Le moment ne pouvait être mieux
choisi.
A
la veille d’entreprendre sa visite en Israël et dans les
Territoires palestiniens Mme
Micheline Calmy-Rey, ayant souligné que le conflit qui s’y
déroule depuis des décennies constitue un défi pour la
communauté internationale tout entière, avait donné pour but
de sa visite de se rendre compte, sur le terrain, de la
réalité que vivent les deux peuples et leurs institutions.
Elle entendait discuter avec les deux parties - chacune
partenaires de nos relations bilatérales- dans l'évolution
récente de la situation et de l'opportunité de reprise du
processus de paix qui se dessine aujourd'hui.
La Suisse qui entretient avec l'Etat d'Israël des relations
étroites tant au plan officiel qu'au niveau des sociétés
civiles, soutient par ailleurs les aspirations du peuple
palestinien à la création de son propre Etat démocratique et
souverain et entretient des relations suivies avec
l'Autorité palestinienne. Concrètement Mme Micheline
Calmy-Rey se proposait de se rendre compte de visu des
projets soutenus par la coopération suisse au développement
et par l’aide humanitaire.
Mis en
relief par une série de coïncidences surgissant de
l’actualité, le moment ne pouvait être mieux choisi. Au
terme de six jours d’un parcours éprouvant, notre ministre
des Affaires Etrangères est revenue au pays ayant évité
maintes chausse-trapes et engrangé une riche moisson
d’informations qui ne peuvent que renforcer la position
réaliste de la Suisse, fondée sur le respect du droit
international et des résolutions pertinentes des Nations
Unies. Sur cette orientation, nulle dérobade, notre ministre
a été claire avec le naturel de l’évidence et sans
s’aventurer dans des condamnations inutiles. A son homologue
israélien lui déclarant que son gouvernement n’acceptait pas
les décisions des Nations unies, elle a rappelé le mandat
confié à notre pays par l’Assemblée générale. Cette dernière
qui a pris acte de l’avis consultatif donné par la Cour
internationale de justice (CIJ) a chargé le Secrétaire
général d’établir un registre des dommages causés à toutes
les personnes physiques ou morales concernées et de demander
à tous les États parties à la quatrième Convention de
Genève de 1949 de faire respecter cette convention par
Israël. L’Assemblée générale a de plus invité la Suisse, en
sa qualité de dépositaire des Conventions de Genève, à mener
des consultations et à lui présenter un rapport sur la
question, y compris sur la possibilité de reprendre les
travaux de la Conférence des Hautes Parties contractantes à
la quatrième Convention de Genève. La Suisse n’a de leçon à
donner à personne mais doit rester elle-même sans se figer
dogmatiquement sur des valeurs prétendues fondamentales. A
l’invitation israélienne d’intervenir sur la résolution du
Grand Conseil genevois dénonçant l’édification du mur dit de
sécurité la Conseillère fédérale a simplement rappelé la
règle d’or de la séparation des pouvoirs qui, en bonne
démocratie, soumet l’Exécutif au Législatif et non
l’inverse. Mais elle a vu le Mur sans
faire aucun commentaire, est allée à Gaza où
elle a eu des entretiens avec la population et souligné
l'importance d'améliorer l'accès humanitaire, s’est
rendue à Hébron pour y déposer une gerbe au pied d’un mur de
mémoire érigé en hommage à notre jeune compatriote
Catherine Berruex et de son
collègue le major turc Tungun Cengiz assassinés le 26 mars
2002 par un tireur portant l’uniforme palestinien. Madame
Calmy-Rey s’est bien gardée de désigner l’assassin et
d’accréditer les « preuves » fournies par la police
militaire israélienne dont la Suisse et le TIPH ont pris
note en ayant la sagesse de ne jamais ni les infirmer ni les
confirmer. Elle s’est limitée, c’était bien là la raison de
sa démarche, à honorer la mémoire des deux « missionnaires »
assassinés au service de la paix. Hébron lui a donné
l’occasion de constater une situation dans laquelle, de tous
les temps, aucune puissance colonialiste au monde n’a eu la
folie de s’aventurer : 10 militaires pour « protéger »
chaque colon enkysté dans la ville arabe. C’est
injustifiable et pratiquement intenable. Visiter le
tombeau des patriarches est parfaitement légitime, et
c’est même pour les monothéistes une providentielle
opportunité de se reconnaître frères sur les lieux où
Abraham, leur père commun, est supposé reposer ! Le tombeau
des patriarches, hélas, focalise en fait la guerre des
religions. C’est là un paradoxe qui pourrait faire sourire
les athées s’il n’était pas horriblement sanglant.
