A QUI VA L’AIDE AU DEVELOPPEMENT ?
« On
a assez aidé le Sud, aidons plutôt les défavorisés du Nord ».
Un énorme
mensonge !!!
Cette
perfide expression qui masque mal son arrière-fond xénophobe vise à la
suppression de l’aide publique à la solidarité au lieu, ce qui serait
justifié, de demander de la mieux orienter. Ce n’est pas un point de vue
discutable, c’est carrément un mensonge qui ne résiste pas à la réalité des
faits. Citons la Fédération Genevoise de Coopération
(http://www.fgc.ch/ARGUMENTAIRE1.pdf
) :
Au
Nord comme au Sud, nous devons lutter contre les inégalités. Il y a une
seule solidarité,
même si les besoins sont différents. Il n’est évidemment pas question de
réduire la solidarité ici au profit de la solidarité dans les pays du Sud.
Dans tous les cas, il y a urgence mais la situation au Sud est simplement
intolérable :
•
1,2 milliard de personnes survivent avec moins de 1 dollar par jour et 2,8
milliards avec moins de 2 dollars
• la mortalité des enfants de moins de 5 ans est
25 fois plus élevée en Afrique subsaharienne que dans les pays de l’OCDE
• les maladies transmissibles (sida, tuberculose,
malaria, rougeole, etc.) provoquent 60% des décès en Afrique, 30% en Asie du
Sud-Est, contre 5% en Europe
• 800 millions de personnes sont sous-alimentées.
95% d’entre elles vivent dans les pays en développement
• 140 millions d’enfants n’ont pas accès à
l’école primaire.
A
qui profite réellement l’Aide Publique au Développement ?
Eric Toussaint (www.oecd.org)
On appelle “aide publique au développement”
les dons ou les prêts à des
conditions financières privilégiées accordés par des organismes publics de
l’OCDE réunis dans le Comité d’Aide au Développement (CAD)
1. Il suffit donc qu’un prêt soit consenti à un
taux inférieur à celui du marché pour qu’il soit considéré comme une aide,
même s’il est ensuite remboursé jusqu’au dernier centime par le pays
bénéficiaire. Dont fait partie Israël….
2 L’aide qu’ils reçoivent est appelée « Aide
publique».
L’octroi de l’aide est très souvent “conditionné”
par la réduction du déficit public, la privatisation, la réduction des
protections douanières, la suppression du contrôle sur les mouvements de
capitaux.... Toutes ces conditions sont définies par les principaux
gouvernements du Nord et le couple Bm/FMI.
Dernièrement, on y a ajouté, de manière
rhétorique, la bonne gouvernance et la lutte contre la pauvreté. Cette aide
qui provient entièrement des Etats membres du CAD passe par deux canaux : le
premier est directement administré par les Etats dans le cadre de leur aide
bilatérale, le second est géré par les institutions multilatérales. L’aide
bilatérale représente environ deux tiers de l’APD et l’aide multilatérale le
reste. Au niveau de l’aide multilatérale, les institutions financières
internationales (groupe Banque mondiale, FMI et Banques régionales de
développement) se taillent la part la plus importante (environ 45%), sui
Dans de le rapport du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE , dont
la Suisse fait partie, nous trouvons d’autres indications dont voici
quelques extraits :
“
La part des fonds apportés par l’aide publique au développement (APD) qui
reste dans les pays en développement est très faible. Pratiquement, tout
l’argent octroyé retourne rapidement aux pays riches sous forme de produits
achetés chez eux. ”
Robert McNamara, président de la Banque mondiale,
extrait du discours prononcé devant les gouverneurs de la Banque Mondiale (Bm),
le 30 septembre 1968 (in McNamara, 1973 p. 24).
vies par le Fonds européen de développement de
l’Union européenne (environ 30 %), les différentes institutions spécialisées
de l’ONU ne représentant que 25 %. Une petite partie de l’aide bilatérale
est attribuée à des ONG des pays membres du CAD qui se chargent de la faire
parvenir aux PED. Selon la Banque mondiale, les dons que les ONG destinent
aux populations des pays bénéficiaires de l’APD ont représenté un peu plus
de 7 milliards de dollars en 2001 (une partie de cette somme provient des
Etats membres du CAD via les subventions publiques que les ONG reçoivent,
l’autre partie est collectée directement par les ONG dans le public et/ou
auprès de fondations privées).
