Marwan Barghouti

Pour son immédiate libération et le respect du droit international

 

Novembre 2004

 

Dans ce dossier, l’ASSP dénonce l’emprisonnement illégal du leader Palestinien Marwan Barghouti. Condamné cinq fois la prison à vie. Secrétaire général du Fatah et membre du Conseil national palestinien, il était considéré comme le successeur naturel du Président Yasser Arafat à la Présidence de l’Autorité Palestinienne. Après avoir renoncé dans un premier temps, par discipline à son parti le Fatah, il s’est soumis à la très forte pression populaire qui lui demandait de ne pas se dérober au verdict des urnes pour finalement décider de se rallier au choix de son parti. Il appartient aux citoyennes et citoyens palestiniens d’élire librement leurs représentants et l’ASSP n’entend pas s’immiscer dans leurs choix. Le renoncement de Marwan Barghouti à se porter candidat à la présidence de son pays ne change rien au fait que son enlèvement, sa détention et sa condamnation sont en violation flagrante du droit international.

Aide Sanitaire Suisse aux Palestiniens (ASSP)
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Appel du Comité International pour la libération de Marwan Barghouti dénonçant l’emprisonnement illégal du candidat à la présidence de la Palestine

 


Le Comité International pour la libération de Marwan Barghouti avait diffusé le 26 avril  2002 un APPEL que l’actualité remet à l’ordre du jour. Nous vous le soumettons dans les mêmes termes à votre signature et transmettrons les listes au Cetedim. Que la candidature de M. Barghouti soit au non confirmée, sa détention et sa condamnation sont en violation du droit international.

 

Paris le 26 avril 2002

 

Lundi 15 avril 2002, l’armée israélienne (Tsahal), en coopération avec les services de secret israéliens (Shin Beit), ont capturé Marwan Barghouti et son garde du corps Ahmad Barghouti, dans sa maison à Ramallah.

Selon le Premier Ministre de l’Etat hébreu, Ariel Sharon, Marwan Barghouti devrait être traduit devant un tribunal pénal israélien. Barghouti est accusé d’être l’un des Leaders de l’Intifada (la lutte légitime du peuple palestinien contre l’occupation israélienne).

 

Marwan Barghouti est le secrétaire général de Fatah, le parti politique du président palestinien Yasser Arafat, et membre du Conseil national palestinien (le parlement palestinien). Dans son combat pour l’indépendance de la Palestine, Barghouti a toujours été un homme de paix, il était en contact étroit avec des Israéliens œuvrant ensemble pour une paix juste. Croyant toujours au dialogue, il défilait dans les manifestations de la paix au bras des législateurs du Meretz Dedi Zucker et zahva Gal-On. Lui qui a déclaré à plusieurs reprises

 

 

« Je continue de rechercher une coexistence pacifique entre les deux pays égaux et indépendants d’Israël et de Palestine, basée sur le retrait total des territoires palestiniens occupés en 1967 et un règlement juste des souffrances des réfugiés palestiniens, conformément aux résolutions de l’ONU. Je ne cherche pas à détruire Israël mais seulement à mettre fin à l’occupation de mon pays »

 

 


 

 

 

 

« Je continue de rechercher une coexistence pacifique entre les deux pays égaux et indépendants d’Israël et de Palestine »

 

 


 

 


 

Le cas de Marwan Barghouti est représentatif d’une situation qui s’est généralisée depuis le début de l’opération " Rempart " (29 mars 2002) : plus de 7 000 palestiniens, parmi ces personnes appréhendées figuraient de nombreux enfants. Ils sont incarcérés dans des prisons et des centres de détentions israéliens crées dernièrement à cet effet.

 

La condition de leur détention est critique, ils sont rassemblés dans des grandes cages, contenant chacune une cinquantaine de personnes, debout dans le froid et les mains liées… Marwan Barghouti, lui, est soumis à des tortures physiques et psychologiques, telles la privation de sommeil et les séances d’interrogatoire intensives, qui peuvent durer jusqu’à 60 heures d’affilée.

