Suite à l'article « Vivre avec l'antisémitisme ? » (Le Monde p.20, 29/05/2007) du Rabbin David MEYER, enseignant, écrivain.
"Je m'inscris en faux contre les allégations du Rabbin David MEYER contenues dans son article paru dans Le Monde du mardi 29 mai 2007 sous le titre « Vivre avec l'antisémitisme ? » A mon sens, le Rabbin D. MEYER élude les vraies questions de fond posées au monde juif par l'existence d'un antisémitisme endémique, lorsqu'il écrit : - « Aucun message universel ne peut être transmis si nous ne pouvons vivre parmi les nations du monde. Fuir l'antisémitisme n'est donc pas une solution capable de nous faire survivre. »
- « Tristement, après des nombreuses années de dialogue et de pédagogie, le rêve d'un monde où « culture » et « éducation » étaient les antidotes de la haine s'effondre. Nous devons avoir le courage d'admettre que l'antisémitisme est bel et bien une réalité endémique qui ne s'éradique pas. Malheureusement, les mutations de la pensée antisémite évoluent plus vite que notre capacité à éduquer ! »
En effet, comme je l'ai démontré à maintes reprises depuis des décennies : dans mon article « Pourquoi Auschwitz ? » paru dans Le Monde le 11/02/1995 p.14, ci-joint pour mémoire; dans ma conférence (p.140 et suivantes de la Revue des Sciences morales et politiques N°1 1997 aux PUF; et sur Internet : http://www.asmp.fr/travaux/communications/1997/ratzinger_sztejnberg.htm ), conférence conjointe à celle du Pape actuel BENOIT XVI ex-cardinal Joseph RATZINGER, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi au Vatican. Il faut commencer par balayer devant sa porte avant de vouloir éduquer, car nombre de croyances séculaires erronées du judaïsme sont reprises par le christianisme et l'islam, ce qui explique la maintenance de malentendus, et au-delà, la constance des guerres de religions. Il suffit de rappeler pour illustrer cela, que le réel Divin n'est pas comme l'humain, adepte de la psychologie relationnelle du test, le réel Divin est donc parfaitement étranger au fait de vérifier si le Patriarche Abraham aimait Dieu plus que tout, au point de lui sacrifier le « fils de la Promesse », Isaac, en holocauste. Il faut ici comprendre et ressentir que, même si selon la légende biblique (Bible, Livre de la Genèse chapitre 22) Dieu a retenu au dernier moment le bras du père évitant ainsi le sacrifice humain, à l'évidence, le seul fait de croire en l'existence du test « demandé par Dieu » est une erreur abominable. En effet le thème biblique séculaire de l'holocauste d'Isaac par Abraham est en réalité une projection du comportement humain sur ce que l'on croit être le Divin.Ce mythe biblique n'est rien d'autre qu'une monstrueuse idolâtrie, via laquelle l'humain, dans son arrogance et sa folie délirante, se permet d'imaginer et de se construire un dieu totémique à son échelle, flanqué des sublimations et des concepts de l'homo sapiens sapiens qui n'a pas cessé, loin de là, son évolution bénéfique.Cette erreur de l'holocauste d'Isaac par Abraham dénommée « aqédah » (sacrifice) dans le judaïsme, se retrouve depuis des siècles, pour le plus grand malheur du peuple juif, en filigrane dans le thème chrétien de la Rédemption du monde par la crucifixion de Jésus-Christ, il y a 2000 ans (Bible, Nouveau Testament, Evangile de Jean 3,16). Pour la christologie (les Pères conciliaires, les divers grands courants théologiques, le Mystère trinitaire, en effet, le Patriarche Isaac, soumis à son père Abraham au point de se laisser conduire sur le Mont Moriah à Jérusalem pour être sacrifié, est une préfiguration prophétique de la mort rédemptrice en croix de Jésus-Christ, ce qui est éminemment contestable, tant sur le principe, qu'au niveau des faits réels.Ce même antécédent déplorable pour la pérennité du peuple juif se retrouve en islam avec la fête du mouton « Aïd-El-Kebir » qui reprend le thème judaïque de l'holocauste du fils (Coran XXXVII,101-108), thème pour le moins regrettable, car le réel Divin est incompatible avec lanthropomorphisme et donc avec le principe du test prêté au Divin ; ce n'est donc pas le réel Divin qui donne le bélier en holocauste.A l'évidence, il s'agit là d'une légende issue des textes mosaïques, mais dont l'origine remonte à la plus haute préhistoire, lorsque l'humain a commencé les délires religieux, via lesquels il imagine des divinités qui sont autant d'artifices au moyen desquels l'humain s'auto-divinise avec les conséquences funestes que cela produit comme l'atteste l'Histoire. En conclusion, l'article du Rabbin MEYER, s'il exprime la meilleure volonté du monde, ne traite pas du vrai problème, en sorte qu'il sombre dans le fatalisme, en croyant en l'existence d'un antisémitisme juif endémique auprès duquel, bon an mal an, le peuple juif se trouve obligé de cohabiter.Dès lors, où se trouve l'Eternel, si puissant qu'Il ressuscite les morts (Baroukh Atta Adonoï Elohénou Mèlèkh ha olam mekhaye ha metim) et génère ainsi l'ère messianique?" Lunel, le 11 juin 2007. Rabbi Léonard SZTEJNBERG |