Marwan
Barghouti
Pour
son immédiate libération et le respect du droit
international
Novembre
2004
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Dans ce dossier, l’ASSP dénonce
l’emprisonnement illégal du leader Palestinien
Marwan Barghouti. Condamné cinq fois la prison
à vie. Secrétaire général du Fatah et membre
du Conseil national palestinien, il était
considéré comme le successeur naturel du
Président Yasser Arafat à la Présidence de
l’Autorité Palestinienne. Après avoir renoncé
dans un premier temps, par discipline à son
parti le Fatah, il s’est soumis à la très
forte pression populaire qui lui demandait de
ne pas se dérober au verdict des urnes pour
finalement décider de se rallier au choix de
son parti. Il appartient aux citoyennes et
citoyens palestiniens d’élire librement leurs
représentants et l’ASSP n’entend pas
s’immiscer dans leurs choix. Le renoncement
de Marwan Barghouti à se porter candidat à la
présidence de son pays ne change rien au fait
que son enlèvement, sa détention et sa
condamnation sont en violation flagrante du
droit international.
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Aide
Sanitaire Suisse aux Palestiniens (ASSP)
15, rue des Savoises 1205 Genève
Tél. 0041(0)22/329.82.13
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Banque Cantonale de Genève n° compte :
U 7744 – 358
Appel
du Comité International pour la libération de
Marwan Barghouti dénonçant l’emprisonnement illégal
du candidat à la présidence de la Palestine
Le
Comité International pour la libération de Marwan
Barghouti avait
diffusé le 26 avril
2002 un APPEL que l’actualité remet à l’ordre du jour. Nous vous le
soumettons dans les mêmes termes à votre signature
et transmettrons les listes au Cetedim. Que la
candidature de M. Barghouti soit au non confirmée,
sa détention et sa condamnation sont en violation
du droit international.
Paris
le 26 avril 2002
Lundi
15 avril 2002, l’armée israélienne (Tsahal), en
coopération avec les services de secret israéliens
(Shin Beit), ont capturé Marwan Barghouti et son
garde du corps Ahmad Barghouti, dans sa maison à
Ramallah.
Selon
le Premier Ministre de l’Etat hébreu, Ariel
Sharon, Marwan Barghouti devrait être traduit
devant un tribunal pénal israélien. Barghouti est
accusé d’être l’un des Leaders de l’Intifada
(la lutte légitime du peuple palestinien contre
l’occupation israélienne).
Marwan
Barghouti est le secrétaire général de Fatah, le
parti politique du président palestinien Yasser
Arafat, et membre du Conseil national palestinien
(le parlement palestinien). Dans son combat pour
l’indépendance de la Palestine, Barghouti a
toujours été un homme de paix, il était en
contact étroit avec des Israéliens œuvrant
ensemble pour une paix juste. Croyant toujours au
dialogue, il défilait dans les manifestations de la
paix au bras des législateurs du Meretz Dedi Zucker
et zahva Gal-On. Lui qui a déclaré à plusieurs
reprises
« Je
continue de rechercher une coexistence pacifique
entre les deux pays égaux et indépendants d’Israël
et de Palestine, basée sur le retrait total des
territoires palestiniens occupés en 1967 et un règlement
juste des souffrances des réfugiés palestiniens,
conformément aux résolutions de l’ONU. Je ne
cherche pas à détruire Israël mais seulement à
mettre fin à l’occupation de mon pays »
|
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« Je continue de rechercher une coexistence
pacifique entre les deux pays égaux et indépendants
d’Israël et de Palestine »
|
Le
cas de Marwan Barghouti est représentatif d’une
situation qui s’est généralisée depuis le début
de l’opération " Rempart " (29 mars
2002) : plus de 7 000 palestiniens, parmi ces
personnes appréhendées figuraient de nombreux
enfants. Ils sont incarcérés dans des prisons et
des centres de détentions israéliens crées dernièrement
à cet effet.
