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RAPPORT DU DIRECTEUR GéNéRAL DU BUREAU INTERNATIONAL DU TRAVAIL SUR la situation des travailleurs arabes des territoires occupés. Cette année, conformément au mandat conféré par la Conférence internationale du Travail, j’ai de nouveau envoyé une mission de haut niveau dans les territoires arabes occupés, en Israël, en République arabe syrienne, ainsi qu’à l’Organisation arabe du travail et à la Ligue des Etats arabes au Caire, pour qu’elle rende compte de la situation des travailleurs arabes des territoires occupés. La mission a bénéficié de la pleine coopération de toutes les parties intéressées, ce dont je suis très reconnaissant. Voilà qui confirme l’ample soutien apporté aux valeurs incarnées par l’OIT.
Mes représentants ont eu des entretiens approfondis avec de nombreux interlocuteurs: représentants de l’Autorité palestinienne et des organisations d’employeurs et de travailleurs dans les territoires occupés, mandants en Israël et en République arabe syrienne, représentants des Nations Unies et de diverses organisations internationales et non gouvernementales. A propos de la situation des travailleurs des territoires arabes occupés, tous ont donné des informations et des indications précieuses pour la préparation du présent rapport. Comme toujours, la mission a effectué son travail d’enquête avec dévouement et impartialité. Le rapport fait état d’une certaine amélioration de la situation économique dans le territoire palestinien occupé, qui peut être attribuée à une accélération de la croissance et à un taux d’emploi légèrement plus élevé, lequel reste cependant très bas par comparaison avec le reste du monde. Le revenu moyen par habitant a augmenté de 3,7 pour cent en 2008 pour atteindre 1 390 dollars E.-U., ce qui reste inférieur de près de 15 pour cent au niveau maximal atteint en 1999. En raison du bouclage presque total de la bande de Gaza imposé par Israël, Gaza et la Rive occidentale n’ont pas connu le même taux de croissance. La persistance du conflit a freiné la reprise économique, une décennie après le déclenchement de la seconde Intifada. Plus d’un an après une guerre aux effets dévastateurs, Gaza reste un «cimetière industriel», selon les termes employés par un gros entrepreneur palestinien, et plus le bouclage dure, plus il compromet les perspectives d’avenir des travailleurs et de leur famille, et notamment des jeunes. Cette guerre menace maintenant de déployer ses effets dévastateurs sur la durée. Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, après la visite qu’il a effectuée à Gaza le 24 mars 2010, a déclaré que le bouclage de Gaza était «inacceptable, insoutenable et contreproductif». Quatre grands facteurs expliquent une reprise économique impressionnante au premier abord mais qui, en réalité, reste précaire. Premièrement, elle intervient dans un contexte de diminution considérable de la production après 2000; deuxièmement, elle a largement bénéficié du formidable soutien en matière budgétaire et d’aide au développement apporté à l’Autorité palestinienne par la communauté internationale – rien qu’en 2009, 1,4 milliard de dollars E.-U. ont été octroyés au titre de l’appui budgétaire; troisièmement, les réformes engagées par l’Autorité palestinienne ont été payantes du point de vue de la sécurité et du respect de l’Etat de droit, ce qui a amélioré le climat économique de la Rive occidentale. Enfin, l’assouplissement fort apprécié de La situation des travailleurs des territoires arabes occupés iv certaines contraintes en matière d’accès et de circulation dans la Rive occidentale et entre celle-ci et Israël n’est pas étranger à cette embellie. Par contre, Jérusalem-Est est de plus en plus isolée du reste de la Rive occidentale en raison de la politique de réduction de la proportion de Palestiniens qui y vivent et y travaillent. En outre, les nombreux obstacles à l’accès aux terres palestiniennes de la zone C sous contrôle israélien, qui représentent près de 60 pour cent de la superficie de la Rive occidentale, empêchent les Palestiniens d’exploiter leurs terres de façon plus productive. Malgré les améliorations mineures récemment constatées en matière d’accès à Gaza, la réduction des importations mensuelles, qui sont passées de 10 000 camions en 2007 à 2 000 seulement à l’heure actuelle, alors que les exportations restent quasi inexistantes, n’incite guère à l’optimisme. Alors que le peuple palestinien souffre, que les droits et la dignité des travailleurs continuent d’être bafoués quotidiennement et que l’Autorité palestinienne a adopté une politique de stricte non-violence, les négociations de paix sont restées au point mort l’année