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Après avoir très brièvement relaté les principaux épisodes jalonnant l’Histoire des Proche et Moyen-Orient depuis les « temps bibliques » jusqu’au dix-neuvième siècle, nous abordons maintenant la partie dite contemporaine de l’Histoire.
Celle-ci se présente sur le déroulement événementiel et chronologique les lignes fondatrices de l’Etat d’Israël jusqu’aux plus récents développements du conflit israélo-palestinien. Mention est faite du mouvement sioniste, l’instigateur principal de la création d’un foyer national juif en Palestine, du monde arabe qui, à l’aube du vingtième siècle, se découvre une nouvelle identité et des puissances occidentales cherchant à imposer leur influence sur les ruines de ce qui constituait l’Empire ottoman au sortir de la Première Guerre Mondiale. Concernant plus spécifiquement le Proche-Orient, entre 1830 et 1840, la Syrie et la Palestine sont occupées par Méhémet Ali, alors maître au Caire. Il transfère quelques milliers de personnes venant d’Egypte en Palestine qu’il juge sous-peuplée. Il cherche en fait à se rendre indépendant d’Istanbul pour créer un Empire arabe, soutenu par la France qui aimerait séparer le Croissant fertile du reste de l’Empire ottoman pour y imposer son influence. Mais l’abolition du statut social de la dhimma en Syrie et en Palestine est très mal accueillie. En effet, la base unificatrice proposée par Méhémet Ali est la culture arabe et non plus l’appartenance religieuse qui, circonscrite à un cadre territorial, pose la notion du millet au sein duquel vivent les populations sous domination ottomane. Or, ces événements fournissent la preuve que les habitants de ces régions n’ont pas encore pris conscience de leur « arabéité » et que jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle la nation arabe est un géant qui sommeille. La ligne de fracture identitaire au Proche-Orient n’est donc pas ethnique, mais liée à l’appartenance ou non à l’Islam. Les premiers indices du réveil arabe trouvent leurs origines dans l’occupation de la Palestine et de la Syrie par Méhémet Ali et la politique qui s’ensuivit à sa succession assurée par son fils Ibrahim. Globalement, même si le projet de fonder un Empire arabe s’est soldé par un échec, les gens ne se reconnaissant pas dans ces desseins, il a toutefois laissé des traces notamment parmi les intellectuels locaux. La création d’écoles et de collèges dans lesquels sont dispensés des enseignements plus larges et plus ouverts en arabe est un facteur beaucoup plus important. L’existence de manuels dans la même langue favorise une meilleure prise de conscience de cette civilisation. Il est encore une raison à l’émergence du sentiment national arabe venant des Chrétiens arabophones très favorables à ce projet. En effet, ces derniers sont toujours soumis au statut de la dhimma et ne sont attachés à aucune référence nationale particulière. On devine aisément qu’ils peuvent être enclins à la fondation d’un arabisme séculier prônant la laïcité, et par là même d’une société égalitaire. Des signes tangibles de cette volonté de se démarquer sont authentifiés par la création à Beyrouth en 1847 de la première société arabe par des Chrétiens du Liban. Ces velléités identitaires se trouvent également aidées par l’abolition de la dhimma en 1856. Et même si l’abrogation de celle-ci est en fait plus théorique que factuelle, elle a le mérite d’interpeller certaines franges de la population sur de nouvelles perspectives sociales. Un exemple en est la fondation en 1857 de la Société syrienne des Sciences qui regroupe aussi bien Chrétiens que Musulmans. Avec le déclin de l’Empire ottoman se traduisant par la perte de nombreux territoires en Afrique du Nord, en Europe et en Asie au profit des Chrétiens, beaucoup de Musulmans sont transférés en Syrie et en Palestine. En outre cette perte d’influence pose un nouveau débat dans la partie orientale du Croissant fertile à propos de la place du monde islamique dans l’Empire ottoman. De manière générale, on s’inquiète de la défense de l’Islam par rapport à un Christianisme conquérant et de la nécessité pour le premier nommé de se régénérer par la restauration de l’Islam véritable et original, celui des Arabes. Par exemple on recense au Proche-Orient l’immigration de Musulmans africains fuyant l’arrivée des troupes françaises colonisant le Maghreb, d’autres d’Europe partant après les émancipations nationales des anciens territoires ottomans et d’autres encore provenant d’Asie. En 1831, on enregistre l’arrivée en Palestine de vingt mille Egyptiens qui s’installent à Gaza, Saint-Jean d’Acre, Jéricho, Jaffa, et dans les vallées de Hula et de Beit Shean. A ce propos, l’évolution démographique de la Palestine au cours du dix-neuvième siècle donne les chiffres suivants : en 1800, le pays compte dans son ensemble approximativement 280000 habitants. En 1880, on en recense 480 000 dont 70 000 Chrétiens, 24 000 Juifs et 40 000 Bédouins nomades. En outre, cette province de l’Empire ottoman est très pauvre et arriérée. A ce problème de précarité vient s’ajouter une loi de 1858 sur la propriété foncière concentrant la terre aux mains de grands propriétaires n’habitant souvent pas même la région et laissant leurs avoirs en friche. En 1890, les plus importantes villes de Palestine ne comptent d’ailleurs qu’une population exsangue : 20000 personnes habitent Naplouse, 15 000 Hébron - Al-Khalîl en arabe, 20 000 Gaza, 15000 Haïfa et 48 000 Jérusalem. Le réveil de la nation arabe débute à proprement parler à cheval entre les dix-neuvième et vingtième siècles. Suite aux révoltes dans les territoires de l’Empire ottoman sur le déclin et aux défaites militaires subies, celui-ci concède à la Russie tsariste de grands territoires et presque toute la partie européenne de l’Empire. Aussi, ceux que l’on appelle les « Jeunes Turcs » font un coup d’Etat en 1908. Les nouveaux potentats tentent alors de fusionner les différentes ethnies avec la langue turque comme dénominateur commun et ainsi de cristalliser la société autour de ce ciment identitaire. En réaction, une partie de la classe moyenne arabophone revendique son « arabéité ». Il faut souligner néanmoins que seule cette frange de la population ainsi que les intellectuels et quelques grandes familles font partie de la fronde nationaliste proarabe. Cette dernière n’est donc pas encore le fait de la masse populaire. En 1913, lors du premier congrès national arabe à Paris, la volonté d’imposer l’arabe comme langue officielle dans les provinces de cette civilisation est réitérée. Il est demandé qu’il soit enseigné dans les écoles. De plus, l’entrée de ministres arabes au gouvernement central turc est également requise. En 1914, suivant la dynamique du jeu des alliances, l’Empire ottoman s’allie à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Le 3 novembre de cette même année, L’Entente déclare la guerre à la Turquie. Son plus grand ennemi, la Russie, s’est elle alliée à la France. Par ailleurs, des négociations secrètes sont menées en 1915 entre le Grand Sharif de la Mecque Hussein Ibn Ali et l’Angleterre au sujet de la mise en place au Proche-Orient d’une entité musulmane indépendante de la Turquie. Sur le terrain, les troupes britanniques pénètrent dans l’Empire ottoman en 1915. Un an plus tard, c’est au Hedjaz qu’éclate la rébellion antiottomane. Hussein Ibn Ali s’autoproclame roi des pays arabes. Le potentat de La Mecque rejoint les forces britanniques en 1917. En outre, lors de la conquête anglaise de Jérusalem en décembre 1917, trois régiments juifs sont associés à l’opération. Mille neuf cent dix-huit voit une offensive alliée menée sur le littoral palestinien par la France et l’Angleterre. En octobre, Fayçal 1er, fils de Hussein Ibn Ali, et les forces britanniques marchent ensemble sur Damas et scellent ainsi la fin de l’Empire ottoman. Les populations du Croissant fertile qui s’étaient alors considérées comme turques ottomanes pendant des siècles se réclament arabes à la fin de la Première Guerre Mondiale. La domination turque - successivement seldjoukide, mamelouk et ottomane – qui a durée huit cents ans a gommé les différences ethniques des peuples de ces régions. Ceux-ci ont été assimilés au fil du temps, mais ont adoptés l’arabe comme langue et comme culture. Il est en outre très important à ce stade de souligner une fois encore le jeu et la géopolitique des vainqueurs au sortir de la Première Guerre Mondiale. En effet, les accords Sykes-Picot de 1916 entérinent le partage de l’Empire ottoman entre la France et l’Angleterre, étant certains que la puissance ottomane va s’effondrer. La première nommée se voit attribuer par ce marché territorial la plus grande part de la Syrie et la région de Mossoul, alors que la seconde doit hériter de la plus grande partie de l’Irak ainsi que d’une frange de la Palestine comportant Haïfa et Saint-Jean d’Acre. Quant au reste du pays, il est prévu qu’il soit administré par un régime international. Mais, ces accords ne prennent pas en compte les arrangements établis antérieurement entre le Grand Sharif Hussein et Sir Henry MacMahon, résident général au Caire. Les Anglais cherchent à tirer parti de l’appui des Arabes dans leur lutte face à la puissance ottomane. Ils obtiennent de ceux-ci un soulèvement contre l’autorité ottomane dans la péninsule et la Syrie. La contrepartie pour les Arabes porte sur la formation d’un futur royaume dans le Croissant fertile. Cette promesse ne verra pas le jour. De même, les accords Sykes-Picot entrent en contradiction avec la déclaration Balfour de 1917. Celle-ci prévoit l’établissement en Palestine d’un foyer national juif dans la mesure où cela ne portera pas préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives du pays. On note ainsi que les puissances européennes espèrent tirer profit de la fin de la mainmise ottomane dans la région pour ensuite y installer leur propre influence. Les mouvements nationaux juif et arabe sont incapables en raison de leur faiblesse de s’opposer à la volonté colonisatrice des vainqueurs de la Première Guerre Mondiale. De plus, les accords passés entre les diverses parties ne sont que des déclarations d’intention ne recouvrant aucune disposition obligatoire, fait que ces mêmes puissances bientôt en charge de la région ne se feront pas faute d’exploiter. Pour preuve, au sortir de la guerre, six nations revendiquent un droit à l’autodétermination : les Arabes, les Chrétiens du Liban, les Juifs, les Assyriens chaldéens d’Irak, les Kurdes et les Arméniens. En 1917, le président des Etats-Unis Thomas W. Wilson lance un appel favorable à ce projet concernant les anciens territoires de l’Empire ottoman en invoquant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais les aspirations d’indépendance des trois derniers cités sont simplement ignorées. Les intérêts des grandes puissances priment dans le découpage des frontières. En outre, cette nouvelle notion du droit des peuples à disposer d’eux mêmes remplace celle des droits historiques, bien qu’en 1920 il n’existe toujours pas de clause concernant ce droit dans la charte de la Société des Nations. Ainsi la même année, la conférence de San Remo amène à l’attribution sous Mandat de la Syrie et du Liban à la France et de l’Irak, de la Transjordanie et de la Palestine à l’Angleterre. Le but en est l’accompagnement de ces peuples pendant une période transitoire jusqu’au moment où ceux-ci seront capables de se diriger seuls. Plus spécifiquement, l’Angleterre qui doit favoriser l’émergence d’un foyer juif en Palestine verra se développer avec de plus en plus d’acuité l’antagonisme judéo-palestinien, les deux camps invoquant les droits historiques exclusifs de leur peuple chacun par conséquent niant les droits de l’autre. Le propos va maintenant se focaliser sur le réveil national juif sous l’impulsion du mouvement sioniste. A l’aube du dix-neuvième siècle, la population juive est quasi inexistante dans toute la Palestine. Ce n’est qu’à l’approche du milieu du siècle qu’une forte immigration commence. Les nouveaux venus arrivent du Maghreb, de Russie et du Yémen. Il faut savoir qu’à ce moment les foyers de communautés juives se trouvent sous trois régimes dans le monde. Il y a celles dispersées au sein de l’Empire ottoman assujetties au statut de la dhimma, celles représentant la moitié du peuple résidant en Europe de l’est et vivant souvent une situation économiquement très dégradée, et enfin celles d’Europe de l’ouest intégrées à leur société, mais n’en souffrant pas moins de l’antisémitisme ambiant, parfois virulent. Aussi, le sionisme – le mouvement national juif – se base sur une idéologie trouvant son expression politique dans la revendication d’un avenir pour son peuple passant par la renaissance de la nation juive sur sa terre ancestrale; revendication non plus établie originellement sur le monothéisme, mais sur son passé historique et culturel. De manière plus succincte, le sionisme prône comme solution au problème juif l’établissement d’un Etat dans sa patrie historique. Il s’agit de créer un Etat moderne et séculier où les Juifs, majoritaires sur un territoire donné, pourront se développer comme les autres nations dans le domaine social, culturel et politique. Le sionisme va trouver son expression concrète à la fin du dix-neuvième siècle sous la houlette notamment de personnages tel Theodor Herzl, considéré comme le fondateur du mouvement. Il faut néanmoins relever que l’« idée » sioniste est plus ancienne. Ainsi, la religion juive a entretenu le souvenir de la « patrie perdue » pendant près de deux mille ans depuis la destruction du Temple en 70 ap. J. C. Puis au dix-septième siècle, des penseurs chrétiens soutiennent l’idée du retour des Juifs en Terre promise. Lors de la campagne d’Egypte, Napoléon appelle les Juifs d’Asie et d’Afrique à se ranger sous ses drapeaux pour rétablir l’ancienne Jérusalem. Le dix-neuvième siècle pourvoit différents avocats à cette cause : des écrivains tels Lord Byron, George Elliot, des hommes politiques comme Disraëli, Palmerston, Laharanne. Dès la deuxième partie de ce siècle, Moïse Hess et Léon Pinsker deviennent les principaux fers-de-lance du projet encore embryonnaire. Les deux partent d’un constat similaire considérant l’antisémitisme ambiant ; bien que prétendument assimilés, les Juifs resteront toujours des parias dans leur nation respective. Le fond du problème réside dans l’absence d’une patrie pour ce peuple. Hess prône la création d’un Etat juif socialiste en Palestine. Pinsker suggère quant à lui que les associations juives de l’époque achètent une terre avec l’appui des grandes puissances. Il exclut toutefois le retour en Terre promise et focalise ses espoirs plus particulièrement sur l’Amérique du Nord ou sur la Turquie d’Asie. Un nouveau mouvement naîtra de ces perspectives en 1881 en Russie sous l’impulsion d’étudiants. Il s’agit des « Amants de Sion » prônant qu’il n’y a de salut pour Israël que par la constitution d’un Etat juif en terre d’Israël. Cette organisation est à la base de la première « alya » – « montée » littéralement, « vague d’immigration » par extension – en Palestine qu’elle soutiendra à raison de 20 000 Juifs de Russie entre 1882 et 1903 qui fonderont des exploitations agricoles. Toutefois et malgré ces velléités quant à trouver une terre pour le peuple juif, le mouvement sioniste reste marginal à une époque où l’idée dominante parmi la majorité des Juifs demeure la volonté à l’intégration. Il faut attendre l’avènement de Herzl et la publication de son livre en 1896 « l’Etat des Juifs » - « Judenstaat » - pour faire du sionisme un mouvement de masse et une force politique. Le projet de même que le livre dérangent. Souvent la fracture s’opère entre Juifs aisés de l’Occident relativement déjudaïsés et hostiles à ces desseins et Juifs prolétarisés de la Russie tsariste ayant pour coreligionnaires partisans quelques intellectuels d’Europe tels Max Nordau, Bernard Lazare, Israël Zangwill et Ahad Haam. Herzl rencontre les puissants du monde de l’époque pour plaider la cause de son projet. Essuyant beaucoup de refus et de scepticisme devant un éventuel retour en Palestine, il adoptera la possibilité de l’instauration d’un Etat juif en Ouganda, perspective que lui souffle Chamberlain. Une forte opposition se forme venant cette fois-ci principalement des Juifs de Russie. Lors du sixième congrès sioniste en 1903, cette variante sera repoussée et tombera finalement dans l’oubli. Herzl expirera peu après cet échec, non sans avoir posé les bases démiurgiques du futur Etat. En effet six ans auparavant, en 1897, se tient le premier Congrès juif mondial à Bâle réunissant deux cent quatre délégués sous la direction de Herzl. A l’issue de ce « sommet », constituant dès lors le plus important mouvement juif contemporain, le sionisme s’ouvre un débouché politique de même qu’il se dote d’une structure solide encore active de nos jours. Il revendique aussi un foyer reconnu publiquement et garanti juridiquement. L’Organisation sioniste mondiale devient l’interface entre le mouvement sioniste qui en émane et la société. Elle s’érige en superstructure avec comme organe suprême le Congrès réuni tous les trois ans à Jérusalem. Ce dernier regroupe les délégués élus ou désignés par les membres du Mouvement sioniste. L’Organisation sioniste mondiale joue un rôle essentiel dans la sensibilisation des Juifs de la diaspora au problème de la renaissance nationale qui trouvera son expression finale par la création de l’Etat d’Israël en 1948. L’Organisation a en effet coordonné toutes les opérations politiques qui y sont relatives. Depuis 1948, son rôle ne s’est pas pour autant atténué. Elle continue son travail d’éducation des Juifs de la diaspora, dispense des informations sur Israël et s’attache toujours à la collecte de fonds. Le début du vingtième siècle se caractérise donc par une intense activité des tenants juifs d’un « retour aux sources ». En 1898, la Banque coloniale juive est créée en vue du financement d’achats de terres en Palestine. Au même dessein, le Fonds national juif voit le jour en 1901. En 1908, le Dr. Ruppin pose sa pierre à l’édifice en instituant le Bureau palestinien ( des Juifs de Palestine) à Jaffa. Une année plus tard, le premier kibboutz est fondé à Tel-Aviv. Si bien que la population juive en Palestine se monte à l’aube de la Première Guerre Mondiale à quelque 60 000 âmes contre 570 000 Arabes musulmans et 75 000 Arabes chrétiens. Il est à préciser toutefois que le projet sioniste émane de personnalités juives ashkénases d’origine khazar – peuple de la basse vallée de la Volga dont la maison royale se convertit au judaïsme au VIIIème siècle - n’impliquant de facto aucune ascendance sémite. Dans ce cas de figure on peut donc mettre en question la légitimité d’un retour de cette frange du peuple juif sur « ses terres » dites ancestrales alors que par définition elle n’en est pas issue. Qui plus est, jamais les droits du peuple palestinien n’ont été pris en compte dans l’élaboration d’un futur Etat juif. Un slogan lancé par les sionistes qui allait faire le tour du monde illustre ces propos : « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Néanmoins, de la coupe aux lèvres, un raccourci mènerait à penser que le projet portait déjà en lui les prémisses d’une entreprise colonialiste allant déboucher sur la situation d’aujourd’hui : une nouvelle société d’apartheid incapable d’intégrer l’ensemble de la population vivant dans ce pays. Nous nous refusons à franchir ce pas, car ce serait se perdre en pures spéculations que de chercher à savoir si les précurseurs du sionisme tels Herzl avaient ou non l’ambition cachée de vivre aux côtés des Arabes palestiniens ou à leur dépens. Le contexte de l’époque laisse supposer que les instigateurs de ce qui devient Israël plus de cinquante ans plus tard ont davantage été frappés et meurtris par les diverses manifestations antisémites dont leurs frères étaient victimes. Aussi, il est fort pensable qu’au début seuls les premiers pas du sionisme aient été le fait de motivations humanistes devant le refus de la société européenne d’accepter ce peuple, lorsque les débordements ne conduisaient pas simplement à des pogroms. En ceci réside encore une interrogation s’adressant directement au monde occidental. Celui-ci a conscience effectivement de ce qui s’est passé à l’encontre de la communauté juive. Outre l’horreur de la Shoah pendant la Deuxième Guerre Mondiale, l’antisémitisme touche déjà bien avant toute l’Europe et les Etats-Unis aussi. En 1881, on peut relever à titre d’exemple les massacres perpétrés en Russie contre les Juifs. Jamais le monde occidental ne les accepte et l’invocation de l’antisémitisme devient en quelque sorte une convenance abstraite masquant les vrais motifs à cette donnée du problème. Les Juifs sont en fait bien souvent les militants politiques les plus gauchisants dans tous les pays et ce, même dans le monde communiste. D’ailleurs, les organisations juives américaines se méfient jusqu’en 1967 du nouvel Etat qu’elles considèrent comme investi, dirigé et créé par des gauchistes venant le plus souvent d’Europe de l’Est, ce qui est un fait. Ce n’est qu’après la Guerre des Six Jours de 1967 que ces mêmes organisations juives américaines se mettent à exploiter la souffrance et le malheur passé des Juifs pour la promotion d’intérêts politiques, économiques et aussi pour justifier l’action d’Israël auprès de l’opinion publique, ce qu’un auteur comme Finkelstein qualifie d’« industrie de l’Holocauste ». La manne américaine se voit dès cette date toute dévolue à la cause israélienne qui devient pour les Etats-Unis un de ses pions stratégiques les plus importants. Aussi est-il légitime de se demander si les exactions commises par Israël et le non respect systématique du droit international ne lui aurait normalement pas valu d’être cloué au pilori par la communauté internationale ? La réponse par la négative à cette question nous amène à penser que le monde occidental a fermé les yeux sur une injustice flagrante. Il ne se sent en effet pas habilité à imposer son veto au projet de colonisation israélienne après la Deuxième Guerre Mondiale du fait de ses responsabilités passées indiscutables quant aux souffrances endurées par le peuple juif. Nous prétendons également qu’aujourd’hui l’opinion publique occidentale reste dans une mesure relativement large acquise à la cause israélienne et que le sentiment de culpabilité - parfois totalement occulté - développé par la conscience de ses propres responsabilités passées n’y est pas étranger. De manière plus circonstanciée, le propos va se focaliser maintenant sur la politique du mouvement sioniste menant entre autres à l’obtention de la Déclaration Balfour. Ce même mouvement va mener pendant toute la période dite du Mandat britannique d’une part un sionisme politique et d’autre part un sionisme pratique. Le premier s’attache déjà sous l’Empire ottoman à demander l’obtention d’une charte de colonisation de la Palestine octroyé par Istanbul. Le deuxième défend que seule l’implantation des Juifs dans les campagnes et les villes leur permet de faire reconnaître leurs droits historiques en Palestine. Autrement dit, il fallait assurer le transfert des Juifs en Palestine afin de concrétiser la notion politique d’un Etat juif en Palestine. Par extension, on peut pousser le raisonnement jusqu’à dire qu’il fallait mettre la communauté internationale devant le fait accompli. Or, pour ce faire, les sionistes ont entre autres utilisé le lien spirituel du peuple juif qui le liait à la Terre promise par le biais de leur propagande. Ainsi la problématique du projet sioniste, qui à la base relève de personnalités déjudaïsées puisque communistes ou pour le moins souvent très gauchistes pour certaines d’entre elles, se voit exploitée par le biais du religieux. Le projet s’attache également à une dimension nouvelle plongeant des racines dans les sables du mysticisme et tend sur un autre plan à lui conférer encore une fois une légitimité historique. Il faut aussi noter que les revendications territoriales juives sur la Palestine sont maximales. En 1922, l’Organisation sioniste proteste auprès de la SDN lorsque la Transjordanie est séparée de la Palestine et devient un émirat arabe. De même, le programme de Biltmore de 1942 élaboré par les dirigeants du mouvement demande que la Palestine soit constituée en une communauté politique juive intégrée dans l’organisation du nouveau monde démocratique. Dans le cadre du Mandat, les institutions sionistes mettent en place des structures économiques, politiques et administratives pour assurer une existence autonome et préétatique de la communauté juive par le biais du sionisme pratique. Le syndicat Histadrouth - Organisation générale des travailleurs hébreux d’Eretz Israël - assume une grande part des responsabilités de ce que seraient celles d’une administration d’Etat. La colonisation agricole s’articule autour d’une politique d’achat et de développement des terres toujours dans les mêmes régions peu peuplées où l’on s’y efforce d’établir une majorité juive. Le sionisme pratique se dote encore d’autres institutions préétatiques. Une assemblée élue par le peuple se constitue sous le nom d’Assefat Ha Niv’haim, jouant le rôle d’un parlement. Son pendant exécutif est le Vaad Leumi. On se doit de souligner que ces institutions ne sont pas reconnues par les Anglais et donc pas habilitées à traiter avec eux. Aussi, c’est par le biais de l’Agence juive - formée de sionistes dans un premier temps puis de non-sionistes par la suite aussi dans le monde entier - que se règlent les relations avec les autorités du Mandat. Précédemment, sur le pan d’un appui politique extérieur, le choix se porte dès le début de la Première Guerre Mondiale sur la Grande-Bretagne. Chaïm Weizmann - Président de l’Organisation sioniste mondiale en 1920, Président de l’Agence juive en 1929 puis premier Président de l’Etat d’Israël de 1949 à 1952 – en arrive à cette conclusion après avoir effectué plusieurs démarches auprès de divers gouvernements. A cette époque où l’Accord Sykes-Picot entérine l’internationalisation de la Palestine, Chaïm Weizmann lie des liens avec des dirigeants britanniques. On peut citer Lloyd George, futur Premier ministre, Arthur Balfour, futur Secrétaire aux affaires étrangères, Herbert Samuel, futur Haut Commissaire de la Palestine et encore Mark Sykes du Bureau arabe. Dans un mémorandum de 1915 intitulé « the future of Palestine », Sir Samuel propose «…l’annexion de la Palestine où nous pourrions implanter trois ou quatre millions de Juifs européens ». En fait, tout le jeu repose de part et d’autre sur les gains que chaque camp peut retirer de l’entreprise. Pour les dirigeants sionistes, le marché s’articule autour de l’avantage stratégique que représenterait pour la Grande-Bretagne l’implantation d’un Etat juif en Palestine. Dans ce sens, Weizmann écrit en 1914 à un sympathisant : «…si la Palestine devait tomber dans la sphère d’influence britannique et si le Royaume-Uni encourageait l’installation d’une colonie juive, en tant que dépendance britannique, il pourrait y avoir, d’ici vingt à trente ans, un millions de Juifs ou peut-être plus ; ils constitueraient…une garde très efficace pour le Canal de Suez ». Ce à quoi doit amener ces spéculations d’ordre géostratégique est en quelque sorte la création d’un Commonwealth juif en Palestine sous l’égide de la Grande-Bretagne. Ainsi, six projets sont examinés et échangés entre le gouvernement britannique et le mouvement sioniste. Le dernier d’entre eux obtenant également l’aval des Etats-Unis amènent à l’établissement du document final constituant la Déclaration Balfour en novembre 1917 sans que les Arabes palestiniens, faut-il le rappeler, n’aient été consultés ni même informés. En substance, les objectifs politiques des deux protagonistes de la déclaration lors des négociations s’articulent pour les Anglais autour de deux points. D’une part il s’agit de sortir vainqueur du conflit mondial. D’autre part, le second point découlant du premier, la Grande-Bretagne doit s’attacher à accroître sa position de force grâce au règlement de paix qui s’ensuivrait après la guerre. Quant aux objectifs sionistes, ils demeurent les mêmes avant et pendant les négociations, à savoir l’obtention de la reconnaissance en droit public de leurs ambitions territoriales sur la Palestine. A ce desiderata sioniste sur l’ensemble de leurs revendications subsistent néanmoins deux facteurs contraignants le minimisant. Le premier est d’ordre « quantitatif » en ce sens que la population palestinienne à l’aube de l’adoption de la Déclaration Balfour est composée approximativement de 90% de Chrétiens et de Musulmans détenant 97% des terres. Le second est lié à ce que compte retirer le gouvernement britannique de l’entreprise et, par conséquent, impliquant que les sionistes ne peuvent espérer obtenir quelque chose d’autre qui ne soit pas conforme aux vues impérialistes de leur allié. Rappelons aussi que la déclaration a suscité beaucoup de controverses, et, notamment parmi les milieux juifs qui n’étaient pas favorables aux desseins sionistes. Comme dit précédemment, la tendance à se considérer en tant que ressortissant d’un pays ou d’une nation et la volonté d’intégration a longtemps été dominante. Ainsi, la constitution d’« un foyer national juif » - terme à l’époque voulu diplomatique afin de masquer la volonté réelle de former un Etat juif - crée pour nombre de communautés juives un problème d’identité, celles-ci étant confrontées au défi de leur loyauté envers ce en quoi elles s’attachent. La Déclaration Balfour stipule pourtant que les Juifs conservent leur statut dans leur pays respectifs. Malgré cela, des voix s’élèvent contre ce projet trouvant leur expression la plus connue dans celle de Sir Edwin Montagu, Secrétaire d’Etat pour l’Inde et seul membre juif du Cabinet ministériel britannique. Ce dernier axe son opposition sur le caractère politique des objectifs sionistes. Montagu pense en effet que le judaïsme est une foi universelle, distincte de la nationalité. Or à l’époque des Etats-Nations modernes, le peuple juif ne constitue pas une nation à part entière. En outre, il reproche au sionisme son caractère délibérément panjudaïque puisque parlant au nom de tous les Juifs. A ce titre, on peut se poser la question de savoir si l’instauration d’un Etat catholique ou protestant par exemple au vingtième siècle aurait eu une quelconque pertinence et surtout en vertu de quel fondement. Montagu déplore encore les implications que représenterait l’accomplissement d’un foyer national juif avec une acuité et une préscience toute messianique au vu des développement futurs de l’Histoire contemporaine. Il anticipe en effet déjà sur une société d’apartheid en Palestine, Chrétiens et Musulmans devant faire place nette aux Juifs qui entretiendraient seuls dès lors un rapport privilégié avec le pays. Il craint également pour sa communauté en affirmant que les conditions d’acceptation des Juifs dans les pays où ils vivent risquent de se dégrader n’étant plus à leur place du fait de leur nouvelle patrie au Proche-orient. La Palestine deviendrait ainsi le « ghetto du monde » selon son expression. Non sans nier celle de la religion juive, il souligne enfin l’importance sacrée du « sanctuaire » que représente la Palestine pour les Chrétiens et les Musulmans, et donc l’attachement spirituel inaliénable qui en ressort. Il pose de la sorte déjà le problème de l’exclusivité que se réserve à l’heure actuelle chacune des religions sur les Lieux saints de Jérusalem. La position dominante au sein du gouvernement britannique ne va cependant pas dans ce sens. Lloyd George alors Premier ministre donne en ce qui suit la ligne directrice que suivra son cabinet. Il déclare : « Il ne peut y avoir aucun doute quant à ce que le Cabinet (Imperial War Cabinet) avait à l’esprit. Il ne pensait pas qu’un Etat juif devait être créé immédiatement par un Traité de paix sans connaître les vœux de la majorité des habitants. En revanche, il était envisagé que lorsque le moment viendrait d’accorder des institutions représentatives à la Palestine, si les Juifs avaient entre-temps saisi la possibilité qui leur avait été offerte et s’ils représentaient une franche majorité de la population, la Palestine deviendrait alors un Commonwealth juif. L’idée selon laquelle l’immigration devrait être artificiellement limitée de manière que les Juifs représentent toujours une minorité n’était venue à l’esprit de personne ayant participé à l’élaboration de cette politique. Cela aurait été considéré comme injuste et comme une tromperie à l’égard de ceux à qui nous lancions un appel. ». On en déduit très simplement les implications qui en découlent. L’Etat juif verrait le jour à la condition d’une majorité de sa communauté au sein de la population palestinienne. D’un point de vue juridique et concernant le droit international, la Déclaration Balfour est parfaitement invalide du fait que la Grande-Bretagne n’a aucun droit souverain ni aucun droit de propriété sur la Palestine qui, en 1917, fait toujours officiellement partie du giron de l’Empire ottoman. Mais cette même déclaration qui n’est au début qu’une déclaration d’intentions du gouvernement britannique devient le fondement de sa politique officielle sur la Palestine. La suite des événements ne considère néanmoins pas à l’époque cet aspect du problème. L’autodétermination étant au sortir de la Première Guerre Mondiale refusée à la Palestine, celle-ci se voit placée sous le régime mandataire octroyé par la SDN à la Grande-Bretagne. La colonisation du pays va ainsi suivre son cours… On peut se questionner à présent sur l’inadéquation entre ce qui s’est passé de facto au Proche-Orient et ce qu’implique les quatorze points du Président Wilson constituant le cadre des accords de paix d’après-guerre. En effet, une question à laquelle doivent répondre les puissances européennes victorieuses a trait au statut politique à accorder aux territoires et aux populations placées anciennement sous l’autorité de l’Empire ottoman. Or un point concerne directement la Palestine quant à son autodétermination parmi les quatorze susmentionnés. Il stipule : « Aux régions turques de l’Empire ottoman actuel devra être assurée une souveraineté non contestée ; mais aux autres nationalités présentement soumises au joug turc on devra garantir une garantie absolue d’existence, la pleine possibilité d’un développement autonome et sans entraves… ». En 1919 se tient à Paris la Conférence de la paix au cours de laquelle il est décidé de placer ces territoires sous le système des mandats prévus par le Pacte de la SDN signé lui le 28 juin de la même année. Il faut préciser que la SDN - Société des Nations remplacée après sa dissolution par l’ONU – est un organe sui generis. C’est-à-dire qu’il voit le jour au terme d’accords passés entre les puissances victorieuses de la Première Guerre Mondiale. Celles-ci instaurent un ordre mondial correspondant à leurs conceptions, donc à leurs intérêts. A ce titre, le colonialisme continuant à faire partie du système international, une clause précise également que les revendications des pays occidentaux y ayant trait pèsent d’un même poids que celles des peuples aspirant à la souveraineté dans l’examen de chaque cas. Ainsi est pris le parti du système des mandats, innovation dans les relations internationales pour l’époque. Celui-ci permet de concilier les perspectives colonialistes toujours en vigueur et la nécessité morale et politique de reconnaître les droits des populations colonisées. Le système mandataire prévoit grosso modo l’« accompagnement » d’un pays par l’autorité à laquelle il est soumis jusqu’au moment où il sera jugé détenteur d’un degré de développement suffisamment avancé pour être en mesure d’obtenir sa souveraineté. Suivant cette logique évolutionniste du regard posé sur les différentes nations, le système pourvoit trois régimes auxquels sont sujets les intéressés. Un de classe A, un autre de classe B et le dernier de classe C. Ceux-ci vont décroissant dans le degré de relative autonomie accordée à la nation concernée. Les pays arabes obtiennent pour leurs territoires un statut mandataire A, du fait de l’ancienneté et de la grandeur passée de leur civilisation. La Conférence de San Remo entérinant le partage géographique de la région entre la Grande-Bretagne et la France, la Palestine se voit attribuée à la première des puissances mentionnées. On relève encore que cette dernière en tant que nation arabe ne fait pas exception au statut de classe A auquel elle est soumise. Cependant, l’Iraq, sous autorité britannique également, obtient son indépendance en 1932. La Syrie et le Liban dont les mandats sont assurés par la France acquièrent l’autonomie respectivement en 1943 et 1944. Plus troublant encore, la Transjordanie pour sa part est assujettie au même mandat que la Palestine bien que leur territoire respectif soient considérés séparément. Elle obtient l’indépendance en 1946 et est rebaptisée Royaume de Jordanie. Il ne subsiste en fin de compte que la Palestine pour laquelle le mandat ne conduit jamais à l’indépendance politique, mais à la situation d’occupation et de guerre civile qui prévaut toujours aujourd’hui. Cette contradiction est induite de l’amalgame institué entre la déclaration Balfour et le Mandat britannique à laquelle elle est introduite. Pour amener à une bonne compréhension, il faut souligner que les autorités britanniques en viennent à assurer au mouvement sioniste un appui international. Les raisons en sont multiples. Premièrement, il s’agit d’aligner toutes les positions juives sur celle du projet sioniste, compte tenu des divergences qui existent au sein de la communauté. Le gouvernement britannique cherche aussi pour sa part une certaine forme de légitimité - et donc un appui - dans son entreprise d’où la nécessité de trouver une ligne de politique extérieure commune avec les autres puissances européennes. Enfin, la dernière raison découlant des deux précédentes en est que la cause sioniste doit recouvrir un caractère justifié et justifiable aux yeux du monde et subséquemment le cautionnement de la SDN. En 1918, une commission sioniste est envoyée en Palestine. Celle-ci est composée de Chaïm Weizmann et de représentants du mouvement venus d’Italie, de France et de Grande-Bretagne. Dans un communiqué envoyé au Haut Commissaire du Royaume-Uni en Egypte elle explique : « …L’objet de la Commission est de prendre…toute mesure nécessaire pour donner effet à la déclaration du gouvernement en faveur de l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif…L’une des tâches les plus importantes de la Commission sera d’établir de bonnes relations avec les Arabes et les autres communautés non juives en Palestine et de se faire reconnaître comme le lien ente les autorités militaires d’une part et la population juive et les intérêts juifs en Palestine d’autre part. Il est essentiel que tout soit fait pour asseoir l’autorité de la Commission face au monde juif et pour apaiser en même temps les craintes arabes au sujets des objectifs véritables du sionisme…. ». En 1919, à la Conférence de la Paix à Paris, les sionistes réitèrent leurs vœux pour la Palestine. Précisons que les pourparlers sur le partage territorial de la Palestine se font sans prendre connaissance de l’avis des principaux intéressés, ses habitants. Seul Fayçal Ier de la délégation du Hedjaz - actuel Arabie Saoudite – représente la partie arabe. Or Fayçal Ier compte beaucoup sur l’appui britannique pour servir ses propres desseins consistant en l’obtention d’un territoire aussi grand que possible sur le Proche et Moyen- Orient. Sachant la France hostile à ses ambitions, il mène une politique faite de souplesse et de concessions face aux visées de la Grande-Bretagne. Ainsi ne pose-t-il aucun veto à ce que les Anglais deviennent l’autorité tutélaire de la Palestine. Fayçal Ier conclut même un accord avec Weizmann sur la répartition du pays en zones d’influence. Toutefois, Fayçal Ier ne jouit pas de l’unanimité auprès de tous les Arabes. De plus, les Etats-Unis sont attachés pour leur part à ce que l’opinion des populations concernées soient prises en compte. A cet effet, la SDN instaure la Commission King-Crane composée d’Américains. Celle-ci se voit sollicitée par les nationalistes arabes après avoir adopté une résolution lors du Congrès général syrien. Leur demande porte sur une volonté d’indépendance pour la Syrie qu’ils considèrent dans son intégralité comme comprenant également le Liban et la Palestine. Ils s’opposent donc à toute mise sous tutelle mandataire de la région. Ces faits constituent alors le premier acte formel et officiel dans les objections arabes face aux perspectives sionistes et occidentales. Leur résolution se décline ainsi : « Nous sommes opposés aux prétentions des sionistes de créer un Commonwealth juif dans le sud de la Syrie, appelée Palestine, et nous sommes opposés à la migration des sionistes où que ce soit dans notre pays car nous ne reconnaissons pas le bien-fondé de leurs revendications et nous considérons qu’ils constituent pour notre peuple un grave danger du point de vue national, économique et politique. Nos compatriotes Juifs jouiront des droits de tous et assumeront les responsabilités de tous. ». Ce à quoi la Commission King-Crane répond dans son rapport par la recommandation suivante : « …un modification profonde du programme sioniste extrémiste pour la Palestine, à savoir l’immigration illimitée des Juifs dans le but final de faire clairement de la Palestine un Etat juif… ». Considérant encore la très grande majorité de la population opposée au projet sioniste et donc afin de respecter le point du droit relatif à l’autodétermination des peuples, la Commission stipule : « pour que ce principe soit respecté et par conséquent pour que la volonté de la population palestinienne concernant l’avenir de la Palestine soit déterminante, il faut se souvenir que la population non juive de la Palestine - près des neuf dixièmes du total – est résolument hostile à tout le programme sioniste. Il apparaît qu’il n’y a pas de question