milliers d'hommes, de femmes et
d'enfants sont privés de toit ou de moyens de
subsistance. Des milliers d'autres habitations ont
été endommagées et des dizaines de milliers d'autres
sont menacées de destruction, tandis que leurs
occupants vivent dans la peur de se retrouver sans
abri. Les démolitions d'habitations ont généralement
lieu sans avertissement, souvent la nuit, et les
occupants sont expulsés sans avoir le temps de
récupérer leurs affaires. Il arrive fréquemment que
le seul avertissement soit le grondement des
bulldozers américains Caterpillar de l'armée
israélienne qui commencent à abattre les murs des
habitations. Les victimes se comptent souvent parmi
les personnes les plus démunies et les plus
déshéritées. Dans la plupart des cas, les pouvoirs
publics israéliens justifient la destruction par des
«nécessités militaires ou de sécurité» ; dans
d'autres cas, elles avancent l'absence de permis de
construire. Le résultat est le même : des familles
se retrouvent sans abri et sans ressources,
contraintes de s'en remettre à des parents, à des
amis et à des organisations humanitaires pour se
loger et se nourrir.
La démolition d'habitations est une pratique déjà
ancienne dans les Territoires occupés et la partie
arabe d'Israël. Toutefois, au cours des trois ans et
demi passés, l'ampleur de la destruction a atteint
un niveau sans précédent. La destruction des foyers
palestiniens, des terres cultivées et d'autres biens
dans les Territoires occupés est inextricablement
liée à la politique qu'Israël mène de longue date et
qui consiste à s'approprier la plus grande partie
possible de la terre qu'il occupe, en particulier en
implantant des colonies israéliennes de peuplement
en violation du droit international. En Israël, ce
sont essentiellement les habitations des citoyens
palestiniens d'Israël (Arabes israéliens) qui sont
visées par la démolition. Le phénomène est lié à la
politique officielle de confiscation massive de
terres, de lois d'urbanisme restrictives et de
mesures discriminatoires de répartition des terres
d'État qui rend l'obtention de permis de construire
difficile ou impossible pour les Arabes israéliens.
Le présent document est le résumé d'un rapport de 65
pages intitulé Israel and the Occupied
Territories: Under the rubble: House demolition and
destruction of land and property (Index AI : MDE
15/033/2004, mai 2004). Le rapport analyse, à la
lumière du droit international humanitaire et du
droit international relatif aux droits humains, les
principales caractéristiques et évolutions de
l'expulsion, de la démolition d'habitations et de la
destruction de propriétés pratiquées par l'armée
israélienne et les forces de sécurité en Israël et
dans les Territoires occupés.
Caractéristiques et impact de
la destruction de biens
La destruction d'habitations, de terres et d'autres
biens se répartit en deux catégories : les
habitations construites sans permis, et les maisons,
terrains et autres biens que les autorités
israéliennes affirment détruire pour des
«nécessités militaires et de sécurité».
1. Les habitations non autorisées. Dans le
secteur arabe d'Israël, la démolition de maisons
pour défaut de permis de construire est un phénomène
courant, tandis que la démolition d'habitations dans
le secteur juif est quasiment inconnue. Dans
les Territoires occupés, ce sont aussi
immanquablement des foyers palestiniens qui sont
détruits, alors que des implantations juives
illégales continuent de s'agrandir.
2. «Nécessités militaires et de
sécurité». La plupart des destructions dans
les Territoires occupés appartiennent à cette
catégorie. L'ampleur de la destruction est énorme :
elle touche plus de 3000 foyers, de grandes étendues
de terres cultivées, des centaines de commerces,
d'ateliers, d'usines et de bâtiments publics. Des
dizaines de milliers d'autres logements et biens ont
été détériorés, dont beaucoup de façon irréparable.
Les critères de l'armée israélienne pour définir les
«nécessités militaires et de sécurité» sont
extrêmement larges. Cette catégorie peut se diviser
en quatre sous-catégories qui se recoupent parfois :
a) les démolitions punitives d'habitations
appartenant à des familles de Palestiniens ayant
participé à des attentats-suicides et à d'autres
attaques contre des civils et des soldats
israéliens – ou soupçonnés de l'avoir fait – sont
devenues habituelles et entraînent souvent la
destruction ou la détérioration d'habitations
voisines.
b) Les habitations, les terres et autres biens
dont la destruction est nécessaire, selon les
autorités israéliennes, pour des «raisons de
sécurité», en particulier pour construire ou
agrandir des routes ou d'autres infrastructures
pour l'usage ou la protection de colons ou de
soldats israéliens.
c) La destruction d'habitations, de terres et
autres biens dont les autorités israéliennes
affirment qu'elles étaient utilisées – ou
pourraient l'être – par des groupes armés
palestiniens pour tirer ou lancer des attaques
contre les Israéliens. Cette catégorie, que les
autorités qualifient souvent de «préventive»,
est extrêmement large ; il est également fréquent
que de telles démolitions soient appliquées en
représailles contre des attaques palestiniennes et
comme une forme de châtiment collectif à l'égard
des habitants des environs. Dans certains
cas, la destruction sert également à chasser les
Palestiniens de zones où Israël a un intérêt
particulier à prendre le contrôle des terres ou à
le renforcer et/ou à en faire bénéficier les
colonies israéliennes.
d) Les biens dont l'armée israélienne affirme
qu'ils ont été détruits au cours de combats.
L'impact sur la situation économique. En plus
de la démolition de milliers de foyers, la
destruction massive de terres cultivées continuera à
avoir de graves répercussions sur l'économie
palestinienne pendant un grand nombre d'années.
L'agriculture était un secteur important de
l'économie palestinienne, entre autres parce que la
plupart des Palestiniens qui travaillaient en Israël
n'ont plus été autorisés à le faire au cours des
dernières années. Les agriculteurs palestiniens
n'ont plus accès à la majorité des terres où se
trouvaient des arbres et des cultures. Même si les
Palestiniens étaient à nouveau autorisés à cultiver
la terre qui a été détruite récemment, celle-ci
mettrait longtemps et nécessiterait des ressources
considérables pour redevenir féconde.
L'impact sur les femmes. Il est fréquent que
les familles dont le foyer a été démoli n'aient pas
les moyens de s'en procurer un nouveau et doivent
compter sur des proches ou des amis pour se loger.