L’APD a diminué en termes réels de plus de 30%
entre 1992 et 2000 alors que tous les chefs d’Etat du Nord présents au
Sommet de Rio (1992) s’étaient engagés à l’augmenter de 125 milliards par
an, c’est-àdire à tripler son volume.
Selon nos calculs, le total de l'APD et de l’aide
publique nettes octroyées par les pays industrialisés et les institutions
multilatérales à l’ensemble des PED s’est élevé en 2002 à 36,7 milliards de
dollars. En tant que flux entrant dans les PED, c’est une somme nettement
inférieure aux envois des migrants. D’autre part, si on met dans l’autre
plateau de la balance, les sorties de capitaux dues au transfert net sur la
dette (95 milliards en 2002), aux rapatriements de bénéfices par les
multinationales (66 milliards en 2002) et à l’évasion des capitaux (environ
150 milliards en 2002), on peut commencer à mesurer le transfert net de
capitaux allant des PED vers le Centre. L’apport net d’APD représente
environ un dixième des sorties de capitaux cette année-là. Et cela, sans
compter le pillage pur et simple de certaines richesses naturelles, les
effets de la fuite des cerveaux, les pertes dues au commerce inégal…
Poursuivons la critique de l’APD.
L’APD bilatérale est en général une “aide liée” :
elle implique que l’argent prêté ou donné sera utilisé pour acheter des
produits ou des services exportés par le pays donateur. L’APD multilatérale
n’échappe pas à cette critique car les pays les plus influents au sein des
IFI
prêts accordés et des investissements réalisés par
la Banque mondiale et le FMI, des commandes pour un montant total de 4,8
milliards de dollars au cours de l’année 1998.
De l’autre côté de l’Atlantique, en France, dans
un rapport sur la Banque mondiale et le FMI présenté à l’Assemblée
nationale, on pouvait lire le passage suivant : «Les résultats globaux en
matière de taux de retour ou de parts de marchés au profit des entreprises
françaises sont bons mais ils cachent d’importantes disparités géographiques
et sectorielles. (…) La France est affectée par des facteurs spécifiques qui
sont le reflet de la présence commerciale des entreprises françaises : un
fort tropisme pour l’Afrique qui
cherchent systématiquement à favoriser les
entreprises d’exportation basées dans leur pays. Larry Summers, alors
secrétaire d’Etat au Trésor des Etats-Unis, indiquait dans un communiqué de
presse du 13 avril 2000 que les firmes US avaient reçu, dans le cadre des
contribue largement au résultat global (45% des
décaissements de la Banque vers l’Afrique se font en faveur des entreprises
françaises) (…) » (Rapport d’information sur les activités et le contrôle du
Fonds monétaire international et de la Banque mondiale », Assemblée
nationale, 13 décembre 2000). L’APD est donc en fait une aide des pays
industrialisés à leurs entreprises exportatrices….
Selon la campagne Export Credit Agencies Watch
(ECA Watch), l’encours de la dette garantie par les agences de crédit à
l’exportation représentait, ….environ 460 milliards de dollars. Il arrive
régulièrement que les gouvernements des pays membres du CAD utilisent de
l’argent de la Coopération au développement en le transférant vers les
agences de crédit à l’exportation qui indemnisent les entreprises
exportatrices… Ils justifient ce transfert sous prétexte que cela permet
d’alléger la dette extérieure de certains pays. Ils comptabilisent dans l’APD
ce transfert d’une caisse à une autre à l’intérieur d’un pays du Centre.
L’APD en tant que source d’endettement
La dette extérieure publique des PED résultant de
l’APD multilatérale s’élevait à 144,4 milliards de dollars en 2002. La dette
extérieure publique des PED résultant directement de l’APD/AP bilatérale
(les prêts concessionnels) représentait alors 243,7 milliards de dollars.
Fait très important : entre 1996 et 2002, chaque année, les PED ont
remboursé plus au titre des prêts APD/AP bilatéraux que ce qu’ils n’en ont
reçu des pays membre du CAD !!! Selon GDF 2003 de la Banque mondiale, le
total s’élève en 7 ans à 22,9 milliards de dollars de transfert net négatif.
Ce chiffre lève le voile sur une des facettes de l’aide. Via les prêts APD/AP,
les pays donateurs s’enrichissent aux dépens des pays qu’ils sont censés
aider.Voir www.eca-watch.org.