sur laquelle la population palestinienne soit plus unie. Imposé à un peuple ainsi disposé une immigration juive illimitée et des pressions financières et sociales constantes pour qu’il cède ses terres serait une violation flagrante du principe cité plus haut et des droits des peuples, bien que la légalité soit apparemment respectée… ». Pour comprendre correctement le dernier énoncé de ce qui précède, il faut préciser que le sionisme pratique recourt dans le cadre de sa colonisation agricole à une politique d’achats des terres à de riches propriétaires souvent de Transjordanie. Par conséquent, c’est en toute légalité qu’il acquiert des titres de propriétés bien qu’apparemment des paysans palestiniens se voient déjà chassés à l’époques et contraints de céder leurs avoirs. Mais les puissances occidentales passent finalement comme chat sur braises sur les recommandations et les conclusions de cette commission, d’autant plus que les Etats-Unis refusent à la même époque d’entrer à la SDN. Une fois encore, la ligne directrice suivie par les puissances alliées et plus particulièrement la Grande-Bretagne se canalise sur la volonté expresse à plus ou moins long terme de favoriser l’implantation d’un Etat juif. Concernant le nationalisme arabe, et plus spécifiquement celui ayant cours en Palestine, il s’inscrit dans la logique de la formation de l’identité d’une communauté devenant une revendication politique, phénomène qui préoccupe les peuples d’Asie et d’Afrique après la Première Guerre Mondiale. La prise de conscience d’une appartenance nationale est un processus qui émerge en premier lieu parmi les élites qui désirent se débarrasser des vestiges de l’aire colonialiste pour faire revivre ou recréer leur propre culture. En Palestine, il se trouve deux mouvements aux alentours de 1920 dont le dénominateur commun est l’anti-sionisme. Schématiquement, les « vieux » notables palestiniens forment ce que l’on peut qualifier de « nationalisme palestinien ». C’est-à-dire qu’après le démantèlement de l’Empire ottoman, ces derniers aspirent à une Palestine indépendante. L’autre courant qualifié de « nationaliste arabe » est constitué de « jeunes » notables favorables au rattachement de la Palestine à la Syrie, espérant à travers cette perspective pansyrienne constituer une province du pays dont ils prendraient les rennes. Ces derniers imposeront en fin de compte leurs vues lors du premier Congrès arabe palestinien le 9 février 1919, dont une des questions essentielles est d’accorder la préférence pour l’administration ou le protectorat soit de la France ou de la Grande-Bretagne. Il faut préciser que ce point divisait encore les deux mouvements nationalistes qui adoptent des résolutions pro-britanniques. Finalement, le Mandat britannique en Palestine est accepté à la SDN le 24 juillet 1922 et prend effet dès septembre 1923. Le texte du document ad hoc incorporant la Déclaration Balfour comprend entre autres la reconnaissance des « liens historiques » des Juifs avec le pays. Il considère aussi le droit à la « reconstitution du foyer national ». Clairement, la SDN donne son approbation à la politique d’immigration et de colonisation du territoire par les sionistes et implicitement à la création d’un futur Etat juif. De plus, le texte entérinant l’octroi du Mandat britannique donne un statut officiel à l’Organisation sioniste qui, travaillant de concert avec les autorités britanniques, devient ainsi l’organe juif chargé d’œuvrer à l’établissement de l’Etat juif. Par contre, aucune réciprocité n’est accordée à la population arabe - musulmane ou chrétienne – pour lui fournir des instances représentatives en vue de la direction du pays, bien que la puissance mandataire soit théoriquement chargée de défendre ses intérêts. Aussi les autorités britanniques nomment-elles Hadj Amin el-Husseini, le grand mufti, comme représentant de la communauté arabe sans que celle-ci ne soit consultée. Ce dernier devient président du Conseil suprême musulman, mais ne personnifie en rien la population arabe, pas plus qu’il n’est à proprement parler son porte-parole. De son côté, le mouvement sioniste continue de contribuer à l’implantation et au développement de sa communauté. Une force dite de défense est encore instaurée en 1918 lors de l’attaque de colonies juives par des milices arabes. En 1919 se forme le parti Travailliste connu sous l’appellation de Mapaï à l’instigation de David Ben Gourion, Berl Katznelson et Itzhak Tabenkin. Deux ans plus tard en 1921, le même Ben Gourion fonde la centrale syndicale Histadrouth dont la fonction a été précisée ci avant. D’un point de vue expansionniste, les revendications portent loin, et bien au-delà de ce qui devient la Palestine mandataire. En effet, l’Organisation sioniste postule au début un territoire s’étendant au Liban, en Syrie, en Transjordanie et même en Egypte. La raison en est simple : l’extension au sud d’un accès voulu dans le Golfe d’Akaba sur la Mer Rouge. Néanmoins, la volonté sioniste est rejetée et le Mandat britannique s’exerce sur une portion moindre du territoire revendiqué. En résumé de ce qui précède la mise en place du Mandat, la Palestine est sous le régime d’un gouvernement militaire de 1917 à 1920. Puis elle est dirigée par un haut commissaire civil en la personne de Sir Samuel jusqu’en 1921. A cette date, le pays ne dépend plus alors du Foreign Office britannique, mais du Secrétariat d’Etat aux colonies que Winston Churchill chapeaute. Dès septembre 1923, le Mandat commence officiellement. La Déclaration Balfour n’est rendue publique qu’à l’instauration de l’administration civile et suscite déjà moult critiques issues du camp arabe. En 1921, des émeutes sanglantes ont lieu à Jaffa entre les deux communautés lors du 1er mai. On recense nonante cinq morts. Conscientes du profond malaise que suscite la création d’un Etat juif en Palestine, les autorités britanniques suivent les grandes lignes d’une politique décrite dans le mémorandum Churchill de 1922. Dès lors, à chaque fois qu’une manifestation violente survient, née de la situation d’antagonisme préexistant entre Juifs et Arabes, la réaction des autorités britanniques est de convoquer une commission d’enquête officielle recommandant des modifications quant aux priorités à suivre dans la politique mandataire. Mais suite aux pressions de l’Organisation sioniste, ces résolutions sont systématiquement abandonnées. Ainsi en va-t-il pendant toutes les années 20 et 30 ponctuées à leur terme d’affrontements meurtriers. Les Palestiniens entendent faire respecter leur droit sur leur pays et obtenir l’indépendance, les Juifs défendre ce qui est déjà acquis dans le cadre de la colonisation agricole. Les Anglais tentent pour leur part de sauver une situation de quasi guerre. Sur le fond, rien ne change. Le mémorandum Churchill permet à l’Organisation sioniste de poursuivre son but. Trois moyens sont utilisés pour arriver à cette fin. Comme il l’a déjà été dit, il faut recourir à une immigration massive ainsi qu’à l’achat de terres. Enfin, une méthode pousse au refus d’employer de la main-d’œuvre palestinienne amenant ainsi au fractionnement et à la ghettoïsation de la population du pays. A titre d’argumentation, l’immigration juive en Palestine donne les chiffres suivants pour les années 20. En 1920, 5 514 personnes, 9 142 en 1921, 7 844 en 1922, 7 421 en 1923, 12 856 en 1924. Mille neuf cent vingt-cinq marque le maximum enregistré au cours de la décennie avec 33 801 personnes. En 1926 13 081, en 1927 2 713, en 1928 2 178, et en 1929 5 249. De la sorte environ 100 000 Juifs viennent s’installer dans le pays où l’on dénombre à la fin des années 20 environ 750 000 habitants. La proportion de Juifs au niveau de la population totale passe donc de 10 % à 17 % du début à la fin de cette période. Sur le plan des possessions territoriales, les Juifs comptent en 1920 approximativement 2,5 % de la surface totale du pays soit dans l’absolu 650 000 dunams – un dunam équivaut à 1 000 m2. Neuf ans plus tard, ils sont les détenteurs de 1, 2 millions de dunams soit environ 5 % du pays. Mais à cette date, sur les 6,5 millions de terres considérées comme arables donc propres à la culture, pas moins d’un tiers appartiennent à des Juifs. Concernant toujours l’immigration, ce sont les sionistes qui la réglementent à leur convenance comme le rapporte une commission officielle de l’époque. Celle-ci souligne : « Nous avons appris du Chef du Service de l’immigration que, pour délivrer les permis d’immigration, la Fédération générale de la main-d’œuvre juive, qui possède un stock d’exemplaires vierges, prend en considération les convictions politiques des candidats à l’immigration plutôt que les qualifications justifiant l’entrée en Palestine. Il est clair que les autorités juives ont le devoir de choisir les personnes autorisées à s’établir en Palestine en s’assurant que celles-ci ont toutes les qualifications personnelles requises pour participer à la fondation d’un foyer national juif dans ce territoire : la primauté accordée aux convictions politiques lors du choix entre plusieurs candidats est particulièrement critiquable. ». Outre la politique de discrimination des instances sionistes envers leurs propres « ressortissants », on relève aussi l’ostracisme ayant trait au marché de l’emploi envers les Palestiniens. Ceux-ci se voient exclus de toutes les exploitations agricoles juives qui sont incitées par leurs instances dirigeantes à n’employer exclusivement que des judéens sionistes. En 1929 l’Agence juive pour la Palestine - organe exécutif de l’organisation sioniste mondiale en charge de collaborer avec les autorités du Mandat britannique – devient l’Agence juive, s’ouvrant alors à de non-sionistes. Le but à vues expansionnistes en est toujours de trouver des fonds pour l’achat de terres par le biais d’institutions telles le Keren Kayemeth le-Israël - Fonds national juif – ou le Keren Hayesod – Fonds de construction. L’activité sioniste ne diminue donc pas en intensité loin s’en faut. Les tensions sociales s’amplifient entre les deux communautés en même temps que celles liées à la terre et à l’espace. Au mois d’août plusieurs affrontements ont lieu en différents points de Palestine et notamment à Jérusalem. L’armée britannique est amenée quant à elle à repousser des tribus arabes venues de Transjordanie. Les heurts se soldent par la mort de deux cent vingt personnes et par cinq cent vingt blessés dans l’ensemble des deux clans. Dans ce climat délétère, les autorités mandataires prennent des mesures afin de rétablir une situation plus stable. Elles partent du constat que le boycottage systématique de la main-d’œuvre arabe est source de conflits. La communauté arabe, relèvent-elles, n’est pas dupe quant aux intentions réelles des sionistes malgré les appels publics de ces derniers réitérant leur volonté de vivre pacifiquement aux côtés des Arabes chrétiens et musulmans. De plus, toujours selon les mêmes autorités, il ne reste plus suffisamment de terres disponibles à la poursuite de sa colonisation par les migrants juifs hormis celles appartenant déjà à des organisations juives et laissées en jachère. La commission spéciale « Shaw » chargée d’enquêter sur les troubles violents survenus formule les observations suivante : En moins de dix ans, les Arabes ont perpétré trois agressions graves contre les Juifs. On n’avait relevé aucun incident de ce genre durant les quatre-vingts années qui ont précédé la première de ces attaques. Il est donc évident que les relations entre les deux groupes raciaux durant la dernière décennie ont dû se modifier radicalement. Les preuves ne manquent pas. Les rapports du tribunal militaire et de la commission locale qui, en 1920 et 1921 respectivement, ont enquêté sur les troubles qui se sont produits alors, ont mis l’accent sur le changement d’attitude des populations arabes à l’égard des Juifs en Palestine. Cela nous a été confirmé par les témoignages que nous avons recueillis durant notre enquête auprès des représentants des deux parties, qui nous ont dit qu’avant la guerre, les Juifs et les Arabes vivaient côte à côte, sinon dans l’amitié, du moins dans la tolérance, qualité qui semble aujourd’hui disparu en Palestine. ». Plus loin la même commission précise quant aux causes directes de la violence : «…S’il y avait en Palestine au mois d’août dernier un sentiment général d’hostilité chez les Arabes du fait que le Gouvernement de Sa Majesté ne leur avait pas accordé un certain degré d’autonomie, on pouvait tout au moins supposer que cette hostilité se tournerait contre les Juifs, dont la présence en Palestine était certainement à leurs yeux l’obstacle majeur à la réalisation de leurs aspirations. Qu’un tel sentiment existât parmi les dirigeants, dans l’administration et dans l’intelligentsia arabes, cela est indéniable… ». Ainsi, une nouvelle direction est donnée à la politique britannique mandataire. En 1930 la Grande-Bretagne publie le Livre Blanc Passfield - lord Passfield étant alors le Secrétaire aux colonies – dans lequel elle expose ses nouvelles orientations politiques afin de faire face aux tensions sociales alimentées par des protestations arabes toujours plus insistantes. Par ailleurs, la puissance mandataire augmente également ses effectifs militaires sur le territoire qu’elle espère voir retrouver le calme. Contrairement au mémorandum Churchill visant principalement à l’établissement d’un foyer national juif, ce Livre blanc est moins favorable aux sionistes qu’il accuse d’exercer des pressions en vue d’une reconnaissance officielle du contrôle de l’immigration et du transfert des terres. Les Palestiniens se voient reprocher leur volonté quant à l’autodétermination, empêchant du même coup l’application du double engagement pris par la Grande-Bretagne dans le cadre du mandat. Le Livre blanc prévoit ainsi une reprise en main du contrôle de l’immigration de même que celui relatif aux transferts des terres qui sont alors l’apanage de l’Agence juive. Mais, sitôt ce revirement annoncé par les autorités mandataires de leur politique, les critiques des sionistes fusent. Si bien qu’en 1931, le Premier ministre britannique réaffirme dans une lettre adressée à Weizmann que les dispositions prises dans le Livre blanc afin d’assurer un équilibre entre les deux communautés seraient abandonnées et que la création d’un foyer national juif en Palestine serait à nouveau prépondérant. Un fait nouveau survient alors en Europe. En 1933 Hitler devient Chancelier en Allemagne et deux ans plus tard des lois antijuives sont promulguées à Nuremberg. Celles-ci concernent la citoyenneté allemande privant les Juifs de leurs droits civiques et la protection du sang allemand interdisant les mariages et les relations sexuelles mixtes. Suite aux persécutions, une majorité de Juifs quittent l’Europe continentale et se réfugient principalement aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Néanmoins, un grand nombre d’entre eux s’installent en Palestine, ce qui ne contribue pas à atténuer les tensions sociales. A nouveau l’afflux massif de Juifs est perçu comme une menace par la communauté arabe et des heurts se reproduisent principalement à Jérusalem et à Jaffa entraînant encore une fois son lot de victimes. En 1931, la population juive de Palestine se monte à 174 000 âmes. De 1930 à 1932, les statistiques de l’immigration rapportent respectivement les chiffres suivants : 4 944, 4 075 et 9 553 personnes. Les trois années suivantes montrent la très forte augmentation d’arrivées de Juifs due aux raisons invoquées en amont : 30 327 personnes en 1933, 42 359 en 1934 et 61 854 en 1935. La population juive atteint alors 335 000 individus. Puis, jusqu’à 1939, la tendance s’infléchit relativement. 29 727 Juifs s’installent en Palestine en 1936, 10 536 en 1937, 12 868 en 1938 et 16 405 en 1939. Dès lors, les rapports dans la population totale du pays ne s’inversent pas, mais changent très nettement. En 1939, on dénombre 445 000 Juifs en Palestine représentant près de 30 % du pays et détenant 1,5 million de dunams. Vingt ans auparavant, ils n’étaient approximativement que 10 %. Entre 1930 et 1936, on relève encore que l’administration britannique tente de calmer une situation au bord de la crise. Elle crée des conseils municipaux élus et aussi plus tard en 1936 un conseil législatif constitué pour sa part principalement de membres nommés. La tentative échoue devant le Parlement après que le Congrès sioniste a « …fait savoir qu’il rejetait catégoriquement ce projet…qui était contraire à l’esprit du mandat. ». Efforts d’autant plus vains, car en 1936, le 19 avril, éclate alors une série d’émeutes accompagnée d’une grève générale des Palestiniens, préambule à trois années de troubles graves dans le pays. L’objectif de la grève est de pousser les autorités britanniques à l’arrêt de l’immigration juive, à l’interdiction de l’achat de terres par les Juifs, à l’abandon du projet de formation d’un Etat juif et la création d’un gouvernement national arabe sur l’ensemble du territoire. Fait nouveau, les Arabes s’attaquent désormais directement à la puissance mandataire qu’ils accusent de rester muette face à leurs revendications et d’être si sensibles aux pressions sionistes. Le grand mufti réussit à exploiter la peur et la paupérisation des fellah arabes sous-payés venant gonfler les villes d’une part, la frustration des élites d’autre part, et à les canaliser en une passion nationaliste insurrectionnelle. Des « comités pour la défense de la Palestine » se mettent en place dans les pays arabes voisins. Des centaines de volontaires arrivent chaque mois en Palestine alimenter les rangs de la guérilla. De son côté, le sionisme articule sa résistance par le biais de son pendant pratique. La Haganah, née des affrontements entre Juifs et Arabes en 1929, est l’organe de défense juive constituée en une organisation paramilitaire créée sous la domination turque à laquelle des officiers britanniques ont apporté une aide officieuse. Un autre groupe armé fait son apparition en1935 sous le nom de l’Irgoun Zvai Leumi à l’instigation de Zeev Jabotinski dont les aspirations relèvent d’un nationalisme exacerbé. l’Irgoun est composée de dissidents de la Haganah à laquelle ils reprochent son orientation gauchiste se démarque en se décrétant politiquement à « droite » - à comprendre en fait par extrême droite. Enfin, les colons juifs bénéficient aussi d’un effectif de deux mille huit cents hommes préalablement enrôlés dans les forces de police britanniques à titre supplétif. Plus tard, la guerre contre le nazisme va donner l’occasion à vingt-quatre mille volontaires juifs de s’engager dans l’armée britannique. Ce fait est d’une certaine importance, car l’expérience de ces soldats ainsi acquise leur permettra dès la fin des hostilités en 1945 de se retourner contre la puissance mandataire anglaise. La confrontation avec la Grande-Bretagne est effectivement planifiée du fait que cette dernière est jugée par les instances juives comme non propice au dessein sioniste. Avant même la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, la jeunesse est entraînée militairement dans l’illégalité. On fabrique également des armes de même que l’on en vole dans les stocks de l’armée britannique. En octobre 1936, la première phase de la révolte s’achève. Le Haut Comité arabe institué par le mufti Hadj Amin el-Husseini proclame l’arrêt de la grève, celle-ci n’ayant eu que peu d’effets pour infléchir la politique des autorités britanniques. Néanmoins, le climat insurrectionnel ne se tarit pas. Il ne fait que s’assoupir. En conséquence, Londres commande une commission d’enquête - la commission Peel – chargée de faire la lumière sur les événements. Celle-ci publie ses conclusions en juillet 1937. Pour la première fois, un rapport officiel britannique reconnaît le caractère insoluble du conflit judéo-arabe et propose ainsi comme solution la partition du pays. La tentative s’avère une nouvelle fois vaine. Les affrontement reprennent de plus belle. Le 26 septembre Louis Y. Andrews, commissaire adjoint de Galilée est assassiné à Nazareth. Quatre jours après, les autorités du Mandat dissolvent le Conseil suprême musulman et le Haut Comité arabe dont les membres accusés de porter une « responsabilité morale ». Ils sont déportés aux Seychelles, en pure perte. En effet, les combattants arabes ne sont pas moins de seize mille auxquels il est fourni de Damas, promu QG de la révolte, argent, armes et munitions. Aussi la seconde phase des combats dépasse-t-elle en ampleur et en intensité la première. Dès la mi-octobre, les rebelles arabes s’assurent le contrôle de la vieille ville de Jérusalem, brûlent l’aéroport de Lod, endommagent l’oléoduc de Mossoul-Haïfa, font dérailler des convois militaires, multiplient les attaques contre les points de peuplement juifs. Hors des villes, les troupes britanniques maintiennent un semblant de calme paralysant toute activité. La révolte arabe bien que très virulente n’en est pas moins minée en son sein par des querelles intestines entre les différentes classes sociales d’une part et les élites cherchant à s’approprier le pouvoir d’autre part. En octobre 1938, l’armée britannique se décide à mater l’insurrection manu militari. Elle érige des postes de police fortifiés. Elle installe une clôture de barbelés - la ligne « Teggard » - le long de certaines parties des frontières syriennes, transjordaniennes et libanaises afin de couper tout ravitaillement pour les insurgés. Ses tribunaux prononcent des dizaines de condamnations à mort et d’emprisonnements à vie. En février 1939, elle reprend le contrôle de la situation et en août de la même année, la révolte arabe est vaincue. Celle-ci aura fait quelque sept mille victimes. Devant ce constat, la Grande-Bretagne prône dans le nouveau Livre blanc de 1937 la partition du pays en deux Etats suivant en cela les recommandations de la commission Peel. Ainsi, cette solution est jugée optimale par Londres. Elle permettrait en effet de donner aux Arabes de Palestine une indépendance nationale comme celles accordées déjà dans certains pays arabes voisins. Aux Juifs, la possibilité de former leur Etat et de la sorte d’éviter que l’une ou l’autre des deux communautés ne tombent sous le joug politique et économique de l’autre. Ce partage demeure néanmoins à cette date inacceptable pour le clan arabe. Le Haut Comité arabe réitère formellement le droit du peuple palestinien à l’indépendance totale sur l’ensemble de la Palestine et réclame le remplacement du Mandat par un traité entre la Grande-Bretagne et la Palestine indépendante. Même verdict rendu par le vingtième Congrès sioniste réuni à Zurich en août 1937. Weizmann insiste pour que le plan de partage soit entériné avec cependant des modifications fondamentales. Il est désavoué car le Congrès ne juge pas opportun d’accepter la création d’un Etat juif sur une partie seulement du territoire. Le but ultime est de s’approprier l’ensemble du pays. Or, le nombre d’immigrants est encore trop faible pour y parvenir. Le parti est donc pris spéculer sur la durée du Mandat qui n’a pas encore joué pleinement son rôle en ce sens. A ce propos le Congrès sioniste « …rejette l’assertion de la Commission royale sur la Palestine selon laquelle le mandat s’est montré inapplicable et exige qu’il soit mis en œuvre. Le Congrès charge l’exécutif de s’opposer à toute restriction des droits du peuple juif internationalement garantis par la Déclaration Balfour et par le mandat. Le Congrès déclare que le plan de partage proposé par la Commission royale est inacceptable. Le Congrès confie à l’exécutif le soin d’entreprendre des négociations en vue de déterminer les modalités exactes souhaitées par le Gouvernement de Sa Majesté pour la création envisagée d’un Etat juif. ». Le plan de partage proposé par la Commission royale ne revêt cependant pas un caractère définitif. Celui-ci attribue dans ses grandes lignes à un potentiel Etat juif le quart nord du pays et la majeure partie de la plaine côtière occidentale, soit un tiers du territoire. Jérusalem, Nazareth et Bethléem ainsi qu’un couloir vers la mer à Jaffa restent sous mandat britannique. La dernière partie du pays revient logiquement aux Arabes. Faisant face aux tergiversations et aux refus des deux camps, un nouvelle commission « technique » - la Commission Woodhead - est dépêchée par Londres pour juger de la faisabilité du plan de partage. Un problème se pose ayant trait à la répartition de la population. En effet, un éventuel Etat juif tel qu’il l’est dès lors suggéré comporterait près de la moitié de sa population propre composée de Palestiniens arabes. L’inadéquation entre peuplement et espace politique pourrait de la sorte conduire à la nécessité d’un transfert des habitants. Aussi, deux autres plans voient le jour, l’un donnant la Galilée aux autorités mandataires au lieu de la placer sous l’Etat juif, l’autre propose que la quasi totalité de la moitié sud de la Palestine, l’enclave de Jérusalem et une vaste zone au nord restent sous mandat. L’Etat juif dans ce cas de figure est composé de la plaine côtière au nord de Jaffa. Mais devant les refus persistants des deux parties et la reprises des combats en 1937, la politique britannique conclut à l’impossibilité du règlement du conflit offert par le partage du pays. Il faut attendre 1939 et le « retour au calme » pour que soit entrepris de nouvelles démarches. Ainsi en 1939 la Conférence de Londres est organisée par le Gouvernement britannique à laquelle prennent part des représentants palestiniens pour peu qu’ils ne soient pas reconnus comme responsables des violences, des représentants juifs, et aussi des Etats arabes – Arabie saoudite, Egypte, Irak, Transjordanie et Yémen. La Conférence laisse d’emblée planer le spectre de l’épée de Damoclès. En effet, faute d’un consensus et d’un accord trouvés, le Gouvernement britannique s’arroge le droit d’instituer comme bon lui semblera sa politique en Palestine. Soulignons encore que ce n’est qu’à l’occasion de la Conférence de Londres que le Gouvernement britannique rend publique la correspondance entre Mac Mahon et Hussein relative aux promesses de formation d’un royaume arabe au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Sans surprise aucune, les Arabes veulent obtenir la reconnaissance du droit inhérent des Palestiniens à l’indépendance promise vingt ans plus tôt. Les sionistes de leur côté réclament la création de l’Etat juif en s’appuyant sur la Déclaration Balfour insérée au Mandat. La situation en Europe et les persécutions nazies ne font que renforcer cette demande avec insistance. Les propositions britanniques sont repoussées dans un premier temps par le camp sioniste puis, après modifications tenant compte de ce rejet, par les deux parties. En conséquences, le Gouvernement britannique publie à nouveau un Livre blanc en mai 1939 - le Livre blanc Mac Donald - comportant les lignes politiques directrices que celui-ci s’apprête à mettre en oeuvre en Palestine. Tout d’abord, la Grande-Bretagne se défend d’emblée de vouloir favoriser la création d’un Etat juif. De même, il réfute le droit aux Palestiniens arabes à l’indépendance et donc à la formation de leur Etat. Enfin, il est précisé que la période impartie au Mandat durera encore jusqu’en 1949. A partir de cette date, et conformément aux objectifs premiers de la fonction du Mandat, le pays acquerra son indépendance avec pour direction future un gouvernement bicéphale auquel prendraient part Juifs et Arabes. Mais d’ici à la cessation de la tutelle britannique, l’immigration juive doit cesser après que 75 000 nouveaux arrivants aient été admis au cours des cinq années suivant la Conférence. De plus, l’autorité mandataire se promeut seule détentrice du droit réglementant le transfert des terres. Le livre blanc de 1939 a ceci d’essentiel qu’il ne fait plus de la création d’« un foyer national pour le peuple juif » - la création d’un Etat juif – une priorité ni même une nécessité. Il considère néanmoins la population juive résidente en Palestine et mise sur son intégration dans ce que doit constituer le futur Etat en Palestine. Autre fait remarquable, la Grande-Bretagne reconnaît le droit des Arabes palestiniens à fonder un Etat indépendant. Cependant le Livre blanc constitue un échec cinglant pour les sionistes et leurs objectifs. Ainsi, ceux-ci vont changer de stratégie et de méthodes, d’autant plus que le Mandat britannique approche de son terme et qu’il n’aura pas, au vu des nouvelles dispositions prises, répondu à leurs attentes. Dès 1939 l’Irgoun perpètre une série d’attentats antibritanniques. Soulignons également que la SDN qui a octroyé le Mandat à la Grande-Bretagne doit être informée par cette dernière sur les conditions d’application dudit Mandat. Or, la SDN, par le biais de son Conseil lui-même déléguant la tâche à la Commission des mandats, relève les problèmes inhérents à l’exécution tutélaire en Palestine. La Commission souligne notamment la contradiction flagrante existant entre le Livre blanc de 1939 et les différentes dispositions prises auparavant par la Grande-Bretagne. Ainsi, elle ne reconnaît pas le Livre conforme à l’interprétation reconnue du Mandat - son principal objectif étant la création d’un foyer national juif. La SDN émet également des réserves quant à la déclaration de politique générale de la Grande-Bretagne. Cette controverse qui aurait certainement continué de nourrir les discussions et permis de mettre en lumière les manquements indéniables de la puissance mandataire face aux engagements pris par le biais de la SDN ne voit pas de lendemain. En 1939 éclate la Deuxième Guerre Mondiale sonnant le glas des préoccupations de l’organisation internationale concernant la Palestine. Ainsi débute à l’aube du second conflit mondial une nouvelle tendance dans la politique britannique soucieuse de restaurer le calme en Palestine. Dès 1940, la Grande-Bretagne met en application les directives du Livre blanc. Les autorités publient alors les « Land Transfer Regulations » - ordonnances sur le transfert des terres. La Palestine est divisée à cet effet en trois zones. La plus large est frappée de l’interdiction pour tout propriétaire d’un transfert de terres autre qu’à un Arabe palestinien, exception faite dans certaines conditions particulières et requérant l’autorisation du Haut Commissaire. La deuxième zone fait l’objet d’un règlement stipulant que les transferts de terres entre un propriétaire et l’acquéreur ne sont autorisés qu’entre Arabes palestiniens eux-mêmes. Enfin, dans le cas de la troisième zone, le transfert des terres est libre. L’immigration fait également l’objet d’une régulation telle que mentionnée précédemment. Ainsi, les clauses la concernant dans le Livre blanc sont appliquées et en 1944, suite à la période de cinq ans où seuls 75 000 Juifs sont autorisés à entrer dans le pays, 51 000 ont pu bénéficier du certificat leur permettant d’immigrer vers le « foyer national » considéré dès lors dans l’argumentaire sioniste comme un « refuge » aux persécutions nazies, ce qui est certes vrai, mais qui ne correspond à l’époque absolument pas aux préoccupations des Juifs du Yishouv – de Palestine. Les autorités britanniques assouplissent néanmoins cette politique de restriction de l’immigration compte tenu de la situation en Europe. Ainsi, elles fixent à 18 000 le nombre de Juifs autorisés à entrer en Palestine chaque année sans limitation de temps. Ce revirement dans la politique britannique par rapport aux engagements pris précédemment envers les sionistes incite ceux-ci à recourir à différentes méthodes pour atteindre leur but. Certains groupes sionistes réagissent en usant de l’immigration clandestine illégale, d’un terrorisme dirigé contre la puissance mandataire et de la recherche de l’appui des Etats-Unis. Concernant l’immigration illégale, on estime à plus de 20 000 le nombres de clandestins venus s’installer en Palestine entre 1939 et 1943. Profitant du phénomène, amplifié par des faits ponctuels tels la Conférence de Wannsee en 1942 préparant la mise en application de « la solution finale de la question juive » par les nazis, les organisations sionistes tentent de faire pression sur le Gouvernement britannique. Celui-ci se voit malgré tout contraint d’utiliser des méthodes de rétorsions telles que le renvoi des immigrants illégaux dont beaucoup viennent de pays sous domination de l’Axe. Craignant une infiltration d’agents ennemis, les autorités mandataires renvoient en novembre 1940 des juifs entrés illégalement à bord du s.s. Patria. Celui-ci est saboté par des sympathisants juifs dans le port d’Haïfa entraînant la mort de deux cent cinquante personnes. Cet aspect du terrorisme juif apparaissant à partir de 1939 est décrit dans le document officiel britannique suivant : « la trêve intervenue dans les activités terroristes n’a pas persisté pendant toutes les années de guerre. La communauté juive prenait en mauvaise part les ordonnances sur le transfert des terres et les mesures contre l’immigration non autorisée. En 1942, un petit groupe d’extrémistes sionistes, dirigés par Abraham Stern, se fit connaître par une série de meurtres et de vols d’inspiration politique commis dans la région de Tel-Aviv. L’année suivante, on découvrit une vaste conspiration, liée à la Haganah (formation militaire illégale dirigée par l’Agence juive), dont le but était de voler des armes et des munitions aux forces britanniques du Moyen-Orient. En août 1944, le Haut Commissaire faillit périr dans une embuscade aux environs de Jérusalem. Trois mois plus tard, le 6 novembre, le Ministre d’Etat au Moyen-Orient, Lord Moyne, était assassiné au Caire par deux membres du Groupe Stern. Une troisième organisation juive illégale, l’Irgun Zvei Leumi, fut responsable en grande partie des destructions de biens publics pendant l’année 1944. Les actes délictueux commis par le Groupe Stern et l’Irgun Zvei Leumi furent condamnés par le porte-parole officiel de la communauté juive…. Le 22 juillet 1946, la campagne menée par les organisations terroristes atteignait un nouveau paroxysme lorsqu’une explosion détruisit un aile de l’Hôtel King David de Jérusalem, où se trouvaient les bureaux du Secrétariat du gouvernement ainsi qu’une partie du quartier général, tuant 86 fonctionnaires arabes, juifs et britanniques, ainsi que cinq habitants. Par la suite, les terroristes enlevèrent notamment un juge britannique et des officiers britanniques, sabotèrent le réseau ferré et les installations pétrolières d’Haïfa et firent sauter un club d’officiers britanniques à Jérusalem, provoquant des pertes considérables en vies humaines. Pour que la direction du pays ne soit pas entravée par les représailles des terroristes contre la communauté britannique menacée, les civils britanniques dont la présence n’était pas indispensable et les familles des militaires furent évacués de Palestine et le reste des membres de la communauté britannique regroupés dans les zones de sécurité au début de février 1947. Le même mois, la loi martiale était proclamée pour une période de temps limitée (dans les zones spécifiées)…. ». Il ressort encore des conclusions du rapport officiel britannique que l’Agence juive avec laquelle les autorités britanniques collaboraient officiellement ait été mêlée à ses actes de terrorisme. Ainsi, la Haganah et le Palmach - branche lui étant associée - opèrent sous la direction politique de membres très en vue de l’Agence juive. A cet effet, les divers attentats sont revendiqués par le « Mouvement de la résistance juive » constitué en fait des deux protagonistes précités. Le rapport prouve encore la connivence et partant de là la complicité entre les groupements d’extrême droite « Irgoun Zvai Leumi » et « Groupe Stern » et le haut commandement de la Haganah qui, ensemble, ont coordonné des actions terroristes. Enfin, un autre point montre l’implication de l’Agence juive avec ces milices paramilitaires. La station de radiodiffusion « Kol Israël » se déclarant être la voix du « Mouvement de la résistance » émet sous la direction générale de l’Agence juive. Le troisième changement survenu dans la politique et les méthodes sionistes est à regarder dans l’appui que les organisations du même bord tentent de trouver auprès des Etats-Unis qui se sont déjà imposés comme la première puissance mondiale de l’époque. Le Conseil exécutif de l’Agence juive réuni à New York en mai 1942 réaffirme sa volonté de création d’un Etat juif en Palestine en ayant recours à une immigration illimitée. Cet appel connu sous le nom de « Programme de Biltmore » déclare : « La Conférence affirme son rejet catégorique du Livre Blanc de mai 1939 et ne lui reconnaît aucune validité morale ou juridique. Le Livre blanc tend à limiter et, en fait, à anéantir les droits des Juifs à immigrer et à s’établir en Palestine et, comme l’a déclaré M. Winston Churchill à la Chambre des communes en mai 1939, constitue une violation et un désaveu de la déclaration Balfour…. La Conférence demande instamment que les portes de la Palestine soient ouvertes, que Agence juive soit chargée de contrôler l’immigration en Palestine et investie de l’autorité nécessaire pour valoriser le pays, notamment pour aménager les terres inoccupées et incultes, et qu’un Commonwealth juif intégré dans la structure du nouveau monde démocratique soit établi en Palestine. ». Outre le caractère maximaliste donné à ce programme quant aux revendications sionistes sur le modus operandi dont l’Agence juive se propose d’être la bénéficiaire, on relève une fois encore qu’aucune considération concernant la population arabe n’est formulée. Le droit de celle-ci à résider sur ce qui constitue sa terre depuis plusieurs milliers d’années est simplement éludé. Pareillement, le « Programme de Biltmore » incarne cette volonté de conquérir un territoire aussi large que possible pour y réaliser l’objectif ultime. Or, suite à la Conférence de 1942, l’Agence juive présente en mai 1945 une série de demandes adressées au Gouvernement britannique. Celle-ci se décline en cinq points. Premièrement, l’Agence juive demande que la décision faisant de la Palestine un Etat juif soit promulgué. Deuxièmement, l’Agence juive se veut investie de tous les pouvoirs pour faire venir en Palestine autant de Juifs qu’il sera jugé nécessaire et possible d’installer et pour mettre en valeur, pleinement et rapidement, toutes les ressources du pays, en particulier les ressources en terres et en énergie. L’Agence juive souhaite en troisième lieu qu’un prêt international ainsi que d’autres formes d’assistance soient accordées pour le transfert du premier million de Juifs en Palestine et pour le développement économique du pays. Quatrièmement, l’Agence juive désire que des réparations en nature soient exigées de l’Allemagne en faveur de la population juive pour la reconstruction de la Palestine et, à titre de premier acompte, que tous les biens allemands en Palestine soient utilisés pour la réinstallation des juifs d’Europe. Enfin cinquièmement, l’Agence juive pose la requête pour qu’au niveau international soient facilités la sortie et le transit de tout Juif désireux de s’installer en Palestine. L’Organisation sioniste reprend ce programme qu’elle approuve et dont elle fait ouvertement sa politique. Dès lors elle concentre ses efforts aux Etats-Unis afin d’obtenir gain de cause. Alors que la nouvelle première puissance mondiale n’accède pas aux requêtes sionistes durant la Deuxième Guerre Mondiale, Truman - Président des Etats-Unis succédant à Roosvelt à sa mort en 1945 – cède partiellement aux pressions sionistes alimentées par des rapports de membres du Congrès américains sur le sort des Juifs dans les camps de personnes déplacées. En fait, Truman hésite entre perdre l’électorat juif aux Etats-Unis et s’aliéner le monde arabe. Aussi, lorsque Truman répond aux vœux sionistes, il demande au Gouvernement britannique d’ouvrir les portes de la Palestine à 100 000 Juifs d’Europe sans abri. Mis à part cette concession des Etats-Unis, le rôle de ceux-ci se voit cependant renforcé sur la scène internationale après la Deuxième Guerre Mondiale dont ils sortent grands vainqueurs. Ipso facto et compte tenu de leur nouvelle implication dans la région, une Commission anglo-américaine est instituée afin de faire des recommandations sur la Palestine aux deux gouvernements - britannique et américain. De son côté, la Grande-Bretagne ne peut plus au vu de la nouvelle donne faire appliquer comme elle l’entend la politique prônée dans le Livre blanc de 1939. De plus, la SDN a été dissoute après la Deuxième Guerre Mondiale. L’ONU (Organisation des Nations Unies) lui succède reprend ses obligations devant la communauté internationale. Ainsi, bien que la Grande-Bretagne soit censée perpétuer son mandat sur la Palestine, les cartes se voient redistribuées. Et pour cause, la nouvelle Commission anglo-américaine publie ses recommandations en 1946 allant à l’encontre de celles sur lesquelles la Commission britannique a statuées quelques années auparavant. En substance, la Commission considère comme nulles et non avenues les revendications des Arabes et des Juifs quant à leur volonté réciproque d’administrer le pays par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Elle pense aussi que l’antagonisme et le sentiment mutuel de haine de chacune des deux communautés à l’égard de l’autre se résorbera de lui-même. Ainsi est décidé de maintenir le statu quo et donc de poursuivre l’expérience du mandat sur la Palestine sous la tutelle désormais de l’ONU. Du fait de la cohabitation entre Arabes et Juifs, la Commission déclare encore « Les Juifs ne domineront pas les Arabes et les Arabes ne domineront pas les Juifs en Palestine ; la Palestine ne sera ni un Etat juif, ni un Etat arabe. ». En outre, la Commission se prononce pour l’annulation immédiate des « Land Transfer Regulations », pour l’octroi de 100 000 nouveaux permis d’immigration, ratifiant ainsi le vœu de Truman, pour l’exécution de projets de développement de grande envergure facilitant l’arrivée de nouveaux migrants et, chose piquante s’il en est, pour la collaboration avec l’Agence juive afin de lutter contre le terrorisme. La Grande-Bretagne faisant ainsi l’objet de