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Adalah : La Cour Suprême ordonne l'arrêt de l'épandage
de produits toxiques sur les cultures des bédouins du
Néguev
Mercredi 24 mars 2004
En réponse à la requête d'Adalah, la Cour
Suprême a délivré une ordonnance empêchant l'ILA
(Administration des Terres d'Israël) d'épandre des
produits toxiques sur des moissons cultivées par des
bédouins du Néguev.
Communiqué de presse
http://www.adalah.org/eng/pressreleases/pr.php?file=04_03_23
Aujourd'hui
23 mars 2004, la Cour Suprême d'Israël a délivré
une ordonnance temporaire suite à la requête
d'Adalah déposée hier, ordonnance empêchant l'ILA,
le Ministère de l'Industrie, le Ministère de
l'Agriculture ou toute autre entité nommée par eux,
d'arroser les cultures des habitants bédouins arabes
des villages non reconnus dans le Néguev.
Le
22 mars, Adalah a déposé une requête auprès de la
Cour Suprême au nom de quatre citoyens bédouins
arabes, de huit organisations des Droits Humains et en
son nom propre, contre l'ILA et les Ministères. Les
requérants cherchaient à obtenir un ordre de la Cour
qui empêcherait l'ILA d'épandre (des produits
chimiques toxiques) sur les cultures, ces actes
constituant un danger pour la vie et la santé des êtres
humains et des animaux ainsi que pour leur
environnement. L'avocat d'Adalah, Marwan Dalal a déposé
la requête.
Les
requérants sont quatre bédouins arabes dont l'un
d'eux a été blessé par l'épandage et les trois
autres dont les cultures ont été détruites par
l'ILA. Les
huit organisations sont: Physicians for Human
Rights-Israel; The Association of Forty, Forum for
Co-Existence in the Negev; The Negev Company for Land
& Man,Ltd; Bustan for Peace; The Association for
Support and Defence of Bedouin Rights in Israel; The
Arab Association for Human Rights (HRA); The Galilee
Society et Adalah.
La
requête décrit les faits entourant l'épandage de
l'ILA sur les cultures, pratiqué en de multiples
occasions ces deux dernières années dans le Néguev,
sur trois villages arabes palestiniens non reconnus:
Al-Arakib, Abda, Wadi el-Bekor. L'ILA a détruit des
milliers d'hectares de récoltes, le dernier épandage
ayant eu lieu la semaine dernière. En réponse aux
nombreuses lettres envoyées par Adalah et par
Physicians for Human Rights concernant par exemple
Abda, l'ILA a reconnu avoir arrosé par avion les
moissons avec un produit chimique appelé roundup,
mais elle a prétendu que cet agent n'avait pas et ne
pouvait pas faire de dégâts. Ces allégations sont
contredites dans une lettre envoyée à Adalah par un
dispensaire de Mitzpeh Ramon qui rapporte avoir soigné
au moins 17 personnes, dont des enfants, suite à leur
exposition aux produits chimiques répandus par l'ILA
à Abda au mois de mars 2003. Un des requérants dans
cette affaire, M. Salim Abou Medeghem (38 ans)
d'Al-Arakib, a également décrit dans sa déclaration
sur l'honneur qu'il avait des nausées et s'était évanoui
immédiatement après avoir été exposé aux produits
chimiques en février 2004. Il a été par la suite
hospitalisé. M. Abou Medeghem, ainsi que d'autres
requérants, ont souligné qu'ils n'avaient reçu
aucun avertissement, soit avant soit après l'épandage.
L'ILA
a déclaré dans sa correspondance avec les
organisations des Droits Humains que ses actions étaient
légales. D'après l'ILA, les cultures ont été plantées
illégalement par les bédouins arabes sur une terre
appartenant à l'État, et elle ne faisait que
renforcer les droits de l'État sur les terres. Ces
terres sont les terres ancestrales des bédouins
palestiniens du Néguev, bédouins qui ont souffert
des injustices à la fois historiques et
contemporaines. Avant l'établissement de l'État
d'Israël en 1948, les bédouins arabes de Palestine
étaient au nombre d'environ 60.000. Pendant la guerre
de 1948, les forces israéliennes ont expulsé
beaucoup de bédouins arabes du Néguev et ont forcé
d'autres à fuir. Seuls environ 9.000 d'entre eux sont
restés à la fin de la guerre. Pendant le régime
militaire qui s'ensuivit (1948-1966), imposé à tous
les palestiniens en Israël, beaucoup des bédouins
arabes qui étaient restés ont eu leurs terres
confisquées, ont été déplacés de leurs
habitations et ont été transférés par l'État dans
d'autres zones. Les tentatives de l'État pour
revendiquer la propriété sur les terres sont disputées
avec véhémence.