 

 

Le Comité international pour la libération de, considère que ces actes constituent des infractions graves au regard du droit international humanitaire et en particulier de la IV ème Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, l’article 3 commun aux quatre Conventions de Genève, des Conventions internationales de protection des droits de l’homme, notamment les articles 9 et 11-2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Convention contre la torture, l’article 37-b de la Convention relative aux droits de l’enfant, l’article 6 de la Convention internationale sur l’élimination de toutes formes de discrimination raciales, les articles 5 et 6-1 de la Convention européenne des droits de l’homme, les articles 9-1 et 10-1 du P.I.D.C.P (Pacte international relatif aux droits civils et politiques), et presque toutes les résolutions de l’ONU.

 

       Le Comité international pour la libération de Marwan Barghouti, condamne la détention du député palestinien Marwan Barghouti, les arrestations arbitraires illégales, les mauvais traitements humiliants et dégradants menés par le gouvernement israélien et qui touchent en premier lieu la population civile palestinienne.

       Le Comité international pour la libération de Marwan Barghouti, appelle le gouvernement israélien à mettre fin aux violations des droits de l’homme et du droit humanitaire perpétrées par Tsahal, à libérer immédiatement Marwan Barghouti ainsi que tous les détenus palestiniens, notamment les mineurs, de mettre fin aux arrestations illégales des Palestiniens, et de reprendre immédiatement les négociations de paix, car la paix ne pourra être trouvée sans la fin de l’occupation israélienne.

 

La détention de Marwan Barghouti ne vise pas seulement une personne mais aussi à décapiter la résistance de tout un peuple. Nous vous appelons à rejoindre le Comité international pour la libération de Marwan Barghouti. Ce Comité lance un appel international pour la libération de Marwan Barghouti ainsi que des détenus palestiniens, œuvre à l’organisation de leur défense juridique (Envoi d’observateurs, avocats, juristes…), à recueillir des fonds, et à soutenir le peuple palestinien contre l’occupation israélienne de ses territoires. Les signataires de cette pétition demandent la libération immédiate de Marwan Barghouti, ainsi que de tous les détenus palestiniens dans les camps de détention et les prisons israéliennes et de mettre fin aux arrestations illégales des Palestiniens.


Pour signer la pétition, veuillez envoyer vos nom, profession et adresse :

C/O Cetedim – 21 ter Rue Voltaire -
75011- Paris
Fax : 01.46.66.73.45
E-mail
: comitebarghouti@hotmail.com

 


Conditions de détention de plus en plus dures pour Marwan Barghouti


15 juillet 2003

Le régime d'isolement sévère imposé au dirigeant palestinien illustre l'ampleur des blocages israéliens sur la question des prisonniers politiques.

La poursuite de la progression du processus de désescalade engagé avec la " feuille de route " achoppe sur la question de la libération des prisonniers politiques palestiniens. L'intransigeance des dirigeants israéliens, qui ne veulent pas aller au-delà des 350 remises en liberté, excluant tout détenu palestinien susceptible " d'avoir du sang sur les mains " - autrement dit appartenant aux différentes organisations palestiniennes qui disposent d'une branche armée (Hamas, Djihad islamique ou encore Fatah) - place le premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas, dans une situation quasi intenable : ou bien il cède aux exigences israéliennes, accepte une libération très sélective de prisonniers et il perd toute crédibilité, voire risque de voir éclater une guerre civile dans son propre camp, ou bien il refuse le diktat d'Ariel Sharon et tout progrès de la " feuille de route " paraît bloqué.

