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 Tatatatatsouin… Tatatatsouin… La 5e symphonie de Beethoven, ça vous lasse ? Forcément, à force de l'entendre à toutes les sauces, sur le portable de votre voisin de bureau ou en fond sonore d’une pub pour voiture, ça se comprend. Pour moi, pourtant, elle ne résonnera plus tout à fait pareil. C’est en dirigeant hier soir (16/04/2009) ce morceau que le chef d’orchestre Daniel Barenboïm est devenu le premier artiste israélien à se produire en Egypte.
Les ambassades espagnole et autrichienne au Caire ont eu la bonne idée de l'inviter à venir jouer en Egypte. Un concert annoncé en janvier, mais annulé pour cause de guerre à Gaza. La polémique, depuis, n'a cessé de faire rage dans certains cercles égyptiens, dénonçant une normalisation voilée. Mais Daniel Barenboïm a fini par venir. Mercredi, je l'ai écouté parler deux heures durant de sa vision du conflit israélo-arabe, de ses espoirs, jamais éteints, malgré la situation «pire que jamais, de l’ordre de la survie». Sans manichéisme, sans dogmatisme. Je l’ai entendu discourir de la musique, qui rapproche et émeut par delà les frontières, les races, les nationalités, les croyances. Je l’ai entendu fustiger violemment l’actuel gouvernement israélien. Je l’ai entendu reprocher aussi aux populations arabes de ne pas chercher à voir plus loin. "Mettre tous les israéliens dans le même panier et dire, nous vous boycottons, nous ne voulons avoir rien avoir à faire avec vous, ce n’est pas bon. Ca serait bien mieux si les égyptiens, les syriens, les palestiniens, les jordaniens, les libanais allaient à Tel Aviv et expliquent leur point de vue. Et bien sûr, que ça se fasse dans l’autre sens aussi." Rappelant qu'en plus de soixante ans de conflit, l'approche des états n'avait rien produit d'autre que davantage de guerres, de larmes, et de souffrances, Daniel Barenboïm a ajouté "je vois précisément ma visite (au Caire) comme un moyen de dire : la façon dont vont les choses n’est pas bonne ; Il faut trouver une autre manière. Et la solution doit venir d’une compréhension mutuelle. Bien sûr c’est important de savoir ce que je pense de vous, ou ce que vous pensez de moi, mais il faut aussi que je sache ce que vous ressentez, que je le partage ou pas. Et c’est par là qu’il faut commencer". Chapeau, maestro. PS - A la fin de son concert, hier, avec l'orchestre national de l'opéra du Caire, Daniel Barenboïm a été salué par une standing ovation de dix minutes. (Photo : Daniel Barenboïm en répétition avec le West-Eastern Divan Orchestra © Reuters) |