Paix pour Israël, 
Justice pour les Palestiniens
 

La formule est de Jimmy Carter à la cérémonie de présentation solennelle de l’Initiative de Genève, le 1er décembre dernier. J’ignore ce que l’ancien Président des Etats-Unis sous-entendait par cet aphorisme mais il fait écho à ce que nous ne cessons de dire: la sécurité d’Israël repose sur la sécurité des Palestiniens. J’ai noté d’autres évidences énoncées à l’emporte-pièces, comme par exemple: Ce ne sont pas des enfants qu’il faut enterrer, mais les armes. Présent à la cérémonie du début à la fin, je n’ai rien perdu de ce qui s’est dit mais tout était tellement dense qu’il était impossible de tout retenir. Aucune fausse note n’a sonné à mes oreilles. L’éloquence n’a jamais été celle de la creuse rhétorique qui habille parfois, clinquante ou raffinée, la vacuité du propos, mais celle où s’harmonisaient le cœur et la raison.

 

Que de discours, que de belles déclarations n’a-t-on pas déjà entendus de ceux qui nous gouvernent? Que d’espoirs déçus n’ont-ils pas fait naître? Ceux du 1er décembre à Genève ne vont-ils pas, sans plus d’effets, allonger la série?

 

La différence est fondamentale. Oslo, Madrid, Camp David et aujourd’hui la Feuille de Route ont été négociés dans le secret puis paraphés politiquement en dehors de la société civile. A l’inverse, les Accords de Genève ont été certes initiés dans la discrétion, mais très vite l’opinion publique apprenait que des personnalités des deux camps avaient décidé de se rencontrer pour engager sans préalables ni tabous, un libre dialogue hors de tout mandat. Signés par des représentants de la société civile, soumis aux populations israélienne et palestinienne et maintenant aux peuples du monde entier, le Pacte de Genève est dans les mains d’une puissance qui dépasse tous les pouvoirs institutionnels, la seule qui puisse les contraindre à décider pour le bien commun universel. Ce qui est avéré c’est que la paix dans la justice, la liberté et la dignité ne se décrète pas. Sans l’adhésion des populations concernées il n’y a pas de paix durable. Paraphrasant Clemenceau, l’acteur Richard Dreifus qui présidait la cérémonie a d’emblée donné le ton: «la paix est une chose beaucoup trop sérieuse pour qu'on la laisse exclusivement entre les mains des gouvernements»

 

L’Initiative est un document ouvert. Précis dans les moindres détails sur certaines questions, le partage de Jérusalem par exemple, il est volontairement imprécis au sujet du droit au retour des réfugiés de 1948. Une juste solution n’a pas encore pris forme. Il faut la laisser mûrir. La philosophie, si l’on peut dire, de l’Initiative c’est de commencer sans attendre par ce qui est possible immédiatement. L’unanimité est faite sur le retrait des forces d’occupation, la relocation des colons en Israël, l’arrêt de la construction puis le démantèlement du Mur, sans que cela soit conditionné par  l’arrêt d’actions terroristes.

 

L’ASSP maintient son plein appui à la résolution 194 sur le droit au retour tout en affirmant son soutien sans équivoque à l’Initiative de Genève. Cette position a été reflétée dans tous les contacts que nous avons eu au cours de notre Journée Internationale de Solidarité avec le peuple Palestinien du 29 novembre passé. Nous comprenons les réactions opposées relayées par plusieurs de nos membres. Un arbre, dans sa réalité incontestable, ne doit pas cacher la forêt réelle elle aussi.

 

L’ASSP soutient sans réserve le rôle de facilitateur du DFAE et l’admirable dynamisme que lui a impulsé la Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. La diplomatie suisse est allée courageusement à l’extrême limite de ce qu’elle pouvait faire sans s’immiscer dans le contenu de l’Initiative qui est présentée aux deux peuples directement concernés.

 

Nous sommes convaincus que dès que les bouclages seront levés, la libre circulation rétablie et que les forces d’occupation et les colons commenceront à se retirer, un basculement irréversible sera amorcé.

Il n’y a pas d’autre choix possible que la haine et les chemins de mort qu’elle creuse devant elle ou le dialogue seul préalable à la connaissance de l’autre dans son altérité individuelle et collective.

 

Le 1er décembre est le commencement d’un long processus qui prendra des mois et des années. Un des moments forts de la Cérémonie fut le témoignage de réconciliation entre le général Ammon Shahak, ancien commandant en chef de l’armée israélienne et le général palestinien Zuheir Masnara qui se sont combattus sur le terrain, les armes à la main. Je laisse la conclusion au Palestinien que je cite de mémoire : le rêve des uns ne doit pas se réaliser par le cauchemar des autres.

Jacques Vittori                       

Président de l’ASSP   

 

 

 

 

 

 
 
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