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VETO CONTRE L’HUMANITE
Après le débat qu’il a tenu lundi 4 octobre, à la
demande du Groupe arabe et de la Ligue des États arabes, pour
« discuter de la grave escalade de la violence qui résulte
de l’agression d’Israël dans le nord de Gaza, le Conseil
de Sécurité des Nations Unies a été empêché d’adopter
un projet de résolution mesuré qui « exigeait »
la cessation immédiate de toute opération militaire et le
retrait des forces d’occupation israéliennes de cette zone.
Bien qu’il ait recueilli 11 voix en sa faveur et trois
abstentions (Allemagne, Roumanie et Royaume-Uni) le texte qui,
dans son préambule, condamnait « tous les actes de
violence, de terreur et de destruction ainsi que le recours
excessif et aveugle à la force », s’est heurté
au veto des Etats-Unis.
Avec
un froid cynisme le représentant des Etats-Unis a vu, avec
des lunettes dont il voudrait imposer le port à toute la
communauté humaine, un texte « déséquilibré et
caractérisé par des omissions de taille ». Il a prétendu,
avec l’arrogance assurée du porte-parole d’une
administration qui a érigé le terrorisme en idéologie de
gouvernement, « que lorsque la communauté
internationale se dresse contre Israël dans un silence
insidieux sur le terrorisme, elle ne sert pas la cause de la
paix »
La
veulerie des trois délégations abstentionnistes nous a, pour
sa part, déshonoré en osant exprimer le regret d’une répartition
inéquitable des responsabilités entre Israéliens et
Palestiniens. Mais quelle répartition équitable des
responsabilités peut-il y avoir entre la barbarie d’une
force d’occupation militairement écrasante qui, sans risque
pour elle, détruit la vie et l’infrastructure du peuple
palestinien, et les répliques, à tous égards regrettables,
du terrorisme artisanal qu’en fait elle engendre ?
L’imposture de la légitime défense fait surgir
dans la mémoire de ceux qui, comme le soussigné, ont vécu
plusieurs années sous l’occupation nazie, d’inquiétantes
analogies. Une foule de braves gens avaient fini par croire,
sinon à se demander si les juifs, les roms, les homos, n’étaient
pas les ennemis de la démocratie et de l’ordre public et,
pour ceux qui se réclamaient de la culture germanique, les
ennemis du grand
Reich allemand millénaire. Après tout Hitler comme Sharon
ont en commun d’avoir été élus démocratiquement. Mais
revenons à l’actualité. La légitime défense des
Palestiniens est incontestable ce qui ne signifie pas, et nous
insistons fortement, que tous les moyens sont bons pour en
faire usage. Mais ce qui nous paraît essentiel, pour la paix,
c’est la légitime défense du peuple israélien et de
l’humanité. Il faut se poser sérieusement la question de
l’avenir de la jeunesse israélienne que les aventuriers au
pouvoir ont, au nom de la défense de leur patrie, fait revêtir
l’impunité de l’uniforme pour tuer, torturer, détruire,
massacrer, humilier des êtres sans défense. Peut-on imaginer
qu’en revenant à la vie civile rien ne leur restera de la
jouissance perverse d’asservir le plus faible ? L’urgence
n’est-elle pas aujourd’hui de mettre un terme à la dérive
suicidaire avant qu’elle devienne incontrôlable et implique
toute la planète dans une guerre multiforme qui sans rien résoudre
sera la plus catastrophique de l’Histoire de l’humanité.
C’est ce qu’a compris Mme
Nurit Peled, mère de Smadar, collégienne israélienne de 13
ans tuée dans un attentat palestinien à Jérusalem en 1997.
Invitée, avec une délégation d'Israéliens œuvrant pour une paix juste, par
l'Assemblée nationale française à faire entendre une autre voix d'Israël, elle a déclaré le 3
mars 2004. :
« Il
n'y a aucun doute que le grand poison dans la région est la
politique israélienne de domination et toute la souffrance
imposée aux Palestiniens, ainsi que la perception par toute
la population de la région, et au-delà, de l'injustice de
cette politique, et le soutien également injuste (...) des
Etats-Unis à cette politique »
Cette autre voix, encore minoritaire en Israël,
(il y a tout de même actuellement 150.000 militaires israéliens
qui refusent de servir en Palestine) n’est pas isolée. Elle
s’amplifie chaque jour, édifiant pierre sur pierre le vrai
mur de sécurité d’un pays dont l’existence ne pourrait
aujourd’hui être remise en question que par ceux qui
s’acharnent à vouloir le protéger en l’isolant de la
communauté humaine.
Le droit de veto exercé le 5 octobre 2004 par les
Etats-Unis, est le septième de l’administration Busch, et
le 29ème relatif à
des projets de résolution sur le Moyen-Orient. Les veto
américains apportent encore à une majorité d’israéliens
l’illusion d’un mur d’impunité sécuritaire. En fait
ils les isolent de la communauté humaine. Cette anomalie de
l’ordre international ne peut fatalement qu’être éliminée,
et dès maintenant elle peut déjà même être contournée.
Rappelons que l’avis
consultatif rendu le 9 juillet dernier par la
Cour internationale de Justice demandaient à
Israël de « cesser immédiatement les travaux d’édification
du mur », de « démanteler immédiatement
l’ouvrage » et de « réparer tous les
dommages » que cette construction avait occasionnés ».
L’Assemblée
générale des Nations Unies qui a pris acte de l’avis
consultatif donné par la Cour vient de charger le Secrétaire
général d’établir un registre des dommages causés à
toutes les personnes physiques ou morales concernées et de demander
à tous les États parties à la quatrième
Convention de Genève de 1949 de faire respecter cette
convention par Israël. L’Assemblée générale a de plus
invité la Suisse, en sa qualité de dépositaire des
Conventions de Genève, à mener des consultations et à lui
présenter un rapport sur la question, y compris sur la
possibilité de reprendre les travaux de la Conférence des
Hautes Parties contractantes à la quatrième Convention de
Genève.
La Conférence
des Hautes Parties contractantes aux Conventions de Genève;
qui réunit la totalité des Etats membres des Nations Unies
sans qu’aucun d’eux ait un quelconque droit de veto prend
souverainement ses décisions. Il faut que partout dans le
monde des pressions soient exercées par la société civile
sur les gouvernements tentés de traîner les pieds.
Le réveil serait cruel pour le peuple d’Israël
s’il laissait passivement continuer la construction d’un
« mur » que trop de ses citoyens croient encore être
une barrière de sécurité alors que dans sa réalité il
devient un abominable ghetto dans lequel on les enferme.
Comment celui qui ne respecte pas la vie de
l’autre peut-il espérer que celle des siens sera respectée ?
Jacques Vittori
L’ASSP félicite avec enthousiasme Mme Wangari
Maathai, militante écologiste kényane qui a reçu ce jour le
prix Nobel de la Paix 2004. Créatrice du «Mouvement ceinture
verte» qui vise à promouvoir la biodiversité tout en créant
des emplois et en valorisant l'image de la femme dans la société.
La défense de l'environnement et la promotion de la paix
sont étroitement liées, a-t-elle immédiatement déclaré
à la télévision norvégienne. C’est vrai pour
l’Afrique, c’est vrai pour le monde, c’est vrai surtout
pour la Palestine où d’irresponsables prédateurs saccagent
les cultures, déracinent les oliviers, détruisent
l’habitat. La ceinture verte de la paix doit de toute
urgence remplacer le mur de la honte.
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