l’abrogation du Livre blanc de 1939 et donc de sa ligne politique déclare ne pas pouvoir continuer dans l’immédiat son exercice mandataire sur la Palestine considérant alors les recommandations de la Commission. Par ailleurs, l’éventualité de la création de deux provinces autonomes dans le pays placées toute deux sous l’autorité du Haut Commissaire britannique est acceptée par la Grande-Bretagne mais refusée par les Etats-Unis. Le projet est alors suspendu. Une autre composante vient encore à s’ajouter au règlement du problème. Les pays arabes indépendants ont fondé en 1945 la Ligue arabe. Celle-ci se voit sollicitée afin de représenter les intérêts des Arabes palestiniens qui, il est à noter, n’ont jusqu’à ce jour qu’un statut d’observateur à l’ONU - comme la Suisse et le Vatican - et par conséquent n’ont jamais pu défendre directement leur cause. La Ligue arabe demande alors la convocation d’une conférence dans le but de résoudre la question palestinienne. En conséquence, la Conférence de Londres se tient de février 1946 à septembre 1947. Les pays arabes repoussent le plan de partage en deux provinces qui a été déterré et proposent leur propre projet. Premièrement, selon leurs vœux, la Palestine serait un Etat unitaire à majorité arabe et deviendrait indépendante après une courte période de transition de deux ou trois ans sous mandat britannique. Deuxièmement, les Juifs se verraient octroyer la nationalité palestinienne après dix années de résidence dans le pays. Ils jouiraient ainsi des mêmes droits que tous les autres citoyens de Palestine. Troisièmement, les Juifs obtiendraient également des garanties spéciales en vue de leur assurer les droits religieux et culturels. Quatrièmement, la communauté juive se verrait représentée au Parlement proportionnellement à sa population pour autant que le nombre de ses députés ne dépassent pas un tiers de l’assemblée législative - quelque soit sa population elle resterait ainsi confinée politiquement dans une configuration minoritaire. Enfin, cinquièmement, la législation relative à l’immigration et à la cession des terres dépendrait du consentement des Arabes palestiniens dont la décision serait prise à la majorité de leurs députés. Quant aux garanties données à la communauté juive, celles- ci ne pourraient être modifiées qu’avec le consentement de la majorité de ses propres députés. De son côté le Congrès sioniste réuni à Bâle en 1947 répond par une fin de non recevoir au plan d’autonomie provinciale. Il la qualifie de « caricature des obligations conférées à la Grande-Bretagne par le mandat ». Les revendications sionistes n’évoluent pas d’un iota. Le mouvement exige toujours que la Palestine soit reconnue comme un Commonwealth juif, que les portes du pays soient ouvertes à l’immigration et enfin que cette dernière fasse l’objet du contrôle de l’Agence juive investie également de l’« autorité nécessaire pour l’édification du pays » - se paraphrasant plus clairement par détenir seul le pouvoir. La Grande-Bretagne quant à elle livre à son tour ses propres propositions aux Arabes des pays indépendants et palestiniens ainsi qu’à l’Agence juive. Les deux camps rejettent cette solution. D’un côté, les Arabes palestiniens se sentent soutenus par les pays voisins acquis à leur cause. Leur vision s’arrête à la fin de l’immigration et de la colonisation de leur pays qui en découle afin de rester maître sur leur terre. L’Organisation sioniste pour sa part n’est pas prête à concéder le moindre compromis sur le projet de création d’un Etat juif. Une forte immigration aussi bien légale qu’illégale continue d’affluer dans le pays. A cela s’ajoute des forces paramilitaires bien équipées dont la Brigade juive constitue le noyau. Enfin, l’Organisation sioniste peut aussi compter sur un appui massif de l’étranger. Ainsi les positions se cristallisent-elles sur les perspectives respectives aux deux camps. L’impasse politique est donc totale en plus de générer une situation explosive sur le terrain. A l’aube de la guerre judéo-arabe qui débouche sur la victoire des Juifs de Palestine et à l’autoproclamation de l’Etat juif d’Israël, l’évolution démographique de la Palestine n’a eu de cesse de changer les rapports dans la population totale du pays - 1 850 000 individus - au profit de la communauté juive. En 1947 celle-ci représente près d’un tiers des habitants du territoire, soit plus de 600 000 personnes. Entre la fin de la Première Guerre mondiale et 1947, l’immigration juive légale représente 376 000 âmes et celle clandestine illégale 65 000. Enfin, les Juifs ont en leur possession toujours à la même date quelque 12 % des terres cultivables du pays, soit 1 625 000 dunams. Confrontée dès lors à cet imbroglio inextricable où l’immigration n’a de cesse d’augmenter fortement et devant la violence reprenant de plus belle en 1947 par le fait des groupes sionistes qui intensifient les actes de terrorisme et de sabotage, la Grande-Bretagne renonce à poursuivre son rôle de puissance mandataire sur la Palestine. Elle laisse alors le soin à l’ONU d’en découdre. Ainsi cette dernière est sollicitée par la puissance mandataire pour dénouer la situation. Finalement, la question palestinienne que la Grande-Bretagne délègue à l’ONU en février 1947 relève après moult discussions de l’Assemblée générale - de l’ONU. Le projet américain proposant le règlement du cas palestinien est celui adopté lors des pourparlers à la Commission spéciale en charge du dossier. Il comporte ceci de fondamental qu’il associe le problème des réfugiés juifs d’Europe - le plus souvent de Pologne - avec celui du Proche- Orient. En clair il s’agit de savoir si la communauté internationale va continuer à favoriser l’implantation de ces réfugiés en Palestine. A la réponse positive à cette interrogation les délégations arabes protestent arguant que la Commission spéciale omet la mention d’un Etat palestinien indépendant. En effet, les recommandations concernant la Palestine à la Commission spéciale ne précisent aucunement l’expiration du mandat et l’accession à l’indépendance du pays. En résumé, l’ONU pourvoit aux vœux sionistes en ce sens qu’elle perpétue l’immigration en Palestine. Le problème des réfugiés en Europe pour lequel le mouvement sioniste fait une propagande intense dans les camps afin qu’ils viennent s’installer en Palestine est considéré de manière connexe aux troubles du Proche-Orient. Les revendications arabes relatives à l’autonomie bien que prises en considération ne rencontrent que peu d’écho et sont finalement éludées. Une autre Commission, l’UNSCOP - Commission spéciale de l’Organisation des Nations Unies pour la Palestine – se réunie dès la mi-juin 1947. Celle-ci examine les griefs de chaque camp, sioniste et arabe, bien que ce dernier refuse dès lors de collaborer devant la tournure que prend les événements. L’UNSCOP retient après consultations des paramètres du problème deux options défendues par divers membres de l’ONU pour arriver à une solution. L’une d’elle est la création d’un Etat fédéral dont les tenants à l’Organisation sont minoritaires. L’autre défend le partage de la Palestine en deux Etats. Les Arabes sont très nettement opposés à ces projets. Le Haut Comité déclare entre autres : « La cause des Arabes de Palestine est fondée sur les principes de la justice internationale. C’est la cause d’un peuple qui désire vivre dans la possession paisible du pays où l’ont placé la Providence et l’histoire. Les Arabes de Palestine ne peuvent comprendre pourquoi leur droit de vivre dans la liberté et la paix et de développer leur pays suivant leurs traditions doive être mis en question et faire perpétuellement l’objet d’enquêtes…En ce qui concerne la manière dont serait établie l’indépendance en Palestine et la forme qu’elle revêtirait, le Haut Comité arabe estime qu’il appartient d’en décider aux possesseurs légitimes de ce pays. Une fois que l’on aura reconnu le droit de la Palestine à l’indépendance, l’Organisation des Nations Unies ne sera pas juridiquement compétente pour choisir ou imposer la structure constitutionnelle de la Palestine, car cela équivaudrait à une ingérence dans les affaires intérieures d’une nation indépendante. ». L’Agence juive argue de son côté : « La recommandation…selon laquelle une solution concernant la Palestine ne peut être considérée comme une solution de l’ensemble du problème juif est incompréhensible…. L’ensemble du problème juif n’est autre que la question séculaire du déracinement juif à laquelle une seule solution peut être donnée. C’est celle qui est prévue par la Déclaration Balfour et par le Mandat et qui consiste à reconstituer un foyer national juif en Palestine. …le plan de la minorité de la Commission spéciale qui, sous le nom d’Etats, ne prévoit en fait que des cantons semi-autonomes ou des provinces est inacceptable. La Palestine serait un Etat arabe avec deux enclaves juives. Les Juifs, qui seraient réduits à tout jamais au statut d’une minorité vivant au sein de l’Etat fédéral, ne régleraient ni leur politique fiscale, ni même les questions d’immigration ; celles-ci, comme tant d’autres matières fondamentales, relèveraient de la majorité arabe. ». Implicitement, l’Agence juive marque de la sorte sa préférence pour le plan de partage en deux Etats. Deux Sous-Commissions à l’ONU sont encore convoquées dans le cadre de l’étude d’une solution fédéraliste - gardant le pays unifié et mettant de facto la communauté juive en minorité – et d’une autre prônant la partition du pays en deux Etats. La première est composée de l’Afrique du Sud, du Canada, des Etats-Unis, du Guatemala, de la Hongrie, de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de l’Union soviétique et du Venezuela. Clairement, il s’agit d’un bloc favorable à la partition du pays en deux Etats. La deuxième Sous-Commission est constituée de l’Afghanistan, de l’Arabie saoudite, de la Colombie, de l’Irak, du Liban, du Pakistan, de la Syrie et du Yémen. Là par contre, il s’agit d’un front favorable à la solution fédéraliste. Qui plus est ce dernier relève que ni l’Assemblée générale ni aucun autre organe de l’ONU n’est habilité à imposer une décision quelconque sur un territoire sous mandat, et ce en vertu de la Charte des Nations Unies. Cette Sous-Commission souligne encore que l’établissement d’un futur gouvernement en Palestine ne dépend que de son peuple auquel l’Assemblée générale ne peut qu’accorder dans les limites de ses compétences l’accès à l’indépendance. Enfin, il est fait mention que le partage implique une aliénation du territoire du pays et la destruction de son intégrité. Suivant cette logique, l’ONU ne peut priver la majorité de la population du pays de son territoire ni le consacrer à l’usage exclusif d’une minorité – en l’occurrence juive. La résolution du rapport de cette Sous-Commission concernant la compétence de l’Assemblée générale pour décider ou non du partage du pays est balayée. Pareillement celle demandant la coopération internationale sur le problème des réfugiés juifs est rejetée. Celle projetant une Palestine indépendante et unie sous la bannière du fédéralisme est refusée. Ainsi, au terme d’un vote, l’Assemblée réunie en Commission ad hoc adopte le 25 novembre 1947 par vingt-cinq voix pour, treize contre et dix-sept abstentions le projet entérinant la partition de la Palestine et donc la création d’un Etat juif aux côtés d’un autre arabe. Finalement, le 29 novembre 1947, le vote définitif et historique rendu par l’Assemblée générale cette fois devant obtenir la majorité aux deux tiers accepte le partage de la Palestine par trente-trois voix pour, treize contre et dix abstentions sans que le peuple palestinien n’ait pu donner son avis. Les réactions du monde arabe ne se font pas tendres à l’égard de ce que beaucoup d’entre elles dénoncent comme une supercherie menée en coulisses où des voix ont été obtenues suites à divers pressions et menaces ou promesses quelconques. Ainsi, a titre d’exemple, alors que la Colombie, Haïti et les Philippines se soient prononcés contre cette mesure lors du premier scrutin, la première s’abstient lors du deuxième vote. Quant aux deux autres, ils passent dans le camp se prononçant en faveur du partage. La résolution 181 relative au partage demande entre autres au Conseil de sécurité de l’ONU de prendre les mesures nécessaires prévues dans le plan pour sa mise à exécution. La Palestine doit dès lors être partagée en un Etat juif et un Etat arabe. Il est prévu que le Royaume-Uni qui exerce toujours son autorité en tant que puissance mandataire se retire au plus tard le 1er août 1948, mais doit également mettre à disposition de l’Etat juif avant le 1er février de la même année une zone possédant un port maritime afin de faciliter une immigration de masse. Entre-temps l’ONU se charge d’assurer progressivement pendant la période de transition commençant dès novembre 1947 la tâche administrative jusqu’au 1er octobre 1948, date de l’indépendance des deux pays et du transfert de l’autorité. Outre l’union économique prévue liant les deux nouveaux Etats s’inspirant du système d’intérêts communs syro-libanais, la Palestine est divisée en huit parties dont trois reviennent aux Juifs. Trois autres sont destinées aux Arabes en plus d’une enclave à Jaffa en territoire juif. Jérusalem constitue un cas à part. Il est prévu qu’elle soit mise sous régime international et administrée par le Conseil de tutelle de l’ONU. Son statut se verrait modifié après dix ans lors d’un scrutin appelant ses habitants à se prononcer. Ce partage se veut pragmatique en ce sens qu’il tente d’éviter au mieux que des Juifs ne se retrouvent dans le futur Etat arabe. Telle quelle, la séparation territoriale induit alors un nombre de dix mille Juifs en pays arabe. Bel ouvrage si l’on s’attache aux garanties données aux minorités, mais surtout si l’on ne prend pas en considération le fait que 497 000 Arabes - y compris 90 000 Bédouins - demeureraient aux côtés de 498 000 Juifs dans le futur Etat juif. Ne pouvant ignorer la situation extrêmement tendue en Palestine et les combats qui y font rage, on peut se demander sur quoi les initiateurs du partage pensent pouvoir asseoir la pérennité du projet. Tout d’abord, ceux-ci semblent compter sur la capacité apparente de la communauté juive à se défendre. La menace pesant sur cette dernière à réaliser l’unité au sein de ses différents organes de « défense ». Aux côtés de la Haganah viennent se joindre le groupe Stern qui saluant la décision de l’ONU annonce qu’il combattra sous la bannière de l’Etat juif. L’Irgoun déplorant le partage car enlevant au peuple juif une partie de sa patrie déclare pour sa part qu’elle suspend ses opérations dans la zone juive – implicitement contre les forces britanniques seulement (pas sûr). Mais une enclave juive au milieu de l’immensité du monde arabe qui lui est hostile est-elle viable à long terme ? Le plan de partage doit à cet effet comporter des éléments pacificateurs. L’unité économique liant monnaies, douanes et conventions commerciales devrait fonctionner comme un facteur d’apaisement. L’internationalisation des Lieux saints - Jérusalem – garantie par une milice internationale et peut-être même par celle pontificale pourrait rappeler par l’élargissement du problème les intérêts de la Chrétienté et amener à une certaine détente. Enfin, c’est sur le comportement mêmes des Etats arabes que l’ONU doit le plus espérer escomptant qu’un désordre prolongé et nourri par ceux-ci ne pourrait que les discréditer sur la scène internationale. Du procès d’intentions à son application et aux faits il y a cependant un fossé abyssal. Sur le terrain, la résolution concernant le partage de la Palestine n’apporte aucune solution loin s’en faut. Le 9 octobre 1947, le Conseil de la Ligue arabe estime nécessaire de prendre des mesures militaires aux frontières du pays. L’annonce du résultat du vote de l’ONU le 29 novembre 1947 a pour effet de généraliser les combats entre Juifs et Arabes palestiniens. Le 2 décembre 1947, le haut Comité arabe appelle à une grève générale en signe de protestation contre le plan de partage. Six jours plus tard, sept pays arabes réunis au Caire décident d’apporter leur soutien aux résistants palestiniens. La Grande-Bretagne déclare pour sa part qu’elle avance le retrait de ses forces au 15.5.48. Celle-ci fait toujours plus l’objet d’attaques et d’actes de sabotage de ces installations de la part des deux camps antagonistes qui cherchent souvent à lui voler du matériel de guerre, laissant présager à court terme d’un conflit armé ouvert de grande ampleur. Aussi les forces paramilitaires juives ont du fait du retrait progressif accéléré britannique les coudées plus franches pour manœuvrer sur le terrain. On recense après les trois mois postérieurs à la décision de l’ONU huit cent soixante-neuf morts et mille neuf cent neuf blessés. En février 1948, le Conseil de la Ligue arabe nomme ses dirigeants militaires comme suit : le général irakien Safwat est institué commandant en chef de l’armée de libération de la Palestine. Fauzi el Kaoukdji prend à sa tête les volontaires sur le front nord du pays. Abd el Kader el Husseini, neveu du grand mufti, dirige les combattants de la région de Jérusalem. En mars de la même année, les violences atteignent leur apogée avec à leur actif un bilan de plus de cinq cents morts. L’ONU quant à elle demande instamment la fin des combats, mais ne peut se résoudre à intervenir sur le terrain en imposant sa propre milice armée afin de faire régner l’ordre. Aussi son rôle se borne-t-il à se réunir à New York et à se répandre en diverse consultations. Le mouvement sioniste tire profit de cette situation. Il s’attache devant l’incapacité onusienne de substituer à l’autorité britannique la sienne à imposer son contrôle sur le territoire juif à l’état embryonnaire. Aussi, la stratégie est d’occuper au fur et à mesure du retrait britannique un espace aussi grand que possible y compris la rive occidentale du pays qui ne lui a pas été attribuée par le plan de partage. Cette stratégie se développe à partir de ce que l’on a appelé le « plan D » - plan Dalet. « En mars 1948, le haut commandement de la Haganah a préparé un plan opérationnel global « D », en remplacement des plans « A », « B » et « C » qui on orienté la stratégie de la Haganah au cours des années précédentes. L’heure du Plan D devait sonner au moment où l’évacuation britannique serait suffisamment avancée pour que la Haganah se sente à l’abri d’une intervention britannique et où le niveau de mobilisation atteint permettrait de réaliser un plan de grande envergure. La mission de la Haganah était aussi simple que révolutionnaire : s’assurer le contrôle du territoire attribué à l’Etat juif et en défendre les limites, ainsi que celles des groupes de colonies juives et des îlots de population juive situées au-delà, contre des forces ennemies régulières ou pararégulières opérant à partir de bases situées à l’extérieur ou à l’intérieur du territoire de l’Etat juif. ». Quatre objectifs territoriaux sont poursuivis. Il s’agit de conquérir Jérusalem, Jaffa, la plaine de Lydda-Ramleh et le Triangle – zone de population arabe située entre les villes de Naplouse, Jenin et Tulkarm. Des quatre seul celui concernant Jaffa est atteint. Jérusalem et la plaine de Lydda-Ramleh sont le théâtre d’affrontements, certains remportés par les forces armées sionistes qui n’arrivent cependant pas à se rendre maître de la région. Quant au quatrième, jamais la tournure des événements ne permet aux sionistes de s’y attaquer jusqu’au début de 1948. Dès décembre 1947, la réaction de beaucoup d’Arabes est de fuir les villes et les campagnes. Cet exode massif est causé par la logique d’expansion territoriale mis en œuvre par les forces sionistes. Celles-ci ont recours au terrorisme dirigé contre les populations civiles. Cette pratique dirigée en une politique d’expulsion a pour but délibéré de faire place nette aux nouveaux immigrants. A titre d’exemple, des écrits sionistes rapportent : « …Il doit être bien clair entre nous qu’il n’y a pas place pour deux peuples dans ce pays…Nous n’atteindrons pas notre but de former une nation indépendante si les Arabes restent dans ce petit pays. L’unique solution est une Palestine, au moins une Palestine occidentale (c’est-à-dire à l’ouest du Jourdain) sans Arabes…Et il n’y a d’autres moyens d’y parvenir que de transférer les Arabes dans les pays voisins, de les transférer tous ; pas un village, pas une tribu, ne doit subsister…C’est seulement quand ce transfert sera achevé que le pays pourra accueillir nos frères par millions. Il n’y a pas d’autre issue…. ». Un des exemples les plus tristement célèbres du terrorisme juif obéissant à cette logique d’« incitation »à l’évacuation est le massacre de la population civile du village de Deir Yassine par des milices de l’Irgoun et du Groupe Stern portant le bilan des morts à deux cent cinquante-quatre personnes. Un ancien gouverneur militaire israélien de Jérusalem écrit à ce sujet : « Nous avons subi un revers de nature différente le 9 avril, quand des unités Etzel et Stern montèrent en commun, sans aucune provocation, une attaque délibérée contre le village arabe de Deir Yassine à la limite ouest de Jérusalem. Il n’y avait aucune raison de l’attaquer. C’était un village paisible, qui avait refusé accès aux unités arabes de volontaires venues d’au-delà des frontières et qui n’avait participé à aucune attaque contre les zones juives. Les groupes dissidents le choisirent pour des raison strictement politiques. C’était un acte délibéré de terrorisme…L’événement fut désastreux sous tous les rapports. Les dissidents occupèrent le village pendant deux jours, puis l’abandonnèrent. Ils s’attirèrent le mépris de la plupart des Juifs de Jérusalem, et l’Agence juive leur infligea publiquement un désaveu sans équivoque. Mais ils donnèrent aux Arabes un puissant argument contre nous et les mots « Deir Yassine » leur servirent sans fin à justifier leurs propres atrocités et à persuader la population des villages arabes de se joindre à l’exode massif alors en cours dans toute la Palestine. ». Un autre massacre de ce type est perpétré un peu plus tard dans le village Nasir ed Der. La résistance arabe se faisant plus faible au fur et à mesure que sa population fuit, le 22 avril 1948 les forces juives s’emparent de Haïfa et l’occupent. A ce propos, Yigal Allon décrit la guerre psychologique ainsi engendrée : « J’ai rassemblé tous les Mukhtars juifs, qui entretiennent des rapports avec les Arabes en différents villages, et je leur ai demander de chuchoter à l’oreille de quelques Arabes que de puissants renforts juifs étaient arrivés en Galilée et qu’ils allaient brûler tous les villages de l’Huleh. Ils devaient donner à ces Arabes le conseil amical de s’échapper tant qu’il était encore temps. Et le bruit se répandit dans tout l’Huleh qu’il était temps de fuir. Les fuyards furent innombrables. La tactique atteignit totalement son but. Le poste de police d’Halsa tomba entre nos mains sans un coup de feu. Des zones entières furent nettoyées, les voies de circulation sûres et nous pûmes nous organiser pour attendre les envahisseurs le long des frontières sans inquiétude pour nos arrières. ». La terreur ainsi insufflée provoque donc un exode massif de la population arabe de Palestine. A la fin de 1949, le nombre de réfugiés palestiniens est évalué à 726 000 personnes, soit approximativement la moitié de la population indigène du pays. La plupart d’entre eux proviennent de territoires qui selon la résolution de l’Assemblée générale du 29 novembre 1947 les attribuait au futur Etat juif. Cet exode est dû à trois facteurs : la peur panique causée par les combats se déroulant au sein même de leur communauté, les rumeurs concernant des actes de terrorisme réels ou supposés et les mesures d’expulsion pure et simple. Un quatrième facteur contesté par la partie arabe mais apparemment véridique alléguerait que ses dirigeants demandaient à la population d’évacuer temporairement le terrain pour permettre aux résistants arabes de mener les combats contre la force d’occupation juive. Devant l’aggravation du conflit et faisant état du problème des réfugiés, l’ONU tente de mettre fin aux violences. Les Etats-Unis propose alors de placer la Palestine sous tutelle provisoire des Nations Unies. Sans surprise, les organisations sionistes refusent fermement le projet dans lequel elles voient l’éventualité de l’annulation de la décision de partage. Même son de cloche réservé à la proposition de négociation d’une trêve. Celle-ci a pour but outre le cessez-le feu de geler dans l’immédiat toute décision politique, de limiter à nouveau l’immigration et d’empêcher les Juifs de décréter la naissance du nouvel Etat. Le 14 mai 1948, le Conseil national juif proclame à Tel-Aviv par la voix de Ben Gourion l’indépendance de l’Etat d’Israël « sans distinction de race, de foi ni de sexe » en « pleine liberté de culte, d’éducation et de culture ». Le nouvel Etat autoproclamé est reconnu par Washington et Moscou respectivement les 15 et 17 mai. Le départ programmé du Haut Commissaire le 15 du même mois marque officiellement la fin du Mandat britannique. La population juive de feue la Palestine est estimée à 717 000 personnes. L’attitude quelque peu schizophrène des Etats-Unis menant à reconnaître immédiatement et de facto le nouvel Etat peut paraître surprenante. Alors qu’ils se posent longtemps en champion de la solution de partage du pays, ceux-ci proposent après moult hésitations plusieurs versions aussi contradictoires les unes que les autres jusqu’à la dernière minute avant l’autoproclamation du 14 mai 1948. Les récents succès des forces sionistes semblent néanmoins avoir dopé la diplomatie américaine en ce sens. Cependant, deux facteurs essentiels sont à a base de cette décision. Premièrement, l’URSS et ses divers satellites du bloc communiste laissent entendre plusieurs fois qu’ils reconnaîtraient l’Etat juif dès sa création. Aussi la deuxième raison à ce revirement découlant de la première, Truman ne peut se permettre de se laisser devancer par la reconnaissance soviétique pour des raisons de politique intérieure propre à la période de la Guerre Froide. En effet, sur le plan international, rien ne peut empêcher les Juifs de Palestine de faire appel pour la protection de leur Etat à l’aide soviétique dans le cadre parfaitement légal de la décision de l’ONU. Il est peut-être bon de rappeler une fois encore que les principaux dirigeants sionistes d’Israël dorénavant viennent d’Europe de l’Est et sont acquis sur l’échiquier politique à l’aile gauche. L’avantage pour le « nouveau né » est donc double. Il est assuré de l’appui des deux « grands » de l’époque et par delà de presque tous les autre Etats des Nations Unies. Cet « légitimité » trouvée quant à la création du nouvel Etat n’en supprime pas moins les défis se posant dès lors à Israël. Outre l’organisation de l’Etat, il faut canaliser le flot des réfugiés près à déferler sur le pays. A ce titre, il est nécessaire d’aménager le territoire afin de palier aux besoins croissants de la population. Enfin, l’industrie sioniste mise à mal et freinée dans son essor pendant des années de troubles s’est mis à dos ses principaux débouchés sur le marché : le monde arabe. Sa réaction est immédiate. Le 15 mai 1948 au lendemain de l’autoproclamation d’Israël dont les limites du territoire se trouvent au-delà de celles fixées par le plan de partage adopté à l’ONU, les forces armées régulières des pays arabes - Jordanie, Syrie, Egypte et Irak - entrent dans le nouvel Etat et rejoignent les unités de volontaires ayant déjà pénétré lors des dernières semaines précédant la fin du Mandat. Les troupes égyptiennes s’emparent de Gaza et d’Hebron. La Légion arabe occupe partiellement Jérusalem alors que Tel-Aviv est encerclée. L’armée irakienne déboule sur le flanc est et traverse le Jourdain. Les motifs et les raisons de cette aventure sont annoncées en partie comme suit au Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies : « Les Etats arabes reconnaissent que l’indépendance et la souveraineté de la Palestine, jusqu’ici soumise au régime au mandat britannique, se trouvent désormais établies en fait en raison de l’expiration du Mandat et ils soutiennent que les habitants légitimes de la Palestine sont seuls fondés et habilités à instituer en Palestine une administration qui s’acquittera de toutes les fonctions gouvernementales sans aucune intervention étrangère. Dès que cet objectif sera atteint, l’intervention des Etats arabes, qui vise uniquement à restaurer la paix et à faire régner la loi et l’ordre, prendra fin, et l’Etat souverain de Palestine aura qualité pour prendre, en collaboration avec les autres Etats membres de la Ligue arabe, toutes les mesures susceptibles d’accroître le bien-être et la sécurité de ses ressortissants et de son territoire…. ». Ainsi cette situation donne lieu officiellement à la première guerre du Moyen-Orient. Bien que faisant front à quatre armées supplées de résistants palestiniens et autres, les forces israéliennes sont nombreuses et bien entraînées. Formées de la Brigade juive, de la Haganah, de son pendant le Palmach et de l’Irgoun, elles sont dotées qui plus est d’un armement conséquent acquis à l’intérieur et hors de Palestine pendant la période du Mandat britannique. Les combats font rage avec les troupes israéliennes qui dans un premier temps sont défaites. Mais l’URSS escompte bien tirer profit du retrait britannique de la région pour imposer sa présence. Aussi, le camp israélien pour qui la superpuissance de l’Est a pris position reçoit rapidement des armes en provenance de Tchécoslovaquie via un pont aérien dès le 14 juin 1948. Le conflit tourne désormais à l’avantage des Israéliens. De fait, l’invasion arabe n’a plus que peu de répercussions tant Israël se distingue militairement par sa supériorité. Sur le terrain, Tsahal – « Tsava Haganah le Israel », armée de défense d’Israël formée à partir des milices de la Haganah - se rend maître en quelques semaines de la plus grande partie de la Palestine mandataire. Dès juin elle dégage Tel-Aviv de l’encerclement. Seules la rive occidentale du Jourdain investie par la Légion arabe de Jordanie et la bande de Gaza tenue par les forces égyptiennes restent en la possession des Arabes. Israël détient alors quasiment tout le territoire revendiqué par le mouvement sioniste comme « foyer national juif » à la Conférence de la paix de 1919.Une trêve d’une durée de quatre semaines vient à être signée entre les factions en conflit à l’instigation de l’ONU. Celle-ci de par ses obligations est responsable des engagements internationaux pris à l’égard des droits inaliénables du peuple palestinien. Ceux-ci n’ont pas été respectés lors du Mandat britannique et le sont d’autant moins à cette date du fait du plan de partage et de l’occupation militaire israélienne. Aussi le 29 mai 1948 le Conseil de sécurité ordonne un cessez-le-feu. Le comte Bernadotte nommé Médiateur de l’ONU par l’Assemblée générale le jour de l’expiration du Mandat britannique est dépêché au Proche-Orient pour rendre compte du cessez-le-feu et pour « promouvoir un ajustement pacifique de la situation future de la Palestine ». Suite à la trêve il propose que soit constituée une union de deux membres, l’un arabe et l’autre juif ainsi qu’un plan prévoyant des aménagements territoriaux aux frontières, le retour des réfugiés et des restrictions en matières d’immigration. Le 9 juillet le paquet est rejeté aussi bien par le camp arabe que juif, tous deux se braquant sur leur rhétorique maximaliste. Les hostilités reprennent et un deuxième cessez-le-feu est imposé le 18 juillet par l’ONU. Suit un autre plan partant alors du principe qu’Arabes et Palestiniens doivent reconnaître l’existence d’Israël. Il prévoit un Etat arabe comprenant la Transjordanie - à comprendre au sens régional du terme et non plus politique en se référant à la partie orientale désertique de la Jordanie - et la plupart des territoires attribués à la partie arabe de la résolution de partage onusienne du 29 novembre 1947, ainsi que la région du Neguev. La Galilée ferait partie du territoire de l’Etat juif. L’éternel et épineux cas de Jérusalem serait à nouveau placé sous le contrôle de l’administration des Nations Unies. Le plan insiste enfin sur le droit au retour des réfugiés. Ce nouveau projet ne rencontre pas plus de succès auprès des partie concernées si ce n’est l’unique approbation de la Jordanie. Le comte Bernadotte tente de proposer d’autres mesures, mais il est sciemment assassiné le 17 septembre par des hommes portant l’uniforme de l’armée israélienne dans une zone relevant du contrôle du Gouvernement juif de Jérusalem. Cet événement donne l’occasion aux autorités juives pour parachever le démantèlement du Lehi - le Groupe Stern - et de l’Irgoun devenus embarrassants et proclamés hors-la-loi le 20 septembre au profit de la Haganah. Quelques deux cents membres et sympathisants des deux factions terroristes désormais parias sont arrêtés. Nathan Yellin-Mor et son adjoint Matatiahou Schmulevitz sont arrêtés à Haïfa alors qu’ils s’apprêtent apparemment à quitter le pays. Ils sont condamnés non pour meurtre mais pour participation à une organisation illégale, puis rapidement amnistiés. Les deux autres personnalités du triumvirat à la tête du Lehi Itzhak Shamir, futur Premier ministre, et Israël Eldad, l’idéologue du groupe, échappent aux filets de la police. Quant au principal auteur du crime, Ye Hoshua Cohen, il deviendra le garde du corps personnel de Ben Gourion après que celui-ci ait pris sa retraite. La demande du Conseil de sécurité au Gouvernement israélien de lui fournir un rapport sur cette affaire est restée lettre morte jusqu’à ce jour. Le mois de septembre demeure fastueux en événements et rebondissements. Menahem Begin également membre influent de l’Irgoun puis du Lehi fonde le parti de droite « Herout », digne héritier de l’Irgoun et du parti révisionniste de Jabotinsky. Côté arabe, une assemblée de notables à Gaza proclament « un gouvernement palestinien de toute la Palestine » contrôlé par le Conseil National Palestinien ayant à sa tête le grand mufti Hadj Amin el-Husseini, n’ayant quant à lui jamais caché sa sympathie pour les nazis et ses prises de position viscéralement antijuives. Cette institution que ne reconnaît d’emblée pas le roi Abdallah de Jordanie sera ultérieurement dissoute par les autorités égyptiennes qui nommeront un gouverneur pour administrer la bande de Gaza. Il est à noter que dès lors le peuple palestinien se retrouvera sans représentants et ce jusqu’en 1959 à la création du Fath - ou Fatah - puis en 1964 à celle de l’OLP - Organisation de Libération de la Palestine. Puis du 15 au 30 octobre 1948, Tsahal conquiert ce qui reste de la Galilée arabe dont les habitants contre lesquels sont commis nombre d’exactions sont le plus souvent expulsés. En revanche, la plupart des villages chrétiens et druzes est pour leur part épargnée. L’armée jordanienne de son côté refuse de prêter main forte aux autres forces arabes prétextant de raisons militaires. Le 22 du mois Tsahal se livre à une opération foudroyante aux dépens des Egyptiens dans le Neguev qui lui est contesté par le plan Bernadotte. La population arabe se replie sur la bande de Gaza faisant passer le nombre de réfugiés dans cette zone de 100 000 à plus de 230 000. Le 1er décembre 1948, un congrès palestinien réuni à Jéricho vote le rattachement à la Jordanie. La déclaration concernant cette union rapporte entre autres : « Considérant l’avenir de la Palestine, (le Congrès) a adopté à l’unanimité que le Mandat qui lui a été imposé jusqu’au 15 mai 1948 sans le consentement de ses habitants a constitué un obstacle à son indépendance et à son rattachement à l’un des pays frères indépendants ; considérant que les Palestiniens jugent la situation actuelle de leur pays à la lumière des réalités politiques et militaires et estiment que le temps est venu pour eux d’assurer leur indépendance, de décider définitivement de leur propre sort et de s’associer avec les pays arabes voisins à une vie libre ; en conséquence le présent congrès décide que soit constitué de la Palestine et de la Transjordanie un seul royaume et que S. M. le roi Abdallah ibn al-Hussein soit proclamé souverain constitutionnel de Palestine. ». Le 7 décembre le Gouvernement jordanien donne en partie la réponse suivante : « Le gouvernement du Royaume transjordanien hachémite apprécie pleinement les vœux émis par les congressistes et la majorité de la population de Palestine en ce qui concerne l’unification des deux pays frères. Il les trouve conformes à ses objectifs et les accueille favorablement. En conséquence, il s’appliquera à les réaliser par les moyens constitutionnels et internationaux et conformément au principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. ». Cette décision est immédiatement rejetée par le gouvernement palestinien de Gaza que dirige le grand mufti. Pour comprendre cette suite d’événements qui peuvent paraître contradictoires, il est nécessaire d’avoir à l’esprit les perspectives géopolitiques et les objectifs poursuivis par chacun des acteur du conflit. En effet, lorsque les forces armées des différents pays arabes décident au sein du Conseil de la Ligue d’entrer en Palestine c’est, assurent-elles, pour sauvegarder le caractère arabe des Palestiniens, libérer le pays du sionisme, empêcher ainsi la création d’un Etat juif et en aucun cas intervenir avec des ambitions imaginées dans un esprit de conquête. Aussi lorsque le « Gouvernement palestinien de toute la Palestine » est créé seul le roi Abdallah s’y oppose arguant notamment que le moment était inopportun en raison de l’occupation sioniste empêchant le population de s’exprimer librement lors d’un scrutin. Il est bien clair que les intentions de la Jordanie est de s’approprier cette portion de territoire dont rappelons-le une bonne partie des titres de propriété appartenaient à divers notables du royaume hachémite lors de la domination ottomane. Il est nécessaire encore de préciser que le Congrès de Jéricho ne constitue pas en-soi un plébiscite ni les désirs et aspirations du peuple palestinien. En effet, celui-ci n’est pas formé d’éléments le représentant à proprement parlé ni de ceux, qui plus est, des régions sous contrôle de l’armée jordanienne. De plus, le Congrès de Jéricho exploite le drame des réfugiés et leur droit au retour sur leurs terres dans un but de propagande alors qu’il est de notoriété publique à cette date que les sionistes s’y opposeraient fermement, de même qu’ils n’envisageraient aucune forme de dédommagement à l’égard des réfugiés et qu’au contraire ce sont eux, les nouveaux occupants du pays, qui demanderaient à l’être par les pays arabes (sic). Les sionistes énoncent clairement ce point de vue à l’ONU. Du point de vue palestinien, sa population arabe n’approuvent pas les décisions prises par le Gouvernement jordanien. Elle les considère comme contrevenant à l’unité arabe et aux engagements pris par ce gouvernement aux réunions de la Ligue et multiples déclarations qui lui ont été faite par le roi Abdallah. La population palestinienne estime enfin que le principe du rattachement d’une partie de son territoire à la Jordanie constitue l’application du projet de partage que les différents gouvernements arabes et leur peuple respectif ont unanimement rejeté. Concernant les pays arabes maintenant, ceux-ci condamnent sans équivoque ce projet d’annexion à l’exception bien entendu de la Jordanie mais aussi de l’Irak, elle-même monarchie hachémite. Malgré ces divergences au sein du monde arabe, la Jordanie qui, se livrant à des manœuvres en coulisses au terme desquelles elle convient d’un accord secret avec Israël, annexe la Cisjordanie le 16 septembre 1948 - actuellement territoire palestinien prévu par les Accords d’Oslo. Le 24 septembre l’armée israélienne mène une offensive victorieuse dans le sud du pays contre les forces égyptiennes qui se voit contrainte de se replier – la région sera néanmoins administrée par l’Egypte jusqu’en 1967 par un accord tacite -. Tsahal espère de la sorte frapper de plein fouet l’Egypte qu’elle considère comme la nation forte de la Ligue et ainsi briser ce qui subsiste de l’unité arabe. Par là même, les défaites essuyées par l’Egypte permettent au roi Abdallah d’entrevoir à la Ligue un affaiblissement de l’opposition à ses desseins annexionnistes. La Jordanie aurait ainsi les coudées franches pour pousser ses avantages territoriaux sans se lancer dans une aventure militaire périlleuse. Les concessions de l’armée égyptienne inciteraient également la Grande-Bretagne à lâcher la bride sur les ambitions territoriales de la Jordanie dont elle s’est fait un allié après avoir retourné sa veste en soutenant désormais en apparence le monde arabe. Le 28 septembre Tsahal pénètre en territoire égyptien investissant le désert du Sinaï. A ce fait, la Grande-Bretagne réplique en menaçant d’intervenir militairement. Le Conseil de sécurité de l’ONU quant a lui condamne cette opération israélienne. Ben Gourion s’apercevant alors de l’isolement d’Israël sur la scène internationale et surtout redoutant une éventuelle intervention de la Grande-Bretagne dans le conflit annonce le retrait de ses troupes. Un cessez-le-feu devient effectif le 7 janvier 1949. Le 25 janvier 1949 Israël procède aux élections à l’Assemblée constituante du pays. Le 16 février le général Chaïm Weizmann est élu Président de l’Etat d’Israël. L’hostilité des pays arabes à un rôle de l’ONU dans la résolution de la question palestinienne va décroissant cependant que dans le même temps Israël accroît sa puissance militaire et consolide son occupation territoriale. Aussi l’ONU désireuse de mettre un terme à ces conflits et de voir régler le problème des réfugiés adopte à l’Assemblée générale du 11 décembre 1948 la résolution 194 (III). Celle-ci est inspirée en droite ligne des recommandations du comte Bernadotte et devient un document de référence essentiel pour la suite des événements. Elle recouvre une importance toute particulière en ce sens qu’elle établit expressément le droit au retour pacifique des Palestiniens dans leurs