Le sort du plus célèbre de ces prisonniers politiques palestiniens, Marwan Barghouthi, illustre l'ampleur de l'obstruction du cabinet israélien. Sachant que la rumeur de la libération du dirigeant du Fatah avait couru au moment du déclenchement de la trêve - ce geste aurait eu en effet une valeur symbolique très forte, qui aurait permis de mesurer la bonne volonté de la partie israélienne à s'engager sur la voie d'un règlement réellement équilibré. Mais, dans la dernière période, les conditions de détention de Barghouti semblent à l'inverse s'être encore durcies. Hier, lors d'une audience de son procès à Tel-Aviv, le dirigeant palestinien a accusé les autorités israéliennes de vouloir le tuer en le maintenant en détention dans des conditions inhumaines. " Je suis isolé dans une cellule infestée de cancrelats. Ils (les dirigeants Israéliens - NDLR) veulent me tuer. Je n'ai pas vu ma famille et mes enfants depuis quinze mois, sous prétexte que cela nuit à la sécurité de l'État " d'Israël, a-t-il affirmé, tout en refusant, comme il le fait depuis le début de son procès, de comparaître à la barre ou de citer des témoins pour sa défense.

« Ce procès est réglé d'avance. Le peuple palestinien a droit à un État indépendant. Nous n'avons pas peur des bouclages, du couvre-feu ni de l'occupation ». "

La direction israélienne justifie l'isolement renforcé du dirigeant palestinien et l'interdiction des visites de ses proches en affirmant qu'il utiliserait celles-ci pour... " organiser des activités terroristes depuis la prison ". Marwan Barghouthi, capturé en avril 2002 par l'armée israélienne à Ramallah, en zone autonome palestinienne, dénie à la justice israélienne le droit de le juger. " C'est un procès politique, et ce tribunal doit démissionner ", a-t-il lancé une fois encore hier.

Le dirigeant palestinien a également mis en cause le conseiller juridique du gouvernement israélien Elyakim Rubinstein, lui reprochant de l'avoir qualifié de " chef terroriste " avant même que le tribunal de Tel-Aviv ne prononce son jugement. " C'est la preuve, a-t-il ajouté, qu'il n'y a pas de justice pour les Palestiniens devant un tribunal israélien. " Et de conclure : " Ce procès est réglé d'avance. Le peuple palestinien a droit à un État indépendant. Nous n'avons pas peur des bouclages, du couvre-feu ni de l'occupation. Le gouvernement israélien ne veut pas la paix. " La prochaine audience du procès Barghouthi a été fixée au 21 août.

Bruno Odent

Jounal l’Humanité, 15/07/2003


Prison à perpétuité pour Marwan Barghouthi,
dirigeant du Fatah


TEL AVIV - Cinq fois la prison à vie: telle est la peine dont a écopé le Palestinien Marwan Barghouthi. Le chef du Fatah pour la Cisjordanie a été condamné en Israël pour meurtre. Ce verdict est assorti d'une peine de sûreté de 40 ans.

Marwan Barghouthi a clamé que «l'Intifada triomphera» en faisant le «V» de la victoire. «La poursuite de l'Intifada est la seule voie vers l'indépendance. Cette occupation est la pire occupation coloniale que l'humanité ait connue, mais elle se meurt et ils (les Israéliens) feraient mieux de se préparer à ses funérailles», a-t-il notamment déclaré.

Marwan Barghouthi  a été enlevé et détenu en violation du droit international. Il vient d’être condamné par un tribunal entièrement dépendant du pouvoir exécutif israélien. L’ASSP dénonce cette parodie de justice, rappelle le droit de tout peuple opprimé à lutter pour son indépendance et s’élève contre le crime de guerre que constitue le terrorisme d’aveugles représailles.

6 juin 2004



Marwan Barghouti, en grève de la faim,
est dans un état critique


Marwan Barghouti s'est joint le 15 août à la grève de la faim des prisonniers.Il la poursuit pour dénoncer ses conditions de détention, en isolement depuis des mois.