La
condition de leur détention est critique, ils sont
rassemblés dans des grandes cages, contenant
chacune une cinquantaine de personnes, debout dans
le froid et les mains liées… Marwan Barghouti,
lui, est soumis à des tortures physiques et
psychologiques, telles la privation de sommeil et
les séances d’interrogatoire intensives, qui
peuvent durer jusqu’à 60 heures d’affilée.
Le
Comité international pour la libération de, considère
que ces actes constituent des infractions graves au
regard du droit international humanitaire et en
particulier de la IV ème Convention de Genève
relative à la protection des personnes civiles en
temps de guerre, l’article 3 commun aux quatre
Conventions de Genève, des Conventions
internationales de protection des droits de
l’homme, notamment les articles 9 et 11-2 de la Déclaration
universelle des droits de l’homme, la Convention
contre la torture, l’article 37-b de la Convention
relative aux droits de l’enfant, l’article 6 de
la Convention internationale sur l’élimination de
toutes formes de discrimination raciales, les
articles 5 et 6-1 de la Convention européenne des
droits de l’homme, les articles 9-1 et 10-1 du
P.I.D.C.P (Pacte international relatif aux droits
civils et politiques), et presque toutes les résolutions
de l’ONU.
•
Le Comité international pour la libération
de Marwan Barghouti, condamne la détention du député
palestinien Marwan Barghouti, les arrestations
arbitraires illégales, les mauvais traitements
humiliants et dégradants menés par le gouvernement
israélien et qui touchent en premier lieu la
population civile palestinienne.
•
Le Comité international pour la libération
de Marwan Barghouti, appelle le gouvernement israélien
à mettre fin aux violations des droits de l’homme
et du droit humanitaire perpétrées par Tsahal, à
libérer immédiatement Marwan Barghouti ainsi que
tous les détenus palestiniens, notamment les
mineurs, de mettre fin aux arrestations illégales
des Palestiniens, et de reprendre immédiatement les
négociations de paix, car la paix ne pourra être
trouvée sans la fin de l’occupation israélienne.
La
détention de Marwan Barghouti ne vise pas seulement
une personne mais aussi à décapiter la résistance
de tout un peuple. Nous vous appelons à rejoindre
le Comité international pour la libération de
Marwan Barghouti. Ce Comité lance un appel
international pour la libération de Marwan
Barghouti ainsi que des détenus palestiniens, œuvre
à l’organisation de leur défense juridique
(Envoi d’observateurs, avocats, juristes…), à
recueillir des fonds, et à soutenir le peuple
palestinien contre l’occupation israélienne de
ses territoires. Les signataires de cette pétition
demandent la libération immédiate de Marwan
Barghouti, ainsi que de tous les détenus
palestiniens dans les camps de détention et les
prisons israéliennes et de mettre fin aux
arrestations illégales des Palestiniens.
Pour
signer la pétition, veuillez envoyer vos nom,
profession et adresse :
C/O
Cetedim – 21 ter Rue Voltaire -
75011- Paris
Fax : 01.46.66.73.45
E-mail: comitebarghouti@hotmail.com
Conditions de détention de plus en plus dures pour Marwan
Barghouti
15
juillet 2003
Le régime
d'isolement sévère imposé au dirigeant
palestinien illustre l'ampleur des blocages israéliens
sur la question des prisonniers politiques.
La
poursuite de la progression du processus de désescalade
engagé avec la " feuille de route "
achoppe sur la question de la libération des
prisonniers politiques palestiniens.
L'intransigeance des dirigeants israéliens, qui ne
veulent pas aller au-delà des 350 remises en liberté,
excluant tout détenu palestinien susceptible "
d'avoir du sang sur les mains " - autrement dit
appartenant aux différentes organisations
palestiniennes qui disposent d'une branche armée
(Hamas, Djihad islamique ou encore Fatah) - place le
premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas, dans
une situation quasi intenable : ou bien il cède
aux exigences israéliennes, accepte une libération
très sélective de prisonniers et il perd toute crédibilité,
voire risque de voir éclater une guerre civile dans
son propre camp, ou bien il refuse le diktat d'Ariel
Sharon et tout progrès de la " feuille de
route " paraît bloqué.