foyers. Ce droit est depuis cette date réaffirmé chaque année par l’Assemblée générale jusqu’à ce jour. Cette résolution dispose de ce qui suit. Premièrement, l’Assemblée crée une commission de conciliation siégeant à Jérusalem poursuivant en cela les fonctions du Médiateur - M. Ralph Bunche en lieu et place du Comte Bernadotte - et de la Commission de trêve. Deuxièmement, elle prie le Conseil de sécurité de prendre des mesures pour assurer la démilitarisation de Jérusalem et elle demande à la Commission de conciliation de présenter des propositions concernant un régime international permanent pour la ville, étant donné son importance pour les trois grandes religions mondiales. Enfin troisièmement, elle demande que le problème des réfugiés soit traité de la façon suivante : « …il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désiraient, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensations pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu du principe du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités responsables… ». La Commission de conciliation est créée en janvier 1949 et comporte trois membres : la France, la Turquie et les Etats-Unis. Les Etats arabes votent contre la résolution 194 (III) et refusent des négociations directes avec Israël. Néanmoins ils coopèrent avec la Commission précitée considérant qu’elle incarne le seul espoir d’un retour des réfugiés et d’un retrait israélien d’une part aux frontières fixées par la résolution relative au partage et d’autre part également de celui de Jérusalem. En avril de la même année se tient à Lausanne un réunion d’entretiens séparés entre les parties arabe et juive. Le fait le plus marquant de cette conférence est l’exclusion des Palestiniens, parfaitement orchestrée et voulue par la Commission de conciliation, de toute représentation politique lors des discussions. Après plusieurs désaccords, les Etats arabes et Israël finissent par signer le 12 mai deux procès-verbaux séparés par lesquels ils reconnaissent les frontières fixées par la résolution du plan de partage de 1947 comme bases de discussion avec la Commission. De ce fait, les deux camps s’accordent pour réaffirmer l’engagement international relatif à la création d’un Etat arabe palestinien. Un jour avant la signature soit le 11 mai, Israël est admis à l’ONU. Une première demande d’adhésion de l’Etat juif lui avait été déniée le 17 décembre 1948. La raison du refus du Conseil de sécurité de l’ONU est qu’Israël, qui détient à la date de sa demande d’adhésion le 29 novembre un territoire plus grand que celui prévu par le plan de partage, n’a pas respecté les résolutions des Natoins Unies. Aussi, lors de la deuxième tentative couronnée avec succès, Israël s’engage à respecter la Charte des Nations Unies et à appliquer les décisions onusiennes. En outre, Israël est la seule nation à avoir la qualité d’Etat et reçu un territoire par un acte de l’ONU à cette date. De plus, le préambule de l’admission d’Israël mentionne expressément son engagement à appliquer les résolutions 181 (II) et 194 (III) formant le noyau dur de la question palestinienne. Cependant, lors du paraphe des procès-verbaux à Lausanne, Israël fait savoir qu’elle émet certaines « réserves » quant au projet de création d’un Etat arabe palestinien. Tout d’abord il est absolument exclu qu’Israël admette le droit au retour des réfugiés. La raison en est qu’Israël considère, comme le confirme sa rhétorique jusqu’à aujourd’hui, qu’il s’agit là d’une manœuvre pour faire entrer un cheval de Troie dans l’Etat. Les Palestiniens sont irrémédiablement et systématiquement perçus comme une cinquième colonne susceptible d’amener de l’intérieur à la destruction d’Israël. Concernant les questions territoriales, Israël propose qu’au nord et au sud, soit entre le Liban et l’Egypte, les frontières soient fixées telles qu’elles l’étaient avec la Palestine pendant la période du Mandat. Les limites avec la Jordanie seraient selon les vœux israéliens pareillement les mêmes que celles qui prévalaient pendant l’époque susmentionnée. Enfin la partie centrale du pays - la Cisjordanie - serait astreinte dans son confinement en l’état actuel des choses en 1949, c’est-à-dire que les frontières seraient celles départageant les forces militaires de Tsahal de celles des Jordaniens. En outre, il n’est fait nullement mention du régime futur devant administrer la région. Ceci implique d’une part un territoire israélien beaucoup plus étendu que ne le propose la résolution du partage de 1947, mais d’autre part aussi la reconnaissance par Israël de l’occupation jordanienne de facto sur ce qui est prévu d’en faire un Etat arabe palestinien toujours selon la même décision internationale. Nulle place n’est donc envisagée pour l’établissement d’une entité politique palestinienne. Selon le camp arabe, les propositions émises par Israël concernant les frontières nord et sud constituent une violation flagrante des procès-verbaux du 12 mai, car elles impliquent des annexions plutôt que les aménagements territoriaux prévus dans ces documents. En termes clairs, Israël se refuse à tout retour aux limites fixées en 1947 qui doivent séparer respectivement l’Etat juif d’un Etat arabe à créer. Le rapport de la Commission de conciliation laisse entendre pour sa part qu’Israël envisage un Etat arabe palestinien limité aux territoires détenus par l’Egypte et la Jordanie, mais cette interprétation reste à l’époque inacceptable tant pour les Palestiniens que pour les Etats arabes. Les efforts de pourparlers lors de la Conférence de Lausanne se soldent finalement par un échec. Celui-ci trouve son explication dans les questions territoriales. Les Arabes s’en tiennent d’une part au plan de partage alors que les Israéliens veulent obtenir la reconnaissance de jure de tous leurs gains territoriaux. D’autre part, le retour des réfugiés palestiniens est devenu un sujet central des discussions et source d’un contentieux inextinguible. Par exemple, le Ministre israélien des Affaires Etrangères Moshe Chertok propose pour tout compte le retour de 100 000 réfugiés en Israël. Il suit en cela les 100 000 certificats d’immigration délivrés aux Juifs d’Europe en 1945. A ce chiffre, il soustrait néanmoins les Palestiniens arabes déjà rentrés sur leurs terres dans le cadre du regroupement familial le diminuant entre un quart et un tiers. Cette position est inadmissible aussi bien pour les Etats arabes que pour la Commission. Dans le même temps les procédures d’expulsions vont toujours bon train en Israël qui invoque des raisons sécuritaires. Le Médiateur de l’ONU réussit de son côté à négocier entre l’Etat juif et les autres Etats belligérants arabes des conventions d’armistice. Celles-ci stipulent entre autres la reconnaissance du principe selon lequel aucun avantage militaire ou politique ne doit être retiré du conflit. Ces conventions ne sont dictées que par des considérations militaires et non politiques. Elles ne prennent non plus pas en compte les positions des protagonistes concernant le règlement définitif de la question palestinienne. Elles ne donnent ainsi à Israël aucun droit sur les territoires occupés, théâtre des affrontements de 1948. Le 24 février 1949, les Accords de Rhodes conduits par le Médiateur mènent à la signature d’un armistice entre Israël et l’Egypte. Le 10 mars, deux jours après l’intronisation de Ben Gourion au poste de Premier ministre de l’Etat juif, un armistice israélo-libanais est entériné. Le 3 avril, c’est au tour de l’armistice israélo-jordanien d’être conclu. Enfin le 20 juillet, Israël signe un dernier armistice avec la Syrie. Officiellement, les parties concernées lors des accords ne se rencontrent pas. Elles passent par le représentant de l’ONU. Officieusement, c’est en coulisses dans les rencontres bilatérales que ressort l’essentiel des négociations qui, considérant cette manière de procéder, porteront ultérieurement le nom de formule de Rhodes. Mais la chose capitale que l’on retient de ces accords bien que d’ordre strictement militaire, c’est en premier lieu et pour la première fois la reconnaissance implicite de l’Etat d’Israël par un pays arabe, en l’occurrence l’Egypte par ordre chronologique. Par extension, l’Etat juif est admis comme entité politique au Proche-Orient en même temps que ses frontières méridionales sont provisoirement assurées. En second lieu, les récents combats dans le Néguev précédant l’armistice, consacrent les victoires de l’armée israélienne. La partie septentrionale de la région est alors sous son contrôle. Plus que pour l’Egypte qui n’y a pas de visées particulières, cela constitue avant toute chose un sérieux revers pour la Grande-Bretagne toujours intéressée par les accès maritimes au Proche et Moyen-Orient. Il est peut-être bon de rappeler encore que l’influence britannique - politique et militaire - demeure très présente en Egypte jusqu’en en juillet 1952 lors du coup d’Etat des « officiers libres » mené par le général Néguib. Enfin, la question de la partie orientale du Neguev demeure pendante des négociations entre Israël et la Jordanie, accusée par l’Egypte pour sa passivité et son attentisme qui auront conduit cette dernière à accepter l’armistice. Du 4 au 11 mars 1952, l’armée israélienne, faisant fi de l’armistice signé, occupe tout le Neguev jusqu’au Golfe d’Akaba s’offrant un accès direct à la Mer Rouge. L’occupant, par cette opération « fait accompli », donnant une claire illustration de ses intentions, prend possession d’un territoire qui lui revient selon le plan de partage de 1947. Au delà du prétexte invoqué, l’Etat juif se pose en unique héritier de l’ensemble des droits de l’ancien Mandat britannique. L’Egypte crie à l’imposture et dénonce une violation flagrante du texte de la convention d’armistice. De ce nouveau contentieux territorial naît une situation lourde de conséquences pour les années à venir. Cependant, Israël poursuit diplomatiquement sa quête politique de « paix » à Rhodes. Le 10 mars, l’accord d’armistice israélo-libanais se déclinant en dix points est paraphé en présence des représentants de l’ONU. Les troupes israéliennes commencent l’évacuation des localités qu’elles occupent en territoire libanais. Il est prévu que la signature du document ait lieu à Ras el Nakoura le 13 mai. Le jour suivant, six prisonniers juifs doivent être échangés contre trente-six autres libanais. Suivent les accords israélo-jordaniens. Ils se trouvent facilités par le fait que l’armée égyptienne s’est retirée de la Cisjordanie. Par conséquent, la Jordanie contrôlant seule la région, les négociations avec cette dernière sont uniquement bilatérales. Pour le cas de Jérusalem, Israël consent à l’internationalisation de la Vieille Ville occupée par la légion du roi Abdallah. En contrepartie celui-ci accepte la prise de pouvoir israélienne dans la ville neuve. Les deux protagonistes spéculent en fait sur une décision de la Commission de l’ONU qui entérinerait cet état de chose. Les accords débouchent sur un armistice définitif. Il est convenu d’une ligne permanente de démarcation suivant celle du front et dans le sud de la Palestine mandataire l’ancienne frontière internationale. Le Triangle arabe délimité par les trois villes Tulkarem, Naplouse et Jenine tenu précédemment par l’armée irakienne qui délègue son pouvoir à la Jordanie avant les négociations, subit une modification. Deux routes stratégiques tombent sous contrôle israélien. Une clause stipule : « Seules des forces de défenses pourront être dans un secteur de dix kilomètres de profondeur de chaque côté des lignes de démarcation, sauf là où la géographie du terrain rend cette disposition inapplicable, comme dans l’extrême sud de la Palestine ou le long de la côte. ». Israël dispose ainsi d’un droit pour installer à proximité du Golfe d’Akaba des forces autres que celles considérées d’ordre défensif. Le 20 juillet marque la signature du dernier de ces accords entre Israël et la Syrie. Celui- ci commence également sous de bons auspices, car le régime syrien du colonel Zaïm a déjà proposé à son interlocuteur d’échanger tous les juifs prisonniers contre le lieutenant syrien Hussein Um Khazzem, neveu du dictateur. Zaïm intercède également en faveur de l’installation d’un très grand nombre de réfugiés palestiniens dans le pays. L’accord prévoit un retrait de toutes les forces militaires syriennes du territoire israélien et inversement l’Etat juif évacue les points de Syrie qu’il occupe. Une zone démilitarisée dont le statut politique futur reste équivoque est créée entre l’ancienne frontière internationale syro-palestinienne et les lignes de démarcation conclues par la trêve. Le traité d’armistice pourvoit enfin à la création d’une force de police locale sous le commandement du délégué des Nations Unies et l’échange des derniers prisonniers de guerre. Ainsi, au terme des quatre accords, les lignes d’armistice relèvent de l’autorité morale des Nations Unies en application de la résolution adoptée par le Conseil de sécurité le 16 novembre 1948. Celles-ci se substituent aux lignes de front des batailles résultant du jeu des forces armées au cours de la crise que le système de trêve avait seulement atténuée. Les quatre armistices n’apportent certes pas une paix définitive, mais contribuent pour le moins à stabiliser momentanément la situation. Une accalmie durable instituée par une vraie paix n’est possible en 1949 que par la résolution des problèmes brûlants tels celui des réfugiés palestiniens. Malheureusement, ces sources de contentieux sont traitées de manière équivoque et sans réel compromis pouvant satisfaire les parties concernées, lorsqu’elles ne sont pas simplement mises en veilleuse. Par exemple, les Etats arabes s’en tiennent résolument à leur position définies à Lausanne concernant les frontières. Les conventions d’armistice font apparaître quant à elles des contentieux territoriaux. De plus, inquiets de la puissance militaire grandissante de l’Etat juif, ceux-ci cherchent à se réarmer. Or, faisant tous partie de la zone d’influence occidentale, ils ne peuvent que s’adresser aux trois grands que sont les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne pour obtenir des armes. Mais ces trois puissances se refusant à une course à l’armement dans la région publient une déclaration tripartite le 25 mai 1950 par laquelle elles croient pouvoir satisfaire les protagonistes en maintenant le statu quo territorial créé par les lignes d’armistice. Les Etats arabes interprètent alors cette décision comme la volonté de favoriser Israël. Les grands perdants de la première guerre israélo-arabe ne sont pourtant pas les Etats arabes qui ont dû se résoudre à signer l’armistice avec Israël qui en a profité pour étendre et asseoir le domaine de ses possessions, mais les habitants autochtones de feue la Palestine qui après avoir tout perdu vivent désormais dans des conditions souvent effroyables. Certains sont répartis dans les pays arabes voisins. En 1950, l’UNRWA - Office de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine – émanant de l’organisation onusienne recense plus de 450 000 réfugiés en Jordanie, 120 000 au Liban et 80 000 en Syrie. D’autres demeurent à Gaza - administrée par l’Egypte -, une bande de terre stérile de quarante kilomètres de long sur six de large où résident quelque 250 000 personnes entassées dans des camps sinistrés. D’autres encore sont regroupés dans des villes et des villages où leurs conditions sont parfois pires que celles dans des campements. Aussi, la question des réfugiés au lendemain de la guerre devient un thème central dans le contentieux israélo-arabe qui ne s’est apaisé que temporairement. Du point de vue arabe, la population palestinienne a été expulsée délibérément par les sionistes qui ont de la sorte réalisé le « transfert » dont il parlaient au moins depuis le plan Peel. Pour les Israéliens, les réfugiés ont quitté leurs foyers à l’instigation des gouvernements arabes et parce qu’ils ne voulaient pas vivre avec les Juifs. Des études ont montré sur ce point qu’avant le 15 mai 1948, date de l’incursion arabe dans l’Etat juif autoproclamé la veille, il n’y a pas d’expulsions délibérées pratiquées par les militaires juifs, mais une panique de la population et des expulsions liées à des nécessités militaires prises dans un sens large. Par contre, après le 15 mai, on enregistre moins de fuites que d’expulsions ordonnées sur un plan local pour, officiellement, des raisons de sécurité. De fait et suivant cette logique, les Arabes sont des ennemis réels ou potentiels. Leur refoulement ou leur cantonnement obéit dès lors à des nécessités locales et non à des ordres généraux. Aussi, pour les exécutants israéliens, il n’y a rien de choquant dans ces mesures puisque il s’agit d’un combat pour la survie et qu’ils ont toujours ressenti ces mêmes ressortissants arabes palestiniens comme des occupants sans droits et sans légitimité sur la Terre d’Israël. A ce titre, l’usage du vocabulaire utilisé par les sionistes est révélateur. Les conquêtes territoriales sont appelées « libération » de même que l’on se défend d’accorder à la population arabe la dignité de constituer un peuple. Golda Meir ira jusqu’à dire à ce propos : « les Palestiniens n’existent pas ». En outre, il n’existe aucun document authentifiant des appels arabes à évacuer les terres pour permettre aux armées d’intervenir. Pas plus n’y a-t-il de trace d’un ordre général d’expulsion provenant du camp israélien. Aussi, la question fondamentale est de savoir pourquoi les Palestiniens n’ont jamais été autorisés à revenir dans leurs foyers plutôt que de s’obstiner à déterminer la cause exacte de leur départ pendant la période de troubles sanglants. Une fois de plus, pour les responsables israéliens, la sécurité du pays et sa survie ne doit passer que par l’homogénéisation de sa population et donc par l’expropriation des terres arabes qui constitue la très grande majorité du sol d’Israël. Faute de quoi, arguent-ils, il est exclu de parler d’un Etat juif. Le nombre total des réfugiés palestiniens est estimé au lendemain de la guerre entre 700 000 et 800 000. L’ONU organise une aide d’urgence puis cherche une solution à trouver sur le long terme qui puissent satisfaire convenablement les intéressés. Ainsi, une mission économique - la Commission Clapp - est créée afin de déterminer sur le terrain les alternatives possibles. Si les Etats arabes acceptent l’aide d’une organisation internationale, ils se refusent en revanche à toute réinstallation des réfugiés sur leur territoire. Le 18 novembre 1949, la Commission table sur un budget de 53,7 millions de dollars dont 5,5 millions sont alloués à titre de secours jusqu’au 1er avril 1950. Le reste réparti en deux tranches est destiné à financer de grands travaux. L’une de 27 millions jusqu’au 31 décembre 1950 et l’autre de 21,2 millions jusqu’au 30 juin 1951. Les fonds doivent être administrés par un organisme international et les travaux menés sous la direction des différents gouvernements arabes après conclusion d’accords. Ainsi, le 8 décembre 1949, l’Assemblée générale de l’ONU convient de l’établissement de l’UNRWA en tant qu’organisme chargé du dossier. Il faut relever deux choses à ce propos. D’une part, les droits du peuple palestinien ayant été bafoués avec la complaisance des Nations Unies, celles-ci se sentent coupables de ce qui est advenu du sort des réfugiés. D’autre part sur le plan international, la Guerre froide devient une réalité qui s’affirme avec de plus en plus d’acuité. Aussi, les puissances occidentales ne peuvent se résoudre à laisser se développer dans la région un foyer de troubles et d’instabilité dont pourrait tirer profit le bloc communiste. Comme il l’a été maintes fois précisé, les Proche et Moyen-Orient revêtent de la plus haute importance stratégique considérant ses nombreux carrefours maritimes et ses ressources pétrolières. Dans les premières années, l’UNRWA va tenter non officiellement, via l’élaboration des grands travaux, de réinstaller les réfugiés dans les pays où ils se trouvent. Cette politique échoue pour trois raisons essentielles. Premièrement, les projets hydrauliques liés directement à la gestion de l’ensemble du bassin versant du Jourdain se heurtent à l’opposition déterminée d’Israël pour qui l’eau est vitale - ce qui est un fait vu le climat. Deuxièmement, l’idée de réintégrer les paysans palestiniens au monde rural va à contresens des nouvelles réalités mondiales qui voient se développer le phénomène de l’exode rurale tendant à démontrer qu’il n’y a plus de place pour les nouveaux venus. La plupart des camps deviennent des banlieues, voire des quartiers des grandes villes. Enfin troisièmement, les gouvernements arabes malgré leurs déclarations de solidarité se montrent, pour diverses raisons, réticents à permettre aux réfugiés à se sédentariser chez eux. Relevons une certaine hypocrisie des Etats arabes voisins qui se servent du problème des réfugiés palestiniens comme d’un alibi pour maintenir la cohésion contre Israël au sein de la Ligue arabe. Il ne faut pas oublier que durant l’année 1949 se déroulent les Accords de Rhodes. Ainsi la tragédie du peuple palestinien constitue un point fort du cahier de doléances pour les revendications des pays du monde arabe. Pourtant, ceux-ci ont un besoin criant en infrastructures et travaux publics en tout genre. En 1950, compte tenu des entraves mises à l’intégration qu’ils évitent à tout prix, seuls 17 % des fonds de l’UNRWA sont consacrés à des occupations utiles pour les réfugiés alors que 70 % le sont pour leur rationnement. Le propos mérite toutefois d’être quelque peu plus nuancé. Au début des années cinquante, les Etats arabes du Proche-Orient gèrent somme toute les principales masses des réfugiés qui continuent de s’accroître pour deux raisons. La première découle de la politique d’Israël qui n’a de cesse de recourir aux mesures d’expulsions contre les populations bédouines principalement. La seconde est due au taux d’accroissement naturel galopant de la population palestinienne comptant parmi les plus fort au monde. De plus, il est nécessaire de prendre en compte les réalités sociales des pays arabes concernés par le problème. Le Liban connaît à un équilibre confessionnel fragile que l’intégration des réfugiés palestiniens, en grande majorité sunnites, pourrait déstabiliser. La Syrie bien qui agit au nom du panarabisme octroie les droits de ses nationaux aux réfugiés sans cependant leur accorder ceux politiques. L’Egypte est pour sa part surpeuplée. Elle accepte les Palestiniens dans son réseau scolaire mais se défend de pouvoir les absorber de manière durable sur son sol. Seule la Jordanie fait exception. Elle donne la citoyenneté et procède à la fusions des administrations et des systèmes juridiques jordaniens et cisjordaniens. Mais les clivages entre les deux sociétés - palestinienne et jordanienne - restent importants. Les Palestiniens sont économiquement plus développés et culturellement différents. Ils considèrent par ailleurs que le monarque hachémite les a trahis par son alliance avec les sionistes qui visait à se partager la Palestine. Une des très grande réussites de l’UNRWA est la réalisation d’un réseau scolaire considérable faisant des réfugiés palestiniens la population arabe la mieux éduquée. Signe que les Palestiniens se constituent à leur tour en diaspora où le principal bien - immatériel – est la richesse intellectuelle que l’on peut emporter n’importe où avec soi. Le regroupement familial permet dans les camps la reconstitution de réalités géographiques disparues qui furent leurs villes ou villages perdus ou détruits. Ainsi, l’identité palestinienne ne fait que se renforcer. Enfin, il existe encore au sein de cette société un phénomène migratoire. Les réfugiés palestiniens pour beaucoup forment une élite déjà familiarisée aux techniques modernes. Ainsi, les Etats du Golfe Persique dont le développement s’est accéléré dans les années cinquante en raison de l’exploitation grandissante des ressources pétrolières s’attachent les services de nombreux Palestiniens. Mais les sociétés du Golfe aux structures bédouines et claniques particulièrement affirmées ne sont guère perméables à une politique d’intégration des réfugiés. Après la « nakhba » - la catastrophe causée par la perte du pays et la dispersion de sa population -, ce sont les Juifs d’Israël qui vont s’adonner à la construction de l’Etat. En marge de cette tâche, la Cisjordanie est annexée à la Jordanie le 24 avril 1950. La partie Est de Jérusalem revient ainsi au royaume hachémite, seul Etat arabe à être favorable à cette mesure. En effet, la Ligue arabe s’oppose à l’intégration de ce territoire. Le 27 mars 1950, l’ancien chef du gouvernement de toute la Palestine - Hadj Amin el-Husseini - est désigné pour représenter la Palestine au sein du Conseil de la Ligue en dépit de l’opposition de la Jordanie. Le 13 avril, il rappelle le droit de son peuple à l’autodétermination. Pourtant, le 24 du mois, malgré des élections tenues sur les deux rives du Jourdain, le Parlement jordanien approuve le rattachement territorial. La réaction de la Ligue est de rejeter cette décision. Celle-ci considère par une résolution adoptée le 12 juin que la Cisjordanie est confiée en « dépôt ». Les Etats arabes réaffirment de la sorte vouloir conserver le caractère arabe de la Palestine, son indépendance et l’intégrité de son territoire. Ainsi, la Cisjordanie devrait être restituée le jour où les autres parties du pays seraient libérées de l’occupation sioniste. Concernant ce différend, Israël marque quant à lui aussi son refus de reconnaître la légitimité de l’annexion pour des raisons évidemment toutes autres. Il se donne ainsi la possibilité d’émettre à l’avenir des revendications territoriales sur la région. Mais dans l’immédiat, la priorité se focalise sur la construction de l’Etat. Celle-ci s’articule sur la doctrine de l’étatisme - « mamlakhtiyout » - et se décline en plusieurs points. Tout d’abord, il s’agit d’opérer le passage du sionisme en tant que mouvement doté d’institutions préétatiques, fonctionnant aussi bien dans le yichouv que dans la diaspora, à la réalité de l’Etat-nation. Il faut donc séparer ce qui appartient à la société civile de l’Etat. La première étape de ce programme est la mise en place du monopole de la violence légitime, souci majeur des dirigeants juifs de l’époque. Celle-ci se voit compliquée par le consensus à trouver. Durant la guerre les forces armées de la droite révisionniste - Irgoun et Lehi - sont intégrées à l’armée israélienne régulière. Pareillement, celles de l’aile gauche marxisante - le Palmach et dans une moindre mesure la Haganah - le sont également. Dès que la pression des opérations militaires se relâche, on s’interroge sur les relations entre l’Organisation sioniste, l’Agence juive et les institutions qui en dépendent d’un côté et l’Etat d’Israël de l’autre. On s’attache à trouver une complémentarité entre les rôles respectifs de chacun et de définir la nature de l’Etat juif tout particulièrement dans ses rapports avec ses citoyens non juifs. La deuxième étape relève des questions concernant le peuplement d’Israël. Par extension, cela sous-entend le problème de l’interaction entre immigration et sécurité nationale. Cette dernière se formule par une équation très simple : plus Israël sera peuplé et de ce fait les terres des réfugiés palestiniens occupées, plus l’Etat sera sûr. Ainsi, la sécurité nationale s’assoit sur trois piliers dont le premier est constitué par les forces militaires de l’armée, le deuxième par la poursuite d’une « politique de paix » dans les relations avec les Etats voisins et par la nécessité de porter la cause sioniste à la connaissance des peuples de même que d’en expliquer la nature à l’opinion publique mondiale et le troisième par la colonisation des terres alimentée par l’aliya. Suite à la guerre, l’Assemblée générale de l’ONU rejette le 9 décembre 1949 le projet d’internationalisation de Jérusalem proposé par la Commission. Elle revient sur les termes du plan de partage faisant de Jérusalem un corpus separatum administré par les Nations Unies. Quatre jours plus tard, les autorités juives y transfèrent de Tel-Aviv le Gouvernement et le Parlement. Le 1er janvier 1950, Jérusalem, la capitale éternelle de l’Etat juif selon Ben Gourion et les tenants du sionisme, le devient officiellement dans le pays. En dépit de l’opposition d’Israël et de la Jordanie également, le Conseil de tutelle de l’ONU adopte le 4 avril 1950 un règlement complet organisant le corpus separatum constitué par la Ville sainte. Bien que non appliqué dans les faits, ce statut reste encore aujourd’hui le seul texte juridique valable au niveau international. Alors que l’Arabie saoudite, l’Egypte, le Liban, la Syrie et le Yémen signent un traité de défense commune et de coopération économique le 17 juin 1950 - l’Irak et la Jordanie y adhéreront respectivement en 1951 et 1952 -, Israël adopte le 5 juillet la « loi du retour » par le biais de la Knesset – le Parlement israélien. Cette loi constitue la mesure la plus essentielle dans l’organisation de l’immigration. Celle-ci relève en fait des tâches des institutions sionistes qui ont une indépendance théorique par rapport à Israël puisque ce dernier s’est attaché dès sa fondation à la définition du rapport entre l’Etat et la diaspora de même qu’à la séparation des compétences de chacun. Cette relative autonomie des institutions sionistes permet de créer un canal conséquent d’aide matérielle à la seule population juive du pays et ainsi d’éviter d’en distribuer une partie aux autres composantes démographiques, ce qui devrait être le cas si l’Etat en était le distributeur direct. Dès la proclamation d’indépendance le 14 mai 1948 il est déjà dit : « L’Etat d’Israël sera ouvert à l’immigration juive et au Rassemblement des dispersés ». Selon les thèses sionistes, ce droit au retour n’est pas établit par l’Etat, mais il existe de tout temps pour tous les descendants d’Abraham, Isaac et Jacob depuis que le pays de Canaan leur fut promis par Dieu. Aussi, l’Etat d’Israël reconnaît ce droit millénaire qui le formalise alors par l’aval de son Parlement. Cet acte met une nouvelle fois en lumière le caractère particulier d’Israël ne se souciant pas seulement du bien-être de ses citoyens de l’heure actuelle, mais qui considère au travers de ses plans de développement également ceux des futurs citoyens issus de la diaspora. A titre d’exemple, depuis le jour de la proclamation d’indépendance jusqu’à la fin de 1950, 415 000 Juifs viennent s’établir en Israël, soit plus des deux tiers de la population juive à la date du 14 mai 1948. Mais dans le même temps, une forte immigration et la colonisation passent inéluctablement par l’expropriation des biens arabes. Du fait du reste d’une population arabe résiduelle dans le pays, les lois de l’Etat juif - censé traiter de manière impartiale chaque individu sur son territoire - introduisent une distinction entre ce qui concerne le domaine de l’Etat valable aussi bien pour les Juifs que pour les Arabes et ce qui ne concerne que la nation et donc que les Juifs. Par exemple, des institutions sionistes prémandataires sont maintenues afin de dispenser leurs services économiques et sociaux à la seule population juive. De même, Israël se dote d’une législation sur les propriétés des exilés palestiniens à qui on interdit le droit au retour. Aussi, lorsque Israël recourt à la nationalisation du sol, celle-ci ne signifie pas que la propriété des terres revient à l’Etat tel que ce fut le cas dans les pays du bloc communiste, mais qu’elle devient propriété de la nation et donc encore une fois des Juifs. Les terres concernées par ces mesures sont de deux sortes. Certaines sont des biens « ennemis », à savoir qu’elles appartenaient principalement aux Templiers allemands dont les avoirs avaient été mis sous séquestre lors de la Deuxième Guerre Mondiale par la puissance mandataire puis récupérés par les nouvelles autorités juives. Les autres constituant la très grande majorité du territoire israélien se composent des terres que durent abandonner les Arabes lors du conflit de 1948. Jusqu’à ce jour une faible proportion est donnée à bail pour la mise en culture. Sur la forme, c’est le Fonds national juif fondé en 1901 à l’instigation de l’Organisation sioniste mondiale afin de « racheter le pays d’Israël au nom du peuple juif » qui bénéficie des transferts des terres générés par l’Organisme de développement sous le couvert de la loi. La principale résultante de ce procédé en est que la presque totalité du pays sera la propriété inaliénable du peuple juif - et non de l’Etat. Le Fonds national ne peut en effet pas vendre ces avoirs territoriaux. Seule la mise à bail pour une durée maximale de quarante-neuf ans est autorisée. A ce jour, les avoirs du Fonds national se montent à environ deux millions de dunams sur lesquels il a un droit d’option induisant le fait qu’il possède déjà la quasi totalité des terres d’Israël. Seuls 600 000 dunams ne sont pas de son ressort, c’est-à-dire les propriétés privées juives, celles des Arabes demeurant toujours dans le pays et les superficies réservées à l’Etat. Un autre défi occupe encore le nouvel Etat d’Israël durant les années cinquante. Il s’agit de l’enjeu constitué par l’« orientalisation » de sa population. En effet, l’holocauste causé par les nazis lors de la Deuxième Guerre Mondiale et la mise en place du rideau de fer somme toute plus tardif et moins strict en ce qui concerne les Juifs mettent fin à la grande vague d’immigration des Juifs de l’Europe de l’Est. Désormais, le principal réservoir humain est constitué de Juifs sépharades des pays arabes et musulmans dont la situation sociale est mise à mal depuis la guerre d’indépendance israélo-arabe de 1948. Dans un premier temps, ce sont les communautés sépharades du Yémen et de l’Irak qui affluent. Puis, viennent celles du Maghreb au fur et à mesure des indépendances de ces pays ainsi libérés du colonialisme. Par conséquent, les Juifs ashkénazes deviennent petit à petit minoritaires ce qui engage un débat de fond sur la nécessité d’éviter cette « orientalisation » d’Israël. Pour les tenants du sionisme, il ne fait aucun doute que l’Orient est sur le déclin et que l’Occident le surclasse très largement en affirmant sa supériorité. Les sépharades se trouvent en retard sur leurs coreligionnaires ashkénazes et de ce fait, il s’agit impérativement de veiller à garder la prépondérance des valeurs occidentales et de les inculquer aux nouveaux venus. Telle est la véritable guerre culturelle commençant à cette période qui laissera des traces durables dans l’histoire du pays. Concernant ses rapports avec l’extérieur, Israël met en place une politique visant sur le fond à assurer toujours plus sa sécurité - son plus grand souci. Pour ce faire, il cherche inlassablement à se renforcer et à surpasser les pays du Moyen-Orient qui sont perçus non sans raison depuis 1948 comme autant d’ennemis d’Israël. D’une part, l’Etat juif recourt au renforcement constant de sa puissance militaire afin de dissuader les Etats arabes voisins de l’attaquer engendrant par là même un cercle vicieux. Les pays arabes se sentant à leur tour menacés constituent alors des armées de plus en plus puissantes ce qui incite encore Israël à consentir des moyens supplémentaires pour se renforcer. La boucle est bouclée et la course à l’armement ininterrompue. D’autre part, les stratèges israéliens n’ignorent pas les faiblesses sociales internes des Etats arabes. En effet, les Proche et Moyen-Orient sont constitués de populations où s’assemblent nombre de minorités ethniques et religieuses qui par ailleurs pour certaines d’entre elles ont déjà combattu aux côtés des sionistes lors du conflit de 1948. Considérant ce facteur qui adroitement manipulé peut s’avérer déstabilisateur, Israël tente de diviser pour mieux régner. Ses responsables politiques envisagent la possibilité de reconstituer la région en Etats communautaires homogénéisés dont certains seraient placés sous la protection militaire israélienne. Par exemple, les Tcherkesses, peuple musulman venant des montagnes du Caucase, pourraient être utilisés comme cinquième colonne en Syrie et en Jordanie. Les Assyriens, des Chrétiens venant d’une région à la croisée entre la Turquie, l’Irak et l’Iran, constitueraient une force hostile à l’Irak. Les Druzes sont pour leur part vus comme un potentiel ennemis de la Syrie. Les chrétiens du Liban aspirent quant à eux à rendre leur pays majoritairement chrétien en y intégrant les minorités chrétiennes de Syrie et en abandonnant certaines régions à prédominance musulmane, soutenus en cela par le Vatican. Enfin les Kurdes formant la plus grandes de ces minorités sont dispersés à raison de plusieurs millions en Turquie, en Iran, en Irak et en Syrie. Ils équivaudraient à de puissants alliés contre les deux derniers cités. Ainsi, l’enjeu pour Israël consiste à susciter des pactes avec ces peuples dont les intérêts et le développement doivent être favorisés afin de gagner leur soutien. En mars 1951 Israël se dote du Mossad - l’« institut » en hébreu - qui est le service de renseignement extérieur de l’Etat juif. Il est dirigé par Isser Harel, un proche de Ben Gourion, de 1952 à 1963. Le 9 avril 1951 des combats entre Israéliens et Syriens reprennent aux abords du lac de Tibériade. Un des points culminants de l’année dans la région survient le 20 juillet lorsque le roi Abdallah de Jordanie est assassiné par un réfugié palestinien. Le souverain hachémite qui croyait possible une coexistence harmonieuse entre la communauté juive et l’Orient arabe, qui projetait l’établissement d’une grande Syrie née de l’unification des deux pays et qui n’avait aucune confiance en la Ligue arabe paye pour son alliance passée avec l’Etat hébreu considérée dans le monde arabe comme une traîtrise. Dix jours plus tard, les travaillistes pérennisent leur pouvoir en Israël en remportant 40 % des voix aux élections législatives. Le 23 août, l’Etat juif signe un traité d’amitié avec les Etats-Unis dont le Président républicain est désormais Eisenhower. Enfin, le 10 novembre, la Grande-Bretagne, la France, la Turquie et les Etats-Unis s’unissent pour former à eux quatre un commandement suprême de défense du Moyen-Orient. En 1952, les Etats arabes doivent faire face à des problèmes intérieurs. Farouk, souverain d’Egypte, doit abdiquer sous le coup de la révolution menée par le général Néguib. La Syrie connaît des crises politiques à répétition. Quant à la Jordanie, elle se trouve aux prises à une instabilité monarchique depuis la mort d’Abdallah. Aussi, ces pays ne prennent que très peu d’initiatives contre Israël qui adopte le 1er avril la loi sur la nationalité, conférant la nationalité israélienne à tout immigrant s’établissant dans le pays en vertu de la loi du retour. Cependant L’Etat juif doit faire face le long des lignes de démarcation à une intensification des infiltrations d’assaillants palestiniens qui attaquent militaires et civils. Les représailles d’Israël se font vives. Ainsi, ce climat à nouveau délétère nourrit une tension permanente dans la région. Cette année voit également le 9 novembre le décès du chef de l’Etat juif Chaïm Weizmann, un des principaux artisans de la création d’Israël. Il est remplacé au poste de Président par Isaac Ben Zvi, lui même étant un des fondateurs du parti travailliste Mapaï. Survient alors un événement capital aux répercussions internationales l’année suivante. Le 9 février un attentat perpétré contre la délégation soviétique en Israël entraîne la rupture temporaire des relations diplomatiques entre les deux pays. Mais ce qui est déterminant est que l’URSS qui vit la fin de la période stalinienne va abandonner sa politique de soutien actif au bénéfice de l’Etat juif pour se tourner vers les pays arabes en pleine effervescence révolutionnaire. Les Etats-Unis ne demeurent évidemment pas en reste face à la menace communiste opérant un revirement dans la région pour y asseoir son influence. Dès son entrée en fonction, l’administration Eisenhower décide de s’intéresser directement à la question du Moyen-Orient. Foster Dulles est le premier Secrétaire d’Etat américain à effectuer une tournée en 1952 dans tous les pays de la région. Il y recueille des réponses divergentes de chaque gouvernement à ces interrogations. Les Américains tentent alors d’élaborer un plan global susceptible de mobiliser tout le Proche-Orient dans la perspective de la guerre froide. Désireux de s’attirer la sympathie et la confiance des deux camps antagonistes, ils s’attachent à vouloir mettre sur pied une politique impartiale tout en partant du principe qu’Israël a sa place dans la région et qu’une paix durable est possible. Aussi, le projet américain est de constituer un bloc pro-occidental afin d’éliminer toute intrusion possible du monde communiste. Il s’agit d’éradiquer toute propagande soviétique qui pourrait gagner les milieux révolutionnaires enclins au changement. Selon cette logique, il y a nécessité d’instaurer des régimes autoritaires capables de réaliser les réformes sociales indispensables et en même temps éliminer les oppositions entre Britanniques et Arabes qui nourrissent les ressentiments à l’égard de l’Occident. Ces conditions-cadres devaient ainsi, selon la perspective américaine, être génératrices d’une réduction des tensions et d’une paix définitive. Mais les tensions persistantes sur les lignes de démarcation perturbent la démarche américaine. Scénario bien connu de nos jours, les attaques d’un camp font suite inéluctablement aux représailles de l’autre. L’armée israélienne qui sous l’impulsion du général Moshe Dayan s’est dotée d’unités de commandos ne contribue qu’à envenimer la situation. Dans la nuit du 14 au 15 octobre 1953, l’une d’elle commandée par Ariel Sharon attaque le village jordanien de Kibia. Cinquante-six civils y laissent la vie. Israël est sévèrement blâmé par l’ONU. Officiellement, le commando s’est contenté de faire sauter les maisons, les croyant vides. Connaissant l’habitude des soldats israéliens de tirer à vue, il est compréhensible que les habitants du village ne soient pas sortis. Le 19 octobre Ben