La plupart des femmes palestiniennes n'ont pas
d'emploi ; la maison est le lieu dont elles sont
essentiellement responsables et qu'elles ressentent
comme le leur. Elles souffrent par conséquent
davantage du fait de vivre chez quelqu'un d'autre,
où elles ne sont plus responsables de la gestion de
l'espace et des activités de la famille.
«Les femmes souffrent terriblement de
l'expulsion. [...] La violence conjugale est
plus forte dans les situations précaires et souvent
angoissantes qu'entraînent de mauvaises conditions
de logement, en particulier avant et pendant une
expulsion.» Déclaration du Centre sur les droits
au logement et les expulsions faite à la Commission
des droits de l'homme des Nations unies, mars 2003.
Le manque d'intimité et d'espace accroît souvent les
tensions entre les membres d'une famille, et
notamment la violence conjugale. Dans ces
circonstances, les femmes sont moins disposées à
déposer plainte et à demander réparation ; en effet,
face à la perte du foyer familial, leurs griefs
peuvent ne pas sembler prioritaires, et les
difficultés d'ordre pratique et financier résultant
de la destruction de leur logement accroissent la
difficulté de trouver une solution à leur problème
individuel.
Destruction en raison de
«nécessités militaires et de
sécurité»
Démolition punitive d'habitations. L'armée
israélienne a détruit près de 500 foyers de familles
de Palestiniens connus pour leur participation – ou
soupçonnés d'avoir participé – à des attentats
suicides ou à d'autres attaques contre des civils et
des soldats israéliens depuis 2001, date à laquelle
Israël a officiellement renoué avec les démolitions
punitives(1). Ces maisons sont généralement
dynamitées, alors que l'armée utilise d'ordinaire
des bulldozers pour d'autres types de démolitions.
Les puissantes charges d'explosifs utilisées par
l'armée entraînent souvent la destruction ou des
dégradations importantes des habitations voisines.
Noha Maqadmeh, mère de dix enfants et enceinte de
neuf mois, a été tuée dans son lit lorsque les murs
de sa maison se sont écroulés lors de l'explosion
d'une maison adjacente provoquée par l'armée
israélienne. L'habitation était située dans le
centre de la bande de Gaza. Le mari et la plupart
des enfants de Noha Maqadmeh ont été blessés, et six
autres maisons voisines ont été détruites par
l'explosion, à la suite de laquelle 90 personnes se
sont retrouvées sans logement. Le mari de Noha
Maqadmeh a raconté à Amnesty International :
«Nous étions couchés, les enfants dormaient ; la
chambre était la pièce la mieux abritée, à l'arrière
de la maison. […] Il y a eu une explosion et
les murs se sont écroulés sur nous. Je me suis
extirpé des décombres. […] J'ai commencé à
fouiller les débris de mes mains ; j'ai d'abord
retrouvé mes deux petits garçons et ma fille de
trois ans […] un par un, nous avons retrouvé
les autres enfants, mais ma femme restait coincée
sous les gravats avec notre plus jeune fille, âgée
de deux ans ; elle la tenait dans ses bras lorsque
le mur s'est écroulé sur elle […]».
Les pouvoirs publics israéliens assurent que ces
démolitions n'ont pas pour but de sanctionner mais
plutôt de «dissuader» les Palestiniens de
participer à des attaques. Israël n'a jamais détruit
les habitations de juifs israéliens qui ont commis
de graves attentats tel le meurtre du Premier
ministre Rabin, ou des attentats à la bombe contre
des Palestiniens ou des Arabes israéliens. Ces
expulsions punitives et démolitions de maisons
constituent une forme flagrante de châtiment
collectif et bafouent un principe fondamental du
droit international qui stipule que le châtiment
collectif n'est toléré en aucune circonstance.
La destruction pour des raisons «préventive»
et de «sécurité». La démolition
d'habitations a été très importante dans la bande de
Gaza, l'une des régions où la densité démographique
est la plus forte du monde. Depuis octobre 2000,
près de 3000 logements, dont la plupart abritaient
des réfugiés, ont été détruits. Selon l'Office de
secours et de travaux des Nations unies pour les
réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA),
entre octobre 2000 et octobre 2003, plus de 2150
maisons ont été démolies et plus de 16000
endommagées dans la bande de Gaza. Au cours de la
même période, 600 autres logements ont été rasés en
Cisjordanie. Une grande partie de la destruction
visait le camp de réfugiés de Rafah, au sud de la
bande de Gaza, où près de 1000 habitations ont été
détruites et des centaines d'autres partiellement
abattues ou gravement endommagées.
Du 10 au 13 octobre 2003, l'armée israélienne a
détruit environ 130 habitations et détérioré un très
grand nombre d'autres dans le camp de réfugiés de
Rafah et ses environs, privant d'abri plus de 1200
Palestiniens, dont une majorité d'enfants. L'armée a
affirmé qu'elle avait découvert trois tunnels
utilisés par les Palestiniens pour faire entrer
illégalement des armes depuis l'Égypte. Suha
Abdallah, dont la maison a été en partie détruite, a
déclaré à Amnesty International : «Il n'y avait
pas de tunnel ni quoi que ce soit chez nous, tout le
monde peut venir le constater par soi-même ; une
partie de la maison est encore debout mais elle
n'est plus sûre. […] Qu'allons-nous faire
maintenant ? Détruire le reste de la maison
nous-mêmes pour qu'elle ne s'écroule sur personne.»
Au cours des six semaines précédentes, environ 50
autres habitations ont été démolies à Rafah,
laissant sans abri des centaines d'autres
Palestiniens.
«Ceux qui prennent la fuite offrent un spectacle
saisissant. Mais fuir pour aller où ? Quand on est à
Rafah, on ne peut pas aller au sud parce qu'il y a
une frontière, on ne peut pas aller à l'ouest parce
qu'il y a la mer, et on ne peut aller ni au nord ni
à l'est parce qu'il n'y a nulle part où aller. On ne
peut pas sortir de Gaza.»
Peter Hansen, Commissaire général de l'UNRWA,
en octobre 2003.
Jusqu'à l'automne 2000, les premières rangées de
maisons du camp de réfugiés ne se trouvaient qu'à
quelques mètres de la frontière égyptienne. Depuis,
des rangées de maisons ont été détruites sur une
distance allant jusqu'à 300 mètres, contrairement
aux dires des autorités israéliennes selon lesquels
seules les habitations utilisées par des
Palestiniens lors d'attaques ont été ciblées. Dès la
fin de 2000, des Palestiniens vivant dans le camp de
réfugiés ont confié à Amnesty International que des
soldats israéliens leur avaient dit que de
nombreuses rangées de maisons seraient détruites.
