|
Il se trouve à Jérusalem : de Sion l’on dira tout homme y est né (ps 87). D’année en année on peut constater l’extraordinaire importance religieuse , politique et même économique du Moyen Orient dont le centre est incontestablement Jérusalem ville du monothéisme, ville trois fois sainte : pour le judaïsme , le christianisme et l’islam.
La bibliothèque d’ouvrages sur la situation actuelle en Israël ne cesse de s’enrichir et il semble que tout a été dit. Pourtant certains témoins méritent encore d’être entendus parce que leurs diagnostics sont confirmés par les faits. On ne s’improvise pas prophète, mais l’expérience et une certaine connaturalité née de la sympathie et même de l’amour, permettent de voir plus clair. Nous en retiendrons deux, le Père Marcel Dubois dominicain vivant à Jérusalem depuis 1962, grand prix d’Israël, et Jimmy Carter ancien président des Etats-Unis (1977-1981), qui avait obtenu en 1978 un traité de paix entre l’Egypte et Israël signé par A.Sadate, M. Begin et lui-même . Le prix Nobel de la paix lui fut attribué en 2002 pour son action au service de la paix dans le monde. L’un et l’autre ont montré combien ils étaient attachés à Israël et leurs diagnostics sur la condition palestinienne méritent d’autant plus l’attention que des guerres civiles menacent de se multiplier dans la région en risquant de créer un chaos très dangereux pour Israël mais aussi pour le monde. On se souvient que la première guerre mondiale a été déclenchée par un attentat à Sarajevo qui se produisit dans les Balkans en proie à des conflits incessants. Aujourd’hui un nouvel élément capital intervient : la religion. Au XX ème siècle des idéologies antireligieuses avaient caractérisé les totalitarismes, au siècle suivant c’est au nom de la religion que la politique s’avance masquée et bientôt ce qui n’était qu’un prétexte est en train de devenir la cause principale. La situation géopolitique en Palestine Rappelons d’abord la déclaration établissant l’Etat d’Israël le 14 mai 1948 : L’Etat d’Israël sera ouvert à l’immigration juive et en vue de l’accueil des exilés ; il développera le pays dans l’intérêt de ses habitants, il sera basé sur la liberté, la justice et la paix dans l’esprit des prophètes d’Israël ; il assurera l’égalité des droits sociaux et politiques de tous ses habitants quelque soient leur religion , leur race ou leur sexe ; il garantira la liberté de religion, de conscience, de langue,d’éducation et de culture ;il assurera la garantie des lieux saints de toutes les religions et sera fidèle aux principes de la Charte des Nations unies. Dès les discussions préparatoires de 1947 environ 55% de la Palestine avaient été donnés au futur Etat juif. Après la guerre de 1948 l’armistice de 1949 donna à l’Etat d’Israël 77% de la Palestine. En 1967 Israël menacé par quatre Etats arabes occupa les hauteurs de Golan, Gaza, le Sinaï et la Cisjordanie avec Jérusalem. Six mois plus tard, la résolution 242 des Nations unies exigea en vain d’Israël le retrait des territoires occupés. En 1973, l’Egypte et la Syrie attaquèrent Israël par surprise, mais furent repoussées. Grâce aux efforts de l’administration Carter, alors président, des contacts furent rétablis entre Israël et l’Egypte. Le Sinaï fut rendu à l’Egypte qui signa un traité de paix avec Israël en 1979 mais les autres Etats arabes refusèrent de s’engager. Le processus de paix sur la base de la résolution 242 des Nations unies prévoyait accord de paix entre les belligérants et l’autonomie de la Cisjordanie et de Gaza. Depuis 1967, Israël occupe donc la Cisjordanie dont la frontière est maintenant longée par un mur qui ne suit pas celle de 1967 pour pouvoir inclure des colonies israéliennes qui se sont aussi multipliées en Cisjordanie. L’évacuation récente des colonies de Gaza ne signifie pas pour ses habitants une liberté d’action extérieure car l’Etat d’Israël contrôle étroitement ses frontières. En Cisjordanie les colonies continuent à se fonder illégalement, mais avec l’appui d’instances administratives. Quatre cents barrages entravent les communications et