Le
sort du plus célèbre de ces prisonniers politiques
palestiniens, Marwan Barghouthi, illustre l'ampleur
de l'obstruction du cabinet israélien. Sachant que
la rumeur de la libération du dirigeant du Fatah
avait couru au moment du déclenchement de la trêve
- ce geste aurait eu en effet une valeur symbolique
très forte, qui aurait permis de mesurer la bonne
volonté de la partie israélienne à s'engager sur
la voie d'un règlement réellement équilibré.
Mais, dans la dernière période, les conditions de
détention de Barghouti semblent à l'inverse s'être
encore durcies. Hier, lors d'une audience de son
procès à Tel-Aviv, le dirigeant palestinien a
accusé les autorités israéliennes de vouloir le
tuer en le maintenant en détention dans des
conditions inhumaines. " Je suis isolé dans
une cellule infestée de cancrelats. Ils (les
dirigeants Israéliens - NDLR) veulent me tuer. Je
n'ai pas vu ma famille et mes enfants depuis quinze
mois, sous prétexte que cela nuit à la sécurité
de l'État " d'Israël, a-t-il affirmé, tout
en refusant, comme il le fait depuis le début de
son procès, de comparaître à la barre ou de citer
des témoins pour sa défense.
|
|
« Ce
procès est réglé d'avance. Le peuple
palestinien a droit à un État indépendant.
Nous n'avons pas peur des bouclages, du
couvre-feu ni de l'occupation ».
"
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La
direction israélienne justifie l'isolement renforcé
du dirigeant palestinien et l'interdiction des
visites de ses proches en affirmant qu'il
utiliserait celles-ci pour... " organiser des
activités terroristes depuis la prison ".
Marwan Barghouthi, capturé en avril 2002 par l'armée
israélienne à Ramallah, en zone autonome
palestinienne, dénie à la justice israélienne le
droit de le juger. " C'est un procès
politique, et ce tribunal doit démissionner ",
a-t-il lancé une fois encore hier.
Le
dirigeant palestinien a également mis en cause le
conseiller juridique du gouvernement israélien
Elyakim Rubinstein, lui reprochant de l'avoir
qualifié de " chef terroriste " avant même
que le tribunal de Tel-Aviv ne prononce son
jugement. " C'est la preuve, a-t-il ajouté,
qu'il n'y a pas de justice pour les Palestiniens
devant un tribunal israélien. " Et de conclure :
" Ce procès est réglé d'avance. Le peuple
palestinien a droit à un État indépendant. Nous
n'avons pas peur des bouclages, du couvre-feu ni de
l'occupation. Le gouvernement israélien ne veut pas
la paix. " La prochaine audience du procès
Barghouthi a été fixée au 21 août.
Bruno
Odent
Jounal l’Humanité, 15/07/2003
Prison à perpétuité pour Marwan Barghouthi,
dirigeant du Fatah
TEL AVIV - Cinq fois la prison à
vie: telle est la peine dont a écopé le
Palestinien Marwan Barghouthi. Le chef du Fatah pour
la Cisjordanie a été condamné en Israël pour
meurtre. Ce verdict est assorti d'une peine de sûreté
de 40 ans.
Marwan Barghouthi a clamé que «l'Intifada triomphera» en faisant le «V»
de la victoire. «La poursuite de l'Intifada est la
seule voie vers l'indépendance. Cette occupation
est la pire occupation coloniale que l'humanité ait
connue, mais elle se meurt et ils (les Israéliens)
feraient mieux de se préparer à ses funérailles»,
a-t-il notamment déclaré.
Marwan Barghouthi a été enlevé et détenu en violation du droit
international. Il vient d’être condamné par un
tribunal entièrement dépendant du pouvoir exécutif
israélien. L’ASSP dénonce cette parodie de
justice, rappelle le droit de tout peuple opprimé
à lutter pour son indépendance et s’élève
contre le crime de guerre que constitue le
terrorisme d’aveugles représailles.
6 juin 2004
Marwan Barghouti, en grève de la faim,
est dans un état critique
Marwan Barghouti s'est joint le 15 août
à la grève de la faim des prisonniers.Il la
poursuit pour dénoncer ses conditions de détention,
en isolement depuis des mois.