Des déclarations de représentants de l'État
israélien indiquent que c'était effectivement prévu.
Le général de division Yom Tov Samiah, alors
commandant de l'unité du sud de l'armée israélienne,
a déclaré à la radio israélienne au lendemain de la
destruction d'une soixantaine d'habitations
palestiniennes du camp de réfugiés de Rafah, les 9
et 10 janvier 2002 : «Ces maisons auraient dû
être démolies et évacuées depuis longtemps. […]
Il faut évacuer trois cents mètres de la Bande de
part et d'autre de la frontière. […] Trois
cents mètres, quel que soit le nombre de maisons,
point final(2).»
L'armée israélienne a également rasé des centaines
d'habitations et d'autres biens qui n'étaient pas
occupés par des réfugiés, ainsi que d'importantes
zones de terres cultivées dans toute la bande de
Gaza. Plus de 10 % des terres arables de Gaza ont
été détruites au cours des trois ans et demi
écoulés. Selon le Bureau de la coordination des
affaires humanitaires (OCHA), plus de 730 ha de
terres agricoles ont été anéantis et plus de 226 000
arbres déracinés dans la bande de Gaza rien qu'en
2002 et 2003(3). Des infrastructures agricoles,
notamment des centaines de puits, des bassins de
retenue et des pompes à eau qui fournissaient l'eau
pour la consommation, l'irrigation et d'autres
besoins à des milliers de personnes, ont été
détruites en même temps que des dizaines de
kilomètres de réseaux d'irrigation.
L'exemple de la famille Bashir illustre le
déroulement de nombre d'expulsions, de démolitions
d'habitations, de destruction et d'expropriation de
terrains décrites dans le présent rapport. Khalil
Bashir, chef d'établissement scolaire, sa mère âgée,
sa femme Souad et leurs six enfants subissent depuis
longtemps les pressions exercées par l'armée
israélienne pour leur faire abandonner leur maison
et leur terre situées dans le village de Deir al
Balah, dans la bande de Gaza, près de la colonie
israélienne de Kfar-Darom. Depuis octobre 2000,
l'armée israélienne a détruit les maisons voisines
où logeaient le frère et les parents de Bashir,
ainsi que la plupart de leurs terres cultivées
autour de la maison ; l'armée a réquisitionné
l'étage supérieur de la maison des Bashir pour le
transformer en base militaire ; les membres de la
famille sont confinés au rez-de-chaussée et
subissent les harcèlements et les mauvais
traitements des soldats qui les poussent à quitter
la maison. Des soldats israéliens ont blessé Khalil
Bashir et deux de ses enfants en leur tirant dessus
à l'intérieur ou aux abords de la maison. Lors du
dernier incident survenu en février 2004, Yusuf
Bashir, 15 ans, a été gravement blessé d'une balle
dans le dos par des soldats israéliens alors qu'il
se trouvait devant chez lui en compagnie de son père
et de fonctionnaires des Nations unies qui avaient
visité la maison.
«[…] La maison devrait être l'endroit le
plus sûr, mais pas pour notre famille ; c'est
pourtant chez nous et on ne devrait pas être forcé
de partir. Personne ne devrait être chassé de chez
lui, et nous ne partirons pas de chez nous. […]»
(Déclaration d'Amira, fille de Khalil Bashir, à
Amnesty International.)
En Cisjordanie, la destruction massive de maisons et
d'autres biens a commencé au début de 2002, par une
série d'incursions prolongées de l'armée israélienne
qui ont laissé des traces dans tous les camps de
réfugiés et villes attaqués. Les chars de l'armée
ont roulé sur des voitures en stationnement, abattu
des murs et des façades de maison, écrasé des
poteaux électriques et des conduites d'eau.
Le 6 avril 2002, à Naplouse, Nabila al Shubi,
quarante ans, enceinte de sept mois, ainsi que ses
trois jeunes enfants, son mari, deux de ses
belles-sœurs et son beau-père sont morts sous les
décombres de leur maison, démolie par les bulldozers
de l'armée israélienne. L'armée a imposé un
couvre-feu strict dans le quartier pendant plusieurs
jours, refusant l'accès aux secours ; ce n'est
qu'une semaine plus tard que des proches ont
retrouvé les corps sous les gravats. La tante et
l'oncle âgés de Nabila ont survécu, après avoir
passé toute une semaine coincés sous les décombres.
La plus importante vague de démolitions
exécutée par l'armée israélienne s'est déroulée dans
le camp de réfugiés de Jénine en avril 2002. L'armée
a complètement détruit le quartier d'al Hawashin et
partiellement rasé deux autres quartiers du camp de
réfugiés, laissant plus de 800 familles, soit 4000
personnes, sans abri(4). Des photographies aériennes
et d'autres éléments de preuve montrent qu'une
grande partie de la destruction d'habitations est
intervenue après des affrontements entre des soldats
israéliens et des hommes armés et alors que des
hommes armés palestiniens avaient été arrêtés ou
s'étaient constitués prisonniers(5). Depuis, les
attaques de l'armée israélienne et la destruction de
maisons et de biens se sont poursuivies dans toute
la Cisjordanie.
Dans la matinée du 5 septembre 2003, à Naplouse, des
soldats israéliens ont dynamité un bâtiment de sept
étages où vivaient huit familles, dont 31 enfants.
Ibtisam, professeur et mère de quatre enfants, a
rapporté à Amnesty International : «Vers 21 h-21
h 30, des soldats israéliens ont demandé de sortir à
tous ceux qui habitaient le bâtiment… nous nous
sommes précipités pour sortir les enfants du lit et
quitter la maison. C'était l'affolement ; je n'ai
pas eu le temps de prendre du lait ni quoi que ce
soit d'autre pour mon bébé. […] Les soldats
nous ont tous emmenés dans l'école située en face,
ils ont ouvert la porte à l'explosif et nous ont
tous installés à l'intérieur… Nous y sommes restés
toute la nuit, sans nourriture, ni eau, ni rien… On
entendait de nombreux coups de fusil. Puis, tout à
coup, les soldats ont fait sauter le bâtiment, sans
nous permettre d'y pénétrer pour prendre quoi que ce
soit. Nous nous sommes retrouvés sans rien, en
pyjama… tout a été enfoui sous les décombres.»