Pour gonfler leurs statistiques, les gouvernements
du Nord n’hésitent pas à comptabiliser dans l’APD : la coopération
technique, les allégements de dette (voir plus haut), le coût des bourses
octroyées aux résidents des PED qui viennent étudier au Centre, le coût de
l’accueil des demandeurs d’asile.
Certains gouvernements comme celui des Etats-Unis
y ajoutent des dépenses liées à ce qu’ils appellent la lutte contre le
terrorisme (notamment des dépenses qu’ils ont réalisées dans ce cadre au
Pakistan après le 11 septembre 2001 ; par exemple, le renforcement de la
sécurité de leur personnel présent sur place). Plusieurs gouvernements
incluent (ou proposent de le faire dans le futur) le coût de leur
participation à des opérations de maintien de la paix. En faisant cela, ils
comptabilisent des dépenses militaires (envoi de troupes) dans l’APD. Au
niveau de la présentation de leur budget, cela peut leur permettre de faire
croire à une diminution de leur budget défense au profit d’une augmentation
de leur budget de coopération au développement ....
Un des exemples les plus “percutants” du lien
entre APD et politique extérieure est celui du commerce de l’armement. Plus
un pays de la Périphérie achète des armes, plus il reçoit d'aide des pays
industrialisés. Les pays industrialisés contrôlent de très loin l'essentiel
du commerce mondial des armes. …
. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas
les pays du Tiers Monde qui dépensent le plus en armement. En 2001, les
dépenses militaires des Etats-Unis (moins de 5% de la population mondiale)
représentaient 36% des dépenses militaires mondiales. Celles du G7 comptent
pour 63%. Celles de la Fédération de Russie et de la Chine : 3 % chacune (Serfati,
2001, p. 86 ; Upstream Journal May/June 2001, p. 9 ; pour les années 1985 et
1996, voir Achcar, 1999, p. 18 – 20). Il est significatif que “les pays qui
consacrent des sommes élevées au secteur militaire (plus de 4% de leur PNB)
se voient attribuer une aide par habitant environ deux fois supérieure à
ceux dont les dépenses dans ce domaine sont plus modestes - entre 2 et 4% du
PNB” (PNUD, 1992, p. 46).
Dans son rapport de 1994, le PNUD revient sur le
sujet : “ L'aide va plus souvent à des alliés stratégiques qu'aux pays
pauvres. (...) Jusqu’en 1986, les pays donateurs ont consenti en moyenne une
aide bilatérale cinq fois plus importante aux pays engageant des dépenses
militaires élevées qu'aux pays où ces dépenses étaient faibles... ” “En
1992, les premiers recevaient encore deux fois et demi plus d'aide par
habitant que les seconds” (PNUD, 1994, p. 80). Par exemple, Israël
qui est un allié stratégique des Etats-Unis au Proche Orient, reçoit en aide
américaine par personne pauvre 176 dollars alors que le Bangladesh n’en
reçoit que 1,7 dollar.
Les auteurs du rapport
1994 du PNUD mettent le doigt sur la double morale des gouvernants des pays
industrialisés : « Certains donateurs arguent qu'une discrimination à
l'encontre des pays où les dépenses militaires sont élevées serait une
violation de la souveraineté nationale des bénéficiaires - argument
surprenant quand on observe que les donateurs ne font pas preuve d'autant de
scrupules pour violer la souveraineté nationale dans un grand nombre
d'autres domaines de l'action gouvernementale ». Et de citer par exemple,
l'exigence faite aux pays qui reçoivent l'aide de cesser de subventionner
les denrées alimentaires, de dévaluer leur monnaie, de privatiser leurs
entreprises publiques... Ainsi, certains pays en développement ont préféré
équilibrer leur budget en compromettant des vies humaines plutôt qu'en
réduisant leurs dépenses d'armement.”…
Pour
en savoir plus sur les inégalités qui divisent le monde, lire la brochure
Le monde à l’envers
réalisée par la Déclaration de Berne (commande à
info@ladb.ch)
« En 2000, 191 pays se sont engagés à
réduire la pauvreté de moitié. En 2005, toutes les trois secondes un enfant
meurt à cause de l'extrême pauvreté. » Il ne
s’agit pas de condamner qui que ce soit mais de considérer honnêtement les
alarmantes réalités de notre planète. Le pire ne serait-il pas de s’y
résigner individuellement et collectivement ?
Jacques
Vittori
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