constituent une source permanente d’humiliations pour une population privée de citoyenneté et vivant dans la misère. On se trouve aujourd’hui dans la situation suivante : 9,4 millions de palestiniens se répartissent ainsi : 3,7 millions vivent dans en Cisjordanie et Gaza, 200 000 à Jérusalem Est, 1 million en Israël et 4,5 millions réfugiés dans d’autres pays. A Gaza les 90 000 habitants de 1948 sont maintenant 1,4 million avec une croissance démographique de 4,5. Le principe de la formation d’un Etat palestinien est maintenant acquis, ce qui ne l’est pas est le tracé des frontières et sa réalisation effective. Dans les territoires occupés, deux forces politiques palestiniennes sont en présence, l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) et le Mouvement de résistance islamique (HAMAS). L’OLP a été créée en 1964 par Arafat dans un esprit essentiellement politique .Chassée de Jordanie en 1970 (septembre noir), elle renonça au terrorisme et se vit reconnaître en 1980 par l’Union Européenne. En 1993 eut lieu l’échange de reconnaissance entre l’OLP et Israël et le prix Nobel de la paix fut attribué à Arafat et Rabin qui fut assassiné l’année suivante par un juif. La Charte de l’OLP (1968) assure que : Sur le plan spirituel, la libération de la Palestine créera en Terre sainte une atmosphère de paix et de tranquillité, assurant la sauvegarde de toutes les institutions religieuses, et la garantie de la liberté du culte…sans discrimination et sans distinction de race, de langue et de religion. C’est pourquoi le peuple palestinien attend le soutien de toutes les forces spirituelles dans le monde (16) Le peuple arabe palestinien s’exprimant par sa révolution armée, rejette toute solution de remplacement à la libération totale de la Palestine…la libération de la Palestine détruira la présence sioniste et impérialiste et contribuera à l’instauration de la paix au Proche Orient et dans le monde entier (21) En 1993, à Oslo, Israël et l’OLP se sont reconnus mutuellement. Le Hamas a été fondé en 1988 par Ahmed Yassine .Il fut assassiné en 2004 par Israël qui avait commencé par favoriser le mouvement afin de l’opposer à l’OLP. Le Hamas constitue une sorte de branche palestinienne des Frères musulmans d’origine égyptienne. Son inspiration est essentiellement religieuse, il se propose d’établir la charia et refuse de reconnaître l’Etat d’Israël. Les premières attaques terroristes datent de 1994 (500 entre 2000 et 2006). L’Union Européenne déclara le Hamas organisation terroriste en 2003, trois ans plus tard, en janvier 2003, ce dernier obtenait une spectaculaire victoire électorale. Sa Charte, qui fut adoptée en 1988, revêt une signification d’abord religieuse contrairement à celle de l’OLP qui est essentiellement politique: Le prophète…a dit « Le Temps ne viendra pas avant que les musulmans ne combattent les juifs et ne les tuent »…Le Hamas considère le nationalisme comme une part intégrante de la foi religieuse. Il n’y a rien de plus noble et de plus profond dans le nationalisme que de mener le jihad contre l’ennemi et de l’affronter dès qu’il pose le pied sur la terre des musulmans.(12) :il n’y a pas de solution au problème palestinien, si ce n’est par le jihad (13) au sein du conflit contre le sionisme mondial, le Hamas se considère comme le fer de lance et l’avant-garde Israël et la condition palestinienne Voyons maintenant comment les israéliens et les palestiniens vivent cette situation compliquée. Le Père Marcel Dubois s’exprime ainsi :L’erreur de la droite israélienne en particulier est de confondre le choix nationaliste et le dessein de Dieu. Chez ceux qui fondent les nouvelles implantations, il y a une espèce de nostalgie religieuse fanatique, le sentiment qu’ « on va sur une terre qui est nôtre », l’on renoue avec le passé sur une terre que Dieu nous a donnée.Et cependant au départ ce sont les juifs religieux qui ont le plus résisté au sionisme ! En effet les moyens que les colons emploient sont infidèles à la vocation d’Israël Plus loin il ajoute : en Terre sainte, actuellement, le débat est faussement