Cinq jours plus tard, le 10 septembre, l'armée
israélienne a fait sauter un immeuble d'appartements
de huit étages à Hébron, privant de logement 68
personnes, dont 53 femmes et enfants.
Destruction de terres confisquées «à titre
temporaire». L'armée israélienne
continue de saisir et de détruire des terres dans
l'ensemble de la Cisjordanie et de la bande de Gaza
pour des «nécessités militaires et de sécurité».
En janvier 2004, l'armée israélienne a promulgué 12
ordonnances de confiscation «temporaire» pour
des terres proches d'implantations israéliennes dans
la bande de Gaza. L'ordonnance stipule : «Suivant
le présent avis en date du…, le Commandant des
Forces de défense israéliennes dans la région de
Gaza, à la suite des circonstances particulières qui
prévalent dans la région et pour d'impérieuses
nécessités militaires, a ordonné que la terre
marquée sur la carte jointe à l'ordonnance
concernant la confiscation de terre (2004-2)
(barrière de sécurité de Kfar Darom) (région de
Gaza) soit saisie pour la construction d'éléments de
sécurité. [...]»
Officiellement, la terre n'est pas confisquée mais
seulement saisie «à titre temporaire» par
l'armée israélienne pour des «nécessités
militaires et de sécurité» non précisées,
uniquement pour une période déterminée. Toutefois,
les ordonnances «temporaires» de saisie de
terre peuvent être prolongées indéfiniment et, dans
l'écrasante majorité des cas, la terre n'a jamais
été restituée à ses propriétaires. Les terrains
confisqués «à titre temporaire» ont
couramment servi à agrandir et à construire des
colonies israéliennes de peuplement, des routes pour
les colons et des infrastructures connexes ; plus
récemment, ils ont également servi à faire place au
mur/barrière qu'Israël dresse en Cisjordanie(6).
Le mur/barrière. Selon les autorités
israéliennes, le mur/barrière a pour objet
d'empêcher les auteurs d'attentats suicides
palestiniens et autres éventuels attaquants de
pénétrer en Israël. Cependant, le mur/barrière ne se
dresse pas entre Israël et les Territoires occupés
mais pour la majeure partie (à près de 90 p. cent) à
l'intérieur de la Cisjordanie ; il isole des
villages palestiniens, sépare des familles, coupe
les habitants de leurs terres, de leur travail, de
l'école, des centres de soins et d'autres services
essentiels. Ceci a pour but de faciliter le passage
entre Israël et plus de 50 implantations
israéliennes illégales situées en Cisjordanie. Le
tracé du mur/barrière à l'intérieur de la
Cisjordanie est censé protéger les colonies
israéliennes de peuplement illicites et entraîne la
destruction et l'appropriation illégales de biens
palestiniens et d'autres atteintes aux droits
humains. Les «nécessités militaires et de
sécurité» ne peuvent être invoquées pour
justifier des mesures qui bénéficient aux
implantations civiles israéliennes illégales aux
dépens de la population palestinienne occupée. Le
tracé actuel du mur/barrière viole les obligations
d'Israël au titre du droit international.
L'échec de la Cour suprême israélienne. La
plupart des cas de démolition d'habitations et de
destruction de terres et de biens ne sont pas soumis
à un contrôle légal et ne sont pas susceptibles de
recours légal. En 2002, la Cour suprême a statué que
dans les cas de démolitions pour des «raisons
militaires et de sécurité», les personnes
concernées doivent être autorisées à se pourvoir en
appel, sauf si, ce faisant, elles «menacent la
vie d'Israéliens» ou «s'il y a des activités
de combat à proximité». La Cour a toutefois
statué par la suite qu'une notification préalable
n'était pas nécessaire si elle risquait de
compromettre le succès de la démolition, ce qui
revient à donner pratiquement le feu vert aux
démolitions sans possibilité de recours. C'est ce
qui se produit dans la plupart des cas.
Dans les cas où une notification préalable de
destruction a été donnée et où les propriétaires des
biens visés ont interjeté appel, la Cour suprême
israélienne a en général accepté l'appréciation de
l'armée israélienne de ce qui constitue des
«nécessités militaires ou de sécurité» et a
autorisé les destructions. Amnesty International
estime que la Cour suprême israélienne a accepté
trop promptement la définition excessivement large
donnée par l'armée israélienne à la «nécessité
militaire» et qu'en souscrivant à cette
définition, la Cour suprême n'a pas su protéger les
Palestiniens des Territoires occupés contre la
destruction arbitraire de leurs maisons et de leurs
biens, ni des expulsions.
Les démolitions de maisons
illicites : politiques d'urbanisme et mesures
d'application discriminatoires
«Nous devons commencer à apprendre à la
population arabe à construire en hauteur. […]
Il n'y a pas de raison pour que toute la population
du secteur arabe vive dans des maisons
individuelles.»
Abraham Poraz, ministre de l'Intérieur israélien,
21 janvier 2004.
À l'origine du problème de la démolition de maisons
non autorisées dans le secteur arabe d'Israël et
dans certaines parties des Territoires occupés se
trouvent les politiques israéliennes d'aménagement
du territoire et d'urbanisme, et la manière dont
elles sont appliquées. Ces politiques se
caractérisent par une discrimination à l'égard des
Arabes et des Palestiniens d'Israël, tant dans
l'usage des terres d'État, entre autres des terres
dont des Palestiniens ont été expropriés, que dans
la manière dont les plans sont dressés pour
l'utilisation de terres appartenant à des
particuliers, et dans l'application des lois
d'urbanisme et de construction.
L'expropriation ou la confiscation de grandes
étendues de terres palestiniennes a sensiblement
amoindri les réserves de terres disponibles sur
lesquelles les Arabes palestiniens et israéliens
peuvent construire pour faire face à la croissance
naturelle de leurs villages. Les lois d'urbanisme et
de construction dans ces zones restreignent par
ailleurs la superficie de terres appartenant à des
propriétaires privés et sur lesquelles les Arabes et
les Palestiniens d'Israël peuvent bâtir.