Gourion déclare que la responsabilité des représailles de l’armée juive incombe au Gouvernement jordanien qui durant des années a permis meurtres et pillages. Pareillement l’attaque d’un autocar israélien dans le Néguev en mars 1954 entraîne une expédition punitive menée contre le village jordanien de Nahaleen. Les Etats-Unis lancent alors le plan Johnston visant à l’exploitation commune par les Juifs israéliens et les Arabes des eaux du bassin du Jourdain, alors que celles-ci font déjà l’objet d’une controverse à l’automne 1953, les Etats arabes dénonçant la tentative israélienne d’en détourner le cours à son profit. Par ailleurs, le plan inquiète le clan arabe en ce sens qu’il l’amènerait, si coopération, à reconnaître sans grande contrepartie la légitimité de l’Etat juif. Ce dernier qui prend pour nouveau Premier ministre Moshe Sharett du Mapaï au jour du 24 novembre 1953 redoute pour sa part que le plan n’hypothèque son avenir économique. Puis dans les premiers mois de 1954 la Syrie et l’Egypte sont toujours absorbées par leurs problèmes de politique intérieure. L’Irak de Nuri Saïd, farouche pourfendeur du sionisme et soutenu par les Anglo-Saxons marque, du fait de la faiblesse égyptienne, des velléités d’une prise de pouvoir sur l’Orient arabe. Israël toujours aussi isolé politiquement dans la région s’inquiète de cette passe d’armes. La France qui voit dans le nouvel Etat l’instrument possible de la restauration de sa grandeur déjà évanescente lui livre des armes. En misant sur Israël, La France contrecarre la Grande-Bretagne « pro-arabe » et table ainsi sur le maintien du statu quo régional. L’inquiétude israélienne ne fait cependant que croître d’une part par la volonté de l’administration Eisenhower qui, bien que soucieuse de trouver une solution aux tensions du Proche-Orient, se refuse, affirme-t-elle, à tout parti pris. D’autre part, Nasser, ardent défenseur de la cause panarabique et qui détient les rênes du pouvoir réel en Egypte après la destitution de Néguib en novembre 1954, obtient la signature du Traité anglo-égyptien du 19 octobre de la même année réglant le statut du canal de Suez par le départ des troupes britanniques stationnées dans le pays. Depuis la guerre d’indépendance de 1948, les Etats arabes maintiennent un embargo économique sur Israël. L’Egypte empêche les navires à destination ou en provenance d’Israël de franchir le canal. Le retrait britannique de la garde de ce point de passage stratégique renforce davantage la position égyptienne, d’autant plus que la relève comprend la remise d’entrepôts militaires et surtout de pistes d’aérodromes, lui permettant du même coup d’augmenter son potentiel armé et sa capacité d’attaquer l’Etat juif. Celui-ci déplore encore la politique du statu quo engendrée par les puissances occidentales en vertu de laquelle ces dernières suscitent une surenchère guerrière par leurs fournitures d’armement aux deux camps. L’aide militaire américaine aux pays arabes est inacceptable pour les dirigeants de l’Etat juif qui voient là un facteur de rupture de l’équilibre militaire dans la région. Dans le même temps, l’Egypte laisse entendre qu’elle serait prête à un règlement pacifique avec Israël. Ce dernier ne demeure pas moins dubitatif et sceptique quant à la nature des intentions réelles de son ennemi qu’il soupçonne d’élaborer une possible supercherie visant à tromper également les Etats-unis. Dans cette perpective, le ministère israélien Lavon de la Défense organise à l’insu du Président du Conseil une campagne d’attentats terroristes contre les intérêts américains en Egypte afin de faire croire à une instabilité du régime politique en place et de faire capoter un éventuel accord de paix. Le scandale éclate, mais aucun dirigeant israélien n’endosse la responsabilité de l’affaire. Cependant le « scandale Lavon » entraîne la chute du ministre de la Défense remplacé à ce poste par Ben Gourion le 21 février 1955. Trois jours plus tard, l’Irak et la Turquie signent un traité de défense mutuelle connu sous le nom de « Pacte de Bagdad » auquel se joignent la Grande-Bretagne, le Pakistan et l’Iran respectivement les 4 avril, 23 septembre et 3 novembre. Ce pacte est destiné à s’élargir à l’ensemble des pays entre la Méditerranée et le Pakistan. Le 28 février le nouveau ministre Ben Gourion lance un violent raid contre Gaza, officiellement en représailles contre les infiltrations le long des lignes de démarcation. En fait, cette opération sert à venger la pendaison en Egypte des terroristes juifs et dans le même temps à marquer la détermination d’Israël de répliquer coup pour coup. C’est l’escalade implacable de la violence. Pour Nasser, le Pacte de Bagdad et le raid sur Gaza font partie d’un même complot fomenté au dessein de le déstabiliser. Sa réplique est cinglante : propagande radiodiffusée hostile à la présence britannique au Proche-Orient, organisation des résistants palestiniens menant à leur tour des opérations sanglantes en Israël, recherche d’un armement moderne que l’Occident lui refuse et que seule l’URSS peut lui fournir. Le 2 mars 1955 il signe un pacte militaire avec la Syrie. Sur le plan international, il s’affirme comme un fer-de-lance du tiers-monde en voie d’émergence - à comprendre ici comme l’ensemble des pays mettant en pratique la politique du « non-alignement » sur les deux blocs de l’époque – et comme un leader du monde afro-asiatique. A la Conférence de Bandoung se tenant du 17 au 24 avril 1955, acte authentifié comme la naissance des pays non-alignés, le point No 2 du communiqué final abordant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes traite du problème palestinien en ces termes : « Considérant la tension existant au Moyen-Orient, tension qui est causée par la situation en Palestine, et considérant le danger que cette tension constitue pour la paix mondiale, la conférence asiatique et africaine déclare appuyer les droits du peuple arabe de Palestine et demande l’application des résolutions des Nations Unies sur la Palestine et la réalisation d’une solution pacifique du problème palestinien. ». Le 29 juin 1955 Moshe Sharett constitue un nouveau gouvernement en Israël. Le 26 juillet les élections législatives confirment la position majoritaire de la gauche au pouvoir. Suite à ce scrutin, Ben Gourion reforme encore un gouvernement de gauche suite à une crise politique. Cependant, on note une poussée sensible de l’extrême droite coïncidant avec l’âge d’or des kibboutzim qui voit fleurir une élite d’intellectuels agriculteurs mettant en pratique les idéaux sionistes. Le 2 novembre est mis en place un cabinet de coalition dirigé par Ben Gourion avec Sharett comme ministre des Affaires Etrangères. Le même jour, l’armée israélienne lance un raid dans la zone démilitarisée d’El Auja. Une centaine de soldats égyptiens sont mis hors de combat. De leur côté, les Etats-Unis évoquent par l’entremise du Secrétaire d’Etat Foster Dulles leur plan de règlement du conflit israélo-arabe. Celui-ci s’articule autour de trois points essentiels. Le premier concerne la question des réfugiés. Les Américains affirment vouloir régler leur sort par leur réétablissement sur leurs anciennes terres ou pour le moins par un rapatriement en Israël. La nécessité de trouver alors plus de domaines arables serait solutionnée par les grands projets visant au développement de l’accès à l’eau et d’irrigation. De plus, l’administration Eisenhower réclame un dédommagement pour les réfugiés palestiniens à la charge de l’Etat juif qui pourrait souscrire à une aide financière pour ce faire. Deuxièmement, les considérations américaines s’attachent aux craintes de chaque camp quant aux agressions de l’adversaire. Aussi, les Etats-Unis enjoignent les divers gouvernements à s’engager de manière contractuelle et si possible sous l’égide de l’ONU à respecter la sécurité territoriale de chaque Etat et à ne pas chercher à mener d’offensives expansionnistes. Les populations civiles vivant à proximité des lignes de démarcation ne seraient de la sorte plus exposées aux exactions des troupes armées. Le troisième point rend compte plus spécifiquement des contentieux liés aux lignes d’armistice qui ne sauraient déterminer les futures frontières encore à définir entre les Etats. Ces nouvelles frontières marquées du sceau de la légitimité puisque établies par consensus tenant compte des intérêts vitaux de chacun - l’eau par exemple - pérenniseraient enfin la sécurité régionale. Ce plan n’est en fait que la pointe visible de l’iceberg que l’on a appelé le « plan Alpha » chez les Américains ou « plan Gamma » chez les britanniques. Le but en est toujours de trouver une solution au conflit et d’assurer la mainmise occidentale dans la région. Les mesures pour y parvenir sont plus ou moins occultées. Afin de rendre les perspectives de paix attractives pour toutes les parties, il s’agit de satisfaire chaque camp. Israël gagnerait la reconnaissance de ses voisins et pourrait assurer définitivement sa sécurité. La Syrie et la Jordanie bénéficieraient des projets de développement du plan Johnston, l’Egypte verrait la réalisation d’un haut barrage à Assouan. Le désert du Néguev serait un double point de passage. Un corridor entre la Jordanie et l’Egypte assurerait la continuité géographique est-ouest entre ces deux pays. Israël conserverait un accès nord-sud à la Mer Rouge. Néanmoins le plan anglo-américain échoue pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les incursions des résistants palestiniens enveniment toujours le climat en Israël. Celui-ci annonce qu’il pourrait mettre à exécution une guerre préventive contre l’Egypte perçue comme très menaçante. Le 12 décembre Israël lance un raid au nord-ouest du lac de Tibériade contre les forces syriennes. La raison du litige qui fait une centaine de morts est toujours d’ordre territorial. Nasser pour sa part déclare le 27 septembre 1955 avoir acquis des armes soviétiques en provenance de Tchécoslovaquie. La course à l’armement s’accélère alors entre les parties en présence. De plus, les positions entre Arabes et Israéliens semblent difficilement conciliables en vue d’un accord de paix. Les premiers s’en tiennent résolument sur le plan de partage de l’ONU de 1947 et réclament toujours une solution au problème des réfugiés. Les seconds veulent des négociations basées sur les armistices de Rhodes leur allouant un territoire plus grand, notamment compte tenu du Néguev qui leur est contesté par le camp arabe. En 1956 l’Egypte, la Syrie et l’Arabie saoudite tiennent une conférence militaire le 12 mars. Du 5 au 18 avril des accrochages répétés ont lieu entre l’Egypte et Israël. Ce dernier bombarde Gaza avant que le Secrétaire général de l’ONU n’obtienne un cessez-le-feu. Dans le même temps, les Américains qui misaient sur l’Egypte de Nasser comme leader des pays arabes en vue d’obtenir un accord de paix se rétractent et sont décidés dès à présent, compte tenu de l’échec de la médiation, de sanctionner le chef d’Etat égyptien en lançant une vaste opération de déstabilisation du régime en place. C’est le « plan Oméga » du 28 mars. Il est prévu dès lors de mettre en œuvre toute une série d’entraves à la politique égyptienne. Par exemple, l’administration américaine propose de retarder la délivrance des licences d’exportation et les approbations de ventes de surplus d’armes, de geler toute avance sur les questions concernant le barrage d’Assouan et de brouiller la diffusion de la propagande antioccidentale. Des actions conjointement menées par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne dans d’autres pays arabes devraient permettre de renforcer la position de ces derniers au détriment de l’Egypte. Enfin, il est envisagé d’être favorables aux nouvelles demandes de prêts faites par Israël et peut-être même de lui livrer des armes. Le 18 juin 1956, Moshe Sharett qui s’était déclaré être un franc partisan des négociations avec les pays arabes démissionne de son poste de ministre des Affaires Etrangères. Il est remplacé par Golda Meir. Un mois plus tard, le 26 juillet, Nasser annonce la nationalisation du canal de Suez. Suite à des incidents de frontières répétés, le 25 septembre marque le début d’une série de représailles israéliennes dont une sur le village jordanien de Houssan. On y dénombre une soixantaine de morts. Le 23 octobre, l’Egypte, la Syrie et la Jordanie mettent en place un commandement militaire unifié. Deux jours plus tard Le Caire livre des avions à réaction à Amman. Commence alors le 29 octobre la crise de Suez. A cette date les troupes israéliennes pénètrent dans le Sinaï. La crise de Suez se soldant par un véritable fiasco est un moment crucial de l’histoire du Proche-Orient. Elle marque la fin de l’impérialisme européen sur la région. Le conflit israélo-arabe n’est en fait qu’un élément de cet épisode qui néanmoins en influence fortement le déroulement. Lorsque le 26 juillet Nasser annonce la nationalisation du canal, il offre à l’orgueil du peuple égyptien une victoire sans guerre et la possibilité de financer le projet du barrage d’Assouan que les Américains ne jugent plus conforme avec le plan Oméga et qu’ils ne parrainent donc plus. Nasser se pose ainsi en champion de l’anticolonialisme, en héros de la cause arabe et en ennemi numéro un d’Israël. Si les Etats-Unis ne sont pas très affectés par la nationalisation du canal qui pour eux est secondaire, il n’en va pas de même pour la France et la Grande-Bretagne. Le trafic du géant américain ne représente que 8 % de l’ensemble des flux totaux transitant par cette artère. De plus Washington mène une politique méditerranéenne très active aux dépens des intérêts traditionnels des deux puissances européennes. Autre fait important, Eisenhower prépare sa réélection à la présidence américaine. Aussi, il ne peut se permettre de s’aliéner le lobby pétrolier qui le soutient, lequel a partie liée avec les gouvernements arabes. Par contre, la mise sous contrôle égyptien du canal signifie aussi celle de la « route des Indes » de l’ancien Empire britannique par laquelle est acheminé entre autres le pétrole du Proche-Orient. De plus, Nasser armé par l’aide soviétique met commercialement à sa botte également la Jordanie et l’Irak toujours sous l’influence de Londres. De son côté, Paris ne peut tolérer que le principal allié des nationalistes algériens qu’il fournit en armes en qu’il entraîne sur son territoire ne prenne un tel poids dans les rapports de force de la région. La chute de Nasser constituerait à coup sûr un avantage certain côté français dans la résolution du problème algérien qui, passé d’émeutes sporadiques, s’est engagé sur la voie d’un vaste conflit. Aussi, dès le 28 juillet les états-majors français et anglais qui se rappellent au bon souvenir des Accords Sykes-Picot préparent un plan de reconquête de Suez. Nonobstant les préparatifs de l’offensive prochaine de l’armée israélienne offrant ainsi un alibi pour intervenir, la France, la Grande-Bretagne contactent Israël et passent ensemble à Sèvres un accord secret les 22, 23 et 24 octobre. Le programme d’extension territoriale au bénéfice de l’Etat juif est défini ainsi. Après le conflit, la Cisjordanie deviendrait une région autonome sous souveraineté israélienne. Le Liban-Sud et une partie du Sinaï seraient également annexés. Pareillement, le Détroit de Tiran relèverait du contrôle israélien. Le plan d’action se présente de la façon suivante. L’Etat juif doit attaquer l’Egypte le 29 octobre en direction du canal. Le lendemain, Londres et Paris doivent lancer un ultimatum aux deux belligérants afin de garantir la liberté de passage du transit commercial. Pour ce faire, les deux armées seraient contraintes de se retirer sur quinze kilomètres de part et d’autre du canal de Suez. Les troupes franco-britanniques s’installeraient alors dans la zone ainsi délimitée et démilitarisée sans quoi elles assailliraient l’armée égyptienne, étant bien entendu que Tsahal se serait incliné le 31 octobre. Le programme est mis à exécution à la date prévue et Tsahal chasse les Egyptiens d’El Arich situé aux portes du Sinaï. Puis l’armée israélienne force au centre le col de Mitla, contourne la presqu’île et s’empare au sud de Charm-El-Cheikh, la clef du Golfe d’Akaba. La France violant jusque là toutes les réglementations restrictives concernant les livraisons d’armes à Israël fournit ses avions de combat Mystère-IV et parachute depuis Chypre du matériel dans le Sinaï. Le croiseur « Georges-Leygues » bombarde par deux fois dans la nuit du 5 au 6 novembre la ville de Rafah. L’escorteur « Kersaint » capture le destroyer égyptien « Ibrahim al Awal » devant Haïfa et le livre aux Israéliens. Le matin du 5 novembre, des parachutistes français sautent sur une usine des eaux et s’emparent du débouché sud de Port-Saïd. De leur côté, les six cents « diables rouges » du général Butler conquièrent l’aéroport de Gamil. Dans l’après-midi, le 2ème régiment de parachutistes coloniaux du colonel Fossey-François prend Port-Fouad. Nasser ordonne la résistance à outrance et le consul soviétique de Port-Saïd arme tous les volontaires. Le matin du 6 novembre, la Royal Navy bombarde cette ville mettant le feu à un bidonville provoquant de nombreuses victimes civiles. Une opération amphibie se déclenche et les chars débarquent. Une guérilla s’organise alors dans Port-Saïd. A la nuit tombante, les troupes de Butler et de Massu se mettent en route poursuivant leur avancée vers le sud. Mais une contre-offensive diplomatique stoppe net l’opération. Eisenhower multiplie les mises en garde. Déjà la 6ème flotte de l’US Navy converge dans les eaux méditerranéennes. Pour sa part, le maréchal Boulganine, Président du Conseil de l’URSS, adresse à la France et à la Grande-Bretagne dans la nuit du 5 au 6 novembre un lettre des plus menaçantes. A la première le courrier évoque « les terribles moyens de destructions modernes » et déclare que « le Gouvernement soviétique est pleinement résolu à détruire les agresseurs ». A la seconde, le courrier rappelle qu’il existe des moyens autres que les forces navales et aériennes « comme des fusées par exemple ». La menace ne s’apparente en réalité qu’à un coup de bluff, mais elle a le mérite de conforter la position de l’URSS auprès des populations arabes, de même qu’elle ne se fait pas faute d’alarmer l’opinion publique mondiale déjà confrontée à l’écrasement de la révolte hongroise à Budapest, événement tenant la une de l’information de l’époque. Anthony Eden, Premier ministre britannique, est violemment attaqué par la classe politique du pays. De plus, les Américains exercent des pressions monétaires contre la livre sterling alors au bord de l’effondrement. La Grande-Bretagne capitule et Paris ne peut que s’aligner sur cette position. En Egypte, on attend désormais l’arrivée des forces de l’ONU commandées par le général Burns. L’expédition de Suez a vécu et se termine par un lamentable fiasco pour les deux puissances européennes. C’est à l’occasion de cette opération que les premiers « caques bleus » de l’ONU sont créés. Ce contingent remplace donc les troupes franco-britanniques évacuées définitivement d’Egypte le 22 décembre. Cependant les choses prennent une tournure plus dramatique avec l’armée israélienne. Eisenhower demande à Israël de ramener ses troupes en deçà des lignes d’armistice. Or, Tsahal occupe la bande de Gaza au sujet de laquelle un rapport spécial de l’UNRWA pour la période de novembre à décembre 1956 indique : « L’occupation de la bande de Gaza par l’armée israélienne a provoqué un grand nombre de pertes civiles, aussi bien chez les réfugiés que dans la population locale, et a provoqué l’anxiété et la peur parmi les réfugiés, en particulier dans les premières semaines…Khan Yunès : la ville de Khan Yunès et le camp voisin de l’Agence ont été occupés par les troupes israéliennes le matin du 3 novembre. Un grand nombre de civils ont été tués à ce moment-là, mais il y a des controverses dans les comptes rendus sur les causes de ces pertes. Les autorités israéliennes déclarent qu’il y a eu de la résistance à l’occupation et que les réfugiés palestiniens ont participé à cette résistance. D’autre part, les réfugiés affirment que toute résistance avait cessé au moment de l’affaire et que de nombreux civils non armés ont été tués quand les troupes israéliennes pénétrèrent dans la ville et dans le camp à la recherche d’hommes en possession d’armes. Le nombre exact de morts et de blessés n’est pas connu, mais le directeur a reçu de sources considérées comme dignes de foi des listes de noms de personnes signalées comme tuées le 3 novembre, qui s’élèvent à deux cent septante cinq. ». Le rapport de l’UNRWA mentionne aussi les événements se déroulant à Rafah, un autre camp de réfugiés investi par Tsahal, où l’on observe une certaine similitude dans les faits qui s’y sont produits. Bilan estimatif : cent onze morts. Mais ce qui doit le plus marqué la conscience collective palestinienne à cette période est l’affaire du village arabe de Kafr Kasim situé non loin de Tel-Aviv. Le jour de l’invasion israélienne en Egypte, le 29 octobre, la population arabe d’Israël est mise sous contrôle afin d’éviter tout désordre, d’autant plus qu’une riposte armée peut survenir de la Jordanie et de la Syrie, pays avec lesquels l’Egypte a passé précédemment une alliance militaire. Aussi, un couvre-feu est décrété sur les points de peuplement arabe du territoire. A cette occasion, le village de Kafr Kasim voit sa population réduite par des policiers israéliens quelque peu trop zélés de quarante-sept personnes qui rentraient du travail - des champs - et autant de blessés. Israël rend ultérieurement - en octobre 1958 - un jugement condamnant huit des inculpés coupables des crimes. Le 21 janvier 1957, l’Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution afro-asiatique demandant le départ des troupes israéliennes d’Egypte. Tsahal évacue alors progressivement le Sinaï en détruisant systématiquement les installations civiles et militaires. Le Caire conditionne pour sa part la réouverture du canal au retrait des troupes israéliennes. La réouverture est rendue effective le 8 avril. Quant aux forces de l’ONU, elles prennent donc position au début de mars 1957 dans la bande de Gaza, le long de la frontière internationale et également à Charm-El-Cheikh, au débouché du Détroit de Tiran où se trouvent les pièces d’artilleries égyptiennes qui interdisaient le passage des navires israéliens. Après que sa population a clairement manifesté en ce sens, le statut de la bande de Gaza demeure le même, à savoir qu’il reste administré par l’Egypte. Le Golfe d’Akaba se voit décrété comme une voie d’eau internationale par les « Puissances maritimes », désavouant en ceci les vœux de l’ONU et de l’Egypte. Cette dernière reconnaît le stationnement des troupes onusiennes sur son territoire moyennant une autorisation du Caire, Israël se refusant de son côté à toute occupation du sien par les casques bleus, ce qui serait de son avis contraire à sa souveraineté. La situation redevient normale, c’est-à-dire qu’on assiste à un retour à une conjoncture similaire d’avant le conflit entre Israël et l’Egypte. Sur le plan intérieur, l’Etat juif approuve l’adhésion à la « doctrine Eisenhower » le 22 avril, suite à un vote de la Knesset allant en ce sens. Cette doctrine reprend la politique d’isolement de l’Egypte définie par le plan américain Oméga. Mais l’enjeu essentiel devient la Syrie qui semble prête à basculer dans le camp des nationalistes arabes favorables à l’URSS. Le 1er septembre, Israël entreprend le drainage du lac Huleh - au nord du lac de Tibériade - avec l’approbation des observateurs de l’ONU et malgré les protestations de la Syrie. Il faut signaler à ce titre que la zone démilitarisée entre les Etats juif et syrien reste une source de tensions permanentes. D’une part, Israël continue de procéder au refoulement des derniers habitants arabes. D’autre part, il suffit également d’une simple variation du niveau des eaux dans le lac de Tibériade pour que soient formulées immédiatement des demandes relatives à la redéfinition du tracé de la ligne de démarcation. L’année 1958 est riche en événements marquant les velléités quant à la formation de l’unité arabe - dans le cadre du projet panarabique cher à Nasser - et de la réapparition du fait palestinien occulté par les développements de la crise de Suez. La question primordiale à cette époque est de savoir si les projets d’union susmentionnés auront lieu et aussi à qui profitera la période de latence relative du conflit israélo-arabe. Le 1er février, Nasser et le Président syrien Kouatly annoncent la fusion de leurs deux Etats. Ainsi est créée la République arabe unie - RAU - dont le premier nommé devient Président. Un mois plus tard, le 8 mars, le Yémen s’adjoint à la RAU sous la forme d’une fédération arabo-yéménite. Le lendemain, Israël rectifie les travaux de drainage du lac Huleh afin que ceux-ci n’empiètent pas sur la zone démilitarisée. Suite à la proclamation de la RAU, la question qui brûle les lèvres se rapporte au statut des territoires palestiniens administrés par les Etats arabes. Apparemment, Nasser aurait l’intention, croit-on, de constituer un Etat palestinien qui deviendrait ensuite le troisième partenaire de la République arabe unie. Ce projet se heurte néanmoins à plusieurs obstacles. Les Américains font savoir pour leur part leur profond désaccord. De plus, l’idée d’un Etat palestinien est lancée en fait par le grand mufti Hadj Amin el-Husseini à Nasser qui n’a aucune confiance en ce dernier. Enfin, Israël déclare formellement que la constitution d’un gouvernement palestinien sous la présidence du grand mufti serait considérée comme un casus belli. Or Nasser n’est pas en mesure à cette époque de courir le moindre risque sur le plan militaire. Toujours dans ce sens, la création d’un gouvernement palestinien serait également en violation des clauses de la convention d’armistice. Aussi, toutes les raisons invoquées par les puissances occidentales pour faire évacuer la bande de Gaza en 1957 par Tsahal tomberaient d’elles-mêmes. Il ne fait alors nul doute qu’Israël en profiterait pour reprendre le contrôle territorial de la région en la réinvestissant militairement. Finalement, les élections aux conseils locaux dans la bande de Gaza prévues le 14 mars, censés eux-mêmes précédés les élections d’un conseil provincial futur devant faciliter un contrôle administratif et politique plus direct et plus efficace de la RAU sur Gaza, ont lieu, mais sans que les réfugiés soient appelés à se prononcer. Cette mesure doit éviter de heurter Tel-Aviv dont on se méfie des réactions. Ainsi, seul un conseil législatif est formé à l’issue du scrutin. Ce dernier vote néanmoins le 30 avril l’adhésion de la bande de Gaza à la RAU sans permettre pour autant une liberté d’installation des réfugiés palestiniens en Egypte. Le 8 mai, de violents affrontements éclatent entre les Palestiniens vivant à Nazareth et la police israélienne. Le même jour survient le déclenchement de la première guerre civile au Liban entre la population chrétienne du Président Chamoun et celle musulmane pro-nassérienne. Aussi le clivage s’opère entre les partisans et les adversaires de la RAU. En Irak le 14 juillet, la junte militaire s’empare du pouvoir au prix d’une révolution sanglante mettant fin ainsi à l’hégémonie de la monarchie hachémite. Le général Abd El Karim forme un gouvernement neutraliste. Le lendemain, 5 000 marines débarquent à Beyrouth. Préalablement, le roi Hussein de Jordanie a repris le pouvoir que lui contestaient les nationalistes arabes et tente d’interdire toute infiltration des Palestiniens en territoire israélien. Les heurts sont néanmoins fréquents entre les armées jordanienne et israélienne notamment dans le secteur de Jérusalem. Les Britanniques envoient alors quant à eux des parachutistes en Jordanie afin de défendre les dernières positions occidentales de la région. Ben Gourion en profite aussitôt pour faire valoir le rôle indispensable de l’Etat juif au sein de la coalition antinassérienne. Le dirigeant israélien voit dans la crise jordanienne la possibilité de relancer le projet d’annexion de la Cisjordanie dans le cadre d’une autonomie régionale palestinienne. Ainsi ce territoire deviendrait une entité politique autonome qui pourrait être unie à Israël. Du 13 au 21 août, Eisenhower présente aux Nations Unies un nouveau plan de non-intervention et d’aide économique au Moyen-Orient. Le 6 novembre 1958, des violences reprennent à la frontière syrienne à propos des travaux de drainage du lac Huleh. Jusque là, il faut noter que les incidents survenant le long des lignes de démarcation entre l’Etat juif et ses voisins arabes sont plutôt rares à cette période et que ces épisodes frontaliers constituent souvent pour le gouvernement qui les fait naître un dérivatif commodes aux problèmes intérieurs ou un moyen certain pour entretenir un climat passionnel dans sa population. En cette fin de décennie, les positions des camps antagonistes n’évoluent pas. D’une part, Israël revendique toujours la reconnaissance de sa pleine et totale légitimité dans le cadre des frontières définies par les lignes d’armistice de 1949 avec des garanties de sécurité absolue. D’autre part, les Etats arabes refusent d’évoquer la question de fond de l’existence de l’Etat d’Israël et ne parlent que des droits des réfugiés palestiniens et de la menace de l’expansionnisme israélien lié à la permanence de l’immigration dans le pays. Le 7 octobre 1959, la Ligue arabe propose le renforcement du boycottage à l’égard d’Israël. Ce même mois se tient également le premier Congrès du Fath – « conquête » littéralement, mais aussi acronyme renversé de « mouvement de libération de la Palestine » - au Koweït sous la direction de Yasser Arafat. Ce parti commence son existence en fait dès 1956 à Gaza avec pour ligne politique d’affranchir les Palestiniens de la tutelle des gouvernements arabes. Les réfugiés palestiniens sont pris à cette période dans l’étau constitué par Nasser et le général Qasim, dictateur en Irak. En fait, les nationalistes arabes qui ont pris le pouvoir dans ce pays sont divisés entre partisans et adversaires de la RAU, constituant à ce jour la seule réalisation concrète de l’unité arabe. Les contradicteurs de la République arabe unie l’emportent dans ce bras de fer. Promus à la tête du pays, ils sont soutenus par l’URSS. Ben Gourion tente pour sa part de rallier le gouvernement irakien à sa cause tandis que Nasser essaie de précipiter sa chute. Israël avertit alors l’Egypte le 3 novembre 1959 qu’elle se réserve le droit d’intervenir militairement contre Nasser si celui-ci persiste dans son ingérence dans les affaires irakiennes. Qasim, promu chef de file de l’indépendance arabe par Israël (sic), se sert du problème palestinien pour défendre sa position « séparatiste ». En effet, Qasim doit légitimer sa position face au monde arabe en se plaçant comme son défenseur. Ce soutien passe évidemment par une condamnation de l’Etat israélien, mais aussi de deux autres Etats arabes vus comme autant d’usurpateur de la terre des palestiniens. Les sionistes se sont rendus coupables du plus grand pillage du territoire, la Jordanie a quant à elle annexée la Cisjordanie et l’Egypte la bande de Gaza. Devant cet état de fait qui n’a plus lieu d’être, Qasim lance un appel en faveur de la création d’un Etat palestinien affirmant qu’il le soutiendra financièrement et militairement s’il le faut. La campagne irakienne qui bat son plein au début de 1960 reçoit l’appui du grand mufti Hadj Amin el-Husseini réfugié à Beyrouth. En janvier de la même années se tiennent en République arabe unie des élections pour la constitution d’une Union nationale palestinienne. Le roi Hussein de Jordanie organise du 25 au 31 janvier une conférence islamique réunissant des représentants d’Etats musulmans à Jérusalem. Au cours de celle-ci, plusieurs résolutions sont adoptées dont l’une concerne le fait palestinien. Tous les pays arabes sont invités à élaborer un plan politique, militaire et économique en vue de regagner la Palestine au détriment des sionistes, ainsi qu’à former un front vis-à-vis de la Commission de conciliation de l’ONU jugée encline à « liquider » le cas des réfugiés palestiniens en maintenant le statu quo. La résolution demande également que les forces onusiennes stationnées dans le Golfe d’Akaba se retirent, que les eaux de ce dernier soient interdites à la navigation des navires israéliens et que le canal de Suez fasse pareillement l’objet d’une telle mesure. De plus, toute reconnaissance de l’Etat d’Israël serait reconnue comme une trahison à la cause arabe. Le 4 février 1960, le Gouvernement jordanien déclare que tout résident palestinien à l’étranger peut acquérir la nationalité jordanienne sans condition préalable d’établissement dans le pays. Nasser n’est de son côté pas en reste. Il se refuse à la formation d’un Etat palestinien tout en fustigeant l’Etat juif dont il condamne l’impérialisme expansionniste et en appelle à la libération du territoire israélien, feue la Palestine. Ce climat politique délétère déteint sur le terrain apportant inexorablement son lot d’accrochages aux frontières et mobilisant plus souvent qu’à son tour des effectifs armés importants. Toutes ces déclarations d’intentions de la part des Etats arabes ne se traduisent dans la réalité que par des faux-semblants stériles, d’une part destinés à donner en pâture aux peuples des nations arabes, qui ont par ailleurs clairement manifesté leur solidarité à la cause palestinienne, le sentiment que leurs gouvernements respectifs s’engagent à lutter contre le sionisme conquérant, d’autre part à marquer leur opposition se reflétant au sein même de la Ligue arabe. Du côté palestinien, la classe politique s’est dispersée. Une partie d’entre elle s’est mise au service de divers Etats arabes en Syrie, en Arabie saoudite et en Jordanie. Malgré cela, toute une génération intermédiaire apparaît au cours des années cinquante autour des associations d’étudiants palestiniens issus de la classe moyenne. Bien qu’ayant tout perdu, ils ne vivent cependant pas dans les camps de réfugiés, mais pour une grande part dans les pays du Golfe en plein essor économique. Ceux-ci donne naissance à divers mouvements politiques tel le Fath de Yasser Arafat qui sera soutenu activement par le parti de gauche radical Baas syrien tentant néanmoins de subordonner à son pouvoir. Cette reprise en main de leur destin inquiète les Etats arabes qui se livrent entre eux à une guerre de propagande. Celle-ci révélatrice d’une union de façade des nations arabes conduit néanmoins à une radicalisation des revendications comme en témoigne la « journée de la Palestine » le 15 mai 1960 dans le monde arabe. Au cours de celle-ci, des réfugiés palestiniens réunis en congrès à Beyrouth promulguent les résolutions suivantes : rejet de tout projet d’intégration des réfugiés dans les pays d’accueil, maintien de l’entité palestinienne et formation d’une armée palestinienne pour la reprise des combats, règlement des conflits interarabes, et rétablissement du front arabe pur faire face à l’ennemi commun. Une précision s’impose ; lors de cette date anniversaire de l’entrée en guerre au lendemain de l’autoproclamation de l’Etat d’Israël, célébrée en Jordanie, à Gaza par les potentats de la RAU, en Egypte, en Syrie au Soudan, en Libye et en Irak, ce qui constitue la base de la position de la coalition arabe est la libération de la Palestine et non la constitution d’un Etat palestinien. Outre l’élaboration d’un plan d’action militaire pour récupérer le territoire de la Palestine, la Ligue des Etats arabes en session le 28 août 1960 s’attache aussi au problème constitué par la déviation des eaux du Jourdain par les Israéliens. Une autre clause s’intéresse encore à la situation des Arabes palestiniens vivant dans le Néguev et dont leur sécurité personnelle est mise en danger par la politique menée par l’Etat juif. Aussi se propose-t-on de porter le cas de manière concertée devant l’Assemblée générale des Nations Unies. On relève encore du côté israélien en 1960 le voyage du Premier ministre Ben Gourion aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Le même Ben Gourion annonce le 23 mai que l’ancien colonel SS Adolf Eichmann a été enlevé en Argentine et se trouve désormais à la disposition de la police israélienne. Enfin, le 15 septembre est créée l’OPEP - Organisation des pays exportateurs de pétrole – par l’Irak, l’Iran, l’Arabie saoudite, le Koweït et le Venezuela. Au niveau international, les puissances occidentales tentent toujours de relancer un projet de règlement de la question des réfugiés par le biais de la Commission de conciliation. Cette dernière soutenue par l’administration Kennedy - élu a la présidence des Etats-Unis en 1960 - effectue toute une série de navettes s’avérant infructueuses. L’ONU renouvelle néanmoins comme chaque année la résolution de décembre 1948. Le bruit court également que la France concourrait à doter Israël de l’arme nucléaire ce qui fait dire à Nasser le 23 décembre lors de son discours annuel de Port-Saïd que l’Egypte ne permettra jamais un tel état de fait et attaquera militairement Israël s’il le faut. L’OTAN et les pays occidentaux permettant cela sont perçus comme des ennemis du monde arabe. Pendant les années 1961 à 1962 la polémique engagée entre l’Irak et la RAU au sujet d’un Etat palestinien s’atténue. A Gaza, l’Egypte augmente la représentation politique des Palestiniens dans les instances dirigeantes. Quant à la Jordanie, elle reconnaît devant la montée des revendications palestiniennes l’existence de ce peuple et son droit à choisir son destin après la libération de son territoire. On note notamment en 1961 l’ouverture du procès d’Eichmann le 11 avril. Du 24 mai au 8 juin Ben Gourion se rend en visite au Canada, et à nouveau en France et aux Etats-Unis. Le 19 juin, Londres annonce qu’il renonce à son protectorat sur le Koweït. Cinq jours plus tard, le général Qasim affirme : « Le Koweït fait partie intégrante du territoire irakien. ». Le 1er juillet, en réplique aux menaces proférées par Bagdad et à la demande de l’émir, les forces britanniques prennent position sur sol koweïtien. Le 28 septembre, la Syrie vit un coup d’Etat. A la suite de ce dernier, le pays se détache de la RAU. L’Egypte pour sa part conserve le nom de République arabe unie. Le 15 décembre, Eichmann est condamné à mort. Il est exécuté le 31 mai 1962 par pendaison à Ramleh dans la région de Tel-Aviv. Le 25 décembre 1961, la RAU - l’Egypte seule désormais - et le Yémen rompent leur union et mettent fin à la fédération arabo-yéménite. Cette rupture est symptomatique de l’accroissement de la division du monde arabe. En effet, celui-ci se sépare en deux entités, l’une « progressiste » - aux accents socialistes telle l’Egypte de Nasser - et l’autre « conservatrice » dominée par les royalistes. A cette occasion, Nasser entre en conflit au Yémen avec ces derniers soutenus par les monarchies des autres Etats arabes et également assurés du soutien moral d’Israël, appliquant en cela la doctrine du « diviser pour mieux régner » avec une habileté remarquable. La coalition progressiste se compose de la RAU, de la Syrie et de l’Irak Les débats quant à eux se focalisent toujours sur les mêmes points de discorde : craintes d’Israël et des Etats arabes relatives à l’insécurité due à une course à l’armement portant sur des missiles longue portée, accrochages à la frontières israélo-syrienne, problème palestinien, libre utilisation du canal de Suez. Un fait relativement nouveau vient s’adjoindre à ce concert de revendications inconciliables. Il s’agit des dilemmes créés par la lutte d’influence que se livre les deux camps antagonistes en Afrique noire nouvellement indépendante suite à l’arrêt de la colonisation. En 1962 le 15 mai, le monde musulman enregistre la création de la Ligue islamique mondiale dont l’acte fondateur a lieu à la Mecque. Le 4 juillet, l’Egypte adopte la Charte nationale inspirée de l’islamisme et du socialisme. Pendant ce temps, les Israéliens progressent à grands pas dans l’édification de leur réseau d’irrigation fondé sur l’utilisation des ressources en eau du nord du bassin du Jourdain destinées à fournir les régions du sud du pays - le Néguev. Les Etats arabes qui n’ont de cesse d’interpréter cela comme un détournement des eaux du Jourdain en font un casus belli. Aussi, dans ce dossier, la Syrie occupe une place prépondérante considérant son implication géographique et en appelle au Conseil de sécurité de l’ONU qui, bien qu’ayant adopté une résolution en 1953 en vue de l’arrêt provisoire des travaux, n’a toujours pas statué définitivement sur le problème. En 1963, les divisions du monde arabe prennent un caractère de plus en plus violent. Au Yémen, la guerre civile se transforme petit à petit en un conflit ouvert entre la RAU et l’Arabie saoudite. Le 8 février, le parti Baas prend temporairement le pouvoir après un putsch en Irak. Cette nouvelle vague révolutionnaire gagne également la Syrie qui un mois plus tard, le 8 mars, connaît le même sort, à la différence que cette même formation politique y assoit définitivement son autorité. En fait, le camp progressiste qui tente avec plus ou moins de bonne foi de réaliser l’unité en son sein est en proie à une lutte sans merci pour le pouvoir entre les tenants du parti Baas et les pro-nassériens. L’autre grand sujet de préoccupation du monde arabe est d’une part l’acuité avec laquelle se pose le problème des réfugiés palestiniens et d’autre part l’achèvement des travaux relatifs au projet israélien d’irrigation. Le 19 juin vient à mourir Ahmad Hilmi, représentant les Palestiniens à la Ligue arabe, ce qui relance le débat de la représentation du peuple palestinien. Nasser est catégoriquement opposé à ce que son successeur soit un des hommes du grand mufti en exil au Liban, ce dernier s’étant rangé aux côtés du général Qasim, adversaire de la RAU. Finalement, le diplomate d’origine palestinienne Ahmed Choukeiri, entre autres ancien délégué de l’Arabie saoudite à l’ONU, est nommé délégué officiel de la Palestine auprès de la Ligue arabe le 14 septembre. Cette dernière