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EDITO Le soudain décès de Charles-Henri Rapin est pour beaucoup, dont nous sommes, l' événement majeur du 10 juillet 2008. Son regard que rien ne vient distraire et donne naturellement à celui sur lequel il se pose le sentiment d'en être l'unique récipiendaire, demeure ineffaçable. C'est que Charles-Henri, doué d'une lumineuse intelligence et doté d'une prodigieuse mémoire jouissait de la rare faculté d'être pleinement à l'écoute de son auditoire ou de son interlocuteur quel qu'ils soient.
Sa personnalité ne s'analyse pas. Elle se révèle par une ouverture d'esprit, une jovialité, la simplicité d'accueillir les réalités de la vie sociale souvent inquiétantes, mais toujours perfectibles. Jamais résigné, Charles-Henri avait l'intuition des choses à entreprendre. La journaliste Anne Kaufmann a rappelé que membre actif des Unions chrétiennes dans sa jeunesse, il avait rejoint les rangs des maoïstes et présidé le Comité Palestine. La cohérence entre ces engagements, en apparence contradictoires, s'enracinait au plus profond de lui-même sur le terreau fondamental du droit universel à l'existence dans la dignité et son corollaire, le droit imprescriptible à l'insoumission. C'est vrai aujourd'hui, plus que jamais, pour les Palestiniens. Entre Charles-Henri et l'ASSP le lien spontané et très fort subsiste. Les chantiers d’humanisme, de respect de l’autre, de lutte contre la douleur, d’attention aux plus marginaux et défavorisés restent ouverts. « La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux ». La meilleure façon de lui exprimer notre reconnaissance c'est, dans le même esprit, de continuer son oeuvre. Deux jours après Charles-Henri, un autre grand homme, humaniste de réputation mondiale trouvait aussi une mort soudaine. En dépit de notoires différences, trop de traits communs m'incitent à joindre dans un même hommage d'admiration et de reconnaissance, ces deux personnalités hors du commun. Bronislaw Geremek, fils d'une famille juive polonaise, avec avec elle dans le ghetto de Varsovie, échappa au génocide en adoptant un patronyme inexistant à consonance slave. Il n'a jamais repris son vrai nom pour signifier qu'il se voulait être un Polonais juif mais non un Juif polonais. Membre actif du parti communiste polonais (le POUP) et même du PCF, lors de ses dix ans passés en France, il est l'un des hommes qui ont fait s'écrouler de l'intérieur le bloc soviétique. Historien renommé, spécialiste du Moyen-Age en France, il a fait partie de ce petit groupe d'intellectuels qui ont rejoint en 1980, les rangs du syndicat Solidarnosc, fondé par un électricien de Gdansk, Lech Walesa. Penseur engagé, il est un des hommes qui ont ouvert la route de l'après-guerre froide vers une Europe des citoyens libres et égaux en dignité, unis pour que, sans aucune distinction, chacun ait, sur la terre, droit au bonheur. Charles-Henri Rapin et Bronislaw Geremek font partie des quelques trop rares grands hommes contemporains de la planète. Initiative concrète et réalisable dans l'immédiat, nous proposons que le nom du Dr Charles-Henri Rapin soit donnée à une rue de Genève. La plus indiquée ne serait-elle pas la rue des Bains, qui porte le nom d'un endroit où ces installations n'existent plus mais où se trouvait le siège de Poliger ? Et pourquoi pas aussi une rue Bronislaw Geremek à la Promenade de l'Europe ? Jacques Vittori Président de l'ASSP |