La maison de Salim et Arabia Shawamreh a été démolie
quatre fois entre juillet 1998 et avril 2003. Avec
l'aide de bénévoles, elle a été reconstruite et
transformée en un centre pour la paix, mais elle est
à nouveau menacée de destruction. Salim, Arabia et
leurs sept enfants vivaient dans le camp de réfugiés
surpeuplé de Shufat, à Jérusalem. Ils ont fini par
acheter une parcelle de terre dans le village voisin
d'Anata. Après avoir passé plus de quatre ans et
dépensé beaucoup d'argent à tenter d'obtenir un
permis de construire, ils ont perdu espoir et bâti
leur maison sans permis. Ils ont rapporté à Amnesty
International : «Les autorités ont justifié de
diverses manières leur refus de nous délivrer un
permis de construire. Chaque fois que nous
parvenions à remettre en cause ou à réfuter la
raison invoquée pour le refus, notre demande était
rejetée pour d'autres motifs. Cela nous a coûté des
milliers de dollars. Nous avons fini par comprendre
que c'était sans espoir et avons bâti notre demeure
sans permis.»
Les Territoires occupés. Les Palestiniens de
Cisjordanie et de la bande de Gaza ne peuvent louer
à bail ni construire sur une terre déclarée terre
d'État parce que les «étrangers» ne peuvent pas
louer à bail ni construire sur des terres d'État et
que l'ensemble de la population palestinienne des
Territoires occupés est définie comme étrangère par
le droit israélien. Après avoir occupé la
Cisjordanie et la bande de Gaza, Israël a «gelé»
l'urbanisation des villes et villages palestiniens.
Des plans d'urbanisme datant de plusieurs décennies
et qui ne sont plus adaptés pour répondre aux
besoins de la croissance démographique ont servi à
justifier la non-délivrance de permis de construire
aux Palestiniens. Dans le même temps toutefois,
Israël a élaboré, en violation du droit
international, des projets d'urbanisme de grande
ampleur pour plus de 150 implantations juives dans
l'ensemble des Territoires occupés.
Les restrictions aux permis de
construire dans les Territoires occupés depuis les
Accords d'Oslo
«Notre politique est de ne pas approuver la
construction dans la zone C.»
Déclaration du porte-parole de l'armée israélienne
aux délégués d'Amnesty International en 1999.
«Il n'y a plus de permis de construire pour les
Palestiniens.»
Déclaration de colonel Shlomo Politus,
conseiller juridique de l'armée israélienne,
au Parlement israélien le 13 juillet 2003.
En vertu des Accords d'Oslo, 60 p. cent de la
Cisjordanie a été classée en zone C, où Israël
demeurait responsable des affaires civiles. En
conséquence, les Palestiniens ont continué d'être
empêchés de construire dans la plus grande partie de
la Cisjordanie. Au cours des trois dernières années,
l'armée israélienne a démoli environ 500 maisons
palestiniennes dans la zone C, au motif qu'elles
étaient bâties sans permis. Simultanément, Israël a
considérablement accéléré l'implantation et
l'extension de colonies de peuplement illégales dans
la zone C et autour de Jérusalem-Est ; il a
également construit un important réseau routier dans
l'ensemble des Territoires occupés afin de relier
ces colonies entre elles et à Israël. Pendant les
sept ans qu'a duré le processus de paix d'Oslo, de
1993 à 2000, le nombre de colons israéliens en
Cisjordanie et dans la bande de Gaza a augmenté de
plus de 50 p. cent. L'extension des implantations
israéliennes dans ces zones se poursuit. Selon le
Bureau central des statistiques israélien (BCS), la
construction d'habitations a augmenté de 35 p. cent
en 2003 dans les colonies de peuplement des
Territoires occupés.
Dans la matinée du 21 août 2003, jour son mariage,
Asad Muyin a vu sa maison démolie ; celle de son
cousin Ziad Asad, qui s'était marié une semaine plus
tôt, a été détruite en même temps. Les deux maisons
adjacentes se trouvaient dans la ville de Nazla
Issa, en Cisjordanie. Asad Muyin occupait le
rez-de-chaussée avec ses parents et trois frères ;
il avait meublé et préparé le premier étage afin d'y
emménager avec son épouse, mais la maison a été
détruite avant qu'ils n'en aient l'occasion. Les
meubles neufs et les cadeaux de mariage ont disparu
dans les décombres, ainsi que le contenu du
rez-de-chaussée de la maison familiale. Asad Muyin a
rapporté à Amnesty International : «Les soldats
sont arrivés tôt, vers 7 heures du matin. Je me
préparais pour le mariage, pour une journée de
bonheur. Ils avaient des bulldozers […] ils
nous ont donnés 15 minutes pour quitter la maison.
Nous n'avons eu le temps de rien emporter. Ils nous
ont dit que nous n'avions pas de permis de
construire. […] Mais tout le monde sait
qu'Israël ne délivre pas de permis de construire aux
Palestiniens dans la zone C.»
Israël. Depuis la création de l'État
d'Israël, plus de 700 villes et villages juifs ont
été érigés, mais pas une seule ville ni village
arabe. Des dizaines de villages arabes qui
existaient avant la fondation de l'État ont été
reclassés en zones non résidentielles. Environ 93 p.
cent des terres israëliennes sont terres d'État,
mais une partie est administrée par le Fonds
national juif, l'Agence juive ou d'autres
organismes qui ne louent pas à bail des terres à des
non-juifs. Ces questions ont été reconnues par la
Commission Or, un organe officiel, en 2003(7).
Extraits du rapport de la Commission Or
(septembre 2003)
«36) Au cours des 50 premières années d'existence
de l'État, la population arabe a été multipliée par
sept, mais la superficie des terres attribuées à la
construction de logements est restée quasiment
inchangée. Aussi la densité démographique dans le
secteur arabe a-t-elle considérablement augmenté ;
[...] il n'y a pas eu d'implantation de localités
nouvelles [...] il n'y a généralement pas eu
de terrains réservés à la construction dans le
secteur arabe. Des résidents du secteur arabe
souhaitant bâtir sur un terrain qui leur appartient
mais qui relève de la compétence des autorités
locales juives voisines en ont été empêchés par la
réglementation de ces autorités. [...] 37) Un
obstacle majeur à la construction de logements dans
le secteur arabe a été l'absence de plan directeur.
[...] il y a eu des retards démesurés dans le
secteur arabe. À quoi s'ajoutait le problème de
l'absence de représentation réelle du secteur arabe
dans les comités d'urbanisme et de construction.