La Société des Prisonniers Palestiniens informe que l'état
de santé de Marwan Barghouti, député élu au
Conseil Législatif Palestinien, responsable du
Fatah, emprisonné en Israël, s'est sérieusement détérioré
au cours de sa détention en isolement.
La Société signale que Barghouti a perdu 18 kg et
souffre actuellement de déshydratation.
La Société tient les autorités israéliennes pour
responsables de toute détérioration de l'état de
Marwan Barghouti.
Barghouti est en isolement depuis 2 ans et est en grève
de la faim depuis 20 jours.
Il faut signaler que les autorités pénitentiaires israéliennes
ont transféré Barghouti dans la section des
prisonniers de droit commun, où il est
continuellement soumis à des actes de provocation
et où il est filmé 24h/24 au moyen d'une caméra
fixée au mur de sa cellule.
La Croix Rouge a aussi mis en garde au sujet des risques
qui pèsent sur la vie de Barghouti et a ajouté
qu'en raison de la grève de la faim, ce dernier
avait été incapable de se lever ou de marcher.
IMEMC&Agencies, 4/09/2004
traduction N. Ollat, Afps
Marwan Barghouti, prisonnier
symbole
Condamné le 24 mai dernier cinq fois à la prison
à vie et assorti d’une peine de sûreté de
quarante ans, le dirigeant du Fatah et député
palestinien est le symbole de la lutte contre
l’occupation mais aussi du dialogue et de la paix.
Un pays
occupant se comporte ainsi : assassinats
extrajudiciaires, prisonniers sans droit et
tribunaux à la botte du pouvoir politique. La
condamnation, le 24 mai (1), de Marwan Barghouti,
dirigeant du Fatah pour la Cisjordanie et député
membre du Conseil législatif palestinien, à cinq
peines de prison à vie, assorties d’une peine de
sûreté de quarante ans, est l’application inique
d’une loi non écrite, celle de l’occupation,
celle du plus fort sur le plus faible, celle qui
confond à dessein résistance et terrorisme.
L’histoire du XXe siècle regorge d’exemples de
ce type. Nelson Mandela n’était-il pas un
terroriste aux yeux des tenants de l’apartheid, en
Afrique du Sud ? Les combattants algériens qui
luttaient pour l’indépendance n’étaient-ils
pas des terroristes aux yeux de la France coloniale ?
"Ma liberté arrivera quand prendra fin l’occupation"
Ces
pouvoirs oppresseurs se comportent toujours de la même
façon et commettent les mêmes erreurs :
condamner un militant progressiste et démocrate,
c’est rendre hommage au combat de tout un peuple,
c’est doper une lutte que tout le monde sait dure
et sans merci. " L’Intifada triomphera
", a clamé Barghouti en faisant le " V
" de la victoire alors qu’il était emmené
hors du tribunal. À son entrée dans la salle,
avant qu’on ne lui ôte les menottes, il avait déclaré :
" Notre peuple triomphera et nous vaincrons
l’occupation. " Alors que le juge avait
commencé la lecture de la sentence, il a demandé
la parole. " La poursuite de l’Intifada est
la seule voie vers l’indépendance. Cette
occupation est la pire occupation coloniale que
l’humanité ait connue, mais elle se meurt et ils
(les Israéliens) feraient mieux de se préparer à
ses funérailles. " Il a poursuivi :
" Peu importe combien seront tués ou arrêtés,
ils ne briseront pas la détermination du peuple
palestinien. " " Peu m’importe que je
sois condamné à une peine de prison à vie, ou à
dix ou cinquante peines, ma liberté arrivera quand
prendra fin l’occupation, a-t-il ajouté, soutenir
Marwan Barghouti, c’est soutenir la dignité et la
justice. "
Son épouse l’a vu une fois depuis son arrestation en 2002
Arrêté
par l’armée israélienne le 15 avril 2002, à
Ramallah (Cisjordanie), Marwan Barghouti a subi la
torture, l’isolement, les mauvais traitements.