réaffirme ce faisant les droits des Arabes palestiniens à leur pays, à leur autodétermination et à l’exercice de leurs droits nationaux dans leurs intégrité. Ce compromis implique alors un durcissement des positions arabes. Le nouveau délégué palestinien Ahmed Choukeiri, comptant sur ce front commun nouvellement réaffirmé par les Etats arabes, prépare l’organisation d’une entité palestinienne dans un contexte politique régional très tendu. Du 21 au 26 août 1963, des observateurs de l’ONU s’installent en territoire syrien suite à des incidents répétés entre Israël et la Syrie. De plus, cette dernière et l’Irak, tous deux dominés politiquement par le Baas, parlent d’une nouvelle tentative d’unité entre les deux pays au mois d’octobre. Shimon Pérès, alors vice-ministre de la Défense sous le nouveau gouvernement israélien présidé par Levi Eshkol, s’inquiète publiquement du danger que représente l’Irak si celui-ci déploie ses forces le long de la frontière syrienne. La situation est d’autant plus embarrassante qu’Israël n’a jamais signer d’armistice avec ce pays. Cependant, le parti Baas irakien est chassé du pouvoir le 18 novembre et est remplacé par une équipe pro-nassérienne. Nasser profite de la confusion des événements pour proposer une solution aux impasses du monde arabe. Le 23 décembre 1963 il appelle à la convocation d’un sommet réunissant tous les chefs d’Etat arabes en vue d’élaborer une action arabe commune plus modeste que celle visant à l’union des différents Etats. En janvier 1964, Ben Gourion, qui a démissionné du Gouvernement le 16 juin de l’année précédente, quitte le Mapaï en compagnie de Moshe Dayan et ensemble fondent le Rafi. On enregistre également à cette période la création du parti national religieux Mafdal. Du 13 au 17 janvier se tient au Caire le premier sommet arabe. Principalement, il est décidé de renoncer à la guerre avec l’Etat juif dans l’immédiat, compte tenu de l’impréparation militaire arabe. Par contre, on se résout à détourner les eaux des affluents du Jourdain dans les pays arabes et à la formation d’une entité palestinienne. Le 6 mai, Nikita Khrouchtchev, Premier Secrétaire du parti communiste en URSS, fait une visite officielle en Egypte. Un accord sur l’octroi d’un crédit à la RAU est trouvé. Une semaine plus tard le barrage d’Assouan est inauguré. Du 28 mai au 2 juin, le premier Congrès national palestinien se tient dans le secteur arabe de Jérusalem. Il met forme au projet d’entité palestinienne en décidant la création de l’OLP - Organisation de libération de la Palestine - dont le premier Président est désigné en la personne d’Ahmed Choukeiri. La Charte de l’OLP qui y est adoptée récuse non seulement le partage de la Palestine mandataire de 1947, mais aussi la création de l’Etat d’Israël. L’article 22 de la Charte stipule à ce propos : « Le sionisme est un mouvement politique organiquement lié à l’impérialisme international et opposé à toute action de libération et à tout mouvement progressiste dans le monde. Il est raciste et fanatique par nature, agressif, expansionniste et colonial dans ses buts, et fasciste par ses méthodes. Israël est l’instrument du mouvement sioniste et la base géographique de l’impérialisme mondial, stratégiquement placé au cœur même de la patrie arabe afin de combattre les espoirs de la nation arabe pour sa libération, son union et son progrès. Israël est une source constante de menaces vis-à-vis de la paix au Proche-Orient et dans le monde entier. ». Le texte de la Charte évite par contre soigneusement de mentionner clairement la formation d’un Etat palestinien en la renvoyant à un futur indéterminé. Quant à la résurrection de la Palestine, il est affirmé que cette idée n’est pas incompatible avec l’unité du monde arabe. Ceci expliquant cela, l’acte de fondation de l’OLP a été permis à Ahmed Choukeiri par un rapprochement avec la Jordanie et la RAU, deux Etats n’ayant jamais réellement souhaité la création d’un Etat palestinien et se sachant de surcroît inférieurs voire impuissants militairement face à Israël. Le grand mufti Hadj Amin el-Husseini et le Haut Comité arabe sont pour leur part opposés à ce nouveau mouvement politique. Le 27 août le Président de l’OLP annonce la constitution du comité exécutif de l’organisation ainsi que celle de l’ALP - Armée de libération de la Palestine. Il faut comprendre aussi que le problème palestinien est devenu un enjeu et une arme dans les luttes interarabes permettant d’accuser l’adversaire de mollesse et de compromission avec l’impérialisme. Aussi, dans cette optique-là, la question palestinienne divise au lieu d’unir. Quant à la création de l’OLP, elle sert plutôt à contenir la renaissance de la Palestine dont la mise en application entraînerait inévitablement un conflit ouvert avec l’Etat juif. Sur le plan militaire, l’OLP suit le modèle algérien, s’inspirant en cela du FLN et de l’ALN. Elle constitue des unités militaires régulières au sein des armées arabes. Elle cherche également à reprendre les formations de fedayins des années cinquante. Du 5 au 11 septembre 1964, le deuxième Sommet arabe se tient à Alexandrie. Les chefs d’Etat y décident notamment la construction d’un barrage sur un affluent du Jourdain et reçoivent favorablement la création de l’OLP et de l’ALP. La fin d’année est très mouvementée. Dès le 8 octobre et jusqu’au 31 décembre, les accrochages israélo-syriens deviennent quotidiens. Pareillement, du 8 au 29 décembre, des incidents similaires se produisent entre Israël et la Jordanie. Le 18 décembre encore, le Fath fait état de la création d’une nouvelle branche militaire « El Assifa » - « la tempête ». Cette faction multiplie les attentats et les sabotages des systèmes d’adduction d’eau israéliens durant l’année 1965. Immédiatement après le Sommet d’Alexandrie, Israël adresse une plainte au Conseil de sécurité contre les décisions arabes. De plus, il surenchérit en accusant la RAU d’utiliser des savants allemands dans un programme d’armement balistique et chimique. Cette affaire réveille dans l’opinion publique israélienne le spectre de l’holocauste de la Deuxième Guerre Mondiale. Néanmoins, les dirigeants juifs conviendront plus tard que le problème a été considérablement grossi. La division interne est un phénomène marquant aussi bien le monde arabe que la société israélienne, apportant également d’importantes modifications sur le plan des alliances internationales. Le clivage arabe trouve son origine dans les multiples courants qui se déchirent pour conquérir le pouvoir. De même, celui politique israélien s’opère quant à lui au sein du mouvement travailliste - formé des partis ouvriers Mapaï, Ahdout, Haavoda et Mapam - qui gouverne le pays depuis la création de l’Etat juif. Ben Gourion, Moshe Dayan et Shimon Pérès passent dans l’opposition à la vieille garde formée notamment par le Premier ministre Levi Eshkol, Golda Meïr et du chef de l’état-major général Yitzhak Rabin. Sur le plan extérieur, Israël oscille entre une position d’arrogance autorisée par sa supériorité militaire considérable et une crainte réelle pour sa sécurité insufflée par le monde arabe qui lui est fortement hostile. Malgré cette attitude schizophrénique et ses divisions, l’Etat juif n’en abandonne pas moins sa politique d’activisme militaire fondée sur des opérations de représailles systématiques le long des lignes de démarcation. Cette situation explosive trouvera son apogée dans la guerre de 1967. L’année 1965 débute en ce sens. Le 1er janvier Al Assifa lance sa première action armée contre une station de pompage des eaux du Jourdain. Le 10 du mois, la Jordanie commence les travaux de détournement d’un affluent du fleuve. Du 15 au 17, des accrochages ont lieu entre la Jordanie et Israël dans la région du mont de Sion. Du 17 février au 19 mars, c’est au tour de la Syrie d’entreprendre la même stratagème concernant les eaux du Jourdain, entraînant inévitablement des incidents répétés. De même, au début de 1965, les Arabes s’aperçoivent que la RFA fournit discrètement à Israël de l’armement lourd depuis plusieurs années dans le cadre des réparations aux victimes du nazisme. Le 7 mars, Bonn propose à Tel-Aviv d’établir des relations diplomatiques. Le 12 mai, ce point trouve sa réalisation. Sous l’impulsion de Nasser, plusieurs Etats arabes - L’Egypte, l’Irak, la Syrie, le Yémen, l’Arabie saoudite, le Koweït, le Liban, la Jordanie et l’Algérie - rompent leurs relations avec Bonn et menacent d’en établir avec la RDA. Tout en acceptant dès lors de nouer des contacts officiels avec l’Etat juif, la RFA se refuse désormais à lui fournir des armes malgré les menaces de boycottage commercial qui lui sont adressées par le lobby juif américain. La dépendance d’Israël envers la France se renforce ainsi automatiquement. Une voix discordante dans le monde arabe se fait entendre, entraînant alors une véritable révolution dans les prises de position politique qui s’en inspireront ultérieurement. C’est celle du Président tunisien Bourguiba. Celui-ci prétend tout haut ce que d’autres chefs d’Etat arabes pensent tout bas, à savoir que le conflit avec Israël est impossible. Par conséquent la solution qu’il envisage est celle d’un retour aux accords de 1948, préconisant pour cela lors d’un discours tenu le 21 avril 1965 un tête-à-tête israélo-arabe permettant d’éviter toute immixtion des super-puissances occidentales ou du bloc de l’Est dans les affaires concernant le Moyen-Orient. Bien que cette proposition soit accueillie favorablement par Golda Meïr, le projet d’ouverture au dialogue est rejeté par les deux parties. Les Etats-Unis voient pour leur part en 1963 le remplacement à la présidence de Kennedy par Johnson, lui aussi démocrate. Ce dernier se montre beaucoup plus favorable envers Israël que ses prédécesseurs. Kennedy a de son temps accepter pour la première fois de livrer des armes à l’Etat juif en nombre limité pour, d’une part, le rassurer face au réarmement arabe, et aussi d’autre part, pour éviter qu’il ne se tourne vers l’arme nucléaire. Johnson fournit un armement plus complet et un encouragement officieux à l’effort nucléaire d’Israël. Ce dernier est mis en œuvre en collaboration avec la France, mais l’appui américain tant recherché par Israël depuis sa fondation prend gentiment vie. Il permet ainsi à ce dernier de faire de la superpuissance américaine son principal partenaire stratégique. L’éloignement progressif ainsi induit d’avec la France se trouve facilité sur le plan intérieur par le passage dans l’opposition minoritaire de Ben Gourion de politiciens comme Shimon Pérès, partisan de l’alliance française. La coalition majoritaire du Gouvernement compte elle sur des personnages tel le général Rabin, au rôle croissant, qui fait du partenariat avec les Etats-Unis une croisade personnelle. De plus, la France du général de Gaulle cherche, une fois la guerre d’Algérie terminée, à se rapprocher des Etats arabes et par là même à se distancer d’Israël. Ce remaniement d’alliance constitue un tournant décisif dans le conflit israélo-arabe. Du 13 mai au 30 août 1965, les incidents israélo-jordaniens et israélo-syriens se poursuivent et deviennent de plus en plus violents. Le général Rabin menace les Etats arabes qui entreprennent des travaux en vue de détourner les eaux du Jourdain. Le Fath de Yasser Arafat continue sa lutte par une série d’attentats. Devant la menace d’une guerre préventive menée par l’Egypte qui l’accuse de se doter de l’arme nucléaire, Israël donne l’assurance qu’il n’introduira jamais ce type d’armement dans la région. En marge se tient à Rabat le troisième Sommet arabe du 13 au 17 septembre. La polémique y nourrit l’affrontement entre la Rau et la Syrie. La résolution d’un pacte de solidarité arabe reste lettre morte. Le débat autour de la représentation palestinienne est toujours de mise. A ce titre, le Fath envoie dans un mémorandum par lequel il marque sa différence avec l’OLP. En substance, le Fath maintient que la lutte armée et, qui plus est, immédiate constitue la seule voie menant à la libération de la Palestine. Il surenchérit en prétendant que c’est dans l’accomplissement de cette dernière que se fera l’unité arabe. Un nouveau front vient à s’ouvrir au Sud Liban. Le Fath toujours s’en sert pour lancer ses opérations. Le 28 octobre 1965, des représailles israéliennes frappent un village libanais. Le 2 novembre, les élections législatives en Israël renforcent le parti travailliste Mapaï. Le 10 janvier 1966, Levi Eshkol, Premier ministre sortant, constitue un nouveau cabinet au sein duquel Abba Eban remplace Golda Meïr en tant que ministre des Affaires Etrangères. Du 25 janvier au 2 février 1966, le Fath sabote des stations de pompage en Israël. La Jordanie en fait les frais par le biais des représailles israéliennes. De plus le roi Hussein de Jordanie est confronté à un dilemme. Il est naturellement porté à s’allier à l’Arabie saoudite, mais il doit tenir compte de l’opinion publique de son pays, notamment parmi les Palestiniens, qui est favorable à Nasser. Du 20 au 24 mai, une controverse éclate au troisième Congrès de l’OLP à Gaza : Hussein a fait arrêté des Palestiniens proches du mouvement. La raison en est qu’Ahmed Choukeiri apparaît comme un instrument de Nasser destiné à ébranler la cohésion de l’alliance jordano-saoudienne. Le 7 juillet, Israël et les Etats-Unis signent un accord pour la fourniture d’armes - des avions de chasse et des hélicoptères - à l’Etat juif. Les 13 et 14 juillet, suite à des attentats perpétrés sur son territoire, Israël engage un combat aérien en Syrie sur un chantier de détournement des eaux du Jourdain. Pareillement, une bataille aérienne a lieu le 15 août au-dessus du lac de Tibériade. Le lendemain, Levi Eshkol évoque un droit de suite israélien à l’intérieur du territoire syrien. De son côté, la Syrie parle d’une « guerre populaire » victorieuse contre l’Etat juif. La tension monte sensiblement entre les deux pays et au début du mois d’octobre Israël somme la Syrie de cesser d’apporter tout soutien au Fath. L’Etat juif porte plainte au Conseil de sécurité. Celle-ci n’aboutit pas en raison du veto soviétique. L’objectif israélien est alors de faire reconnaître sa souveraineté sur la zone démilitarisée théoriquement neutre. Cet antagonisme grandissant a pour effet de rapprocher la Syrie de la RAU. Le 4 novembre, les deux pays signent un accord de défense commune. Le 13 novembre, Israël dont trois soldats ont sauté sur une mine, lance une opération de représailles contre le village jordanien de Samu situé proche de l’incident. Le bilan fait état de dix-huit morts dont trois civils et quinze militaires et cent trente-quatre blessés. Pendant ce temps, le partis Mapaï et Mapam constituent la coalition de gauche Maarakh. Le Conseil de sécurité blâme une nouvelle fois Israël en affirmant : « aucune action militaire ne pourra être tolérée et si de tels raids se répètent, le Conseil devra prendre des mesures plus efficaces, mentionnées dans la Charte pour empêcher la répétition de tels actes ». L’affaire ébranle la couronne jordanienne qui se sent vaciller devant le grondement populaire. Le roi Hussein s’en prend alors à Nasser le 29 décembre, jugé incapable de débarrasser le Sinaï des troupes onusiennes toujours en faction afin d’y concentrer les forces armées de la RAU pour attaquer Israël. Au début de 1967, Israël et les Etats arabes échangent continuellement des menaces. Ahmed Choukeiri parle d’envahir la Jordanie pour y porter une guerre populaire contre l’Etat juif. Le 3 février marque la rupture entre le leader de l’OLP et la Jordanie. Précédemment, du 11 au 15 janvier 1967, le Secrétaire général de l’ONU U-Thant rappelle à l’ordre Syriens et Israéliens devant la multiplication des incidents militaires. Trois mois plus tard, le 6 avril, les plus violents combats enregistrés depuis la guerre de 1956 font rage entre ces deux pays. Le 6 mai commence le premier bombardement au mortier d’Israël par des Palestiniens à partir du territoire libanais. Concernant les incessants accrochages israélo-syriens, une confession gardée secrète pendant vingt ans du général Moshe Dayan éclaire quelque peu la cause de ces incidents. « 80 %, sans doute plus, mais disons 80 % des incidents armés ont commencé comme cela. On envoyait un tracteur labourer un terrain sans intérêt en zone démilitarisée et l’on savait que les soldats syriens tireraient dessus. S’ils ne le faisaient pas, on ordonnait au tracteur d’aller plus avant jusqu’à ce qu’ils s’énervent et ouvrent le feu. Alors, on utilisait les canons et l’aviation. C’est comme cela que cela se passait. J’ai fait cela et Yitzhak Rabin l’a fait aussi lorsqu’il commandait la région Nord. ». Le 14 mai 1967 lors de la fête de l’Indépendance, Yitzhak Rabin fustige la Syrie qu’il accuse d’être derrière toutes les activités de sabotage. Il indique que les représailles seraient d’un autre ressort si le terrorisme devait se poursuivre. Dans le même temps, l’URSS informe la Syrie et la RAU d’importantes concentrations de troupes israéliennes à la frontières syrienne. Nasser décide de l’envoi de ses forces dans le Sinaï afin de faire diversion en vertu de l’accord de défense commune. Le 16 mai le dirigeant égyptien demande le retrait des troupes onusiennes de la frontière internationale, mais non de la bande de Gaza et de Charm-El-Cheikh. L’ONU cherche à mettre au pied du mur Nasser et lui rétorque qu’il ne peut y avoir de retrait partiel. La RAU demande donc le retrait total qui est rendu effectif le 19 mai. Trois jours plus tard, la fermeture du Golfe d’Akaba et celle du Détroit de Tiran aux navires israéliens et aux matériaux stratégiques destinés à Israël sont rétablies. Eshkol réplique aussitôt : « Toute entrave à la libre circulation des navires dans le Golfe d’Akaba constitue un acte d’agression contre Israël. ». En rétablissant le blocus comme avant 1956, Nasser n’a pas à dessein de provoquer la guerre. En fait son objectif est double. D’une part, il cherche par cet acte de « bravoure » à s’assurer la suprématie sur le monde arabe en isolant la Jordanie et l’Arabie saoudite. D’autre part, il tente de supprimer les séquelles de la crise de Suez de 1956 en redorant le blason de la RAU. Il commet néanmoins une grande erreur en surestimant la capacité de son armée à se défendre et à dissuader l’Etat juif d’attaquer. En effet, le tiers de son armée est toujours engagée au Yémen contre l’Arabie saoudite. De plus, Nasser n’exerce plus depuis des années déjà de contrôle sur elle, domaine qui est devenu la compétence du numéro 2 du régime, le maréchal Amer. Côté israélien, les dirigeants savent pertinemment que la sécurité et la survie de l’Etat ne sont pas menacées. Cependant, cet acte représente une évolution politique dangereuse. Tsahal n’a pas été en mesure de dissuader moralement un pays arabe de remettre en cause un fait accompli, alors que justement cette politique du « fait accompli » est à la base de l’Etat juif depuis 1948. Or, l’affront de Nasser risque d’entraîner dans le monde arabe une spirale de remises en cause successives. Pour la population d’Israël en revanche, le spectre de son extermination est bien présent dans la conscience collective, abreuvée de propos provocateurs et d’exhortations incendiaires de la part de certains dirigeants arabes. Israël ne réplique pourtant pas immédiatement, car il nécessite une couverture diplomatique internationale lui évitant d’être placé au ban des grandes puissances et de l’ONU, pouvant le forcer du même coup à renoncer aux combats et à tout gain territorial éventuel. Ainsi le véritable feu vert à toute opération doit être obtenu des Etats-Unis. Le ministre des Affaires Etrangères Abba Eban est alors investi de la mission de recueillir auprès des divers gouvernements occidentaux la légitimité d’une expédition militaire. La France de de Gaule se montre fortement hostile à toute intervention israélienne. L’Etat français déclare que le problème, de même que tous ceux ayant cours au Proche-Orient, doivent trouver une solution par un arbitrage international, ce que tente délibérément d’éviter Israël. Londres se montre « compréhensif », mais ne promet aucune aide réelle. Vient alors le tour du grand patron américain. Israël se livre alors à un coup d’esbroufe afin de tester la réaction américaine en prétendant que les forces égyptiennes sont sur le point de pénétrer sur le territoire israélien. Les Etats-Unis lancent un appel à la RAU pour l’en dissuader. La réponse de Nasser est sans équivoque en rappelant qu’il n’a nulle intention d’engager la guerre contre l’Etat juif. Néanmoins les Américains multiplient les demandes de réouverture du Golfe d’Akaba et du Détroit de Tiran les jours suivants. En vain. Nasser voit à tort dans ces démarches les prémices d’un règlement international en sa faveur. Aussi s’engage-t-il à réitérer ses intentions de non-agression en prenant soin d’y joindre son vœu de voir le rétablissement strict des Accords d’armistice de Rhodes. Pensant ainsi que la RAU ne modifiera pas le statu quo, l’administration Johnson donne un quasi feu vert à Israël pour attaquer cette dernière. La réserve formulée par Johnson concerne l’intérêt propre du pays qu’il ne veut pas voir entamé, ni ne souhaite-t-il provoquer dans cette aventure l’intervention soviétique. Le 30 mai, le roi de Jordanie cède devant la mobilisation arabe, comprenant que le sort de la monarchie est en jeu. L’encerclement d’Israël paraît effectuer. Le 1er juin, Levi Eshkol constitue un gouvernement d’union nationale où entrent notamment Moshe Dayan du parti Rafi en tant que ministre de la Défense et Menahem Begin du bloc parlementaire de droite Gahal, fondé en 1965 de l’entente entre les libéraux et les révisionnistes. L’attaque israélienne est dès lors imminente. Le 5 juin débute ce que l’on appellera bientôt la « guerre de six jours » - la « guerre de juin » pour les Arabes. A l’aube, les Israéliens lancent un véritable blitz-krieg contre tous les aérodromes civils et militaires égyptiens par le biais de son aviation. En l’espace de trois heures, les Mirages israéliens détruisent principalement au sol la quasi totalité de l’aviation de guerre égyptienne - soit environ quatre cents appareils - et poursuivent leurs opérations sur les aéroports jordaniens et syriens. La maîtrise du ciel acquise par Tsahal au cours des premières heures du conflit lui assure un avantage décisif pour les combats terrestres qui font déjà rage dans la bande de Gaza et dans le Sinaï. L’Irak, l’Algérie, le Yémen, le Soudan, l’Arabie saoudite et la Jordanie se déclarent en guerre avec Israël. Le roi Hussein de Jordanie entre dans la bataille vers midi. Le 6 juin Tsahal occupe la ville de Gaza, El Arich et Abou Agueila sur le front égyptien et les agglomérations de Jénine et Latroun en Jordanie. Israël attaque également la Syrie. Le Conseil de sécurité ordonne alors un cessez-le-feu immédiat et sans conditions. Celui-ci est accepté par le roi Hussein le 7 juin, mais l’armée israélienne occupe déjà la vieille ville de Jérusalem et toute la Cisjordanie. Au tour maintenant de la Syrie dont l’armée n’a presque pas souffert des hostilités. Bien que Damas ait accepté le cessez-le-feu de l’ONU, le plateau du Golan est conquis par Tsahal au 10 juin, ignorant ainsi un nouvel ordre du Conseil de sécurité pour la cessation des combats. C’est finalement une menace d’intervention de l’URSS qui clôt les hostilités, celle-ci venant par ailleurs de rompre ses relations diplomatiques avec Tel-Aviv. La Syrie s’en tire finalement à bon compte, elle qui s’est plus évertuée à défendre son régime politique à Damas en abandonnant le Golan et la ville de Kuneitra. Par contre, les conséquences sont désastreuses pour la Jordanie qui perd sa région la plus fertile avec la Cisjordanie. L’Egypte qui est laminée militairement se voit amputée du Sinaï et de la bande de Gaza qu’elle administrait. Concernant les raisons qui poussent Israël à attaquer la Syrie, on apprend aux écoliers israéliens par le biais de l’Histoire « classique » - par opposition au mouvement des « nouveaux historiens » qui contribuent à rectifier les mythes fondateurs du sionisme - que la conquête du Golan était de nature défensive, le principal objectif étant de mettre un terme aux canonnades syriennes sur les fermiers israéliens qui cultivaient leurs terres. Or, les mêmes confessions déjà citées précédemment de Moshe Dayan contredisent totalement cette thèse. Le dirigeant israélien indique : « Au quatrième jour de la guerre, les Syriens ne constituaient pas une menace contre nous. ». En effet, l’entrée syrienne dans le conflit est délibérément provoquée par Israël pour plaire aux kibboutznikim, les habitants des fermes collectives de Galilée, qui « convoitaient les terres fertiles du Golan. ». Israël remporte ainsi sa plus foudroyante victoire, faisant état de sa très grande supériorité militaire. Règne alors dans la population israélienne un très grand soulagement et un climat de triomphalisme illustré par la chanson de l’époque, clamant que les Israéliens peuvent à nouveau « descendre de la mer Morte par la route de Jéricho ». Etourdie d’allégresse et d’un orgueil sans borne qui finira par l’aveugler, la société israélienne enfante durant l’été 1967 des institutions comme le « Mouvement pour la terre d’Israël complète » puis le « Bloc des croyants » autour d’un noyau du Parti national religieux à tendance ultra-orthodoxe. Selon ces groupes, il s’agit dès à présent pour les Juifs israéliens d’aller vivre sur la terre nouvelle « libérée ». Aussi la question essentielle est de savoir quel sort sera réservé aux territoires nouvellement occupés. Dans les premiers jours suivant la fin des combats, plusieurs villages arabes du secteur de Latroun qui constitue une route stratégique vers Jérusalem sont rasés. A Jérusalem, les maisons du Waqf maghrébin d’Abou Medien connaissent la même destinée afin de pouvoir y créer une vaste esplanade d’accès au mur des Lamentations. Entre les 26 et 28 juin, le pape Paul VI demande l’internationalisation de la ville. La Knesset vote pour toute réponse l’annexion de la partie arabe. Un nouvelle vague de réfugiés que l’on appellera pudiquement « personnes déplacées » pour les distinguer de ceux de 1948 est ainsi engendrée. Ces populations sont celles d’une part du Golan syrien - plusieurs dizaines de milliers d’habitants - et d’autre part celles palestiniennes vivant notamment dans la région de Jéricho et dont une partie forme le groupe des réfugiés de 1948. Officiellement pour Israël, tous les départs sont volontaires en plus de la généreuse offre « logistique » qui a été fournie à ces personnes pour faciliter leurs déplacements. Des sources arabes font pour leur part état de « fortes pressions » exercées par Tsahal. Quoi qu’il en soit, le nombre de ces nouveaux réfugiés se monte à plusieurs centaines de milliers - 200 000 pour le Golan et la Cisjordanie auxquels il faut adjoindre encore ceux de la bande de Gaza et du Sinaï. Les Israéliens vantent alors la qualité de leur administration des territoires occupés ainsi que leur capacité à créer une prospérité économique inconnue jusqu’à lors. L’action est dite libérale marquée particulièrement par le maintien des contacts avec la Jordanie, politique qualifiée des « ponts ouverts ». Celle-ci est à mettre au crédit de Dayan et de ses plans dont elle constitue le troisième volet qui se résume en la « normalisation » au sein des territoires occupés, après les phases de conquête et d’implantation. Cette normalisation se fait sous l’égide de l’armée dotée d’une totale liberté d’action, n’hésitant pas en cela à recourir aux châtiments collectifs pour assurer la coexistence entre les populations. De leur côté, les organisations de résistance à Israël voient dans l’occupation l’occasion de mener la guerre populaire. Le Fath de Yasser Arafat tente dès l’été 1967 d’organiser une guérilla en Cisjordanie. Cette dernière échoue pour deux raisons. Premièrement, Tsahal mène une répression fondée sur le renvoi des opposants à l’occupation et sur la destruction des maisons de personnes suspectées d’appartenir à la résistance. Deuxièmement, les notables palestiniens eux-mêmes se montrent hostile à toute opposition, car ils espèrent le retour de l’autorité jordanienne. Dans la bande de Gaza, la résistance est principalement menée par les anciens du MNA, groupe fondé par Georges Habache et favorable à la politique nassérienne - Mouvement nationaliste arabe. Sa branche palestinienne devient le FPLP - Front populaire de libération de la Palestine - menant une guérilla efficace jusqu’aux années 1970-1971 avant d’être liquidé corps et biens par le général Ariel Sharon, toujours enclin à une bestialité zélée. Aussi, après la guerre de six jours et malgré l’impressionnante démonstration de force de Tsahal, le calme ne revient pas pour autant. Du 1er au 14 juillet 1967, des accrochages ont lieu le long du canal de Suez entre Egyptiens et Israéliens, impliquant aviation, artillerie et blindés. Deux jours plus tard, le Conseil de sécurité décide de l’envoi d’observateur dans le secteur. Le 7 août 1967, Israël passe un accord avec la Jordanie sur le retour de certains réfugiés en Cisjordanie. Les premiers d’entre eux réintègrent leurs foyers le 18. Du 29 août au 3 septembre se tient à Khartoum la Conférence de la Ligue arabe. Si l’on s’en tient à la troisième résolution publiée à l’issue de celle-ci et rajoutée sous la pression des tenants d’une ligne intransigeante, ce sommet marque un durcissement du monde arabe face à Israël à qui il refuse toute reconnaissance, toute négociation et toute paix avec lui. De plus, les droits des Palestiniens sont réaffirmer. Cependant, les résultats de la Conférence sont plutôt décevants pour les « durs ». Ceux-ci sont en faveur de mesures de pression pour amener les puissances impérialistes à retirer leur soutien à Israël. Il est proposé notamment de boycotter politiquement, économiquement, commercialement et financièrement les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la RFA. Or, il est décidé finalement de reprendre les livraisons de pétrole aux puissances occidentales, et il opte en fait pour une solution politique au conflit israélo-arabe, excluant ainsi un recours à la violence pour obtenir l’évacuation des territoires occupés par l’Etat juif. Les pays arabes font de la sorte passer leurs intérêts propres avant ceux, une fois de plus, de l’unité arabe. De son côté, Israël tente au lendemain du conflit de trouver une solution politique au conflit. Ce point fait l’objet d’une délibération secrète due son gouvernement le 19 juin 1967. Elle va dans le sens d’une restitution du Golan et du Sinaï en l’échange d’une paix complète avec l’établissement de relations normales entre Etats. La condition sine qua non à cet éventuel arrangement est une négociation entre l’Etat juif, en position de force, et chaque Etat arabe, de manière à éviter une solution régionaliste globale qui pourrait amener Israël à faire trop de concessions. Le 2 juillet, le roi Hussein reçoit en catimini des émissaires israéliens. Les positions sont inconciliables. Les Israéliens désirent établir une autonomie palestinienne sous contrôle et sous dépendance israélienne. Nasser quant à lui se débarrasse d’une part du maréchal Amer sur qui il fait porter la responsabilité du désastre. D’autre part, il décide de poursuivre la lutte. Pour ce faire, il s’engage résolument du côté soviétique duquel il obtient un soutien très conséquent. Il réorganise son armée. En octobre, celle-ci s’offre le luxe de couler le destroyer israélien Eilath, prétextant que ce dernier croise dans les eaux territoriales égyptiennes. Les représailles israéliennes touchent les installations civiles de Port-Saïd. Ne pouvant se résoudre à récupérer le Sinaï, Nasser estime que la priorité doit être donner à la Cisjordanie, quitte à laisser carte blanche au roi Hussein. Enfin, la RAU se réconcilie avec l’Arabie saoudite. Nasser retire ses forces du Yémen. En échange, les monarchies pétrolières financeront désormais la lutte contre Israël. Dès le 24 septembre 1967, on enregistre l’implantation des premiers kibboutz en Cisjordanie et sur le Golan. Les négociations concernant la Cisjordanie entre Américains – oeuvrant pour le compte d’Israël - et le roi Hussein progressent. Il est prévu de restituer la plus grande partie du territoire, moyennant des rectifications de frontières sous la forme d’échange de parcelles territoriales. Le souverain jordanien jouerait également dans l’administration de Jérusalem. Le projet est finalement rejeté en bloc par les Israéliens. Le 21 novembre 1967, l’ONU adopte la résolution 242 relative notamment au retrait des troupes israéliennes des territoires occupés pendant la guerre de six jours. Seule la Jordanie accepte véritablement cette décision. La RAU approuve, mais émet des réserves. La Syrie la rejette catégoriquement et Israël ne se prononce pas. Le 23 novembre débute la mission du Représentant spécial de l’ONU, le Suédois Gunnar Jarring. Les Egyptiens se refusent à des négociations et veulent faire appliquer telle quelle la résolution. Les Israéliens ne reconnaissent pas le rôle de médiateur de Jarring qu’ils considèrent seulement comme un messager entre Israël et les Etats arabes. Le 27 novembre, lors d’une conférence de presse, le général de Gaulle prononce à propos d’Israël : « Un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ». En janvier 1968, les partis Mapaï, Rafi et Ahdout Haavoda fusionnent pour constituer le parti travailliste. Le 10 du mois, Israël et l’Egypte signe un accord pour l’échange de prisonnier de guerre. Le 15, les Etats-Unis réprouvent les « actions unilatérales » d’Israël dans les territoires occupés. A partir du 26 janvier, une série d’incidents armés se multiplient entre Tsahal et les forces égyptiennes. Le 8 février, un duel d’artillerie s’engage sur le Jourdain entre Israël et la Jordanie. Les attentats font rage dans les territoires occupés, le roi Hussein les condamne. Le 26 février, Abba Eban accepte partiellement la médiation Jarring. L’Egypte la refuse le 8 mars. Entre le 18 et le 21 mars, un autocar transportant des lycéens saute sur une mine près d’Eilat. Les représailles israéliennes entraînent de très violents combats en Jordanie sur un front de cent dix kilomètres de long et, notamment, dans la ville de Karamé où sont engagés l’armée jordanienne et des commandos du Fath. Du 25 au 29 mars, des combats ont lieu toujours entre Israël et la Jordanie dans la région du lac de Tibériade. Suite à cette série de violence, le Fath et d’autres mouvements de commandos entrent au CNP - Conseil national palestinien dont la fonction s’apparente à un Parlement de l’OLP. Dans la foulée, ces factions y deviennent majoritaires avec une nette prépondérance pour le Fath. A ce titre, Yasser Arafat devient Président du CNP. Le 8 juillet 1968, des combats d’artillerie ont lieu autour de Suez entre Egyptiens et Israéliens. Du 10 au 17 juillet, le CNP réuni au Caire adopte la Charte de l’OLP - la deuxième - qui marque une nette radicalisation des revendications. Désormais, les seuls Juifs admis en Palestine sont ceux étant arrivés avant la Déclaration Balfour. De plus, il n’est plus fait mention comme dans le premier texte aux territoires restés aux mains des Arabes après 1949. Du 23 juillet au 31 août, un Boeing israélien assurant la liaison Rome-Tel-Aviv est détourné par un commando palestinien et contraint d’atterrir à Alger. L’équipage et les passagers sont finalement libérés. Du 4 au 6 août, des incidents se produisent en Jordanie entre Tsahal et des commandos palestiniens. Le 18 août, des jeunes Israéliens attaquent le quartier arabe de Jérusalem. Le 25, les armées israélienne et jordanienne s’affrontent le long des lignes de démarcation. Le 8 septembre et plus tard le 26 octobre, des duels d’artillerie s’engagent tout le long du canal de Suez. Le FPLP, l’aile la plus extrémiste du mouvement palestinien, est créé en novembre avec Ahmed Djibril au commandement général. Le 4 novembre, des commandos palestiniens s’affrontent avec l’armée jordanienne à Amman. Du 1er au 4 décembre, l’aviation israélienne intervient dans l’arrière-pays d’Akaba contre des unités irakiennes et jordaniennes. Enfin du 26 au 28 décembre, un attentat est perpétré à Athènes par deux Arabes prenant pour cible un avion israélien. Les représailles de Tsahal se portent sur treize appareils civils libanais détruits sur l’aéroport de Beyrouth. Une grande partie de cette série d’événements trouve sa source à une époque où l’apologie de la violence révolutionnaire propre à la théorisation d’intellectuels tiers-mondistes est en vogue. L’objectif visé est double. D’une part, il s’agit de porter atteinte à l’économie d’Israël. D’autre part, on observe une réelle volonté de sensibiliser l’opinion publique mondiale au problème palestinien par des coups d’éclat médiatisés dans le monde entier. Aussi, le terrorisme palestinien constitue progressivement le terreau de la crise libanaise. Beyrouth est en effet la seule capitale arabe à disposer d’une réelle liberté d’expression dont se sert les factions palestiniennes pour répandre leurs thèses. De plus, les terroristes se servent du Liban-Sud comme rampe de lancement à leurs opérations. De son côté, l’Etat juif, outre les simples représailles, cherche par une politique « des minorités » à déstabiliser ce pays à l’équilibre confessionnel très fragile en montant les chrétiens contre les musulmans. Le but est de s’attacher les faveurs des premiers nommés - projet récurrent chez les dirigeants sionistes dès les années trente - et ainsi d’entrevoir la possibilité à plus ou moins long terme de s’approprier le Liban-Sud et les eaux du Litani. Le 6 janvier 1969, de Gaulle renforce strictement un embargo sur les armes à destination d’Israël, jusque-là appliqué de manière fort souple. Le 27 du mois, quinze Irakiens dont neufs Juifs sont pendus sous l’accusation d’espionnage au profit d’Israël. En février est créé du FDPLP dont le chef est Nayef Hawatmeh - Front démocratique et populaire de libération de la Palestine - et qui deviendra le FDLP en 1973. Du 1er au 4 février se tient au Caire la cinquième session du CNP. Yasser Arafat y est nommé Président exécutif de l’OLP. Le 18 du mois un avion de EL AI est attaquer sur l’aéroport de Zurich par quatre membres du FPLP. Deux jours plus tard, l’Irak exécute à nouveau des concitoyens accusés d’espionnage. Le lendemain un attentat a lieu dans un supermarché de Jérusalem. Le 24 février, l’aviation syrienne bombarde deux bases de commandos palestiniens. Le 26 février 1969, Levi Eshkol décède. L’intérim est assuré par Ygal Allon. Golda Meïr occupera finalement le poste de Premier ministre pendant cinq ans. Du 8 au 9 mars, des combats aériens et des duels d’artilleries font rage au-dessus du canal de Suez. Ceux-ci se poursuivent tout au long de l’année transformant en champ de ruines les villes égyptiennes bordant le canal. En avril, Bagdad crée le Front de libération arabe. Le 10 avril, un plan de paix proposé par le roi Hussein reprenant la résolution 242 est rejeté par les cinq principales organisations palestiniennes. Du 23 avril au 6 mai, des accrochages s’engagent entre l’armée libanaise et les commandos palestiniens. Le 11 août, Tsahal entreprend un raid aérien sur le Liban. Le 21 août, la mosquée El Aqsa de Jérusalem est endommagée par un incendie. Le 25 du mois, quinze Iraniens accusés d’espionnage au profit d’Israël sont exécutés par Bagdad. Le 29 août, un commando du FPLP détourne vers Damas un Boeing de la TWA assurant la liaison Rome-Tel-Aviv. Le 1er septembre, l’armée libyenne renverse le roi Idriss. Le colonel Kadhafi devient Président du Conseil de la Révolution. Le 6 octobre, le pape Paul VI offre ses services pour « le retour à une paix juste et durable » au Proche-Orient. Du 18 au 26 octobre, des heurts opposent à nouveau l’armée libanaise aux commandos palestiniens. Le 28 octobre les élections législatives en Israël révèlent un recul des travaillistes qui reste néanmoins majoritaires. Le 3 novembre, des accords secrets sont signés au Liban entre le chef de l’armée libanaise Boustany et Yasser Arafat, réglementant la présence palestinienne et l’action de résistance sur le territoire. Le 9 décembre, les Etats-Unis proposent le plan Rogers pour le Proche-Orient. Enfin, les 24 et 25 du mois, cinq vedettes sous embargo quittent clandestinement Cherbourg à destination de Haïfa. En janvier 1969, l’administration Nixon arrive au pouvoir. Sa politique s’oriente pour le maintien de relations privilégiées entre les Etats-Unis et l’Etat juif. Il faut préciser qu’après le conflit de 1967 et l’écrasante victoire d’Israël, ce dernier devient un atout stratégique de première catégorie pour les Américains. En effet avant cette date, Israël pose un problème de double loyauté. Il recherche certes activement l’appui des Etats-Unis, mais ceux-ci restent relativement méfiants en ce sens que la société israélienne, articulant par exemple son système agraire sur un modèle collectiviste, comporte de nombreux éléments de l’Europe de l’Est et tout particulièrement au sein de son élite dirigeante orientée à gauche. Aussi, après 1967, ce bémol quant aux rapports de confiance se transforme en une considération de superloyauté israélienne, totalement acquise aux intérêts américains dans la région et qui de surcroît pousse l’Etat juif à se battre à la place des G.I. contre le « péril arabe ». Dans le même temps, Nixon s’inquiète de la croissance de l’influence soviétique au Moyen-Orient et de l’affaiblissement des Etats arabes modérés. En 1969, deux coups d’Etat intronisent des régimes pronassériens au Soudan et en Libye. Rabin alors ambassadeur d’Israël à Washington se fait un ardent artisan du renforcement israélo-américain. Il peut compter pour cela sur l’appui de Kissinger, Conseiller aux affaires nationales de sécurité. L’aggravation de la situation permet alors à William Rogers, Secrétaire d’Etat de Nixon de présenter un projet de résolution des problèmes de la région qui se veut équilibré, assurant la sécurité de tous les Etats, n’approuvant pas les conquêtes territoriales et demandant le règlement des conflits par le biais du Représentant spécial de l’ONU