La Société des Prisonniers Palestiniens informe que l'état de santé de Marwan Barghouti, député élu au Conseil Législatif Palestinien, responsable du Fatah, emprisonné en Israël, s'est sérieusement détérioré au cours de sa détention en isolement.

La Société signale que Barghouti a perdu 18 kg et souffre actuellement de déshydratation.

La Société tient les autorités israéliennes pour responsables de toute détérioration de l'état de Marwan Barghouti.

Barghouti est en isolement depuis 2 ans et est en grève de la faim depuis 20 jours.

Il faut signaler que les autorités pénitentiaires israéliennes ont transféré Barghouti dans la section des prisonniers de droit commun, où il est continuellement soumis à des actes de provocation et où il est filmé 24h/24 au moyen d'une caméra fixée au mur de sa cellule.

La Croix Rouge a aussi mis en garde au sujet des risques qui pèsent sur la vie de Barghouti et a ajouté qu'en raison de la grève de la faim, ce dernier avait été incapable de se lever ou de marcher.

IMEMC&Agencies, 4/09/2004

traduction N. Ollat, Afps



Marwan Barghouti, prisonnier symbole


Condamné le 24 mai dernier cinq fois à la prison à vie et assorti d’une peine de sûreté de quarante ans, le dirigeant du Fatah et député palestinien est le symbole de la lutte contre l’occupation mais aussi du dialogue et de la paix.

Un pays occupant se comporte ainsi : assassinats extrajudiciaires, prisonniers sans droit et tribunaux à la botte du pouvoir politique. La condamnation, le 24 mai (1), de Marwan Barghouti, dirigeant du Fatah pour la Cisjordanie et député membre du Conseil législatif palestinien, à cinq peines de prison à vie, assorties d’une peine de sûreté de quarante ans, est l’application inique d’une loi non écrite, celle de l’occupation, celle du plus fort sur le plus faible, celle qui confond à dessein résistance et terrorisme. L’histoire du XXe siècle regorge d’exemples de ce type. Nelson Mandela n’était-il pas un terroriste aux yeux des tenants de l’apartheid, en Afrique du Sud ? Les combattants algériens qui luttaient pour l’indépendance n’étaient-ils pas des terroristes aux yeux de la France coloniale ?

"Ma liberté arrivera quand prendra fin l’occupation"

Ces pouvoirs oppresseurs se comportent toujours de la même façon et commettent les mêmes erreurs : condamner un militant progressiste et démocrate, c’est rendre hommage au combat de tout un peuple, c’est doper une lutte que tout le monde sait dure et sans merci. " L’Intifada triomphera ", a clamé Barghouti en faisant le " V " de la victoire alors qu’il était emmené hors du tribunal. À son entrée dans la salle, avant qu’on ne lui ôte les menottes, il avait déclaré : " Notre peuple triomphera et nous vaincrons l’occupation. " Alors que le juge avait commencé la lecture de la sentence, il a demandé la parole. " La poursuite de l’Intifada est la seule voie vers l’indépendance. Cette occupation est la pire occupation coloniale que l’humanité ait connue, mais elle se meurt et ils (les Israéliens) feraient mieux de se préparer à ses funérailles. " Il a poursuivi : " Peu importe combien seront tués ou arrêtés, ils ne briseront pas la détermination du peuple palestinien. " " Peu m’importe que je sois condamné à une peine de prison à vie, ou à dix ou cinquante peines, ma liberté arrivera quand prendra fin l’occupation, a-t-il ajouté, soutenir Marwan Barghouti, c’est soutenir la dignité et la justice. "