Comme le soulignent ses avocats français, Gisèle
Halimi et Daniel Voguet (lire les entretiens ci-après),
cette arrestation s’est faite au mépris de toutes
les règles internationales, bilatérales, et de
l’immunité des parlementaires de par le monde.
Autant de raisons pour lesquelles Marwan Barghouti
n’a jamais reconnu la compétence du tribunal de
Tel-Aviv pour le juger, celui-ci étant, selon lui,
un tribunal " d’occupation ". Saëb
Erekat, ministre palestinien chargé des négociations,
a estimé que " la sentence prononcée contre
lui est invalide et illégale, et cette cour israélienne
n’a aucune compétence pour le condamner car il
est un membre élu du Conseil législatif
palestinien. Nous demandons à Israël de le relâcher
immédiatement. "
Chef
du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, pour la
Cisjordanie, et élu du parlement palestinien,
Marwan Barghouti a été, dès le début de la deuxième
Intifada, l’un des dirigeants de l’OLP le plus
actif, le plus en phase avec la révolte d’une
population qui avait cru aux accords d’Oslo mais
ne voyait rien arriver. Pis, les conditions de vie
devenaient toujours plus difficiles. Déjà très
actif contre l’occupation dans les années
quatre-vingt, notamment comme responsable des étudiants
à l’université de Bir-Zeït, près de Ramallah,
il avait " goûté " aux geôles israéliennes
avant d’être expulsé en Tunisie en 1987. Revenu
en Cisjordanie après les accords d’Oslo de 1993,
dont il est alors un fervent partisan, il est élu
membre du Conseil législatif lors du scrutin qui
suit l’établissement de l’Autorité
palestinienne. Toujours partisan d’une solution
reposant sur la coexistence pacifique de deux États,
israélien et palestinien, il s’est néanmoins élevé
contre le blocage du processus de paix. "
Marwan est le symbole vivant de l’Intifada, et
Israël a voulu, à travers lui, condamner cette
Intifada ", disait, en larmes, sa femme Fadwa,
qui n’a pu le voir qu’une fois depuis son
arrestation en avril 2002. " Ceux qui ont fait
juger Barghouti seront jugés comme criminels de
guerre. Un jour Israël se dotera d’un
gouvernement qui demandera à négocier avec
Barghouti au lieu de le maintenir derrière les
barreaux ", a insisté le député arabe israélien
de la Knesset, Mohamad Barakeh.
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Un portrait de Marwan Barghouthi dans son QG de
Ramallah. (Photo AFP)
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8 000 prisonniers politiques incarcérés
À
travers Marwan Barghouti, c’est bien évidemment
la question de l’ensemble des prisonniers
politiques détenus en Israël qui est posée. Ils
seraient près de 8 000 actuellement incarcérés.
" Ces trois dernières années ont été les
plus dures pour les prisonniers depuis 1967 ",
souligne Issa, responsable de l’association des
prisonniers politiques palestiniens (www.ppsmo.org)
dont le siège se trouve à Bethléem et que nous
avons rencontré sur place. " L’utilisation
de la torture est systématique et, surtout, nous
subissons des attitudes sadiques. " Selon lui,
la torture est surtout pratiquée dans les prisons
d’El-Maskobyia (Jérusalem), Atzion (près de
Bethléem) et Beer Sheva (où se trouve Marwan
Barghouti). " Non seulement ils torturent, non
seulement ils enferment des jeunes de moins de
dix-huit ans, mais en plus ils n’hésitent pas à
arrêter nos mères ou nos sours pour obtenir plus
d’informations ", insiste Issa. Surtout, Israël
ne reconnaît pas le statut de prisonniers de guerre
et encore moins de prisonniers politiques à ces
militants incarcérés, certains depuis quinze ans.
En vertu de quoi les gouvernements israéliens
successifs estiment que les conventions de Genève
ne s’appliquent pas aux territoires palestiniens.