[...] il n'y a pas eu de création de commissions
locales dans les localités arabes, et ces localités
ont été placées sous la compétence de commissions
gérées par des juifs. [...] les décisions
concernant l'aménagement du secteur arabe n'ont pas
été assez attentives aux besoins de la population
arabe. [...] à la fin du siècle, la moitié
des localités arabes n'étaient toujours pas dotées
de plan d'ensemble [...] dans de grandes
parties des zones de compétence (des localités
arabes), les propriétaires fonciers privés ne
pouvaient pas construire légalement. Le phénomène
très répandu de constructions illégales [...]
résulte en partie de l'impossibilité d'obtenir des
permis de construire [...]. Des ordonnances
de démolition ont été promulguées pour des maisons
appartenant à des Arabes [...]. On a prétendu
qu'au-delà de la situation légale [...], une
situation de discrimination s'est créée à l'encontre
des citoyens arabes.»
Les villages bédouins non reconnus dans la région
du Néguev. Entre 60000 et 70000 Bédouins environ
vivent dans quelque 45 «villages non reconnus»
dans le Néguev, région du sud d'Israël. Bien que les
Bédouins soient présents dans le Néguev depuis des
générations, leurs villages n'ont jamais été
reconnus par les autorités et leurs habitants ne
sont pas autorisés à bâtir de maisons ni à cultiver
la terre ; ils vivent dans la peur constante d'être
expropriés et de voir leurs maisons démolies. Rien
qu'au cours des deux dernières années, les forces de
sécurité ont détruit un très grand nombre
d'habitations de ces villages et ont anéanti à
plusieurs reprises les récoltes des Bédouins par
pulvérisation aérienne. La pulvérisation n'avait
fait l'objet d'aucun avertissement et, en
conséquence, plusieurs personnes ont été malades.
Des constructions plus permanentes dans les villages
bédouins non reconnus risquant d'être détruites,
nombre d'habitants sont contraints de vivre dans des
abris précaires qui les protègent mal des conditions
climatiques extrêmes du désert. La plupart de leurs
demeures et abris pour animaux restent menacés de
démolition. L'Administration des Terres d'Israël
estime le nombre de structures non autorisées (et
donc exposées à la démolition) dans ces villages à
60000, dont 25000 maisons, tandis que le ministère
de l'Intérieur israélien l'estime à 30000(8).
Le 4 août 2003, les forces de sécurité israéliennes
ont démoli 10 maisons à Sawa, l'un des villages
bédouins non reconnus, dont la maison de Ali et Sara
Abu Sbeit et leurs six jeunes enfants. Ali Abu Sbeit
a rapporté à Amnesty International : «La police
est arrivée vers 7 heures avec des gardes
frontières. Nous dormions encore… ils avaient des
bulldozers. Ils m'ont attaché les mains dans le dos
et m'on fait sortir, ainsi que ma femme et tous les
enfants. Ils ne nous ont pas autorisés à emporter
quoi que ce soit. [...] Depuis que notre
foyer a été détruit, nous sommes restés chez des
parents, mais pas tous ensemble car nous sommes
nombreux. [...] C'est la deuxième fois que ma
maison est détruite. La première fois, c'était en
1997 et j'ai dû la démolir moi-même sinon les
autorités me faisaient payer le coût de la
démolition. Après, j'ai habité chez ma mère pendant
trois ans mais maintenant il n'y a plus de place
là-bas pour nous tous. Puis, en 1999, j'ai construit
cette maison, et nous voici de nouveau sans
logement.»
Les pouvoirs publics ont exercé des pressions sur
les Bédouins qui habitent dans des villages non
reconnus pour qu'ils signent des accords dans
lesquels ils renoncent à revendiquer ces terres et
pour qu'ils aillent vivre dans des communes
urbanisées conçues spécialement pour eux par les
autorités. Au cours des dernières décennies, environ
la moitié de la population bédouine a cédé aux
pressions que le gouvernement exerçait sur elle pour
qu'elle aille s'installer dans cinq communes où les
infrastructures et les possibilités d'emplois sont
insuffisantes ; ces communes ont été créées par les
autorités israéliennes spécialement pour les
Bédouins. Elles comptent parmi les localités les
plus pauvres du pays et connaissent le plus fort
taux de chômage et de criminalité. Les 60000 à 70000
Bédouins qui habitent encore dans les villages non
reconnus ont résisté aux pressions du gouvernement
visant à les faire renoncer à leur terre et à leur
mode de vie traditionnel centré sur l'agriculture et
les pâturages pour aller s'installer dans ces
communes. Tout en multipliant leurs actions en vue
de concentrer la population bédouine dans de petites
communes où les emplois et les projets de
développement sont inexistants ou insuffisants, les
autorités ont encouragé et subventionné
l'implantation de nouveaux villages et de fermes
familiales juifs dans la région.
Les normes applicables du droit
international
Tant en Israël que dans les Territoires occupés,
Israël est lié par le droit international relatif
aux droits humains, notamment les traités
internationaux relatifs aux droits humains auxquels
Israël est partie, dont le Pacte international
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels
(PIDESC), le Pacte international relatif aux droits
civils et politiques (PIDCP) et la Convention
internationale sur l'élimination de toutes les
formes de discrimination raciale. Dans les
Territoires occupés, l'attitude d'Israël en qualité
de puissance occupante doit non seulement respecter
le droit international relatif aux droits humains,
mais aussi les dispositions du droit international
humanitaire applicables à une occupation
belligérante, entre autres la Quatrième Convention
de Genève relative à la protection des personnes
civiles en temps de guerre du 12 août 1949
(Quatrième Convention de Genève).
Israël a systématiquement contesté son obligation
d'appliquer en Cisjordanie et dans la bande de Gaza
les traités des Nations unies relatifs aux droits
humains qu'il a ratifiés et a systématiquement
contesté l'applicabilité de la Quatrième Convention
de Genève. Israël est toutefois isolé dans son
désaccord. L'applicabilité tant de la Quatrième
Convention de Genève que des traités internationaux
relatifs aux droits humains a été réaffirmée à
plusieurs reprises par les organes pertinents et la
communauté internationale.
Le droit international relatif
aux droits humains
Le droit au logement. Le droit au logement
est un droit fondamental, à savoir un élément
essentiel du droit à un niveau de vie suffisant et
d'une importance capitale pour la jouissance des
autres droits humains garantis par l'article 11-1 du
PIDESC.
Le droit au logement comprend le droit à un lieu où
l'on puisse vivre en sécurité, dans la paix et la
dignité, ainsi que le droit à un logement suffisant.