Jarring. Les Israéliens rejettent énergiquement le projet sous prétexte qu’ils se refusent à toute immixtion des puissances extérieures. Les Egyptiens le récusent pareillement en janvier 1970 arguant que le programme n’établit aucun calendrier échelonnant le retrait de Tsahal du territoire égyptien. Nixon opte alors pour des négociations directes entre les parties concernées. En janvier 1970, Rabin et Golda Meïr persuadent leur Gouvernement de lancer des raids aériens plus avant dans le territoire égyptien. Le but est de porter sévèrement atteinte aux infrastructures économiques et militaires de la RAU et de provoquer ainsi un soulèvement de sa population contre ses dirigeants. Les pertes civiles sont évidemment le lot de ce genre d’opération et l’effet escompté se retourne contre Israël qui voit le climat d’union nationale se renforcer en Egypte autour du régime de Nasser. Le 3 janvier 1970, un commando israélien enlève onze militaires et dix civils au Liban. Du 10 au 18 du mois, Israël mène un raid contre une base de fusées en RAU. L’aviation de Tsahal bombarde également des camps militaires et la grande banlieue du Caire. Ces incidents se poursuivent jusqu’en août. Du 2 au 12 février, des combats ont lieu sur le front israélo-syrien. L’aviation israélienne mène aussi ses opérations sur le delta du Nil. Deux des navires de guerre de Tsahal sont sabotés dans le port d’Eilat. Les représailles entraînent les bombardements de deux ports égyptiens et d’usines à Abouzaabal au nord de la capitale. On y dénombre une centaine de morts. Le 21 février, deux avions à destination d’Israël sont victimes d’attentats en Suisse et en RFA. Nasser obtient un soutien beaucoup plus conséquent de l’URSS : notamment des missiles sol-air Sam-3, des avions ainsi que des pilotes soviétiques. Fin février, le risque d’une confrontation directe entre Israël et l’URSS se précise. Tsahal qui ne peut compter sur le soutien des Américains déjà engagés au Vietnam se retire de l’intérieur du pays et limite désormais ses opérations militaires à a seule zone du canal. La proximité territoriale de celui-ci est convoitée par l’armée égyptienne qui tente au prix de violents combats d’y installer ses batteries de missiles. En Jordanie, les tensions s’exacerbent entre les commandos palestiniens, l’armée du pays et la monarchie hachémite. La radicalisation des revendications palestiniennes, ainsi que le montre le programme commun d’action politique et militaire du 6 mai 1970 ratifié au septième CNP, amènent ces groupes à condamner aussi bien Israël que les divers gouvernements arabes qu’ils accusent de vouloir museler leurs activités. Les 20 et 21 janvier 1970 l’armée israélienne détruit une base de résistants palestinien en territoire jordanien. Le 5 mars 1970, les autorités du Liban demandent aux organisations palestiniennes de geler leurs activités. Les 18 et 19 du même mois, Israël lance des représailles toujours au Liban. Du 24 au 27 mars, des accrochages mettent aux prises Palestiniens et Libanais. Le 2 avril, l’Etat juif s’attaque à la Syrie. Le 12 mai, des chars israéliens pénètrent au Liban provoquant la réaction de la Syrie qui y envoie également ses propres chars et son aviation. Le 22 mai, un bus scolaire israélien tombe dans une embuscade é la frontière libanaise. L’artillerie israélienne riposte sur quatre villages des environs. Du 7 au 12 juin, de très violents combats mettent aux prises les forces armées jordaniennes et des organisations palestiniennes se soldant par des milliers de morts. Dans ce contexte toujours aussi guerrier, Rogers tente une nouvelle percée pour la paix. Il propose le 19 juin à la RAU et à Israël un cessez-le-feu de trois mois accompagné de l’acceptation de la résolution 242 et de la participation de Jarring pour entreprendre les négociations. L2 23 juillet, Nasser annonce dans un discours à la nation son intention d’accepter le second plan Rogers. Aussi, les parties en conflit - Israël et la RAU – s’accordent sur le cessez-le-feu proclamé le 6 août et sur la nécessité de geler leur situation respective sur le terrain. En fait, tant les Egyptiens que les Israéliens ne respectent pas ce point, profitant au contraire de cette trêve prévue pour trois mois pour consolider leurs positions militaires. Néanmoins, pour la première fois, les Israéliens acceptent officiellement la résolution 242 entraînant du même coup la fin du gouvernement d’union nationale avec le retrait de Begin. Mais Golda Meïr précise qu’il est exclu que Tsahal opère un retrait sur les frontières d’avant 1967. Quant aux pourparlers de paix devant être menés par Jarring, ils ne peuvent finalement avoir lieu. La Syrie, l’Irak et l’OLP rejettent le plan. La Jordanie par contre annonce pour sa part qu’elle accepte aussi le plan Rogers. Les Palestiniens, se sentant lâcher par ces deux Etats arabes, crient alors à l’imposture. Commence alors le sombre épisode de « Septembre noir » qui dure du 30 août au 20 septembre et, surtout, qui marque bien l’incompatibilité entre les objectifs des Etats arabes cherchant à reprendre les territoires perdus en 1967 et ceux de l’OLP visant à la libération de la Palestine. Le FPLP détourne le 6 septembre cinq avions de ligne américains sur le sol jordanien. Trois d’entre eux seront détruits. Par cet acte, l’organisation palestinienne cherche à provoquer la chute du régime de Amman et dans la foulée l’abandon du plan Rogers. Le 16 du mois, le roi Hussein forme un gouvernement militaire. Des combats éclatent entre forces jordaniennes et Palestiniens qui feront des milliers de morts. Les chars syriens pénètrent alors dans le nord du pays en soutien à la résistance palestinienne dont une frange constitue le groupe terroriste « Septembre noir ». Celle-ci dirige dans un premier temps ses opérations vers l’assassinat de responsables jordaniens, puis se tourne contre des objectifs israéliens à l’étranger. Du point de vue américain, le renversement du roi Hussein qui s’est rallié à leur plan de paix ne peut être toléré. De plus, il s’agit d’éviter à tout prix l’entrée dans le conflit de la Syrie et de l’Irak. Les Etats-Unis ne peuvent non plus pas de manière directe s’impliquer militairement dans la région. Kissinger demande alors à Israël de manifester son intention d’une éventuelle intervention. Ainsi, ce dernier a l’occasion une nouvelle fois de prouver sa superloyauté envers les Etats-Unis et de ce fait recevra dès ce moment une aide militaire et civile différente de celle dont il était le bénéficiaire jusqu’à lors. Nasser de son côté convoque un sommet arabe extraordinaire au Caire. Il parvient à un accord de cessez-le-feu le 27 septembre. Le lendemain il décède. Le 13 novembre, le général Hafez El Hassad alors ministre de la Défense prend le pouvoir en Syrie. Une des conséquences les plus importantes de cet événement est le déplacement de centaines de milliers de Palestiniens quittant la Jordanie pour le Liban. De plus, Septembre noir change les données du problème du moins du point de vue stratégique égyptien. En effet, Sadate qui succède à Nasser doit désormais compter sur le démantèlement du front oriental que constituait la Jordanie et la Syrie dans le cas d’une offensive sur l’Etat juif. En outre, la tactique du défunt dirigeant de la RAU était d’impliquer au maximum les Soviétiques sur le front égyptien afin de trouver ultérieurement et diplomatiquement une solution de paix aussi favorable que possible. Or, l’allié de la RAU est contre la participation de ses propres forces dans la traversée du canal et la reconquête du Sinaï dès la trêve de trois mois échue. Ainsi, l’URSS distille dès à présent son aide de manière plus parcimonieuse. Le climat entre les deux pays se détériore rapidement d’autant plus que Sadate entreprend des démarches diplomatiques personnelles sans consulter le géant communiste. En 1971, l’ONU tente dès le 2 janvier une reprise de la mission Jarring dans les pourparlers de paix. Cette tentative échoue le 25 mars. Le cessez-le-feu vient à être prolongé et Sadate annonce dans un discours devant l’Assemblée nationale le 4 février que la paix est l’objectif du Gouvernement. Il propose un règlement par étape dont la première est un retrait de Tsahal de la rive orientale du canal. De plus, Sadate exclut toute concession concernant les territoires détenus par Israël depuis 1967. Golda Meïr répond par la négative le 9 février. Le 18 mai, le consul d’Israël en Turquie est enlevé. Il est finalement assassiné. Le 17 juillet, le roi Hussein dénonce les accords concédant aux Palestiniens des bases dans le royaume. Les derniers noyaux de résistants en Jordanie sont éradiqués, isolant un plus encore la position du souverain hachémite dans le monde arabe. Le 2 septembre 1971, l’Egypte reprend le nom de République arabe d’Egypte. Aux Etats-Unis, deux conceptions du problème s’affrontent. Kissinger se fait le chantre d’une politique de déstabilisation des Etats arabes afin de les mener à rompre tout contact avec l’URSS et à se ranger dans le giron américain. Rogers quant à lui veut profiter des déclarations récentes de Sadate pour relancer et conclure le processus de paix. Cette option est reconduite pour la dernière fois dans le courant de l’année sans plus de succès et amène Kissinger à prendre le dossier en mains. Le 1er janvier 1972, des affrontements reprennent à Beyrouth entre l’armée libanaise et les résistants palestiniens. Du 2 au 4 février, Sadate se rend à Moscou pour y négocier la fourniture d’armes. Le lendemain, les Etats-Unis vendent des avions et des missiles – Phantom et Skyhawk – à Israël. Le 15 du mois, l’Etat juif et la France trouve un accord pour le rachat de cinquante Mirage mis sous embargo en 1967. Du 25 au 28 février, les troupes armées israéliennes pénètrent au Liban et bombardent les camps de réfugiés palestiniens près de Nabatiyeh et dans la Bekaa. Du 29 mars au 3 avril, des combats aériens font rage au-dessus du Golan entre Israël et la Syrie. Le 30 mai, trois japonais œuvrant pour le compte du FPLP lancent des grenades et tirent dans la foule à l’aéroport de israélien de Lod. Le 18 juillet 1972, Sadate expulse les conseillers militaires soviétiques d’Egypte. Le clan américain jubile, mais en fait, par cet acte, le dirigeant égyptien élimine le dernier obstacle à la reprise des hostilités. De plus, le front oriental est en voie de reconstitution avec l’avènement au pouvoir d’Hafez El Hassad en Syrie. Entre 1971 et 1972, une coopération militaire s’ébauche entre les deux Etats arabes. La Syrie reconnaît également dès 1972 la résolution 242 qu’elle comprend comme le retrait israélien de tous les territoires arabes. Ce pays dispose encore à partir de cette date de l’aide financière des monarchies pétrolières du Golfe. Le 5 septembre, onze athlètes de la délégation olympique israélienne sont assassinés à Munich par un commando de Septembre noir. En réponse, Tsahal mène des représailles au Liban du 8 au 16 septembre. Le 3 octobre, l’OLP accepte de retirer ses résistants des villes et des villages libanais. Le 8 décembre, un attentat est perpétré contre le représentant officieux de l’OLP en France, Mahmoud Hamchari, qui mourra de ses blessures en 1973. Le 28 décembre, un commando de Septembre noir occupe les locaux de l’ambassade d’Israël à Bangkok. Cette période historique voit également la mise en application du plan Allon - du nom du politicien israélien Ygal Allon - qui constitue les revendications israéliennes dans les négociations en vue d’établir une paix entre Etats. Il est prévu d’annexer une partie du Sinaï, le long de la mer Rouge, tout le Golan et d’isoler la bande de Gaza. La Cisjordanie se verrait attribuer un statut d’autonomie comprenant une coopération économique et de défense commune avec l’Etat juif. Autrement, on établit dans les régions destinées à rester israéliennes, parce que peu peuplées, des colonies de peuplement, officiellement pour des raisons stratégiques et militaires. La ville de Jérusalem est comprise dans son ensemble comme partie intégrante d’Eretz Israël. Pour ce faire, on hébraïse la partie est le plus possible. Dans les régions à forte population arabe, il est planifié de n’y implanter aucune colonie à l’exception de Hébron où se trouve le tombeau des Patriarches, vénéré par les croyants des deux religions. Bien que toute la classe politique israélienne de l’époque ne soit pas unanime sur ce sujet, les programmes d’implantation de colonies n’hésitent pas à recourir à des justifications mystico-religieuses en guise d’incitation à la population. Moshe Dayan déclare à ce propos : « Si l’on considère nos liens avec la Cisjordanie comme temporaires, il faut dans ces conditions cesser d’étudier la Bible, et les Juifs cesseront alors de se sentir en Cisjordanie comme chez eux. ». En janvier 1973, la coalition de droite israélienne Gahal s’associe avec de petites formations comme le parti libéral et le Laam pour constituer le Likoud, présidé par Menahem Begin. Le 21 février, un avion de ligne libyen est abattu par les avions de chasse israéliens au-dessus du Sinaï, portant le bilan de cet acte à cent cinq morts. Le 2 mars, un commando palestinien assassine trois diplomates occidentaux au Soudan. Le 5 avril, un des responsables du FPLP, Basil Al Kubaïssi, est abattu à Paris. Cinq jours plus tard, un commando israélien tue trois dirigeants de l’OLP au Liban. Du 2 au 17 mai, des affrontements mettent aux prises l’armée libanaise et les résistants palestiniens. Du 20 au 24 mai, un Boeing japonais est détourné par un groupe pro-palestinien. L’appareil est finalement détruit au sol. Le 10 août, la chasse israélienne intercepte au-dessus du Liban une caravelle censée transportée des chefs palestiniens. Le 10 septembre, une conférence au Caire entre Sadate, Kadhafi et le roi Hussein entérine le rétablissement de la coordination militaire entre les trois Etats. Le 28 septembre, un train transportant des Juifs soviétiques émigrant vers Israël est pris d’assaut en Autriche par des Palestiniens. Les autorités autrichiennes décideront de la fermeture du camp de transit de Schoenau. Le 6 octobre 1973 commence la guerre du Kippour - la guerre d’Octobre pour les Arabes - qui sonne l’heure de la revanche pour l’Egypte et la Syrie. L’opération est déclenché en plein sabbat du Grand Pardon par les deux Etats arabes qui ont en commun un projet de récupération des territoires perdus après 1967. La surprise est de taille pour Israël qui depuis la guerre de six jours vit dans la certitude de sa très grande supériorité militaire. Au premier jour du conflit, les Egyptiens investissent le Sinaï, les Syriens le plateau du Golan et des commandos marocains attaquent le mont Hermon. L’aviation israélienne, l’orgueil de la nation juive à qui elle avait permis d’assurer un avantage immédiat lors de la dernière guerre, se heurte cette fois-ci à une défense antiaérienne arabe performante provoquant de lourdes pertes. Pareillement, la contre-offensive israélienne lancée au moyen des blindés est brisée par les fantassins équipés de petits missiles portatifs. La guerre du Kippour dure jusqu’au 24 octobre, date à laquelle toutes les parties acceptent le cessez-le-feu décrété par le Conseil de sécurité de l’ONU deux jours avant. L’Egypte et la Syrie consciente de leur infériorité militaire globale n’escompte en fait reconquérir qu’une partie de leurs anciens territoires. Mais, les problèmes de l’armée israélienne sont dus à l’épuisement rapide en matériel et en munitions, ce qui affole les politiciens de l’Etat juif. Ceux-ci implorent les Etats-Unis d’organiser un pont aérien et de leur fournir le ravitaillement souhaité. Ce point est réalisé dès le 12 octobre. Certaines sources affirment que le Gouvernement israélien aurait menacé de recourir à l’arme nucléaire s’il n’obtenait pas satisfaction. Ce conflit apporte aussi un fait nouveau d’une très grande importance. La mobilisation arabe se produit d’une part sur le terrain avec l'engagement également de la chasse irakienne au nord - Syrie et Liban - et celui des troupes jordaniennes sur le front syrien. D’autre part, le 17 octobre, l’OPAEP - l’organisation des pays arabes de pétrole - décide de réduire ses exportations de 5 % jusqu’à la « libération des territoires occupés ». Lorsque Sadate demande le cessez-le-feu, Kissinger se rend à Moscou et y négocie un texte avec l’URSS qui est repris par le Conseil de sécurité. Celui-ci est connu sous le nom de résolution 338. Il stipule premièrement un arrêt des combats et demande aux belligérants de s’en tenir à leurs positions du moment. Deuxièmement, la résolution appelle les parties concernées à appliquer dès le début du cessez-le-feu la résolution 242 dans toutes ses dispositions. Enfin, la décision onusienne ordonne que des négociations s’engagent immédiatement pour promouvoir la paix au Proche-Orient. Faisant face au non respect de ses décisions, le Conseil de sécurité édicte encore les résolutions 339 et 340 respectivement les 24 et 25 octobre. En fait, Kissinger, Secrétaire d’Etat américain à ce moment, permet à Tsahal qui a retraversé le canal de Suez le 15 octobre de dépasser de quelques heures l’ordre de cessez-le-feu afin de terminer la manœuvre d’encerclement de l’armée égyptienne sans pour autant autoriser à la détruire. Les Soviétiques menacent alors une fois de plus d’intervenir militairement. Kissinger surenchérit parlant d’une alerte nucléaire. Les Israéliens stoppent leur progression le 25 octobre. Finalement, Kissinger obtient le 11 novembre un accord - appelé accord du « kilomètre 101 » sur la route Suez-Le Caire - entérinant le gel des positions sur le terrain contre le ravitaillement des troupes égyptiennes. Le 21 décembre 1973 s’ouvre une conférence à Genève sur la paix au Proche-Orient coprésidée par les Américains et les Soviétiques. Toutes les parties concernées par le front sont représentées à l'exception des Palestiniens qui ne sont comme à l’accoutumée pas invités à participer aux débats et de la Syrie s’abstenant de siéger durant la première séance. Cette conférence donne un cadre juridique aux négociations en cours. Aussi, le plus grand problème auquel les pourparlers doivent faire face est la non reconnaissance de la question palestinienne par les Israéliens et inversement le refus palestinien d’accepter la légitimité de l’Etat juif. Le 18 janvier 1974, l’Egypte et Israël signent un accord - accord dit « Sinaï I » - sur le désengagement des forces des deux pays sous la seule direction des Etats-Unis. Une troupe armée de l’ONU - la FUNU - s’installe dans le désert du Sinaï. Tsahal se retire de quelques kilomètres du canal. En Israël la situation politique est précaire. Le 17 février ont lieu des manifestations pour réclamer la tête du général Moshe Dayan à qui incombe la responsabilité de l’échec de la guerre du Kippour. Du 22 au 24 février se tient à Lahore la Conférence islamique. Celle-ci reconnaît l’OLP, refuse l’internationalisation de Jérusalem et appelle au boycottage d’Israël. le 3 mars, deux palestiniens détournent un avion de la British Airlines sur l’aéroport d’Amsterdam. Trois jours plus tard, Golda Meïr forme un gouvernement de coalition grâce au ralliement in extremis du parti national religieux, de Moshe Dayan et de Shimon Peres. Le 9 mars, le Gouvernement libanais et l’OLP signent un accord pour le gel des opérations palestiniennes sur l’Etat juif. Les 17 et 18 mars, sept pays arabes réunis à Vienne - Arabie saoudite, Algérie, Abou Dhabi, Bahreïn, Qatar, Koweït et Dubaï – décident de lever l’embargo pétrolier contre les Etats-Unis. La Syrie et la Libye refusent quant à eux de s’associer à cette mesure. Le 2 avril, le chef d’état-major israélien Elazar démissionne à la suite de l’accusation de négligences commises pendant le conflit. Le 11 avril, Golda Meïr démissionne de son poste de Premier ministre devant la tourmente politique qui anime alors Israël. Itzhak Rabin la remplace et forme un nouveau gouvernement. Le même jour, un raid du FPLP contre le village de Kiryat Shmoneh fait dix-huit morts. Les représailles sont lancées deux jours plus tard sur le Liban. Le 14 avril, des affrontements s’engagent entre Israël et la Syrie sur le plateau du Golan. Le 15 mai, un commando du FPLP prend en otage une centaine d’enfants dans l’école de Maalot. L’armée israélienne donne l’assaut : le bilan est de vingt-huit morts. Les représailles israéliennes s’effectuent sur des camps de Palestiniens au Liban. Le 31 mai, la Syrie et Israël signent un accord de cessez-le-feu et de désengagement des forces armées. Les troupes onusiennes de la FUNOD s’installent sur le Golan. Quant à la Jordanie, elle ne fait pas partie des négociations relatives au désengagement des forces armées, n’ayant pas participé directement à la guerre du Kippour. Le roi Hussein et les dirigeants de l’Etat juif entament au début de 1974 des pourparlers secrets, étant entendu qu’Israël reste sur sa position quant à la poursuite du plan Allon. Les Palestiniens pour leur part se placent peu à peu dans la perspective du processus de paix. L’OLP, bien que gardant une rhétorique guerrière, propose la création d’une Autorité nationale palestinienne sur toute partie du territoire libéré. Ce programme est énoncé lors du douzième CNP le 9 juin 1974. L’opinion publique israélienne pense que le problème palestinien doit être pris en compte, mais que la responsabilité de la constitution d’un Etat pour ce peuple incombe à la Jordanie. Du 12 au 18 juin, le Président Nixon fait un tournée en Egypte, en Arabie saoudite, en Israël en Syrie et en Jordanie. Pendant ce temps, le FPLP attaque le kibboutz de Kfar-Chamir. Tsahal mène des représailles du 18 au 20 du mois sur des camps palestiniens au Liban. Du 1er au 8 août, Yasser Arafat se rend à Moscou. L’URSS reconnaît officiellement l’OLP et ouvre un bureau à l’organisation le 4 du mois. Le 18 août, les autorités israéliennes arrête Mgr Hilarion Capucci, évêque catholique de Jérusalem, pour activités terroristes. Le 28 août, la France lève son embargo sur les livraisons d’armes en vigueur depuis 1967. Le 26 septembre, le FPLP se retire du comité exécutif de l’OLP. Le 5 novembre, le roi Hussein annonce que la Cisjordanie ne relèvera plus de la souveraineté jordanienne. Précédemment, le sommet arabe de Rabat prend la décision historique de déposséder la Jordanie du dossier palestinien. L’OLP devient ainsi le seul et légitime représentant du peuple palestinien. Le 13 novembre, Yasser Arafat est accueilli triomphalement devant l’Assemblée générale de l’ONU. L’OLP se voit accorder sous la pression de la majorité tiers-mondiste un statut d’observateur - et non pas de membre, la différence est essentielle. Dans son discours, Arafat parle de la constitution d’un Etat palestinien démocratique et laïque. Il énonce entre autres : « Pourquoi ne pas rêver et espérer que je reviendrai un jour d’exil avec mon peuple, pour vivre dans l’égalité, la fraternité et la justice avec nos frères chrétiens, juifs et musulman ? ». Par contre, le leader palestinien ne laisse rien entrevoir sur une possible reconnaissance de l’Etat d’Israël, toujours assimilé à un ennemi et un envahisseur. Les paroles du délégué israélien sont virulentes. Il n’hésite pas à qualifier les membre de l’OLP de « bouchers », d’ « assassins » et de « barbares », aux méthodes nazies. Du 13 au 23 novembre, la première Conférence générale de l’UNESCO réunie à Paris refuse d’inclure Israël dans un zone géopolitique et suspend son assistance à Jérusalem. Le 19, un commando du FPLP commet un acte terroriste à Beit Shean. Le 9 décembre, Mgr Capucci est condamné à neuf ans de prison. L’année 1975 commence par la destruction du village de Kfar Chouba au Liban par les Israéliens entre les 12 et 16 janvier. Le 20 janvier, sadate se déclare prêt à conclure un accord de paix avec Israël. Un mois plus tard, le 20 février, le chef du parti phalangiste au Liban, Pierre Gemayel, demande un référendum sur la présence des Palestiniens dans le pays, l’objectif étant de les en chasser. Du 26 février au 3 mars, des troubles éclatent au Liban entre l’armée et des manifestants. Les forces palestiniennes prennent part à ces incidents. Le 5 mars, l’OLP lance un raid contre l’Hôtel Savoy à Tel-Aviv. Le 6 avril, Sadate se dit prêt à autoriser le transit par le canal de Suez de marchandises non stratégiques à Israël. Le 13 avril 1975 débute la deuxième guerre civile du Liban. Des gens en armes - probablement des activistes palestiniens - perpètrent au matin un attentat devant certainement viser le leader de l’extrême droite chrétienne libanaise, Pierre Gemayel. L’incident ayant fait quatre mort, dans l’après-midi, un bus transportant des résistants Palestiniens issus de plusieurs mouvements est l’objet d’une fusillade entraînant la mort de vingt-sept de ses passagers. Officiellement, les auteurs de cet acte ne sont pas connus. Le soir, la capitale Beyrouth est à feu et à sang. En fait, au Liban, la résistance palestinienne se trouve un allié dans la gauche politique libanaise à forte majorité musulmane. De son côté, Israël tente par ses opérations de représailles d’inciter les autorités libanaises à combattre les organisations palestiniennes. Un dilemme éclate ainsi entre la communauté musulmane solidaire de la cause palestinienne et les chrétiens pour qui la responsabilité des dangers menaçant le Liban incombe aux Palestiniens. Pendant le déroulement de tous ces événements, la diplomatie et les puissants des pays manœuvrent dans l’ombre pour tenter de trouver un terrain d’entente. La position d’Israël est de gagner du temps et de laisser pourrir la situation par un durcissement de sa politique jusqu’à ce que son principal allié, l’Occident, selon l’opinion de Rabin, puisse se délivrer de sa dépendance envers le pétrole arabe le poussant à faire des concessions au monde arabe. En outre, dans la perspective israélienne, l’Egypte doit être maintenue autant que se peut hors de la sphère d’influence de l’URSS, avec pour résultante un affaiblissement de sa force militaire. Par ailleurs, il n’est pas exclu d’engager une guerre avec la Syrie dès 1975, car celle-ci est devenue le principal allié de la superpuissance communiste. Au niveau territorial, l’Etat juif doit s’attacher garder le contrôle de la plus grande partie du Sinaï. Enfin, le problème palestinien est éludé en ce sens qu’aucune légitimité ne doit être accordée à l’OLP, empêchant ainsi toute avancée diplomatique de pourparlers avec le peuple palestinien puisqu’exclu des débats. Les négociations tripartites entre l’Egypte, les Américains et l’Etat juif - Sinaï II - butent donc surtout sur l’intransigeance israélienne menant le processus de paix dans un cul-de-sac. Ford, le nouveau Président des Etats-Unis, annonce alors un réexamen de la politique américaine dans la région. Dorénavant, les livraisons d’armes à Israël se poursuivent, mais aucun nouveau contrat n’est signé. De plus, la menace de revenir à la formule de la Conférence de Genève imposant à l’Etat juif un retrait total des territoires occupés est évoqué. Enfin, Ford se déclare en faveur de la prise en compte des Palestiniens que l’on ne peut plus ignorés. Les groupes de pression pro-sionistes mènent alors une véritable campagne au Congrès américain. Ceux-ci obtiennent le 21 mai 1975 la signature de septante six sénateurs pour un soutien économique et militaire inconditionnel à Israël. L’attitude de Ford se raidit encore davantage. Le Président américain rencontre Sadate les 1er et 2 juin. Il est convenu que les troupes américaines s’engagent dans le Sinaï comme forces d’interposition entre les deux ennemis proche-orientaux. Le 5 juin le canal de Suez est rouvert à la navigation. Les 15 et 16 juin, le FPLP commet un attentat à Kfar-Youval. L’acte provoque les représailles israéliennes dans le Sud-Liban, notamment à Nabatyeh. A nouveau entre les 4 et 7 juillet, un attentat à la bombe commis Jérusalem faisant treize morts entraîne des représailles combinée terre-air-mer sur les camps palestiniens du Sud-Liban. L’accord intérimaire Sinaï II est formellement signé à Genève le 4 septembre sous l’égide de l’ONU entérinant le règlement des contentieux relatifs au retrait de Tsahal d’Egypte et au canal. Mais, le point principal de cet événement est à rechercher dans le mémorandum israélo-américain accompagnant l’accord qui octroie à l’Etat juif une aide économique importante et durable, une compensation sur les pertes en pétrole à la suite de l’évacuation du Sinaï, une fourniture d’armements les plus modernes ainsi que l’assurance d’une défense d’Israël dans le cas d’une menace soviétique – après la guerre du Kippour l’aide américaine était déjà plus conséquente que celle des quatre années précédentes. De plus, les Etats-Unis s’engagent à donner à Israël un droit de veto sur tout nouveau participant dans le cadre de la conférence de Genève - en l’occurrence les Palestiniens. Les Américains promettent également de ne pas reconnaître l’OLP, tant que cette dernière n’acceptera pas les résolutions 242 et 338. Enfin, les Etats-Unis oeuvreront dans le sens souhaité par l’Etat juif, c’est-à-dire en favorisant des négociations bilatérales entre les Etats. A l’Egypte, l’administration américaine s’engage à fournie une aide économique ainsi qu’à servir de médiateur sur l’accord de désengagement israélo-syrien. La Syrie quant elle accuse l’Egypte de séparer ses intérêts de ceux des autres Etats arabes. Le régime syrien se lance alors dans un réarmement accéléré grâce à la manne soviétique tout en maintenant le contact avec les Etats-Unis. De même, il se fait l’avocat en apparence de la cause palestinienne qui s’empêtre dans la crise libanaise. En fait, la Syrie, tout comme le Liban et la Jordanie précédemment, ne désire pas héberger le peuple palestinien sur son sol. De plus, l’Etat syrien a toujours considéré le Liban au même titre que la Palestine mandataire comme une création artificielle d’un ensemble représentant une grande Syrie. Les 10 et 11 novembre, l’Assemblée générale de l’ONU vote une résolution stipulant que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». Elle demande également que l’OLP participe sur un pied d’égalité à tous les efforts de paix et réaffirme le « droit inaliénable du peuple palestinien ». le 5 décembre, l’Assemblée générale adopte une autre résolution demandant à Israël de se retirer des territoires occupés. Les 21 et 22 décembre, un commando prend en otage dix ministres et délégués de l’OPEP à Vienne. Ces derniers sont finalement libérés à Alger. Le 4 janvier 1976, les partis chrétiens soutenus par la Syrie commencent le blocus des camps palestiniens de Tell-el-Zaatar et de Jisr-el-Bacha dans la partie est de Beyrouth. Entre les 12 et 27 janvier le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit avec pour sujet de discussion le Proche-Orient. L’OLP est admise pour la première fois aux délibérations avec les droits d’un Etat. Israël fidèle à son attitude refuse d’y participer. Les Etats-Unis mettent leur veto final contre une résolution évoquant la création d’un Etat palestinien. Du 11 au 30 mars, on note une multiplication des incidents dans les territoires occupés : démissions de maires en Cisjordanie, arrestations à Jérusalem-Est, confrontations suite à des expropriations de terres en Galilée. A ce propos, les nouvelles confiscations de terres en Galilée sont dues à la politique israélienne soucieuse d’éviter toute existence de grandes concentrations urbaines arabes. Aussi, la stricte séparation des populations est une constante dans l’Etat juif qui pousse les Arabes à demeurer le plus souvent dans des villages. Lorsque la Galilée devient majoritairement arabe sur le plan démographique, la réaction des autorités israéliennes est naturellement de recourir à l’expropriation. Une manifestation prévue le 30 mars est appelée « jour de la terre ». Celle-ci, bien qu’interdite, a lieu le jour dit. L’intervention musclée de l’armée provoque la mort de six Arabes. Le 21 mars, la gauche libanaise et les Palestiniens - nommés « palestino-progressistes » - lancent une offensive à Beyrouth et dans les montagnes. Le 12 avril, les troupes syriennes pénètrent au Liban, achevant ainsi de rompre leurs relations avec les palestino-progressistes. Le même jour, la Cisjordanie connaît un très forte poussée des nationalistes de gauche, des communistes et des sympathisants de l’OLP aux élections municipales, soldant ainsi le règne des notables jordaniens. Le 16 avril, Yasser Arafat se rend à Damas pour y conclure un accord. Celui- ci porte sur la « médiation » syrienne au Liban. Du 4 au 26 mai, le Conseil de sécurité se réunit pour discuter de la situation dans les territoires occupés. L’organisme onusien condamne une fois encore Israël. Les 31 mai et 1er juin, les troupes syriennes entrent massivement au Liban. Le Gouvernement israélien déclare qu’il ne réagira pas aussi longtemps que la sécurité de son territoire ne sera pas menacée. Entre les 22 et 30 juin, de violents combats ont lieu autour des camps à l’est de Beyrouth. On y recense les massacres de nombreux civils palestiniens à Tell-el-Zaatar et Jisr-el-Bacha par des miliciens phalangistes libanais. La Syrie s’implique peu à peu dans la guerre civile libanaise. Le dirigeant syrien Hafez el-Assad demande pour sa part aux Palestiniens de se tenir à l’écart des troubles. Mais l’OLP lance ses forces aux côtés de ses alliés dans la guerre des montagnes. Cet activisme donne le prétexte d’une intervention syrienne armée à l’été 1976. Le Fath est accusé de vouloir installé sa domination sur les autres mouvements progressistes du pays dont l’armée d’opérette se trouve elle-même dominée militairement par les factions palestiniennes. Les forces syriennes repoussent progressivement les palestino-progressistes hors du Liban. Mais l’intervention israélienne à l’automne visant à délimiter une « ligne rouge » à ne pas dépasser pérennisent leur situation et celle de l’OLP au Liban-Sud où la guérilla reprend. Le 27 juin 1976, un Airbus d’Air France assurant la liaison Tel-Aviv-Paris est détourné sur Entebbe en Ouganda par un commando du FPLP. L’intervention des forces israéliennes dans la nuit du 3 au 4 juillet permet la libération des otages occasionnant néanmoins un bilan de trente et un morts. Le 28 juillet a lieu une rencontre entre le parti communiste israélien et celui jordanien. Le 4 août, de violentes manifestations éclatent à Naplouse en Cisjordanie. Le 11 septembre, deux personnalités israéliennes rencontrent à Paris un représentant de l’OLP. le 26 septembre, un commando palestinien prend en otage nonante clients de l’Hôtel Sémiramis de Damas. Les trois terroristes sont pendus le lendemain. Le 16 octobre, une force de paix de trente mille hommes constituée principalement de militaires syriens - la FAD - est chargée de faire respecter un cessez-le-feu au Liban. Le 17 novembre, un commando palestinien effectue une prise d’otages à l’Hôtel Intercontinental de Amman. Quatre terroristes sont exécutés. Le même jour, l’Assemblée générale des Nations Unies reconnaît le droit des Palestiniens à rentrer chez eux et à y constituer un Etat sous l’égide de l’OLP. Le 16 décembre, le même organisme réitère ses condamnations des pratiques israéliennes en territoires occupés. Sous le Gouvernement de Rabin, la colonisation s’intensifie dans les territoires occupés devant l’activisme du « Goush Emounim » - « le bloc de la foi », organisation sioniste religieuse au programme extrémiste. Dès mars 1976, de violentes protestations populaires en sont la conséquence en Cisjordanie. De plus, les tensions sont exacerbées par le fait que les Arabes accusent les Juifs de vouloir s’approprier l’ensemble du mont du Temple où se trouve également la mosquée Al-Aqsa. Aussi, ces éléments sont autant de facteurs favorables à l’adhésion parmi la population arabe des thèses de l’OLP qui, par ailleurs, revendique de plus en plus ouvertement à administrer ces mêmes secteurs arabes. Le 7 janvier 1977, le responsable palestinien Abou Daoud est arrêté par la DST en France. Il est remis en liberté le 11 alors qu’il fait l’objet de deux mandats d’arrêt internationaux. Le 24 janvier, un contingent de la FAD pénètre au Liban-Sud à quinze kilomètres de la frontière israélienne. Ygal Allon, ministre des Affaires Etrangères met alors en garde la Syrie contre toute incursion inopinée. Du 14 au 21 le Secrétaire d’Etat américain Cyrus Vance fait une tournée en Israël, en Egypte, au Liban, en Jordanie, en Arabie saoudite et en Syrie. Le 9 mars, le Président Jimmy Carter propose un plan de règlement global par étapes de la crise du Proche-Orient. L’administration Carter change en effet la donne. Elle se montre encline à abandonner la politique des petits pas consistant à rechercher des accords bilatéraux entre Israël et chaque Etat arabe. Ainsi, elle opte pour la remise à jour de la Conférence de Genève et en appelle de ses vœux à la participation de l’OLP comme seul représentant du peuple palestinien. Cette dernière marque lors du treizième CNP du 20 mars son intention désormais récurrente de constituer un Etat palestinien et de participer de façon indépendante aux négociations. Le 7 avril, le Premier ministre Itzhak Rabin est contraint de présenter sa démission suite aux poursuites judiciaires dont lui et sa femme font l’objet. Shimon Pérès lui succède à la tête du parti travailliste et assure l’intérim de la présidence du Conseil. Le 12 mai, le Président Carter rappelle sa position consistant en l’acceptation de la création d’un « foyer » palestinien, en le maintien du soutien américain à Israël et en le refus de contacts avec l’OLP tant que l’organisation n’aura pas reconnu Israël. Le 17 mai 1977 marque un véritable tremblement de terre dans la vie politique israélienne. La droite remporte les élections législatives et Menahem Begin, Président du Likoud, forme le nouveau Gouvernement, mettant fin ainsi à l’hégémonie des travaillistes qui gouvernent le pays depuis 1948. La victoire bien que laborieuse est symptomatique de la société israélienne, même si elle est également due au propre affaiblissement de la gauche qui s’est peu à peu érodée et à un vote de sanction rétrospectif pour l’échec du Kippour. En effet, Menahem Begin s’est montré très habile en exploitant le ressentiment et l’amertume des Juifs sépharades orientaux qui jamais jusqu’à lors n’ont été véritablement acceptés dans un pays où la prédominance et l’establishment politique ont toujours été l’apanage des Juifs ashkénazes. Le 30 juin, les neufs Etats membres de la CEE adoptent à l’unanimité une déclaration reconnaissant aux Palestiniens le droit à disposer d’une patrie. Le 26 juillet, le nouveau Gouvernement israélien décide de légaliser trois colonies sauvages en Cisjordanie. Le 6 août, Begin décrète l’extension de la législation israélienne à l’ensemble de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Dès son arrivée au pouvoir, le nouveau Premier ministre de l’Etat d’Israël, chantre absolu d’Eretz Israël limité au confinement de ses « frontières bibliques », lance une politique de colonisation à outrance qu’il considère personnellement comme la reconquête de la Judée-Samarie - la Cisjordanie. Carter dans le même temps continue ses consultations : il conclut d’un accord avec les Soviétiques pour une déclaration commune le 1er octobre 1977. Celle-ci prévoit le retrait des forces armée israéliennes des territoires occupés depuis le conflit de 1967, la solution de la question palestinienne comprenant la garantie des droits légitimes du peuple palestinien, la fin de l’état de guerre et l’établissement de relations pacifiques normales sur la base de la reconnaissance mutuelle des principes de souveraineté, intégrité territoriale et indépendance politique. Cette déclaration a pour effet direct de s’attirer de virulentes diatribes en Israël. Carter cède alors du terrain et, le 5 octobre, un document israélo-américain stipule que la délégation arabe comportera des Arabes palestiniens en lieu et place des représentants de l’OLP. Il est prévu également de constituer cinq groupes de travail dont quatre doivent traiter des questions bilatérales entre Israël d’une part et l’Egypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban d’autre part. Le cinquième composé de Jordaniens, d’Egyptiens et donc d’Arabes palestiniens est censé traiter de l’avenir de la bande de Gaza et de la Cisjordanie. L’URSS et l’OLP rejetant maintenant le document, le processus de paix lancé à Genève est mort et enterré. Cependant, qui peut imaginer que six mois seulement après la prise du pouvoir de Begin en Israël le Président égyptien Sadate prierait à Jérusalem ? Le 9 novembre, ce dernier se déclare prêt à se rendre dans la ville sainte pour y discuter directement de la paix avec les responsables politiques d’Israël. Cette initiative est prise sans que le Président Egyptien n’en informe au préalable ses partenaires arabes et sans que l’idée en soi ne fasse l’unanimité autour de lui. En fait, depuis la rupture avec l’URSS Sadate ne dispose plus d’un appui militaire suffisant pour pouvoir prétendre contrer les éventuelles prérogatives de l’Etat juif. De plus, le Président égyptien doit faire face aux difficultés économiques de son pays. Ainsi, en se posant en principal instigateur de la paix, il peut espérer un rapprochement avec les Etats-Unis en faisant à son tour de l’Egypte un atout stratégique américain. Le 15 novembre, c’est au tour de Begin d’adresser une invitation officielle à se rendre en Israël à Sadate, mais aussi au roi Hussein de Jordanie, au Président syrien Hafez El Assad et enfin au Président libanais Elias Sarkis. Les 16 et 17 du mois, Sadate est en voyage en Syrie. Il fait part de son intention de se rendre à Jérusalem malgré l’opposition d’Hafez El Assad. Le 17, le ministre égyptien des Affaires Etrangères Ismaïl Fahmi en désaccord avec le Président donne sa démission. Il est remplacé par Boutros Boutros-Ghali. Les 19, 20 et 21 novembre, Sadate entreprend sa visite historique en Israël alors que tous les Etats arabes la désapprouvent. Le 20, il prononce un discours devant la Knesset énumérant cinq points sur lesquels pourrait être fondée une paix juste et durable. Premièrement, Sadate déclare qu’il est indispensable pour Israël de mette fin à l’occupation