Issa évoque les arrestations collectives, après
l’offensive israélienne de mars 2002,
l’ouverture de camps près de Ramallah, Tulkarem,
Naplouse, " l’utilisation de chiens pour
terrifier les gens ", les humiliations, les
perquisitions. Nouvelle politique israélienne
lorsqu’elle libère un prisonnier par anticipation :
le déporter vers la bande de Gaza. " Ils sont
ainsi séparés de leurs familles qui se trouvent en
Cisjordanie et celles-ci n’ont pas
l’autorisation d’aller dans la bande de Gaza.
Sharon alimente la stratégie des islamistes
La
libération de Marwan Barghouti et celle des
prisonniers politiques signifieraient un pas vers le
dialogue et la paix. Au lieu de cela, Sharon choisit
la répression meurtrière, alimentant ainsi la
stratégie des groupes islamistes. Ce n’est sans
doute pas un hasard si Marwan Barghouti, l’un des
dirigeants palestiniens les plus enclins au
dialogue, est aujourd’hui enfermé. Ouvrir les
portes de sa cellule, ce serait contribuer à ouvrir
les portes de l’avenir pour les deux peuples,
palestinien et israélien.
Pierre
Barbancey
(1)
Les députés communistes Francis Wurtz (Parlement
européen) et Jean-Claude Lefort (Assemblée
nationale) étaient présents à l’audience.
Journal l’Humanité, 5
Juillet 2004
"Une violation flagrante
des droits de l’homme"
Gisèle Halimi, membre du collectif d’avocats de
Marwan Barghouti, revient sur le procès et les
conditions de détention.
D’un point de vue du droit, comment considérez-vous l’arrestation de
Marwan Barghouti et le procès qui a suivi ?
Gisèle Halimi L’armée israélienne l’a arrêté et enlevé chez lui (il pensait
d’ailleurs qu’il allait être exécuté tout de
suite), à Ramallah le 15 avril 2002, alors que
Marwan Barghouti est un député régulièrement élu,
c’est le secrétaire général du Fatah pour la
Cisjordanie. Il y a donc une atteinte flagrante à
la législation internationale, les textes
qualifient même cela de crime de guerre. C’est
l’article 49 de la quatrième convention de Genève
qui interdit tous les transferts forcés de
populations ou d’individus par l’autorité
occupante. Cette convention a pourtant été signée
par Israël. C’est aussi la compétence des
tribunaux israéliens qui est remise en cause,
c’est illégal et parfaitement contraire au droit
international et même au droit bilatéral, entre
Israël et l’Autorité palestinienne (AP).
Contrairement à ce qu’on pourrait penser et malgré
les horreurs qui se sont poursuivies depuis, les
accords d’Oslo et les accords du 18 septembre 1995
restent valables. Et ces accords disent que toutes
les arrestations en zone A (sous contrôle
administratif et sécuritaire de l’AP), ce qui est
le cas de Ramallah, ne peuvent être faites que par
les autorités palestiniennes. Cela est reconnu par
la Cour suprême israélienne car dans certains arrêts,
notamment l’un datant de septembre 2002, elle fait
référence à ces accords. Il y a donc une double
violation : un député enlevé chez lui,
transféré en Israël et jugé par des tribunaux
israéliens, dont il a toujours contesté la compétence.
C’est la raison pour laquelle il a demandé à ses
avocats de ne pas l’assister. Il l’a été juste
au moment des moyens de droit pour soulever cette
incompétence et dénoncer ces crimes de guerre. Les
tribunaux israéliens ont évidemment rejeté tout
cela et se sont saisis du cas et l’on a jugé à
cinq fois la perpétuité et deux fois une peine de
sûreté de vingt ans.
(AP)
Comme
il est député, l’Union interparlementaire
s’est saisie de son cas et a envoyé à trois
reprises des mandataires pour essayer de le
rencontrer, de rencontrer les autorités israéliennes.
Tout contact leur a été refusé. Ils ont donc fait
une enquête auprès de la procureur israélienne,
des tribunaux, des avocats, de moi-même et ont
remis un rapport qui dit exactement ce que je viens
de vous dire quant à la violation flagrante du
droit.
Quelles ont été, quelles sont ses conditions de détention ?
