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ACTUALITÉ DU BON SAMARITAIN Texte de Jacques VITTORI, suivi de la réponse de Rabbi Léonard SZTEJNBERG.
Le mépris dans lequel étaient tenus les Samaritains appartient aux avatars des discriminations internes du peuple hébreux voici deux mille ans. Le Bon Samaritain, devenu le modèle universel de l’aide humanitaire n’est aucunement leur héritier biologique et n’a probablement jamais physiquement existé. Personnage allégorique d’une parabole de l’enseignement chrétien, rien n’est dit de ses options religieuses et aucune n’est suggérée comme inspiratrice de son comportement altruiste. Fondamentalement c’est un être humain et c’est ce qui lui a permis de s’incarner irrésistiblement au cours des siècles jusqu’à devenir une manière d’être, intégrée au patrimoine de l’humanité. L’évangéliste Matthieu a choisi parmi beaucoup d’autres, de relater une parabole particulièrement concise où l’anonymat des protagonistes étaye l’exemplarité de leur attitude. Qu’a fait d’exceptionnel ce Samaritain pour mériter le qualificatif de bon et pour que, dans la succession séquentielle des générations, sa mémoire vivante s’étende bien au-delà des frontières étriquées des nationalismes religieux ? N’est-il pas aujourd’hui devenu plus réel que s’il avait existé ? Un saut de deux mille ans nous fait sillonner chaque jour les chemins et les routes de Terre Sainte. Le soleil s’y lève toujours sur les bons et les méchants ; l’ivraie y est envahissante et le bon grain étouffé. Nous y rencontrons en direct, nombreux et pitoyables, des hommes, des femmes, des mères et beaucoup d’enfants victimes de la violence. Nous pouvons passer outre comme le prêtre et le lévite empêchés par une obligation qu’ils considéraient absolue, ou opter pour l’attitude du Samaritain ? La question n’est pas d’abord religieuse mais politique. Serait-elle culturelle qu’elle ne saurait relever de la culture dite judéo-chrétienne, dont la supériorité est sans cesse politiquement mise en évidence pour l’opposer à la culture coranique. En effet, ignorée dans l’Ancien Testament, la parabole du Bon Samaritain nous a été transmise par l’Evangile à partir de textes gréco-romains. Sans aucune barrière discriminatoire, chaque être humain peut librement s’arrêter comme le mythique voyageur anonyme, sans chercher à savoir qui est la victime ni pourquoi elle a été maltraitée. Les questions sont spécieuses. De fait une victime n’est-elle pas toujours quelque part un coupable ? Si l’homme agressé n’avait pas résisté, s’il avait spontanément cédé à ses détrousseurs ce qu’ils voulaient lui prendre, il avait une chance de ne pas être laissé à demi-mort au bord du chemin. Après tout, en résistant, n’a-t-il pas mis ses agresseurs en état de légitime défense ? C’est ce qu’ils auraient probablement plaidé s’ils avaient été déférés en justice et c’est bien ce que l’on entend aujourd’hui de la part de ceux qui font de nombreuses victimes innocentes dans des actions qualifiées de terroristes quand elles sont le fait d’individus ou de groupes isolés et de représailles justifiées quand elles sont exécutées avec des chars, des missiles ou des hélicoptères de combat que l’Etat hébreux ne fabrique pas. Sans ignorer la situation en Israël, comment ne pas être bouleversés par les conditions de vie, nous pouvons dire de survie, de la population palestinienne ? A Gaza elles dégénèrent au point que l’on doit parler de génocide. Actuellement le rapport de forces est militairement disproportionné en faveur d’Israël mais la paix, à laquelle tous aspirent, n’a jamais, dans l’Histoire du monde, été imposée par les armes. Israël a déjà virtuellement perdu la guerre mais le peuple israélien peut encore gagner la Paix en la donnant simplement à un peuple frère. Cela prendra du temps. jacques VIITORI - ASSP ********************************************** Cher Jacques, J'ai lu votre texte sur le bon Samaritain. En général, les chrétiens comprennent à l'envers l'enseignement du Rabbi fondateur du christianisme, lorsque celui-ci déclare : Luc 10,36-37 (TOB) :"Lequel des trois à ton avis, s'est montré le prochain de l'homme qui était tombé sur les bandits ?" Le Docteur de la Loi (ou le légiste) répondit : " C'est celui qui a fait preuve de bonté envers lui." Jésus lui dit : "Va et, toi aussi, fais de même !" Ceci veut dire clairement que le terme de "prochain" doit être appliqué non pas au nécessiteux (comme c'est à tort si souvent le cas), mais le prochain est celui qui vient en aide (ici le bon Samaritain), si l'on veut vraiment tenir compte de l'enseignement de Rabbi Yéchoua. La leçon de l'histoire peut se résumer ainsi : Le demandeur d'aide est plus souvent le non-nécessiteux, que le nécessiteux selon les apparences. Ceci se retrouve dans le Talmud* (Tradition orale juive) qui dit que lorsqu'un riche reçoit un pauvre à sa table, c'est le riche qui est le plus nécessiteux, parce que le pauvre rappelle au riche qu'au moment de sa mort il sera nu devant l'Eternité et qu'il ne lui restera alors que les bonnes oeuvres accomplies (en tant que riche) de son vivant sur Terre. C'est bien aussi le sens qu'il faut donner au livre de l'Apocalypse 14,13 du Nouveau Testament "...Oui, dit l'Esprit, qu'ils se reposent de leurs labeurs, car leurs oeuvres les suivent".** *selon cette Tradition, le mendiant fait plus pour l'hôte qui le reçoit chez lui que le maître de la maison pour le mendiant. **selon la Bible chrétienne 1. Corinthiens 15, 40-44, il est tout aussi clair que le corps de résurrection est constitué et élaboré du vivant des individus sur Terre, lorsque ceux-ci agissent en écoutant leurs intuitions spontanées et profondes qui font fi des apparences, et non en agissant à partir de la rationalité et des intérêts immédiats mis en évidence par la société de consommation. Il est entendu que l'écoute de la spontanéité et des intuitions profondes ne demande jamais de sacrifice humain, mais combat toujours toutes les formes d'excès comportementaux qui attaquent l'équilibre biologique, psychique et spirituel. C'est à ce niveau qu'on parlera du rejet du hametz (lors de Pessa'h ou Pâque juive) ou levain selon les traditions juive et chrétienne, et du véritable jihad (Coran II/256 :"Pas de contrainte en religion...") pour la sanctification en islam. Dans cette dernière confession ce n'est pas le sacrifice de la vie pour Dieu qui est demandé, le véritable jihad concerne le combat de chaque individu contre toutes les formes de perversions qui perturbent les équilibres naturels du corps et du psychisme.
Rabbi Léonard SZTEJNBERG Président-Fondateur Institut Communications Sciences et Foi. | | Dernière mise à jour : ( 02-01-2008 ) |
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