des terres arabes détenues depuis 1967. Deuxièmement, il faut que le peuple palestinien puisse réaliser ses droits fondamentaux et son droit à l’autodétermination, y compris le droit à l’établissement de son propre Etat. Troisièmement, tous les pays de la région ont le droit de vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres et garanties du fait de mesures concertées sauvegardant les frontières internationales en plus d’autres garanties internationales appropriées. Quatrièmement, tous les pays de la région doivent s’engager à aménager les relations entre eux, en accord avec les principes et les objectifs de la Charte des Nations Unies, particulièrement en ce qui concerne le non recours à la force et le règlement de leur conflits par des moyens pacifiques. Enfin cinquièmement, Sadate appelle à mettre fin à l’état de belligérance existant dans la région. Entre les 2 et 5 décembre a lieu la Conférence de Tripoli dite du Front du refus. Celui-ci se compose de la Libye, de l’Algérie, du Yémen du Sud, de la Syrie, de l’Irak qui ne signe cependant pas le communiqué commun prévoyant le gel des relations avec l’Egypte et de l’OLP qui condamne tout règlement négocié. En réponse, l’Egypte rompt ses relations avec les cinq premiers cités. En fait, l’unanimité du monde arabe rejetant la démarche de Sadate se divise en deux tendances. L’une est l’aile dure du refus emmenée par l’Irak et le Front du refus palestinien demandant la dénonciation de la résolution 242 et du petit Etat palestinien que constituerait la Cisjordanie et la bande de Gaza. L’autre relativement modérée est représentée par la Syrie et l’OLP se montrant toutes deux favorables à la poursuite d’un règlement négocié. La ligne des durs finissent par emporter la décision et les sanctions à l’égard de l’Egypte sont adoptées. Un autre élément ressort de cette conférence qui modifie une fois encore le jeu des alliances. Ainsi, la Syrie et l’OLP se sont rapprochées dans leurs positions. Aussi, cet état de fait a une incidence directe sur le Liban puisque les chrétiens libanais se distancient dorénavant du régime syrien. Le balai diplomatique concernant la paix au Proche-Orient reprend ses droits. Du 9 au 14 décembre, le Secrétaire d’Etat américain Cyrus Vance entreprend une nouvelle tournée. Puis du 14 au 22 décembre a lieu la Conférence du Caire réunissant l’Egypte, Israël, les Etats-Unis, des représentants de l’ONU et un envoyé du Vatican. Pendant ce temps, Begin se rend aux Etats-Unis où il y expose son « plan de paix ». Celui-ci prévoit le maintien des troupes israéliennes dans les territoires occupés et l’octroi d’une autonomie administrative aux résidents arabes de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Ce plan est approuvé par la Knesset le 28 décembre. Begin se réserve ainsi le droit de revendiquer la souveraineté sur ces territoires en solutionnant le dilemme d’Israël de l’annexion territoriale de ces secteurs arabes sans pour autant intégrer leurs populations à l’Etat juif. Les 25 et 26 décembre, Sadate et Begin se rencontrent à Ismaïlia en Egypte o ù l’examen de la question palestinienne est confiée à un comité politique. Du 31 décembre au 4 janvier 1978, le Président Carter se rend au Proche-Orient. Il y rencontre le roi Hussein à Téhéran qui lui fait part de son refus de participer aux négociations israélo-égyptiennes. Puis, c’est le même constat de divergence à Riyad avec les autorités saoudiennes avant la rencontre avec Sadate à Assouan. Du 5 au 27 janvier 1978, de nouvelles implantations de colons juifs se créent dans le Sinaï et en Cisjordanie. Du 2 au 4 février, le Front arabe du refus dénie au Président égyptien tout droit de parler au nom des Palestiniens. Le 18 février, deux Palestiniens assassine Youssef Sebaï, proche conseiller de Sadate. Le lendemain, l’armée égyptienne intervient malencontreusement sur l’aéroport chypriote de Larnaca en tentant de délivrer des otages de terroristes palestiniennes. Le 11 mars le cycle de la terreur se poursuit : un raid palestinien contre trois autobus sur la route côtière Haïfa-Tel-Aviv fait quarante cinq morts et quatre-vingt deux blessés. Le 14 mars, Tsahal mène l’opération Litani au Liban-Sud. L’armée israélienne occupe ainsi une « zone de sécurité ». En fait, lorsqu’il franchissent la frontière, les Israéliens proposent officiellement de mener une opération de police limitée et de mettre en place une ceinture de sécurité d'une dizaine de kilomètres de profondeur. Six jours plus tard, ils occupent mille cinq cents kilomètres carrés du pays, soit près d’un sixième de tout le territoire, après avoir détruit de nombreuses agglomérations et provoqué l’exode d’une masse de réfugiés sans précédent. L’entreprise s’avère d’emblée bancale puisque n’ayant que partiellement entamé les forces des résistants palestiniens et ayant créé de surcroît un nouveau problème rendant plus inextricable encore l’écheveau proche-oriental. Désormais, les Palestiniens confirment leur radicalisation dans l’extrémisme destructeur et annoncent des actes terroristes dirigés tant contre Israël que contre les Arabes qui, estiment-ils, les ont trahis, ni ne se sentent-ils plus concernés par les promesses de Carter et les efforts diplomatiques de règlement du conflit. Le 19 mars 1978, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution américaine demandant le retrait d’Israël du Liban-Sud. Une force d’interposition - la FINUL - est créée dont les premiers contingents arrivent le 22 mars. Entre-temps, les entretiens entre Carter et Sadate se soldent par un échec. Le 27 avril, un coup d’Etat porte au pouvoir Nur Mohammad Taraki, responsable communiste pro-soviétique. Le 13 juin, les Israéliens se retirent totalement du Liban. Les milices chrétiennes phalangistes du général Saad Hadad s’installent le long de la frontière, occasionnant des difficultés avec la FINUL. Ces milices qui agissent en étroite collaboration avec Tsahal forme une zone-tampon de dix à quinze kilomètres afin d’assurer la sécurité. Le 27 juin, Ali Nasser, Premier ministre du Yémen du Sud et partisan inconditionnel de l’URSS, devient chef de l’Etat. Les 18 et 19 juillet se rencontrent à Leeds les ministres des Affaires Etrangères américain, israélien et égyptien afin de relancer des négociations directes. Le 3 août, un attentat palestinien sur le marché Camel de Tel-Aviv entraîne des représailles au Liban-Sud. Le 15 août, Sadate nomme Hosni Moubarak à la vice-présidence du nouveau parti national démocrate. Les négociations de Camp David s’engagent entre les 5 et 17 septembre 1978 entre Sadate, Begin et Carter. Deux accords-cadres marquant l’enclenchement d’un long processus de paix y sont laborieusement signés. Le premier concerne les relations israélo-égyptiennes qui se trouve également être le plus précis et le plus concret des deux. Sadate s’engage à signer dans les trois mois un traité de paix avec Israël, à la condition que la Knesset donne son accord au démantèlement des colonies juives dans le Sinaï. L’établissement des relations diplomatiques entre le Caire et Tel-Aviv doivent suivre neuf mois après la signature du traité de paix, bien qu’Israël dispose de deux à trois ans pour évacuer complètement le Sinaï. L’autre accord-cadre prévoit suivant la résolution 242 un retrait des territoires de Gaza et de Cisjordanie dont l’interprétation est controversée si l’on considère l’ambiguïté du texte. Néanmoins, pour se faire, une période transitoire de cinq ans est prévue au cours de laquelle il est envisagé d’instituer un régime d’autonomie interne. L’arrêt de la colonisation est décrété et l’installation éventuelle d’une force de l’ONU est étudiée. Reste a connaître la position du monde arabe. Du 20 au 29 septembre se tient le troisième « Sommet de la fermeté » à Damas. Le verdict est sans concession : un rejet en bloc des accords de camp David. L’OLP accuse Sadate de participer au complot américano-sioniste visant à liquider la cause palestinienne. La Jordanie qui est concernée par le deuxième accord-cadre refuse de participer à ces négociations. L’Irak se pose en champion de l’intransigeance arabe et les monarchies du Golfe se désolidarisent de l’Egypte. De plus, le plan d’autonomie est également condamné par les responsables politiques des territoires occupés que Begin a pris le soin de destituer au préalable. Le 27 octobre, le prix Nobel de la paix est décerné conjointement à Sadate et à Begin. Le 10 décembre, Begin se déplace seul à Oslo pour y recevoir le prix. Le 24 décembre, les consultations américano-égypto-israéliennes de Genève se soldent par un échec. Le 13 janvier 1979, une tentative de prise d’otages à Maalot entraîne comme il se doit des représailles israéliennes au Liban-Sud les 15 et 16 du mois. Une nouvelle opération reprend deux jours plus tard. Du 9 au 12 février, les « trois glorieuses » de Téhéran marquent la fin de la dynastie des Pahlavi. L’imam Khomeiny devient le « guide de la révolution ». Du 21 au 25, Carter convoque un Camp David II réunissant le ministre des Affaires Etrangères égyptien Moustapha Khalil et Moshe Dayan. Le traité de paix entre l’Egypte et l’Israël est signé le 26 mars à Washington. La fin de l’état de guerre est donc enfin atteint entre les deux pays qui respectent, une fois n’est pas coutume, chacun leurs engagements. Mais les espoirs que doit susciter cet événement avec ses prolongements attendus devant mener à une paix globale dans la région se résume à un quasi néant. Le deuxième volet de l’accord concernant le règlement du problème palestinien ne suit effectivement pas la même dynamique. Dès la visite de Sadate à Jérusalem, ce dernier et Begin ne parlent déjà plus de la même paix, faisant apparaître les déceptions et les malentendus nées de Camp David. D’une part il y a le refus arabe de suivre l’exemple égyptien en s’enfermant dans une rhétorique qui ne laisse aucune place à la légitimité de l’Etat d’Israël. Cependant il faut distinguer deux discours qui semblent apparemment similaires. Certains Etats arabes parlent de fermeté, n’excluant pas un règlement de paix avec l’Etat juif. Le ton est autre lorsque l’on parle de refus, la seule intention visant à la libération de toute la Palestine de l’emprise sioniste. D’autre part, il est clair pour Begin qu’il ne s’agit que d’une paix séparée - bilatérale - avec l’Egypte qui n’engage en rien son Gouvernement avec les autres Etats arabes et surtout avec le peuple palestinien pour qui le deuxième volet de l’accord restera lettre morte, étant considéré le développement des événements futurs. En fait, la lignée de la politique de Begin consiste dès à présent à trouver une représentation politique arabe capable de gérer les habitants des territoires sous contrôle israélien tout en laissant la porte ouverte à la possibilité d’une intensification de la colonisation. Le problème de Begin, suivant en cela pleinement la logique du plan Allon, est de trouver désormais des interlocuteurs jordaniens ou palestiniens enclins à constituer des « ligues de villages » lui étant complètement dévoués, chose malaisée puisque le lus souvent refusée par les intéressés. En fait, les seuls à se laisser entraîner dans l’aventure sont des gens recrutés dans les milieux proche de la délinquance. Leur manque total de crédibilité auprès de la population mène inévitablement à l’échec de l’entreprise animée périodiquement de vagues de violence. Du 27 au 31 mars 1979, une nouvelle réunion du front de la fermeté se déroule à Bagdad. Il est décidé de suspendre l’Egypte de la Ligue arabe qui siégera désormais à Tunis en lieu et place du Caire. En outre, dix-huit pays arabes rappellent leur ambassadeur de la capitale égyptienne. Les 2 et 3 avril, Menahem Begin se rend en visite au Caire. Le 18 avril le général Hadad proclame l’indépendance des enclaves chrétiennes du Liban-Sud. Les 21, 22 et 23 avril, un raid palestinien contre la plage de Nahariya provoque les représailles navales israéliennes contre les camps du Liban-Nord, puis des bombardements sur Nabatiyeh et Tyr. Le 30 avril, le premier cargo israélien transite par le canal de Suez. Du 2 au 27 mai, Israël évacue le chef-lieu du Sinaï, El Arich. Du 4 au 6 septembre, Begin et Sadate s’entendent sur la mise en place dans le Sinaï d’une force de contrôle sur la livraison à Israël du pétrole de la région et sur l’évacuation anticipée du monastère de Sainte-Catherine. Le 16 septembre, le Gouvernement israélien autorise l’achat de terres par des colons juifs dans les territoires occupés. Le 21 octobre, le ministre des Affaires Etrangères Moshe Dayan démissionne de son poste pour protester contre la politique de Begin dans les territoires occupés. Le 27 décembre, l’URSS intervient militairement en Afghanistan. Du 7 au 9 janvier 1980, Begin se rend à Assouan en Egypte. Il en ressort un accord bilatérale sur les étapes de normalisation entre les deux pays. Un mois plus tard, les deux Etats établissent des relations diplomatiques et échangent des ambassadeurs. Du 14 au 17 avril, Begin part pour Washington avec pour motif de relancer la négociation sur l’autonomie palestinienne. Le 2 juin, les maires palestiniens de Naplouse et de Ramallah sont grièvement blessés dans de attentats dus à des terroristes israéliens. Une grève générale éclate les jours suivants. Le sommet européen de Venise du 13 juin 1980 prend position pour une négociation au Proche-Orient. Les neuf pays membres de la CEE s’alignent sur la position française et demandent notamment deux choses. Premièrement, ils aspirent à ce que l’OLP soit associée à la négociation d’un règlement global au Proche-Orient. Deuxièmement, les Neuf s’engagent à garantir une éventuelle solution d’une manière « concrète et contraignante, y compris sur le terrain », c’est-à-dire par l’envoi de contingents chargés de veiller à la sécurité des frontières d’Israël. L’idée centrale de la CEE est de promouvoir simultanément la reconnaissance par l’Etat juif du droit à l’autodétermination des Palestiniens et la reconnaissance du droit à l’existence d’Israël par les Palestiniens. Le 16 juillet, Saddam Hussein, Vice-président du Conseil de la révolution, devient chef de l’Etat en Irak. Le 30 juillet, la Knesset adopte une Loi fondamentale sur « Jérusalem réunifiée, capitale éternelle » d’Israël. L’Egypte suspend aussitôt les pourparlers de paix sur l’autonomie palestinienne. Cette Loi fondamentale constitutionnelle ordonne le transfert des institutions nationales à Jérusalem considérée comme la capitale de l’Etat juif - celle officielle au niveau international étant toujours Tel-Aviv -, y compris dans sa partie orientale à prédominance arabe. Le 20 août, le Conseil de sécurité condamne l’annexion de Jérusalem-Est et invite les Etats qui ont le siège de leur ambassade à Jérusalem à le transférer à Tel-Aviv. Treize pays s’exécutent dès le 5 septembre. Le 23 septembre débute le conflit entre l’Iran et l’Irak dont les troupes investissent le territoire iranien. Plus largement, la révolution iranienne et la prise de pouvoir de Khomeiny créé une situation d’instabilité dans toute la région témoin à cette période d’une montée considérable de l’intégrisme religieux qui se heurte le plus souvent aux divers pouvoirs en place lors d’épisodes des plus sanglants. Le 19 octobre, Menahem Begin annonce qu’Israël se réserve d’intervenir contre les Palestiniens au Liban-Sud à tout moment et non plus par seule mesure de représailles. Cette déclaration suit parfaitement la logique politique israélienne qui se dégage depuis deux ans déjà. L’Etat juif s’engage de plus en plus dans la guerre du Liban aux côtés des chrétiens emmenés par Bachir Gemayel. L’objectif en est simple : la destruction des organisations palestiniennes. Le 20 janvier 1981, Ronald Reagan commence son investiture à la Présidence des Etats-Unis. L’aire Carter qui sans doute a été celle la plus favorable au monde arabe par la recherche d’une solution globale jamais trouvée prend fin. L’ex-Président américain démocrate est peut-être celui ayant essayer de mettre le plus en pratique l’axiome politique consistant à rechercher une solution fondée sur la prise en compte autant des intérêts israéliens qu’arabes. Le 28 avril, la chasse israélienne abat deux hélicoptères syriens dans le nord du Liban. Le Gouvernement déclare qu’ « aucune activité aérienne au-dessus du Liban ne sera plus tolérée ». Le 29 avril, la Syrie installe dans la plaine de la Bekaa des fusées SAM 2 et SAM 6. L’aviation israélienne détruit le 7 juin le centre de recherche nucléaire Osirak situé près de Tamouz en Irak. Le risque que fait courir le réacteur Osiris de permettre la fabrication d’armes nucléaires dès le mois de juillet selon les autorités israélienne justifie le raid que Begin dit être « littéralement une opération de survie ». Le 19 juin, l’action israélienne est unanimement condamnée par le Conseil de sécurité de l’ONU. Le 30 du mois, les élections législatives confirme la droite majoritaire du Likoud qui obtient quarante huit sièges sur cent vingt, alors que la coalition de gauche Maarakh en dispose de quarante sept. Du 8 au 15 juillet, l’armée israélienne lance des raids aériens contre des positions palestino-progressistes à Nabatiyeh, Damour et Naamé. La riposte palestinienne fait rage sur Kyriath-Shmoneh. Dans la foulée, les 16 et 17 juillet, Tsahal intervient sur mer, sur terre et dans les airs sur des bases de commandement palestiniennes, dans le Chouf et sur les quartiers populaires de Beyrouth. L’opération entraîne la mort de quelque trois cents personnes, notamment parmi la population civile. On déplore également environ sept cents blessés. Un cessez-le-feu précaire intervient le 24 juillet sous l’égide du négociateur américain Philip Habib. Le 5 août 1981, Begin forme un nouveau gouvernement de coalition rassemblant de nombreux petits partis religieux. Deux jours plus tard, le prince héritier Fahd d’Arabie saoudite propose un plan de paix en huit points en faveur d’un règlement « juste et global » au Proche-Orient. Ce projet reprend diverses résolutions des Nations Unies. L’objectif est que ces dernières fassent l’objet d’une seule et unique décision du Conseil de sécurité. Dans ce document, Fahd estime indispensable la fin du soutien inconditionnel américain à l’Etat juif. De plus, il escompte un soutien européen allant dans son sens. Israël juge le plan inacceptable, de même que la Syrie qui contraint les autres Etats arabes à ne pas l’approuver. Cependant, Yasser Arafat adopte une attitude hésitante par rapport à la proposition saoudienne. Il se montre même décidé pendant un certain moment à la faire entériner par l’ensemble de l’OLP, amenant celle-ci par la force des choses à discuter avec les Israéliens ; assurément le pire scénario pour Begin qui devrait sans doute abandonner ses prérogatives expansionnistes sur la Cisjordanie. Finalement, le non l’emporte au sein de l’organisation palestinienne sur laquelle l’emprise de l’Arabie saoudite reste faible. Menahem Begin rencontre pour la première fois Reagan aux Etats-Unis les 9 et 10 septembre. Un mois plus tard, le 6 octobre, le Président Sadate est assassiné dans un attentat attribué à des intégristes musulmans et dont le commanditaire serait le régime iranien de Khomeiny. Hosni Moubarak est désigné par le Parlement pour remplacer Sadate à la tête de l’Etat. Le 20 octobre, Yasser Arafat se rend à Moscou. L’URSS accorde le statut diplomatique à la représentation de l’OLP. Du 3 au novembre, la Knesset rejette et le plan Fhad et la déclaration européenne de Venise. Le 30 du mois, Israël signe avec les Etats-Unis un accord stratégique. La Knesset vote l’annexion du Golan le 14 décembre 1981. En représailles, les Etats-Unis annulent l’accord stratégique israélo-américain. En fait, le Parlement adopte l’extension de la loi israélienne sur le plateau syrien, ce qui constitue la formule juridique habituelle pour l’annexion. Pour le Gouvernement de Begin, il s’agit plus d’un moyen que d’une fin. Il affirme certes que le Golan a toujours été partie intégrante du « domaine historique » d’Israël, mais la colonisation de cette région est bien davantage l’œuvre et l’héritage du parti travailliste que celle du Likoud qui n’y accorde pas une importance fondamentale. Ce dernier, suivant la rhétorique de son meneur désirant un Eretz Israël de la Méditerranée jusqu’au Jourdain, porte son ambition réelle sur la Cisjordanie. Or, et c’est là tout le génie machiavélique de Begin, qui d’autre que la Syrie peut influer sur les décisions de l’OLP ? Les troupes du régime syrien sont en effet présente également au Liban et, de ce fait, peuvent aisément peser sur l’orientation des organisations palestiniennes. En commettant une telle provocation par l’annexion territoriale du Golan, Begin s’assure dès lors une adversité syrienne incompressible qu’il peut contrôler cependant facilement, tant la supériorité militaire d’Israël est écrasante. Par extension, Begin ne laisse de la sorte aucune chance au dialogue avec l’OLP qui se trouve à son tour, par cet état de fait, obligée de poursuivre pour son combat une politique de terreur. Sans reconnaissance du droit à l’existence mutuelle, pas de négociations, et donc nulle entrave à la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie. Les Etats-Unis se retrouvent de leurs côtés les mains liés par ce nouveau fait accompli israélien. Ils sont effectivement les garants des accords de Camp David et ne peuvent par conséquent prendre le risque, par une remise en cause de ces derniers, de donner à Begin également l’occasion d’en faire autant et ne pas respecter ses engagements menant à l’évacuation définitive du Sinaï à la date butoir du 26 avril 1982. Aussi, lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 497 condamnant l’annexion par la force du Golan et demandant le retrait immédiat de Tsahal, les Etats-Unis pose leur veto en janvier 1982 devant la menace de sanctions à l’égard de l’Etat juif. François Mitterand est le premier chef d’Etat européen à se rendre en Israël les 3, 4 et 5 mars 1982. Dans un discours tenu devant la Knesset, il y défend la création d’un Etat palestinien et préconise le dialogue israélo-arabe. Du 18 au 30 mars, les autorités israéliennes destituent trois maires palestiniens de Cisjordanie. De violentes manifestations et une grève générale éclatent. Pendant ce temps, les premiers éléments de la Force multinationale d’observation - FMO - prennent place dans le Sinaï. Le 3 avril, le diplomate israélien Yakov Barsimantov est assassiné à Paris. La réplique israélienne se tourne sur le Liban où une nouvelle opération y est menée contre l’OLP. Huit jour plus tard, une fusillade éclate sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem. Une nouvelle grève générale d’une semaine s’engage ainsi que de graves incidents dans les territoires occupés. Le 21 avril, l’aviation israélienne bombarde des positions palestiniennes proches de Beyrouth. Le 25 du mois, Israël restitue conformément à Camp David la dernière partie du Sinaï - à l’exception de Taba. La FMO formée de deux mille hommes s’installe le long de la nouvelle frontière. Du 6 au 11 mai, des affrontements reprennent entre pro-syriens et pro-palestiniens à Tripoli, capitale de la Libye. Dans le même temps, des raids israéliens ont lieu sur le Chouf libanais alors que l’artillerie palestinienne bombarde le territoire israélien. Le 4 juin, un attentat attribué à la branche dissidente Fath-Conseil révolutionnaire d’Abou Nidal est perpétré contre l’ambassadeur d’Israël à Londres, Shlomo Argov. L’aviation israélienne bombarde à nouveau Beyrouth. Israël lance à l’instigation principale de son ministre de la Défense Ariel Sharon l’opération « Paix en Galilée » le 6 juin 1982 qui donne lieu à ce que l’on a appelé communément la guerre du Liban. Dès le printemps de cette année, il est de notoriété publique que l’Etat juif a l’intention de mener une opération militaire de grande envergure sur le pays dès la fin de l’occupation du Sinaï, poussée en cela par ses alliés chrétiens autochtones. Le prétexte officiel est de placer l’ensemble de la population civile de la Galilée hors de portée des tirs « terroristes » en s’assurant une bande frontière de quarante kilomètres. Il est déclaré que l’armée syrienne toujours présente au Liban ne sera pas attaquée et qu’Israël est disposé à signer la paix avec un Liban indépendant. Cependant, nul ne sait exactement encore maintenant la portée que le Gouvernement israélien désirait réellement donner au projet. Il semble que celui-ci ait été mené de bout en bout par Sharon, conduisant Tsahal jusqu’au portes de Beyrouth et donc bien au-delà de ce qui paraissait convenu. En effet, Sharon se garde de souffler mot sur son projet aux autres ministres. Il leur distille au compte-goutte une information souvent tronquée et toujours tardives. Entre le cabinet ministérielle et l’état-major, il se pose en seul médiateur, isolant l’armée du pouvoir politique. D’ailleurs, à peine nommé ministre, Sharon met en place une « unité de sécurité », transformée en un véritable état-major parallèle permettant de mettre à l’écart les éventuels officiers récalcitrants. L’objectif premier en soi est simple et limpide : éradiquer la présence de l’OLP du territoire libanais. Au niveau international, les Etats-Unis donne une couverture diplomatique à l’entreprise au sein de l’ONU, tout en appelant à la fin des combats. Une des composantes essentielles aux raisons de ce nouveau conflit est, outre la liquidation des bases de lancement pour les opérations des organisations palestiniennes sur Israël, la volonté d’endiguer le risque que représente le cessez-le-feu décrété l’année précédente et pouvant mener à des négociations auxquelles participeraient l’OLP. Celle-ci tire par ailleurs une grande force du nationalisme palestinien dans les territoires occupés, interdisant toute représentation d’interlocuteurs favorables au plan de Begin en vue de la mise en place de l’autonomisation de ces derniers. Sur le terrain, tout le territoire libanais compris entre la capitale et le sud du pays est bombardé par l’aviation, l’artillerie et la marine israélienne. Des opérations de harcèlement y sont menées de jour comme de nuit à la lumière des fusées éclairantes. Un des principaux points stratégiques visés est Saïda, la troisième ville du pays et siège de l’OLP. Au deuxième jour de l’invasion consistant à encercler les forces palestiniennes, l’engagement de l’armée syrienne s’accentue, mais reste limité. Le 9 juin, de violents combats aériens et de blindés mettent aux prises Israéliens et Syriens. Les troupes israéliennes se trouvent à cette date à dix kilomètres de Beyrouth. Au 15 juin, les villes de Tyr et de Saïda tombent après une farouche opposition guérilla menée par les résistants palestiniens. La capitale est totalement encerclée par les forces israéliennes et par les milices chrétiennes. Les Palestiniens et les Libanais faits prisonniers sont considérés comme des terroristes et ne disposent pas des droits prévus par la Convention de Genève. Les troupes chrétiennes de Bachir Gemayel refusent alors de prendre d’assaut la ville. Quant aux troupes israéliennes, elles redoutent la guérilla urbaine qui pourrait leur causer de lourdes pertes. Aussi, la tactique adoptée est celle consistant à mener le siège de Beyrouth par des bombardements jusqu’à la capitulation. Rien est épargné à la ville pour se faire : bombes au phosphore, au napalm, à fragmentation et à implosion. Devant les scènes très médiatisées de ce conflit, l’opinion publique mondiale réagit et l’image de respectabilité de Tsahal s’en trouve entachée. Le 25 juin, le Secrétaire d’Etat américain Alexander Haig est contraint de démissionner. Il est remplacé par Shultz, connu pour être un modéré. Le 3 juillet, l’encerclement gagne le secteur de Beyrouth-Ouest où est retranché la direction de l’OLP et le Mouvement national libanais combattant aux côtés des Palestiniens. Le même jour, alors que la situation politique se détériore elle aussi en Israël, 100 000 personnes manifestent à Tel-Aviv contre la guerre à l’appel du mouvement « La Paix maintenant ». Le 23 juillet, le directeur adjoint du bureau de l’OLP Fadl Dani est assassiné à Paris. Le lendemain, l’aviation israélienne mène un raid contre les batteries de missiles SAM des forces syriennes de la Bekaa. De son côté, Yasser Arafat gagne en force sur le terrain politique. Il devient inévitablement le partenaire obligé pour négocier l’évacuation de Beyrouth. De plus, la question palestinienne étant au centre des troubles, il apparaît évident à ce moment que la paix ne pourra être conclue sans prendre en compte le peuple palestinien. Aussi, le 25 juillet, Arafat reconnaît « toutes les résolutions de l’ONU sur la question palestinienne ». Les Etats-Unis le somment alors de n’accepter que les résolutions 242 et 338 et non celles de l’Assemblée générale de l’ONU mentionnant explicitement les Palestiniens. L’organe onusien pour sa part soutient l’initiative d’Arafat et la nouvelle position de l’OLP. Quatre jour plus tard, l’organisation palestinienne accepte le plan de paix de la Ligue arabe prévoyant l’évacuation des combattants palestiniens de Beyrouth. Le 4 août, les blindés israéliens pénètrent dans Beyrouth-Ouest. La pression médiatique entourant l’événement et qui mobilise toujours plus l’opinion publique contraint Reagan à sommer les Israéliens à respecter les cessez-le-feu. Le 7 du mois, un accord palestino-libanao-américain - le plan de l’émissaire américain Philip Habib - reprenant la proposition de la Ligue arabe est conclu. Le plan porte sur l’envoi d’une force multinationale - constituée en dehors de l’ONU contrairement à une force internationale – comprenant des contingents français et italiens. Celle-ci doit outre l’évacuation des résistants protéger les populations civiles et assister le Gouvernement libanais afin qu’il puisse restaurer son autorité. Le 12 août, un rapport de police fait état de 20 000 morts depuis le 4 juin. Du 21 août au 3 septembre, quelque 14 500 combattants palestiniens retranchés à Beyrouth sont évacués. Ainsi la présence au Liban de la résistance palestinienne qui a duré douze ans de 1970 à 1982 prend fin. Mais chose essentielle, la guerre du Liban met également fin à la dernière expression révolutionnaire du nationalisme arabe. Les combattants palestiniens sont dispersés dans plusieurs pays arabes et le siège de l’OLP prend dorénavant ses quartiers en Tunisie, toujours dirigée par Bourguiba. La résistance palestinienne n’est pas morte dans l’étau, mais a néanmoins essuyé un fort contrecoup. Elle a perdu des milliers de combattants dans l’aventure et du abandonner des moyens militaires conséquents. Qui plus est, son appareil quasi étatique est démantelé et la dernière base autonome proche des populations palestinienne est dispersée en une dizaine de pays. Ces pertes entraînent la résurgence et l’exacerbation des affrontements internes au sein de l’OLP que ne se font pas faute de susciter certains régimes arabes. Sur le plan israélien, le bilan se solde par un fiasco. Outre le coût exorbitant de l’opération, Israël s’attire l’hostilité quasi unanime des populations chiites du Liban qui espéraient pourtant se voir débarrasser des Palestiniens. Mais surtout, un élément certes non quantifiable surgit pendant et après la guerre du Liban : la dégradation de l’image d’Israël auprès de l’audience internationale. Dorénavant, le soutien souvent spontané de la conscience occidentale à Israël se tempère au profit d’une certaine sympathie pour la cause palestinienne. Pour la première fois en effet, une initiative militaire de l’Etat juif paraît illégitime parce que non nécessaire à sa défense et à sa survie. Dans le pays, un mouvement de masse anti-guerre voit le jour, alors que la diaspora prend partiellement ses distances avec les autorités israéliennes. Le 1er septembre 1982, Reagan expose dans un discours un nouveau plan de paix pour le Proche-Orient. La solution recherchée se veut médiane et rejette autant l’idée de la création d’un Etat palestinien que l’annexion des territoires occupés par Israël. En fait, l’administration Reagan souhaite voir s’instaurer un régime d’ « autogouvernement » en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, né de l’étroite collaboration entre la Jordanie et les Palestiniens. L’OLP rejette le plan car n’intercédant pas en faveur de la création d’un Etat palestinien, bien qu’elle considère certains points du projet américain comme intéressants. La réponse du Gouvernement israélien se résume à une fin de non-recevoir. Selon lui, les accords de Camp David sur lequel se fonde le plan ne préjuge en rien du droit israélien d’établir son autorité sur ces territoires, ni sur celui inaliénable du peuple juif à s’installer en Judée-Samarie ou à Gaza. Du 6 au 9 septembre se déroule à Fès au Maroc le douzième sommet de la Ligue arabe. Un autre plan de paix y est adopté, reprenant largement celui de l’Arabie saoudite. Il s’articule en huit points dont le septième est considéré comme une reconnaissance implicite de l’Etat juif. Le 14 du mois, Bachir Gemayel élu depuis trois semaines à la présidence du Liban est assassiné. Le lendemain, Yasser Arafat est reçu au Vatican par le pape Jean-Paul II. Pendant ce temps, entre les 15, 16 et 17 septembre, l’armée israélienne conquiert complètement Beyrouth-Ouest, amenant le Conseil de sécurité de l’ONU à condamner une fois de plus Israël. Officiellement, il s’agit d’assurer le maintien de la paix et prévenir tout incident grave, notamment entre les différentes communautés du pays. En réalité, Tsahal doit liquider les dernières infrastructures de l’OLP et ses alliés libanais - selon Sharon il subsisterait encore 2 000 « terroristes ». Les troupes israéliennes demandent donc à leurs alliés, les Forces libanaises phalangistes, de prendre contrôle des camps palestiniens de Sabra et Chatila. Les Forces libanaises entrent alors dans Beyrouth-Ouest, ce qu’avait pourtant formellement interdit le Président Bachir Gemayel avant de disparaître. Le 16 septembre à 17 heures, les Forces libanaises investissent donc les camps de Sabra et Chatila à l’instigation de l’armée israélienne qui encerclent les lieux au moyen d’importants dispositifs armés. Les massacres ont lieu pendant près de trente-six heures jusqu’au matin du 18 septembre. Le bilan fait état de huit cents morts selon la commission d’enquête israélienne Kahane et de mille cinq cents selon l’OLP. L’émotion est immense dans le monde à l’annonce de cette boucherie sans nom où hommes, femmes, enfants et vieillards ont été torturés, violés et massacrés. Menahem Begin dénonce pour sa part « la conspiration sanguinaire menée contre l’Etat juif et son Gouvernement » n’étant qu’une manifestation supplémentaire de l’antisémitisme et se refuse à toute commission d’enquête. Le 25 du mois, 250 000 personnes manifestent à Tel-Aviv dans le sens contraire. La commission Kahane est finalement chargée de faire la lumière sur ces événements le 28. Entre-temps, les forces armées israéliennes évacuent Beyrouth entre les 21 et 29 septembre. Les conclusions du rapport font état d’ « un certain degré de responsabilité » de Menahem Begin. Elles suggèrent également le limogeage du ministre de la Défense Ariel Sharon qui a supervisé toute l’opération. Raphaël Eytan, le chef d’état-major, est mis en cause ainsi que d’autres responsables militaires. En fait, La commission Kahane conclut à une absence de responsabilité directe d’Israël, mais à l’existence de « graves négligences » de la part de ses responsables politiques et militaires. Sharon démissionnera de son poste le 11 février 1983, mais restera ministre sans portefeuille jusqu’en 1984. Quant à Eytan, il se reconvertira dans la politique en fondant le parti d’extrême droite Tsomet qu’il représentera au Parlement. En 1996, il s’alliera au Likoud portant ainsi au pouvoir Benjamin Netanyahou qui lui confiera le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement. Sharon obtiendra le ministère des Infrastructures, poste taillé sur mesure pour permettre au faucon des faucons de poursuivre la colonisation dans les territoires occupés. Le siège du gouvernement militaire israélien à Tyr au Liban est détruit par une explosion le 11 novembre, faisant quatre-vingt neuf morts. Des 7 au 17 décembre, le Congrès juif mondial adopte après un vote des plus houleux une résolution favorable au « compromis territorial » dans les territoires occupés. La période qui s’engage dès la fin de la guerre du Liban est témoin dans ce pays de la prise du pouvoir d’Amin Gemayel, frère de Bachir, et d’une série d’attentats traduisant une résistance à l’occupation israélienne. Les dirigeants du FPLP, du FDPLP, FPLP Commandement général, de la Saïka et du FLP se réunissent entre les 10 et 16 janvier 1983 à Tripoli. Ceux-ci rejettent le plan Reagan et toute formule qui permettrait à la Jordanie de représenter le peuple palestinien. Le 28 du mois, une voiture piégée explose à Chtaura au Liban devant un immeuble abritant le Fath et la FAD. Le bilan de l’attentat fait quarante-cinq morts. Du 14 au 22 février, le Conseil national palestinien se réunit à Alger et entérine la réélection de Yasser Arafat à la tête du comité exécutif de l’OLP. La situation se détériore en fait au sein du Fath. Yasser Arafat décide de s’éloigner de la Syrie et d’opérer un rapprochement avec la Jordanie, suivant en cela la logique du plan Reagan et de celui de Fès. Ce dernier apparaît aux divers responsables palestiniens, lors du seizième CNP à Tripoli, comme le minimum acceptable pour une action politique arabe. Une rencontre entre une délégation de l’OLP et des membres du parti communiste israélien Rakah a lieu le 22 mars à Prague. L’événement est de taille car il marque l’amorce du dégel entre Israël et Tel-Aviv. En fait, le Rakah est un parti atypique en Israël pour deux raisons. D’une part sa composition est essentiellement arabe. D’autre part, il s’agit d’un parti légaliste rejetant la violence et qui fonde son action politique sur l’antisionisme. Il prône en outre l’avènement d’un Etat palestinien aux côtés de celui d’Israël et la restitution de tous les territoires occupés dont Jérusalem-Est et le Golan, lui valant par là même la réputation d’ « ennemi d’Etat » pour la très grande majorité des Israéliens. Aussi, lors du vingtième congrès qui voit la présence du chef de l’Etat juif Haïm Herzog, celui-ci invite les responsables du parti communiste soviétique également présent à un rapprochement entre les deux pays malgré leurs divergences sur le conflit proche-oriental. Mais, une des raisons principale à ce geste est due à la volonté de permettre à nouveau l’émigration massive de Juifs soviétiques vers la Terre promise. Le 10 avril 1983, Issam Sartaoui, conseiller politique de Yasser Arafat, est assassiné à Albufeira au Portugal par la cellule terroriste d’Abou Nidal. Le même jour, les négociations entre Arafat et le roi Hussein de Jordanie visant une participation commune aux pourparlers de paix échouent. Celles-ci se voient rompues par l’entremise de la Syrie qui organise et encourage une dissidence au sein du parti d’Arafat, le Fath. Cette dernière se traduit dans les faits par les dirigeants palestiniens restant attachés à l’exclusivité de la lutte armée pour la libération de la Palestine et étant ainsi opposés à tout règlement politique du problème. Cette dissidence trouve son expression directe le 6 mai en la personne du colonel Abou Moussa, soutenu par la Libye et la Syrie, qui s’affirme comme le principal frondeur. Le 17 mai, Israéliens et Libanais signent à Khaldé au Liban un accord mettant fin à l’état de guerre entre les deux pays et prévoyant le retrait des forces étrangères. En fait, ce document est imposé au Gouvernement libanais par les responsables israéliens qui s’octroient un droit de contrôle sur le Liban-Sud. L’accord condamné par l’OLP, la Syrie, l’URSS ainsi que l’ensemble des forces libanaises opposées au Président Amin Gemayel ne sera finalement pas ratifié. Le 4 juin, les premiers affrontements mettant aux prises les dissidents et les loyalistes du Fath ont lieu dans la Bekaa. Le même, jour, 100 000 personnes manifestent à Tel-Aviv pour demander l’évacuation du Liban par Tsahal. Ce rassemblement est suivi une semaine plus tard par une nouvelle manifestation motivée par les mêmes motifs à Jérusalem. L’armée israélienne doit faire face sur le terrain à une guérilla de plus en plus efficace. Après avoir attisé les antagonismes confessionnels du pays, elle se voit contrainte de se retirer d’une partie du Liban. La « pax israëlica » échoue dans un bain de sang qui amènera la force multinationale à devoir également évacuer les lieux. Le 24 juin, Yasser Arafat qui est passé à deux doigt d’un assassinat est expulsé de Damas. Il se retranche alors à Tripoli avec les loyalistes du Fath, comptant sur l’appui des milices locales. Ce départ actionne un mois plus tard la reprise des combats entre les deux factions rivales du mouvement palestinien qui dure du 24 au 28 du mois. Pendant ce temps, des colons juifs extrémistes investissent le 26 juillet le collège islamique de Hébron et y déclenchent une fusillade faisant trois morts. La Conférence de Genève sur la Palestine a lieu du 29 août au 9 septembre. L’OLP y est représentée par une délégation d’Etat. Les Etats-Unis, le Canada et Israël sont absents des débats. Yasser Arafat propose la convocation d’une conférence internationale sur le Proche-Orient sous l’égide de l’ONU. Les 3 et 4 septembre, Tsahal se replie au sud de la rivière Awali au Liban. Menahem Begin se retire de la vie politique le 10 octobre 1983. Usé par le bourbier libanais dans lequel s’est enlisé l’armée israélienne, de plus en plus contesté par la population qui lui reproche cette expédition pour le moins scabreuse de même que son aventure économique populiste menant le pays dans un profond marasme, ce sioniste absolu dans l’âme lâche le 30 août à un cabinet ministériel médusé : « je n’en puis plus ». Une page du pays se tourne et Itzhak Shamir le remplace à la tête du Gouvernement le 11 octobre. Le nouveau Premier ministre dont l’équipe reste inchangée annonce immédiatement la dévaluation du shekel et la mise en place de mesures d’austérité. |