Gisèle Halimi Dès son arrestation, il a été mis au secret, son épouse l’a vu dix
minutes le 17 mai 2002 parce que le bruit courait
qu’on l’avait descendu et les Israéliens
voulaient montrer qu’il était vivant. Mais depuis
cette date, elle est totalement interdite de visite.
Elle n’a jamais revu son mari. Pendant cinq
semaines, il a été au secret total, il ne pouvait
même pas voir ses avocats. Il a été interdit de
visite avec ses avocats français et nous avons été
interdits de plaidoirie. Je l’ai néanmoins vu à
deux reprises, en prison, mais à la suite de
circonstances particulières. Pendant un mois, il a
subi nuit et jour des interrogatoires avec tout ce
que les conventions et les droits de l’homme
condamnent : privation de sommeil, lumière
dans les yeux, bandeaux, et cette torture israélienne
qui s’appelle le shabeh. On l’attache pendant
des heures et des heures sur une petite chaise métallique
très inconfortable, menotté et quand il est épuisé
et tente de s’adosser, il ne le peut pas car le
dossier est plein de clous ! Il a évidemment
reçu des menaces de mort à l’encontre de sa
personne, de sa famille, de son fils qui est arrêté.
Tout est contraire à la Déclaration universelle
des droits de l’homme. Peut-on, après ça, encore
dire qu’Israël est une démocratie ?
Depuis
la dernière audience du 29 septembre, il a été
transféré dans le désert du Neguev, dans la
prison de Beer Sheva. J’ai tenté de le voir dès
le lendemain. Je me suis faite littéralement jetée.
Il y a des comportements d’une brutalité qui font
froid dans le dos. Ces soldats aux check-point avec
des mitraillettes évoquent pour moi des images
terribles, sur lesquelles je préfère ne pas
insister. Par un avocat israélien il a pu faire
passer un message sur ses conditions de détention :
c’est abominable. Il est actuellement dans une
cellule de 1,40 mètre sur 1,80. Il a eu des problèmes
pulmonaires, on ne le soigne pas. Ce sont des
conditions indignes d’un pays civilisé : la
cellule est infestée de bêtes. Il ne sort même
pas pour ses repas. Il est 24 heures sur 24 dans sa
cellule, à l’exception de 45 minutes par jour où
il va dans une toute petite cour de 4 mètres sur 5,
tout seul, et où il tourne en rond. Évidemment, il
y a une urgence caractérisée à ce que l’opinion
publique se préoccupe de lui et le tire de là.
Entretien
réalisé par P. B
"Faire pression pour mettre fin au terrorisme
d’Etat"
Daniel Voguet, l’un des défenseurs de Marwan
Bargouti, demande la libération des prisonniers
politiques.
Pourquoi avez-vous récusé le tribunal qui jugeait Marwan Barghouti ?
Daniel Voguet C’est une question de bon sens. Lorsqu’un pays est occupé, une résistance
se forme et à chaque fois, le pays occupant tente de
donner une image juridique de la répression. À
chaque fois, dans l’histoire, les résistants ont été
condamnés au nom du terrorisme. C’est particulièrement
vrai lors des guerres coloniales. Lorsque ces guerres
étaient finies, que restait-il ? Ceux qui
avaient combattu étaient des héros pour leur peuple.
En Israël comme partout, la condamnation des résistants,
la torture dont ils sont l’objet s’accompagnent
d’une impunité totale pour les citoyens israéliens
coupables de crimes de guerre. C’est le cas
notamment pour les exécutions extrajudiciaires perpétrées
par l’armée ou les services de sécurité. Mais
quand c’est dans l’autre sens, on parle de
terrorisme. Même chose lorsqu’il y a destruction de
maisons, lorsqu’il y a séquestrations ou
emprisonnements sans acte d’accusation, sans que les
prisonniers puissent avoir l’aide d’un avocat.
Il
n’est pas besoin d’être juriste pour constater
que c’est l’armée israélienne qui occupe ou
encercle Ramallah et pas les Palestiniens qui occupent
Tel-Aviv. C’est l’armée israélienne qui réprime
tous ceux qui se dressent contre l’occupation.