Son épouse l’a vu une fois depuis son arrestation en 2002

Arrêté par l’armée israélienne le 15 avril 2002, à Ramallah (Cisjordanie), Marwan Barghouti a subi la torture, l’isolement, les mauvais traitements. Comme le soulignent ses avocats français, Gisèle Halimi et Daniel Voguet (lire les entretiens ci-après), cette arrestation s’est faite au mépris de toutes les règles internationales, bilatérales, et de l’immunité des parlementaires de par le monde. Autant de raisons pour lesquelles Marwan Barghouti n’a jamais reconnu la compétence du tribunal de Tel-Aviv pour le juger, celui-ci étant, selon lui, un tribunal " d’occupation ". Saëb Erekat, ministre palestinien chargé des négociations, a estimé que " la sentence prononcée contre lui est invalide et illégale, et cette cour israélienne n’a aucune compétence pour le condamner car il est un membre élu du Conseil législatif palestinien. Nous demandons à Israël de le relâcher immédiatement. "

Chef du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, pour la Cisjordanie, et élu du parlement palestinien, Marwan Barghouti a été, dès le début de la deuxième Intifada, l’un des dirigeants de l’OLP le plus actif, le plus en phase avec la révolte d’une population qui avait cru aux accords d’Oslo mais ne voyait rien arriver. Pis, les conditions de vie devenaient toujours plus difficiles. Déjà très actif contre l’occupation dans les années quatre-vingt, notamment comme responsable des étudiants à l’université de Bir-Zeït, près de Ramallah, il avait " goûté " aux geôles israéliennes avant d’être expulsé en Tunisie en 1987. Revenu en Cisjordanie après les accords d’Oslo de 1993, dont il est alors un fervent partisan, il est élu membre du Conseil législatif lors du scrutin qui suit l’établissement de l’Autorité palestinienne. Toujours partisan d’une solution reposant sur la coexistence pacifique de deux États, israélien et palestinien, il s’est néanmoins élevé contre le blocage du processus de paix. " Marwan est le symbole vivant de l’Intifada, et Israël a voulu, à travers lui, condamner cette Intifada ", disait, en larmes, sa femme Fadwa, qui n’a pu le voir qu’une fois depuis son arrestation en avril 2002. " Ceux qui ont fait juger Barghouti seront jugés comme criminels de guerre. Un jour Israël se dotera d’un gouvernement qui demandera à négocier avec Barghouti au lieu de le maintenir derrière les barreaux ", a insisté le député arabe israélien de la Knesset, Mohamad Barakeh.

Un portrait de Marwan Barghouthi dans son QG de Ramallah. (Photo AFP)

8 000 prisonniers politiques incarcérés

À travers Marwan Barghouti, c’est bien évidemment la question de l’ensemble des prisonniers politiques détenus en Israël qui est posée. Ils seraient près de 8 000 actuellement incarcérés. " Ces trois dernières années ont été les plus dures pour les prisonniers depuis 1967 ", souligne Issa, responsable de l’association des prisonniers politiques palestiniens (www.ppsmo.org) dont le siège se trouve à Bethléem et que nous avons rencontré sur place. " L’utilisation de la torture est systématique et, surtout, nous subissons des attitudes sadiques. " Selon lui, la torture est surtout pratiquée dans les prisons d’El-Maskobyia (Jérusalem), Atzion (près de Bethléem) et Beer Sheva (où se trouve Marwan Barghouti). " Non seulement ils torturent, non seulement ils enferment des jeunes de moins de dix-huit ans, mais en plus ils n’hésitent pas à arrêter nos mères ou nos sours pour obtenir plus d’informations ", insiste Issa. Surtout, Israël ne reconnaît pas le statut de prisonniers de guerre et encore moins de prisonniers politiques à ces militants incarcérés, certains depuis quinze ans. En vertu de quoi les gouvernements israéliens successifs estiment que les conventions de Genève ne s’appliquent pas aux territoires palestiniens. Issa évoque les arrestations collectives, après l’offensive israélienne de mars 2002, l’ouverture de camps près de Ramallah, Tulkarem, Naplouse, " l’utilisation de chiens pour terrifier les gens ", les humiliations, les perquisitions. Nouvelle politique israélienne lorsqu’elle libère un prisonnier par anticipation : le déporter vers la bande de Gaza. " Ils sont ainsi séparés de leurs familles qui se trouvent en Cisjordanie et celles-ci n’ont pas l’autorisation d’aller dans la bande de Gaza.