Arrivée en Palestine au lendemain de l’élection la plus
démocratique qui se soit déroulée dans le monde arabe,
Micheline Calmy-Rey en est repartie le jour même où les
leaders israéliens et palestiniens réunis à Charm el-Cheikh
ont proclamé solennellement la fin de plus de quatre ans de
violences meurtrières.
Peut-on y voir
une nouvelle opportunité pour la paix au Proche-Orient ?
L’occupation va-t-elle cesser, la colonisation se résorber,
l’apartheid disparaître, l’égalité de droits pour tous les
citoyens s’établir ? Quel rôle la Suisse peut-elle jouer
pour contribuer à mettre fin à l’injustice génératrice de
violences meurtrières ?
La Suisse n’a ni
les moyens, ni la prétention de donner des leçons à
quiconque ; elle doit rester disponible et saisir toutes les
opportunités de poursuivre son engagement qui lui permit
en sa qualité de ‘facilitateur’
d’être à l’origine des Accords de Genève.
Le DFAE a depuis organisé et
animé à intervalles réguliers des réunions dans le cadre
d'une plate-forme de contacts, d'échanges et de discussions,
par ailleurs le Geneva Initiative Network réunit
aujourd'hui quelques 35 Etats, dont quelques pays arabes,
l'UE et les Nations Unies. Il est question, durant l'année
2005, d'organiser deux réunions du Geneva Initiative
Network. La Suisse continue donc d'avoir des échanges de
vues réguliers avec d'autres Etats sur la question de
l'Initiative de Genève, attentive à replacer la promotion de
cette dernière dans le cadre de préoccupations politiques
plus immédiates telle la mise en oeuvre sans préalable de
la Feuille de route du Quartette. Nous saluons avec plaisir
la promotion de Nicolas Lang, au rang d’ambassadeur, elle
confirme cette volonté.
Les
chances d’une désescalade de la violence sont réelles, nous
y croyons sans en être vraiment assurés. Une chose est
certaine : la paix ne viendra pas de la rhétorique. Que ce
soit au niveau de la famille, du voisinage ou du monde, la
vraie paix ne s’établit qu’entre des personnes et des
groupes. La paix est dans le partage équitable qui passe
nécessairement par le dialogue et le renoncement des
parties de l’imposer par la force. Son refus c’est la
guerre.
Les
Accords de Genève ont mis en dialogue des personnalités
appartenant aux deux parties en conflit. Se sont pour
l’essentiel des intellectuels et des notables. C’est une
brèche considérable qui a ouvert un chemin sur lequel il
faut à présent faire entrer la société civile dans toutes
ses composantes sociales. L’ASSP qui n’a jamais cessé de
soutenir l’Initiative de Genève a décidé de contribuer à
l’élargir en soutenant des Israéliens et des Palestiniens
qui partagent ce que nul ne voudrait leur disputer : la
douleur. Nous avons décidé d’ouvrir à Genève, avec leur
accord, une antenne du
Cercle des familles endeuillées
israéliennes et palestiniennes pour la paix.
Nous
lançons un appel à toutes celles et ceux qui voudraient se
joindre à ce projet.
Jacques.Vittori
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