C’est l’armée qui entre dans les villages, sépare
les hommes et les femmes, cagoule les prisonniers sans
qu’on sache ce qu’ils deviennent. Sans parler des
traitements de ceux qui sont incarcérés et que la
loi internationale qualifie de torture. S’il y a
bien une justice qui ne peut pas se prévaloir de
juger les actes de ceux qui résistent, c’est bien
la justice israélienne. On peut envisager un tribunal
international pour juger les crimes de guerre,
qu’ils soient israéliens ou palestiniens. Mais il
faut savoir une chose : si un tel tribunal
statue, il aura devant lui cent fois plus d’Israéliens
que de Palestiniens.
Dans ces conditions, que représente la figure de Marwan Barghouti ?
Daniel Voguet Que veut la justice israélienne ? pas forcément ce que veut
l’opinion publique israélienne ni même un certain
nombre d’hommes politiques israéliens. Un ancien
responsable du Mossad (le renseignement extérieur
israélien- NDLR), Ephraïm Halévy, se prononce ainsi
pour la libération de Marwan Barghouti car il considère
- et il sait de quoi il parle - que c’est un
interlocuteur possible. Il y a en Israël des hommes
politiques et non des moindres qui pensent que la paix
au Proche-Orient passe par la négociation avec les
représentants légitimes du peuple palestinien. Il
faut rappeler que Marwan est un parlementaire - il a
été élu au Conseil législatif palestinien -,
était numéro un du Fatah (l’organisation
majoritaire au sein de l’OLP- NDLR) en Cisjordanie
et qu’il a contribué à la démocratisation de ce
mouvement. Il a également fait partie des équipes de
négociation qui ont abouti aux accords d’Oslo. Il a
été reçu en France. C’est un homme de dialogue,
un homme politique internationalement reconnu y
compris par beaucoup d’hommes politique israéliens.
Il est légitimé par le peuple palestinien. Les récents
sondages le placent d’ailleurs juste derrière
Arafat dans les dirigeants les plus populaires.
Marwan Barghouti a été condamné à cinq fois la prison à vie part ce
tribunal qu’il ne reconnaît pas. Qu’est-ce que
l’opinion publique internationale peut faire ?
Daniel Voguet La justice israélienne s’est rangée du côté de Sharon. Aucun juriste
international ne peut donner une légitimité à une
telle décision. Celle-ci va à l’encontre des lois
internationales, des Conventions de Genève et même
des accords d’Oslo. Dès lors, il n’y a pas
d’autre solution que de faire pression sur le
gouvernement israélien pour l’application des lois
internationales, la reprise des négociations,
l’acceptation d’un Etat palestinien viable et
qu’il y ait une évolution politique entre les
parties, en sachant que, de toute manière, on ne
choisit pas son interlocuteur. Pour les Israéliens,
ni Arafat ni Marwan Barghouti ne sont des
interlocuteurs. Ce qu’ils veulent, c’est une
capitulation en rase campagne des Palestiniens. Il
faut donc maintenant faire pression pour la libération
de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers
politiques, pour mettre fin au terrorisme d’État
pratiqué par le gouvernement Sharon.
La
communauté internationale doit jouer son rôle. Il y
a deux parties qui n’ont pas le même poids. D’un
côté Israël, pays développé qui bénéficie du
soutien politique et financier des États-Unis, et de
l’autre un peuple dont un nombre non négligeable
vit dans des camps de réfugiés avec l’aide des
Nations unies. Cela ne peut que générer des actes de
désespérance. La paix doit être imposée. Si
l’occupation se poursuit, il y aura toujours plus de
morts, des deux côtés, des murs qui vont s’élever,
la formation de bantoustans comme l’Afrique du Sud
au temps de l’apartheid. La paix au Moyen-Orient
passe par la paix entre Palestiniens et Israéliens.
La question se pose pour la France également, il
s’agit de l’avenir de la Méditerranée et de
l’Europe. Obtenir la libération de Marwan Barghouti,
c’est oeuvrer pour la paix et la négociation.
Entretien
réalisé par P. B.