Sharon alimente la stratégie des islamistes

La libération de Marwan Barghouti et celle des prisonniers politiques signifieraient un pas vers le dialogue et la paix. Au lieu de cela, Sharon choisit la répression meurtrière, alimentant ainsi la stratégie des groupes islamistes. Ce n’est sans doute pas un hasard si Marwan Barghouti, l’un des dirigeants palestiniens les plus enclins au dialogue, est aujourd’hui enfermé. Ouvrir les portes de sa cellule, ce serait contribuer à ouvrir les portes de l’avenir pour les deux peuples, palestinien et israélien.

Pierre Barbancey

 

(1) Les députés communistes Francis Wurtz (Parlement européen) et Jean-Claude Lefort (Assemblée nationale) étaient présents à l’audience.

Journal l’Humanité, 5 Juillet 2004


"Une violation flagrante des droits de l’homme"


Gisèle Halimi, membre du collectif d’avocats de Marwan Barghouti, revient sur le procès et les conditions de détention.

D’un point de vue du droit, comment considérez-vous l’arrestation de Marwan Barghouti et le procès qui a suivi ?

Gisèle Halimi L’armée israélienne l’a arrêté et enlevé chez lui (il pensait d’ailleurs qu’il allait être exécuté tout de suite), à Ramallah le 15 avril 2002, alors que Marwan Barghouti est un député régulièrement élu, c’est le secrétaire général du Fatah pour la Cisjordanie. Il y a donc une atteinte flagrante à la législation internationale, les textes qualifient même cela de crime de guerre. C’est l’article 49 de la quatrième convention de Genève qui interdit tous les transferts forcés de populations ou d’individus par l’autorité occupante. Cette convention a pourtant été signée par Israël. C’est aussi la compétence des tribunaux israéliens qui est remise en cause, c’est illégal et parfaitement contraire au droit international et même au droit bilatéral, entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP). Contrairement à ce qu’on pourrait penser et malgré les horreurs qui se sont poursuivies depuis, les accords d’Oslo et les accords du 18 septembre 1995 restent valables. Et ces accords disent que toutes les arrestations en zone A (sous contrôle administratif et sécuritaire de l’AP), ce qui est le cas de Ramallah, ne peuvent être faites que par les autorités palestiniennes. Cela est reconnu par la Cour suprême israélienne car dans certains arrêts, notamment l’un datant de septembre 2002, elle fait référence à ces accords. Il y a donc une double violation : un député enlevé chez lui, transféré en Israël et jugé par des tribunaux israéliens, dont il a toujours contesté la compétence. C’est la raison pour laquelle il a demandé à ses avocats de ne pas l’assister. Il l’a été juste au moment des moyens de droit pour soulever cette incompétence et dénoncer ces crimes de guerre. Les tribunaux israéliens ont évidemment rejeté tout cela et se sont saisis du cas et l’on a jugé à cinq fois la perpétuité et deux fois une peine de sûreté de vingt ans. Marouan Barghouti (AP)(AP)

Comme il est député, l’Union interparlementaire s’est saisie de son cas et a envoyé à trois reprises des mandataires pour essayer de le rencontrer, de rencontrer les autorités israéliennes. Tout contact leur a été refusé. Ils ont donc fait une enquête auprès de la procureur israélienne, des tribunaux, des avocats, de moi-même et ont remis un rapport qui dit exactement ce que je viens de vous dire quant à la violation flagrante du droit.

Quelles ont été, quelles sont ses conditions de détention ?