dernière. Récemment, l’annonce par Israël de la poursuite de la colonisation à Jérusalem-Est a compromis l’ouverture des pourparlers indirects destinés à préparer la reprise des négociations sur le fond. La récente ordonnance militaire sur la prévention de l’infiltration est perçue comme une épée de Damoclès par des milliers de familles palestiniennes. Je ne peux qu’exprimer ma plus profonde préoccupation face à ces évènements. «Palestine: fin de l’occupation, création de l’Etat», tel est le titre et la devise du Programme du treizième gouvernement d’août dernier, visant à mettre en place les institutions d’un Etat palestinien libre, démocratique et stable qui respecte les droits de l’homme et le principe de l’égalité devant la loi et qui vit en paix avec tous ses voisins. Ce programme a reçu un large appui du Quatuor du Moyen-Orient, de la Ligue des Etats arabes et des institutions financières internationales. Le Bureau du Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient a déclaré qu’il était de la plus haute importance que la communauté internationale continue de soutenir les efforts déployés par l’Autorité palestinienne pour créer un Etat. Je m’associe sans réserve à cet appel. La stratégie complémentaire de développement du secteur du travail mise en place depuis février 2010 par le ministère du Travail vise à combler les lacunes actuelles constatées dans ce domaine en créant un environnement propice au travail décent. L’Autorité palestinienne s’est engagée à respecter les normes figurant dans les huit conventions fondamentales de l’OIT portant sur les droits de l’homme. Avec la loi sur le travail de 2000, elle a établi le cadre législatif de la protection des droits des travailleurs, et il est encourageant de noter que la stratégie pour le secteur du travail prévoit la mise en place de nouvelles mesures visant à consolider et compléter le dispositif juridique existant. Cette stratégie faisant partie intégrante du cadre de planification macroéconomique de l’Autorité palestinienne, la prise en compte des questions d’emploi doit sous-tendre toutes les mesures gouvernementales destinées à promouvoir la croissance du secteur privé. Je veux attirer l’attention sur ce point: l’emploi doit être le dynamisme économique, l’élément central d’une stratégie fondée sur le travail décent et la bonne gouvernance. L’engagement de l’OIT est ancré dans les valeurs qu’elle incarne et que défendent vigoureusement tous ses mandants. L’Organisation a encore renforcé ses activités de coopération technique, dont les priorités sont alignées sur celles de la stratégie du secteur du travail et sont mises en oeuvre en partenariat avec le ministère du Travail, la Fédération générale des syndicats de Palestine et la Fédération palestinienne des Préface v chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture, ainsi qu’avec des organisations nationales de premier plan et d’autres acteurs de la communauté internationale. L’OIT continuera de collaborer avec le ministère de l’Economie nationale dans le domaine du développement des entreprises et de la création d’emplois, avec le ministère des Affaires sociales sur les questions de protection sociale, et avec le ministère de l’Enseignement supérieur pour ce qui est de l’enseignement et de la formation professionnels. Une place toute particulière est donnée à l’aide aux partenaires sociaux et à l’établissement du dispositif juridique régissant le dialogue social et le tripartisme. Je sais gré au gouvernement d’Israël de tous les efforts qu’il pourra faire pour alléger le fardeau qui pèse sur les travailleurs palestiniens et leurs familles. L’OIT a toujours soutenu que les améliorations en matière d’accès et de circulation ont des conséquences positives sur le développement économique et l’emploi dans le territoire palestinien occupé. Toute solution durable au conflit passe par la création d’un Etat palestinien indépendant, démocratique et viable vivant dans la paix et la sécurité aux côtés de tous ses voisins. Les restrictions en matière de circulation et d’accès constituent les principaux obstacles au développement économique et à l’établissement d’un tissu social normal dans le Golan syrien occupé. Les citoyens syriens ont beaucoup de mal à obtenir un emploi et une source de revenus qui leur permettraient de préserver leur identité arabe syrienne. | L’OIT continue, avec les Nations Unies et la communauté internationale, à soutenir pleinement le droit légitime du peuple palestinien à un Etat et à un développement économique et social propice au travail décent dans des conditions garantissant la liberté, l’équité, la sécurité et la dignité. Mai 2010 | Juan Somavia Directeur général | |