théologique. Il est évidemment politique. Ce sont des nationalismes qui s’affrontent et qui trouvent pour justifier leur antagonisme, des arguments puisés dans des aveuglements religieux ou des différences religieuses de foi à foi Et il conclut en ces termes :Comme chrétien, je me suis réjoui de la pensée que le peuple de la Bible retrouve la terre de la Bible, mais la tragédie actuelle réside en l’infidélité de ceux qui conduisent le destin d’Israël vers un destin terrestre de réussite, de violence et de conquête. Ecoutons maintenant Jimmy Carter qui connaît la situation des palestiniens pour l’avoir lui-même observée depuis les années 1970 : Nombre de palestiniens, écrit-il, affirment être privés des droits de l’homme les plus élémentaires. Ils ne peuvent se réunir pacifiquement, voyager sans restrictions ni posséder des biens sans risquer d’en être dépossédé au moyen d’une multitude de ruses légales. En tant que peuple, ils sont stigmatisés par les autorités officielles comme des terroristes, et la plus légère marque de mécontentement leur vaut les plus sévères sanctions des autorités militaires. Ils se plaignent des arrestations sans procès pour de longues périodes, avec parfois des tortures pour obtenir des aveux, certains sont exécutés et les procès se déroulent avec leurs accusateurs en place de juges. Leurs propres juristes ne peuvent les défendre devant les instances israéliennes et les recours en appel sont coûteuses longues et en général n’aboutissent pas.Les démonstrations contre les abus israéliens provoquent des arrestations de masse, même s’il s’agit d’enfants qui jettent des pierres ou des spectateurs non impliqués dans les démonstrations, ou encore les familles des manifestants ,il suffit même qui d’être connu pour tenir des propos hostiles à l’occupation…cette politique consistant à faire des milliers de prisonniers finit par affecter toutes les familles et être la source de vif ressentiment. On compte officiellement 10 000 palestiniens prisonniers dans les prisons israéliennes. L’ouvrage de l’ancien président a provoqué de vives critiques dans les milieux juifs américains, notamment l’expression d’ « apartheid » et on a contesté l’exactitude de ses informations. .J.Carter a répliqué en disant : Ayant voyagé pendant 33 ans en Terre sainte, en particulier dans les territoires occupés, j’étais qualifié pour décrire la situation en utilisant mes propres observations… J.Carter explique que cet « Apartheid » n’est pas à proprement parler du racisme mais l’expression d’une volonté de la part d’une minorité d’israéliens de s’emparer des terres des palestiniens et d’utiliser la violence pour arriver à leurs fins. La nomination récente, comme vice premier ministre de M.Avigdor Libermann, chef du parti extrémiste Israël Beitenou (« Israël notre maison », parti des russophones) a provoqué le commentaire suivant du journal israélien Haaretz : Choisir le dirigeant le plus irresponsable et le plus dépourvu de retenue pour occuper la fonction de ministre des « menaces stratégique » constitue en soi une menace stratégique. L’absence de modération de M Libermann et ses déclarations intempestives- comparables seulement à celles du président de l’Iran- risquent de provoquer un désastre dans toute la région . On voit par ces témoignages, comment se pose la question palestinienne. La solution est bien difficile à formuler pratiquement, mais il faut commencer par voir la réalité pour éviter que des rêves tournent au cauchemar. Le centre du monde est aussi le miroir de la situation mondiale. On entend des cliquetis d’armes effrayantes et des cris de guerre . Benoît XVI a annoncé un voyage en Israël lorsque les circonstances le permettront, ce sera le troisième pape à s’y rendre depuis que Pierre l’a quittée pour Antioche puis Rome. Le Christ avait dit : vous ne me verrez plus jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Les successeurs de Pierre « doux Christ de la terre » (Catherine de Sienne) préparent, dans l’espérance, la venue de Celui qui doit venir. Patrick de Laubier+ Marcel-Jacques Dubois , Nostalgie d’Israël, Entretiens avec Olivier-Thomas Venard, avec la collaboration d’Annie Laurent , Cerf 2006. Robert.Masson en en déjà fait un premier compte rendu dans FC. 2 Jimmy Carter Palestine ,Peace not Apartheid Simon Schuster NY 2006 3 Selon des calculs officiels 40% des terres colonisées ont été prises sur des domaines appartenant à des arabes 4 op.cit p.113 5 ibidem p.128 6 ibidemp.167 7 op.cit p.118-119 8 Jimmy Carter Lettre du 15 décembre 2006 à l’intention de la communauté juive (américaine) à propos de son ouvrage « Peace and not Apartheid. 