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DEVELOPPEMENT DURABLE DE QUOI ET POUR QUI ? Le Genevois Jean Ziegler, rapporteur spécial de la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies répond à ces deux questions
Le développement de quoi ? « Le nombre des personnes souffrant de la faim est passé à 54 millions et augmente chaque année depuis 1996 » Le développement pour qui ? « un plein de 50 litres de biocarburant représente 226 kilos de maïs. De quoi nourrir un enfant mexicain pendant un an ». « Cet empressement à vouloir subitement et de façon irréfléchie transformer un aliment, tel que le maïs, le blé, le sucre et le vin de palme en carburant, ... risque d'entraîner une concurrence entre nourriture et carburant qui laissera les pauvres et les victimes de la faim des pays en développement à la merci de l'augmentation rapide du prix des aliments, des terres vivrières et de l'eau » va donc s'aggraver.(interview par J.N. Cuenod Tribune de Genève 12 oct. 2007) Selon la FAO, il y avait déjà sur la planète, entre 1997 et 1999, essentiellement dans les 122 pays du tiers monde, 815 millions de personnes sous-alimentées. Toutes le sept seconde, il a quelque part dans le monde, un enfant de moins de dix ans qui meurt des effets directs ou indirects de la faim. Plus de 2,2 millions de personnes, essentiellement des nourrissons et des enfants, meurent chaque année des suites de diarrhée pour avoir consommé de l'eau de boisson polluée. On sait aujourd'hui que la malnutrition crée des handicapés à vie. Leurs cellules cérébrales ne se développent pas, la croissance est arrêtée, la cécité et les maladies prolifèrent, limitant le potentiel et condamnant ceux qui ont faim à une existence marginale. Un cercle vicieux se répète de génération en génération, car des dizaines de millions de mères sous-alimentées donnent chaque année naissance à des enfants souffrant de retards et de malformations dus à la sous-alimentation. Cette tragédie silencieuse se renouvelle jour après jour dans un monde débordant de richesses. Un monde qui, aujourd’hui, produit déjà suffisamment de nourriture pour nourrir toute la population mondiale ! Jean Ziegler ne saurait peindre le diable sur la muraille fictive de la fatalité. Mais il ne se limite pas à démontrer, normes à l'appui, que le droit de tout être humain à l'alimentation est un droit justiciable dont la « justiciabilité » commence à gagner du terrain. Réaliste, sans exiger tout et tout de suite, il propose à l'Assemblée Générale des Nations Unies, un moratoire de cinq ans. Il consisterait en la suspension de toutes les opérations destinées à produire de l’agrocarburant à partir de denrées alimentaires pour expérimenter des solutions alternatives comme sa fabrication à base de résidus de culture et plus largement, l'utilisation de plantes incomestibles cultivées sur des terres arides ou semi arides. L'avantage serait de ne plus entrer en concurrence avec des terres utilisées pour la nourriture humaine et animalière et de pouvoir faire vivre de nombreux paysans dans des régions déshéritées. Il y a évidemment beaucoup plus à faire pour remédier à l’entropie des sources d’énergie. N'appelons pas fatalité l'oreiller de paresse sur lequel reposent trop de têtes bien-pensantes Jacques Vittori Président de l'ASSP |