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Ce qui a débuté par un incident circonscrit au lectorat d’un journal d’extrême droite de langue danoise a, faute d’avoir été localement aplani sur le champ, généré une tragédie à l’échelle planétaire. Comment est-il concevable d’en arriver là ? La complexité de la situation lui donne une opacité telle qu’une réponse à la simple question « à qui profite le crime ? » lui donnerait déjà un éclairage vraiment significatif. Les bénéficiaires multiples et hétérogènes : extrémistes de tous poils, marchands d’armes, régimes de démocratie « impopulaire » ont en commun la répression de la liberté. Voir les foules manifester contre la liberté d’expression et revendiquer la censure n’est-elle pas une aubaine pour de contestables pouvoirs en place sous le masque du nationalisme et de la légitime défense en Orient et en Occident ?
Les gouvernements arabes qui ont protesté avec véhémence contre les caricatures comme ceux des Etats occidentaux qui ont soutenu la liberté d’expression n’ont pas dit un seul mot sur la répression en Palestine. Croyants et non croyants dans leurs populations sont à l’évidence d’accord pour considérer que l’image de Dieu est impossible à reproduire. Quant au Prophète il n’en existe semble-t-il aucun portait et Daguerre n’a rendu publique sa découverte de la photographie qu’en 1836. Les caricatures ne représentent donc pas le Prophète. Ce qu’il faut fermement dénoncer ce ne sont pas les protestations de populations justement indignées par des caricatures qui mettent en dérision ce qu’elles ont de plus sacré, mais la violence de débordements injustifiables. Les monothéistes affirment que l’homme a été créé à l’image de Dieu, c’est donc contre le mépris de cette image vivante qu’il devrait réagir et se mobiliser. L’émotivité rend sourd et bloque malheureusement toute possibilité que nous souhaitons de dialogue sur le respect mutuel, la conscience humaine et l’éthique de la communication. Sans rien minimiser de l’outrage profondément ressenti par des croyants, le plus urgent aujourd’hui c’est d’éteindre l’incendie et empêcher sa propagation. « Plus jamais ça », antienne ressassée depuis les génocides nazis prouve dans les circonstances présentes qu’elle ne suffit pas à conjurer magiquement les hystéries collectives provoquées par d’invisibles manipulateurs. Qui peut le faire ? La classe politique n’y est pas parvenue, les dignitaires des grandes religions pas davantage. ces derniers se réunissent depuis des années à tous les niveaux, font des déclarations convergentes sur la Paix et la Fraternité humaine sans parvenir à endiguer la violence et les guerres. Récemment à genève une cérémonie œcuménique ayant pour thème le message de Benoît XVI pour la Journée mondiale de la Paix a entendu de très belles et souvent émouvantes déclarations de dignitaires de diverses confessions religieuses. Citons Monsieur Dayan Izhak, Grand Rabbin de la Communauté Israélite de genève : « La tradition juive attache à l’image et à la réalité du fleuve la première forme de paix. Cette paix est décrite comme dynamique qui vise autre chose que la stratégie, l’absence de guerre. La paix fleuve est celle de la prospérité et de l’amour entre les peuples et avec Dieu. Le fleuve n’appartient à personne. Il traverse plusieurs pays et les arrose en leur donnant, à tous la vie. D’autre part, il ne leur demande jamais son dû: il leur abandonne ses eaux abondantes et vives les fertilise sans discrimination, abondamment et sans rien demander en retour, Cette paix est certainement la plus belle car ses qualités économiques et géographiques permettent le rassemblement des individus et des nations autour des mêmes responsabilités, des mêmes ouvertures et des mêmes générosités » A côté de lui Hafid Ouardiri, porte-parole du Centre Culturel Islamique, paraissait pleinement d’accord et son intervention fut en harmonie avec cette belle allégorie. A l’inverse des autres valeurs quantifiables la paix, bien commun de toute l’humanité, ne régresse que si elle n’est pas totalement partagée. Elle n’appartient à personne. Plus beau reflet de la réalité humaine, seuls la ternissent ceux qui prétendent la défendre en se l’appropriant. La Paix est dans la convivialité, elle est au milieu de nous. N’avons-nous pas chacun à la trouver aussi dans notre cœur, dans notre esprit et dans notre âme pour la faire rayonner dans tous nos milieux de vie ? La paix dans le monde a besoin de nous toutes et tous ! Elle ne s’impose ni par la loi ni par le dogme, religieux ou laïc, elle fleurit là où elle est semée, nourrie et entretenue dans l’amour solidaire et fraternel. Soyons ensemble. Jacques Vittori |