Le droit à un logement adéquat ne comprend pas
seulement suffisamment d'intimité, suffisamment
d'espace, une bonne sécurité, la protection contre
les éléments naturels et les risques sanitaires, une
aération convenable – tout cela pour un coût
raisonnable –, mais aussi, entre autres, la sécurité
légale de l'occupation – notamment la protection
contre l'expulsion, le harcèlement et les menaces.
En mai 2003, le Comité des droits économiques,
sociaux et culturels s'est dit vivement préoccupé
par les pratiques d'Israël qui enfreignent le droit
au logement des Arabes israéliens, notamment les
Bédouins israéliens, et des Palestiniens dans les
Territoires occupés(9).
La discrimination. Le devoir fondamental d'un
État de garantir les droits sans discrimination est
inscrit dans les traités internationaux relatifs aux
droits humains, notamment le PIDCP (articles 2-1 et
26) et le PIDESC (article 2-2). L'article 5 de la
Convention internationale sur l'élimination de
toutes les formes de discrimination raciale prohibe
toute forme de discrimination dans l'exercice de
divers droits, notamment le droit au logement.
Les politiques relatives au logement et à la terre
menées par Israël contreviennent au droit à la
non-discrimination des Arabes israéliens et des
Palestiniens. En mars 1998, le Comité pour
l'élimination de la discrimination raciale (CERD) a
demandé «qu'il soit mis fin à la démolition de
biens arabes à Jérusalem-Est et que les droits à la
propriété soient respectés, quelle que soit
l'origine ethnique du propriétaire» et s'est dit
préoccupé «par les inégalités d'ordre ethnique,
en particulier celles dont pâtissent les villages
arabes dits 'non reconnus' [en Israël](10)».
L'éviction forcée. Par le biais des évictions
forcées et des démolitions massives d'habitations
dans les Territoires occupés et, dans une moindre
mesure, en Israël, les autorités israéliennes ont
privé délibérément de toit des dizaines de milliers
de Palestiniens et des milliers d'Arabes israéliens
rien qu'au cours des dernières années.
Que le gouvernement israélien justifie une telle
action par des motifs de «nécessité militaire ou
de sécurité» ou qu'une telle action constitue
une forme de châtiment collectif, ou encore qu'elle
soit exécutée en application de lois d'urbanisme,
les expulsions pratiquées sur une grande échelle
sont incompatibles avec l'exercice du droit à un
logement suffisant. En vertu du droit international,
l'État a l'obligation de ne pas pratiquer
d'évictions forcées. Le Comité des droits
économiques, sociaux et culturels
«estime que les décisions d'éviction forcée sont
prima facie contraires aux dispositions du Pacte
et ne peuvent être justifiées que dans les
situations les plus exceptionnelles et conformément
aux principes applicables du droit
international(11)».
Le droit international
humanitaire
L'interdiction de détruire des biens et de
l'usage excessif de la force. Aux termes de
l'article 53 de la Quatrième Convention de Genève et
de l'article 23-g de la Convention de La Haye
(1907), il est interdit à Israël, en tant que
Puissance occupante, de détruire les biens des
Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de
Gaza, sauf dans les cas où ces destructions sont
rendues nécessaires par des opérations militaires.
En vertu de l'article 147 de la Quatrième Convention
de Genève, «la destruction et l'appropriation de
biens non justifiées par des nécessités militaires
et exécutées sur une grande échelle de façon
illicite et arbitraire» est une «infraction
grave» et en conséquence un crime de guerre.
Les nécessités militaires ne doivent pas être
interprétées dans un sens large et vague qui
porterait atteinte aux normes fondamentales du droit
international humanitaire et relatif aux droits
humains. Des mesures censées avoir des effets
préventifs à long terme ne sont pas justifiables par
des motifs de nécessités militaires absolues. Dans
le cas de territoires occupés de longue date et sur
lesquels la Puissance occupante exerce un pouvoir
réel, la nécessité militaire doit être interprétée
de façon extrêmement restreinte – en fonction du
concept de proportionnalité inhérent aux normes du
maintien de l'ordre plutôt que des normes ayant
trait à la conduite des hostilités, qui doivent
s'appliquer uniquement dans le cadre d'un réel
conflit armé. Dans tous les cas, les démolitions et
les expulsions ne doivent intervenir qu'en dernier
recours. Au cours des trois ans et demi passés,
l'armée israélienne a procédé à travers la
Cisjordanie et la bande de Gaza à des destructions
massives de maisons et de biens qui ne sont pas
justifiées par des nécessités militaires. Certains
de ces actes de destruction s'apparentent à de
graves infractions à la Quatrième Convention de
Genève et constituent des crimes de guerre.
L'interdiction du châtiment collectif. La
Quatrième Convention de Genève prohibe explicitement
le châtiment collectif. Selon l'article 33 :
«Aucune personne protégée ne peut être punie pour
une infraction qu'elle n'a pas commise
personnellement. Les peines collectives, de même que
toute mesure d'intimidation ou de terrorisme, sont
interdites.»
L'interdiction du châtiment collectif est également
un principe essentiel du droit relatif aux droits
humains. La pratique israélienne qui consiste à
démolir des maisons appartenant à des proches
d'auteurs d'attentats suicides ou d'autres
attaquants armés palestiniens – pratique qui s'est
récemment accélérée – est une forme flagrante de
châtiment collectif. Les peines collectives
comprennent aussi des mesures telles que l'attaque
menée contre une société dans son ensemble en
représailles d'actes commis par des membres de cette
société, ou la restriction arbitraire de la liberté
de mouvement d'une population entière.
Principales recommandations
Aux autorités israéliennes
- Les démolitions punitives et la destruction
de maisons, de terrains et d'autres biens sans
nécessités militaires absolues telles que prévues
par le droit humanitaire international doivent
cesser immédiatement.
- Les lois doivent être amendées de manière à
exiger que, sauf pendant la conduite réelle
d'opérations militaires ou de confrontations
armées qui rendent la destruction absolument
nécessaire, aucune démolition ne doit être
exécutée sans notification préalable aux parties
concernées ; ces dernières doivent avoir le temps
et la possibilité de contester toute ordonnance de
démolition devant un tribunal indépendant et
impartial.
- La création et l'extension des colonies de
civils israéliens dans les Territoires occupés et
de l'infrastructure qui les accompagne, notamment
les routes, doivent cesser ; Israël doit également
faire cesser et interdire la destruction de
maisons, de terrains ou d'autres biens entreprise
dans ce but.