Gisèle Halimi Dès son arrestation, il a été mis au secret, son épouse l’a vu dix minutes le 17 mai 2002 parce que le bruit courait qu’on l’avait descendu et les Israéliens voulaient montrer qu’il était vivant. Mais depuis cette date, elle est totalement interdite de visite. Elle n’a jamais revu son mari. Pendant cinq semaines, il a été au secret total, il ne pouvait même pas voir ses avocats. Il a été interdit de visite avec ses avocats français et nous avons été interdits de plaidoirie. Je l’ai néanmoins vu à deux reprises, en prison, mais à la suite de circonstances particulières. Pendant un mois, il a subi nuit et jour des interrogatoires avec tout ce que les conventions et les droits de l’homme condamnent : privation de sommeil, lumière dans les yeux, bandeaux, et cette torture israélienne qui s’appelle le shabeh. On l’attache pendant des heures et des heures sur une petite chaise métallique très inconfortable, menotté et quand il est épuisé et tente de s’adosser, il ne le peut pas car le dossier est plein de clous ! Il a évidemment reçu des menaces de mort à l’encontre de sa personne, de sa famille, de son fils qui est arrêté. Tout est contraire à la Déclaration universelle des droits de l’homme. Peut-on, après ça, encore dire qu’Israël est une démocratie ?

Depuis la dernière audience du 29 septembre, il a été transféré dans le désert du Neguev, dans la prison de Beer Sheva. J’ai tenté de le voir dès le lendemain. Je me suis faite littéralement jetée. Il y a des comportements d’une brutalité qui font froid dans le dos. Ces soldats aux check-point avec des mitraillettes évoquent pour moi des images terribles, sur lesquelles je préfère ne pas insister. Par un avocat israélien il a pu faire passer un message sur ses conditions de détention : c’est abominable. Il est actuellement dans une cellule de 1,40 mètre sur 1,80. Il a eu des problèmes pulmonaires, on ne le soigne pas. Ce sont des conditions indignes d’un pays civilisé : la cellule est infestée de bêtes. Il ne sort même pas pour ses repas. Il est 24 heures sur 24 dans sa cellule, à l’exception de 45 minutes par jour où il va dans une toute petite cour de 4 mètres sur 5, tout seul, et où il tourne en rond. Évidemment, il y a une urgence caractérisée à ce que l’opinion publique se préoccupe de lui et le tire de là.

Entretien réalisé par P. B



"Faire pression pour mettre fin au terrorisme d’Etat"


Daniel Voguet, l’un des défenseurs de Marwan Bargouti, demande la libération des prisonniers politiques.

Pourquoi avez-vous récusé le tribunal qui jugeait Marwan Barghouti ?

Daniel Voguet C’est une question de bon sens. Lorsqu’un pays est occupé, une résistance se forme et à chaque fois, le pays occupant tente de donner une image juridique de la répression. À chaque fois, dans l’histoire, les résistants ont été condamnés au nom du terrorisme. C’est particulièrement vrai lors des guerres coloniales. Lorsque ces guerres étaient finies, que restait-il ? Ceux qui avaient combattu étaient des héros pour leur peuple. En Israël comme partout, la condamnation des résistants, la torture dont ils sont l’objet s’accompagnent d’une impunité totale pour les citoyens israéliens coupables de crimes de guerre. C’est le cas notamment pour les exécutions extrajudiciaires perpétrées par l’armée ou les services de sécurité. Mais quand c’est dans l’autre sens, on parle de terrorisme. Même chose lorsqu’il y a destruction de maisons, lorsqu’il y a séquestrations ou emprisonnements sans acte d’accusation, sans que les prisonniers puissent avoir l’aide d’un avocat.