9 Haaretz Tel Aviv 24 octobre 2006 cité dans le mond diplomatique , décembre 2006. . Extrait d’une lettre du Pape aux chrétiens du Moyen Orient , le 25/12/06 Comme il vous a été dit, très chers frères et sœurs, j’espère vivement que la Providence fasse que les circonstances permettent mon pèlerinage sur la Terre restée sainte des événements de l’Histoire du Salut. J’espère aussi pouvoir prier à Jérusalem, “patrie de cœur de tous les descendants spirituels d’Abraham, pour qui elle est très chère” (Jean-Paul II, Redemptionis anno, 1984). Je suis en effet convaincu qu’elle peut devenir “un symbole de rencontre, d’union et de paix pour toute la famille humaine (…)”. La paix est un bien suffisamment grand et urgent pour justifier des sacrifices aussi grands de la part de tous. Et c’est pourquoi il faut honorer et reconnaître les droits de tous. Et Jean-Paul II ajoutait : “Il n’y a pas de justice sans pardon.” Normalement, si on ne transige pas sur les erreurs passées, on ne pourra arriver à un accord qui permettrait de rouvrir le dialogue en vue d’une future collaboration. Le pardon, dans ce cas, est la condition indispensable pour être libre de projeter un nouveau futur. Du pardon concédé et accueilli peuvent naître et se développer tant d’œuvres de solidarité, dans le sillage de celles qui existent déjà amplement dans votre région, du fait des initiatives de l’Église, comme des gouvernements et des instances non gouvernementales. Commentaires de Jeff Halper, coordinateur du Comité israélien contre les démolitions des maisons(palestiniennes) .Ce Comité est basé à Jérusalem. Dans un blog (Talmud virtual blog) le rabbin Elyahu Stern a comparé Jimmy Carter avec les juifs orthodoxes qui ont fait cause commune avec le Président Ahmadinejad qui a organisé une conférence visant à nier l’existence de la Shoah. Cette comparaison est vraiment pathétique si elle est motivée par le seul titre de l’ouvrage de Carter : Palestine : Paix et non Apartheid L’emploi par Carter du terme « Apartheid » pour décrire ce qui se passe depuis 40 ans dans les territoires occupés par Israël, est à la fois exact et utile. Exact pare que l’Apartheid est une réalité en Palestine occupée par Israël. Quest-ce que l’Aparteid ? C’est la séparation forcée de populations quand un peuple établit un régime de domination permanente et structurée sur un autre(que ce soit pour des raisons raciales comme ce fut le cas en Afrique du Sud , ou pour des motifs d’ordre national ou religieux comme l’Etat d’Israël le pratique). Cet apartheid est exactement ce qu’Israel met en œuvre en annexant des blocs de colonies considérables derrière des murs et des barrières électrifiées. Je ne comprends même pas quelle « controverse » il peut y avoir à ce sujet.Il suffit d’aller en Cisjordanie, à Gaza ou à Jérusalem Est et d’ouvrir les yeux. L’usage de ce mot par Carter est utile parce qu’il permet de donner un nom à la chose : Apartheid est le seul terme qui désigne les caractères systémiques du régime de domination établi par Israël. Ce n’est pas seulement une politique , ou une réponse au terrorisme ou une occupation, c’est très précisément un système de contrôle pensé et délibéré. L’Etat d’ Israël désigne lui-même sa politique par un mot (hafrata)quisignifie séparation, et finalement « Apartheid. » Il faut même remercier Carter de nous donner une manière de désigner cette situation. Arrêtons les discussions sémantiques et décidons d’arrêter cette politique. Les juifs , nouveaux Afrikanders ! Voilà une pensée qui donne froid ! |