- Israël doit mettre un terme à la construction du
mur/barrière à l'intérieur des Territoires
occupés, démanteler les tronçons déjà édifiés à
l'intérieur des Territoires occupés, restituer les
biens saisis et veiller à ce qu'il y ait
réparation pour les terres et les biens saisis,
confisqués ou détruits.
- Une commission judiciaire d'enquête doit être
nommée pour enquêter sur toutes les affaires de
destruction, de confiscation et de détérioration
de biens perpétrées par l'armée israélienne dans
les Territoires occupés depuis octobre 2000, afin
d'évaluer l'importance des dommages causés et la
réparation nécessaire.
- Israël doit inviter la communauté internationale
à déployer des observateurs qualifiés et
expérimentés dans les Territoires occupés afin de
surveiller le comportement de l'armée israélienne,
des groupes armés palestiniens et des forces de
sécurité palestiniennes. De tels observateurs
indépendants et compétents doivent présenter des
rapports publics sur l'attitude de toutes les
parties au regard du droit international,
concernant notamment la destruction et la
détérioration des biens.
- Tous les ordres d'expulsion et de démolition de
maisons construites sans permis doivent être
annulés et un moratoire doit être décrété sur les
expulsions et démolitions futures jusqu'à ce que
la loi soit modifiée de façon à respecter les
normes internationales.
- Les lois et politiques régissant l'occupation
des sols et la répartition des terres en Israël
doivent être révisées, et les mesures
discriminatoires doivent être abrogées ou
modifiées.
- Il convient d'accorder sans délai une
reconnaissance/un statut légal aux villages non
reconnus. Les résidents doivent bénéficier de la
sécurité légale de l'occupation des villages non
reconnus, et les actions visant à expulser les
habitants doivent cesser immédiatement.
- Une réparation appropriée doit être accordée à
ceux dont les habitations ont été démolies.
À l'Autorité palestinienne
- L'Autorité palestinienne doit prendre toutes
les mesures possibles pour empêcher les attaques
de groupes et d'individus armés palestiniens
contre les civils israéliens dans les Territoires
occupés et à l'intérieur d'Israël.
- L'Autorité palestinienne doit prendre toutes les
mesures possibles pour veiller à ce que les
groupes et les individus armés palestiniens ne
déclenchent pas de confrontations armées depuis
les zones résidentielles de civils.
- L'Autorité palestinienne doit soutenir l'appel
adressé à la communauté internationale de déployer
des observateurs qualifiés et expérimentés dans
les Territoires occupés afin de surveiller le
comportement de l'armée israélienne, des groupes
armés palestiniens et des forces de sécurité
palestiniennes.
À la communauté internationale
- La communauté internationale et les États
parties aux traités internationaux relatifs aux
droits humains et au droit humanitaire auxquels
Israël est partie doivent prendre des mesures pour
veiller à ce qu'Israël respecte ses obligations en
vertu du droit international.
- Les États, en particulier les États-Unis,
doivent mettre un terme à la vente ou au transfert
d'armes et de matériel servant à détruire
illégalement des habitations et à commettre
d'autres violations graves du droit international
humanitaire et relatif aux droits humains,
jusqu'à ce qu'ils obtiennent l'assurance que les
forces israéliennes n'utiliseront pas ce matériel
pour commettre des violations des droits humains.
À la société Caterpillar
- L'entreprise américaine Caterpillar, qui
fabrique les bulldozers utilisés par l'armée
israélienne, doit prendre des mesures – au sein de
sa sphère d'influence – pour veiller à ce que ses
engins ne servent pas à commettre des violations
des droits humains, entre autres la destruction
d'habitations, de terres et d'autres biens.
Contexte
La situation des droits humains en Israël et dans
les Territoires occupés s'est gravement détériorée
depuis octobre 2000. Depuis cette date, la violence
et les atteintes aux droits humains ont atteint un
niveau sans précédent. L'armée israélienne a tué
plus de 2500 Palestiniens, dont quelque 450 enfants.
Lors d'attentats suicides et d'autres attaques, les
groupes armés palestiniens ont tué plus de 900
Israéliens, des civils pour la plupart, dont une
centaine d'enfants. Des dizaines de milliers de
Palestiniens et des milliers de civils israéliens
ont été blessés, nombre d'entre eux grièvement.
En outre, l'armée israélienne a procédé à la
destruction massive d'habitations, de terres et
d'autres biens palestiniens, et a imposé des
restrictions de plus en plus sévères à la liberté de
mouvement des Palestiniens dans les Territoires
occupés. En conséquence, l'économie palestinienne
s'est pratiquement effondrée, et le chômage et la
pauvreté ont considérablement augmenté en
Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Les deux tiers
de la population palestinienne vivent aujourd'hui en
dessous du seuil de pauvreté, et la malnutrition
ainsi que d'autres affections se répandent.
Ces questions relatives à la situation des droits
humains en Israël et dans les Territoires occupés
ont été abordées par Amnesty International dans de
nombreux rapports et d'autres documents (disponibles
sur
www.amnesty.org).
********
Notes :
(1) Cette pratique, utilisée lors des décennies
précédentes, avait été suspendue de 1997 à 2001.
(2) La Voix d'Israël, janvier 2002.
(3) Voir Appel consolidé interagences de 2004 sur :
http://ochadms.unog.ch
(4) Information communiquée à Amnesty International
par l'UNRWA le 13 juin 2002.
(5) Voir le rapport d'Amnesty International intitulé
Israël et Territoires occupés. À l'abri des regards
: les violations des droits humains commises par les
Forces de défense d'Israël (FDI) à Jénine et à
Naplouse, 4 novembre 2002 (index AI : MDE
15/143/2002).
(6) Voir le rapport d'Amnesty International intitulé
Israël et Territoires occupés. Le mur/barrière et le
droit international, 19 février 2004 (index AI :
MDE 15/016/2004).
(7) La Commission Or a été désignée par les
autorités israéliennes pour enquêter sur les
circonstances dans lesquelles 13 Arabes israéliens
ont été tués par la police israélienne lors de
manifestations, en octobre 2000.
(8) Rapport 52B (2000) du contrôleur général, La
Diaspora bédouine du Néguev.
(9) Observations finales du Comité des droits
économiques, sociaux et culturels : Israël.
26/06/2003. E/C.12/1/Add.90, § 9, 26 et 27.
(10) CERD/C/304/Add.45, § 11 et 19.
(11) Comité des droits économiques, sociaux et
culturels, Observation générale 4, § 18.
Source : www.web.amnesty.org
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