Il n’est pas besoin d’être juriste pour constater que c’est l’armée israélienne qui occupe ou encercle Ramallah et pas les Palestiniens qui occupent Tel-Aviv. C’est l’armée israélienne qui réprime tous ceux qui se dressent contre l’occupation. C’est l’armée qui entre dans les villages, sépare les hommes et les femmes, cagoule les prisonniers sans qu’on sache ce qu’ils deviennent. Sans parler des traitements de ceux qui sont incarcérés et que la loi internationale qualifie de torture. S’il y a bien une justice qui ne peut pas se prévaloir de juger les actes de ceux qui résistent, c’est bien la justice israélienne. On peut envisager un tribunal international pour juger les crimes de guerre, qu’ils soient israéliens ou palestiniens. Mais il faut savoir une chose : si un tel tribunal statue, il aura devant lui cent fois plus d’Israéliens que de Palestiniens.

Dans ces conditions, que représente la figure de Marwan Barghouti ?

Daniel Voguet Que veut la justice israélienne ? pas forcément ce que veut l’opinion publique israélienne ni même un certain nombre d’hommes politiques israéliens. Un ancien responsable du Mossad (le renseignement extérieur israélien- NDLR), Ephraïm Halévy, se prononce ainsi pour la libération de Marwan Barghouti car il considère - et il sait de quoi il parle - que c’est un interlocuteur possible. Il y a en Israël des hommes politiques et non des moindres qui pensent que la paix au Proche-Orient passe par la négociation avec les représentants légitimes du peuple palestinien. Il faut rappeler que Marwan est un parlementaire - il a été élu au Conseil législatif palestinien -, était numéro un du Fatah (l’organisation majoritaire au sein de l’OLP- NDLR) en Cisjordanie et qu’il a contribué à la démocratisation de ce mouvement. Il a également fait partie des équipes de négociation qui ont abouti aux accords d’Oslo. Il a été reçu en France. C’est un homme de dialogue, un homme politique internationalement reconnu y compris par beaucoup d’hommes politique israéliens. Il est légitimé par le peuple palestinien. Les récents sondages le placent d’ailleurs juste derrière Arafat dans les dirigeants les plus populaires.

Marwan Barghouti a été condamné à cinq fois la prison à vie part ce tribunal qu’il ne reconnaît pas. Qu’est-ce que l’opinion publique internationale peut faire ?

Daniel Voguet La justice israélienne s’est rangée du côté de Sharon. Aucun juriste international ne peut donner une légitimité à une telle décision. Celle-ci va à l’encontre des lois internationales, des Conventions de Genève et même des accords d’Oslo. Dès lors, il n’y a pas d’autre solution que de faire pression sur le gouvernement israélien pour l’application des lois internationales, la reprise des négociations, l’acceptation d’un Etat palestinien viable et qu’il y ait une évolution politique entre les parties, en sachant que, de toute manière, on ne choisit pas son interlocuteur. Pour les Israéliens, ni Arafat ni Marwan Barghouti ne sont des interlocuteurs. Ce qu’ils veulent, c’est une capitulation en rase campagne des Palestiniens. Il faut donc maintenant faire pression pour la libération de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers politiques, pour mettre fin au terrorisme d’État pratiqué par le gouvernement Sharon.

La communauté internationale doit jouer son rôle. Il y a deux parties qui n’ont pas le même poids. D’un côté Israël, pays développé qui bénéficie du soutien politique et financier des États-Unis, et de l’autre un peuple dont un nombre non négligeable vit dans des camps de réfugiés avec l’aide des Nations unies. Cela ne peut que générer des actes de désespérance. La paix doit être imposée. Si l’occupation se poursuit, il y aura toujours plus de morts, des deux côtés, des murs qui vont s’élever, la formation de bantoustans comme l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. La paix au Moyen-Orient passe par la paix entre Palestiniens et Israéliens. La question se pose pour la France également, il s’agit de l’avenir de la Méditerranée et de l’Europe. Obtenir la libération de Marwan Barghouti, c’est oeuvrer pour la paix et la négociation.

Entretien réalisé par P. B.

 

Aide Sanitaire Suisse aux Palestiniens (ASSP)
15, rue des Savoises 1205 Genève
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