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Citoyen d’honneur de la lune Version imprimable Suggérer par mail
 Amira Hass  -  Haaretz, 16 janvier 2008

 

« Le chef d’orchestre juif israélien Daniel Barenboïm a acquis la citoyenneté palestinienne et un passeport palestinien »,  rapportait hier dans « Haaretz » un communiqué basé essentiellement sur une information d’agence de presse.


Dans la version publiée sur Ynet, il était dit que l’Autorité Palestinienne avait accordé la citoyenneté palestinienne à Barenboïm. Et pour ce qui est du « New York Times », on pouvait y lire que le pianiste et chef d’orchestre israélien d’origine argentine avait accepté de recevoir la citoyenneté palestinienne et un passeport honorifique.

 

Ce passeport lui a été remis à la fin d’un concert à Ramallah en signe de gratitude – et cette fois, c’est l’auteur de ces lignes qui s’exprime – pour la manière dont Barenboïm lie depuis des années des initiatives musicales avec une claire opposition à l’occupation israélienne ; pour son empressement à venir en visite à Ramallah en un temps où la plupart des Israéliens y voyaient un bastion du terrorisme ; et pour la manière dont il a noué des liens d’amitié avec des personnalités palestiniennes éminentes qui, tel Edward Said, ne jouissent pas de la sympathie de la majorité des Israéliens.

 

Il a acquis la citoyenneté, il a accepté de recevoir la citoyenneté, la citoyenneté lui a été accordée. Qu’importe la formulation ? Dans la même mesure, on aurait pu écrire que l’Autorité Palestinienne avait fait de Barenboïm un citoyen de la lune. Parce que l’Autorité Palestinienne n’a aucune autorité pour accorder la citoyenneté (ou pour le dire plus justement : le statut de résident palestinien) à qui que ce soit. Ni à Yasser Arafat, ni à Mahmoud Abbas, ni à la réfugiée octogénaire qui vit à Ein Al-Hilwa au Liban, et qui nourrit toujours la nostalgie de l’amandier que son grand-père a planté dans le village de Loubiya (le kibboutz Lavi, aujourd’hui).

 

Arafat et Abbas, comme plusieurs milliers d’autres militants de l’OLP revenus au pays en 1994, ont acquis leur « citoyenneté palestinienne » et leur carte d’identité palestinienne (écrite en arabe et en hébreu) parce qu’Israël y a consenti. Parce qu’un employé israélien de l’Administration civile a introduit leurs données dans l’ordinateur du Ministère israélien de l’Intérieur, pour qu’ainsi le Ministère palestinien de l’Intérieur puisse faire imprimer, par sa propre imprimerie, la carte d’identité et pour que les informations apparaissent à l’écran de l’ordinateur du dernier des soldats du plus petit des checkpoints.

 

L’Autorité Palestinienne n’a pas autorité pour accorder le statut de résident palestinien à ceux qui sont nés avant 1948 dans la Palestine mandataire, et elle n’a pas autorité pour accorder le statut de résident à ceux qui sont nés, après 1948, dans les frontières de l’Etat d’Israël. Elle n’a pas même autorité pour rendre leur statut de résidents aux quelque 400 000 personnes nées en Cisjordanie ou dans la Bande de Gaza après 1948 et qu’Israël a tout fait au fil des années pour qu’ils perdent leur droit de résidence : en lançant des ordonnances limitant leur droit de résider à l’étranger, en empêchant leur retour de l’étranger en temps voulu, en ne prenant pas en compte ceux qui n’étaient pas présents lors du recensement de population d’août 1967.

 

Des dizaines de milliers d’entre eux vivent aujourd’hui dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie, dans leurs maisons, dans leurs villages, mais sans papiers officiels : ils possédaient des documents de voyage temporaires de divers pays arabes, quand ils sont partis étudier ou travailler à l’étranger. Ils sont revenus chez eux – comme touristes. La période de validité des documents temporaires a expiré et ils se retrouvent, au plein sens du terme, prisonniers dans leur ville. S’ils se faisaient prendre à un checkpoint, ils seraient expulsés. Ce n’est qu’au prix d’un éreintant parcours d’« unification familiale » – sous le contrôle d’Israël – que quelques-uns d’entre eux peuvent « devenir citoyens » sur leur terre natale. Tout récemment seulement – après sept ans de procédures – environ 3.500 personnes (sur au moins 65.000 qui connaissent une situation comparable) ont obtenu une autorisation pour une telle adoption de « citoyenneté ».

 

L’Autorité Palestinienne n’a pas même autorité pour changer l’adresse de résidence de Gaza vers Ramallah – si un employé de l’Administration civile (avec derrière lui, un membre de la Sûreté israélienne [Shabak], et derrière eux les Ministères israéliens de l’Intérieur et de la Défense) ne donne pas son accord. Mais alors, « l’Autorité Palestinienne a-t-elle accordé la citoyenneté à Barenboïm » ?

 

En dépit de l’abondance d’informations publiées ces dernières années, en particulier dans « Haaretz », à propos du contrôle maintenu par Israël sur le registre palestinien de la population, ces faits ne sont ni compris ni enregistrés. L’Autorité Palestinienne est perçue comme un « Etat » disposant du droit souverain d’accorder la « citoyenneté ». Il est, en particulier pour les Israéliens, difficile de comprendre l’étendue et la puissance de notre contrôle sur les Palestiniens : tout Juif dans le monde ne peut-il pas venir en Israël, devenir en quelques jours citoyen israélien et habiter non seulement en Israël même mais dans n’importe quelle colonie illégale ou tout avant-poste illégal et non autorisé ?

  

(Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

www.haaretz.co.il/hasite/spages/945239.html

Version anglaise : Honorary citizenship of the moon

www.haaretz.com/hasen/spages/945076.html

Dernière mise à jour : ( 20-01-2008 )
 
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