Dans
la requête, les requérants ont souligné que le
roundup est un produit très dangereux. L'étiquette
sur la bouteille avertit l'utilisateur, entre autres,
d'éviter tout contact avec le produit. Il est écrit:
«Ne pas appliquer ce produit en utilisant un matériel
d'arrosage aérien» et que, si le produit est vaporisé
à partir du sol, personne ne devrait avoir le droit
de pénétrer dans cette zone pendant sept jours. L'étiquette
du roundup note aussi que «le niveau de toxicité est
de 4: dangereux».
Deux
avis d'experts obtenus par les Physicians for Human
Rights-Israel et Adalah concernant les risques de santé
encourus suite à l'utilisation du roundup en arrosage
aérien ont été déposés avec la requête. Le Dr
Elihou Richter, Directeur de l'Unité de Médecine
Occupationnelle et Environnementale et le Centre pour
la Prévention de Blessures, à l'Université Hébraïque,
a déclaré dans son expertise que:
«Suite
à notre recherche, il en est ressorti qu'une
exposition au produit induit des risques reproductifs
pour les mâles et les femelles en ce qui concerne les
animaux, et pour les mâles en ce qui concerne les
hommes. Il y a un soupçon de risque cancérigène. Il
existe des rapports sur les impacts à l'écosystème
affectant la qualité des récoltes. L'application de
tout herbicide ou pesticide par épandage aérien près
d'habitations d'êtres humains est dangereuse et
devrait être interdite. Un avertissement préalable,
qui a ou non été effectué ici, n'est pas une raison
suffisante pour permettre de violer cette règle
puisqu'il y a un risque d'exposition aux résidus après
l'épandage... En l'absence de preuve effective
d'absence de risque, l'épandage par voie aérienne
d'herbicides est un exercice clairement non éthique
d'expérimentation sur des humains, épandage pendant
lequel les sujets (habitants), y compris les enfants,
exposés aux retombées, sont des participants
involontaires.»
Le
Dr Ahmad Yazbek, Diplômé de Chimie du Technion, et
qui est le chercheur principal du 'Regional Research
and Development Center-The Galilee Society', a déclaré
dans son expertise que lors des tests menés sur les
animaux, différents ingrédients contenus dans le
roundup ont montré «des effets toxiques aigus tels
que des irritations des yeux et de la peau ainsi que
des effets sur le système circulatoire». Il fait également
référence à une revue scientifique importante
conduite par le «US-based National Coalition for
Alternatives to Pesticides» qui a détecté une variété
de problèmes concernant la santé humaine et
l'environnement, problèmes liés au produit, ainsi
qu'une recherche effectuée en Californie qui a trouvé
que «l'exposition au roundup est la troisième cause
la plus fréquente de réactions aux toxiques parmi
les travailleurs agricoles».
Les
requérants soutiennent que l'épandage des récoltes
par l'ILA viole le droit à la vie, à la santé et à
la dignité selon la loi intérieure ainsi que la loi
internationale. Les requérants ont aussi soutenu que
l'ILA n'avait aucune autorité pour détruire les récoltes,
en dehors de toute question sur le statut légal des
terres en question. La Loi pour la Protection des
Plantes (1956) régit la question de l'épandage des récoltes.
Le but de la loi est de protéger la santé et
l'environnement, elle accorde exclusivement au Ministère
de l'Agriculture le pouvoir de faire avancer cet
objectif. Si le Ministère accorde un permis dans ce
domaine à une autre entité, cela ne peut être fait
qu'avec la même optique que celle de la loi; le but
de l'ILA - renforcer les revendications de l'État sur
des terres - et ses actions d'épandage et de
destruction des récoltes ne vont pas dans le sens de
cet objectif. De plus, l'ILA viole également les règlements
conformes à cette loi. Ces règlements interdisent l'épandage
de produits chimiques par avion si des plantes aux
alentours risquent d'être endommagées. Ils stipulent
aussi que si des produits chimiques toxiques sont
aspergés, cela doit se faire selon les instructions
et les avertissements inscrits sur le produit. Les
requérants soutiennent également que les épandages
des récoltes par l'ILA constituent des offenses
criminelles. Ces actions violent la Loi Pénale de
1977, spécialement l'Article 336 (utilisation de
toxine dangereuse) et l'Article 452 (dégâts
malveillants).
H.C.
2887/04, Salim Abou Medeghem, et. Al. V. Israel
Administration, et. al.
Traduit de l'anglais par Ana
Cleja
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